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LIVRE VII — CENT-JOURS

sociale. En échange de ces bienfaits, la France ne pouvait-elle pas se réconcilier avec Tantique dynastie, séculairementunie à son sort? Sénateurs, magistrats, généraux, s'empressèrent de s'y rallier. Le vide se fit autour de Napoléon. Livrés à leur insu par des chefs gagnés, ses soldats lui firent défaut au moment où il songeait, du moins, à défendre les droits de son fils. Il abdiqua , dit adieu aux rares amis qui ne l'avaient pas quitté , se sépara de sa garde en larmes, et s'embarqua pour l'île d'Elbe, dont on lui assurait la souveraineté dérisoire (1814).

CLXXXVIII. A son début, cette restauration faite à la hâte était encore bien fragile , et, pour vaincre la mauvaise humeur des sénateurs forcés d'aller au-devant des princes, celle des princes obligés de reconnaître les actes du sénat, il fallut l'autorité d'Alexandre, devenu l'arbitre de toutes choses. Les Russes partis, on resta d'accord pour accabler Napoléon d'injures, de calomnies; mais, en dehors de là , tout devint division , sujet de discorde. Le moindre mot sur le passé suscitait des orages entre les deux aristocraties, l'une grandie pendant les luttes et les guerres de la révolution, l'autre revenant de sa longue émigration, avide de reprendre ses biens et son crédit. Les Bourbons n'échappèrent pas à l'influence de ces amis maladroits. Louis XVIII fit dater son règne de la mort de Louis XVII, remit le drapeau blanc à la place du tricolore , renvoya quatorze mille officiers dans leurs foyers, et donna leurs grades à d'anciens émigrés. La nation fut cruellement froissée dans son amourpropre.

CL XXX IX. En quelques mois, ceux qui avaient renversé l'empire virent qu'ils s'étaient trompés, et que le nouveau roi les mettrait un jour ou l'autre à l'écart. Ils se remirent à conspirer, qui pour le duc d'Orléans , qui pour leur ancien maître. Le nom de Napoléon circula de nouveau. Le peuple le regrettait, les soldais surtout ; en secret chacun gardait pour lui sa cocarde tricolore. Au contraire, inquiets de ces rumeurs, les diplomates de Vienne songeaient à l'enlever de l'île d'Elbe et à le transporter dans quelque

prison transatlantique. Tombé de si haut , avait-il abdiqué toute espérance ? Assisteraitil immobile à la discussion de son sort? Bien simple qui l'avait cru. Un beau jour , la France apprit qu'il venait de débarquer à Cannes. Elle ne revit pas sans émotion celui dont elle avait fait l'orgueil , et qui avait fait le sien. Paysans , soldats , coururent à sa rencontre. Ney , qui avait juré de l'amener en cage, alla tout confus se jeter dans ses bras. Louis XVIII n'eut que le temps de s'esquiver en Belgique, et laissa jusqu'à ses papiers (1815).

CXC. A son tour, Napoléon promit la paix, la liberté, l'oubli du passé. Que ne pouvait-il réellement effacer la trace de ses fautes et faire croire à une modération qu'il n'avait jamais eue ? L'Europe encore en. armes se releva contre celui qui l'avait dominée , prête à l'écraser de nouveau sous le poids d'un million d'hommes, unanimement décidée à ne pas traiter avec lui. Ses soldats se préparèrent à verser une dernière fois leur sang pour le défendre ; les hommes d'Etat comptèrent froidement les heures que vivrait ce pouvoir éphémère ; les financiers spéculèrent sans pudeur sur sa chute ; Talleyrand continua à siéger au congrès de Vienne ; Fouché se remit en relation avec l'Autriche et l'Angleterre, les faiseurs de constitutions et de dynasties songèrent à relever leur édifice avec l'appui de l'étranger.

CXCI. Une seule chose, cette fois, pouvait éloigner tant de périls conjurés, c'était la victoire, dont Napoléon avait si souvent abusé , et dont il avait fait toute sa vie la maîtresse de son sort. Aussi mettait-il à la préparer une activité surhumaine , passant chaque jour des revues, réorganisant son armée en moins de quatre mois , ne s'occupanl même pas d'imposer silence à ses ennemis, pairs ou députés, journalistes et gens de lettres , qui se raillaient librement de ses efforts désespérés. Cent mille Anglais et plus de cent trente mille Prussiens, les moins éloignés de ses ennemis, allaient se réunir en avant de Bruxelles, en attendant que les autres fussent arrivés sur le Rhin. Son parti fut pris sur-le-champ. Il fallait aller au-de-

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