‹ Histoire de FranceChapitre 331 sur 339 · LIVKE VII — CEINT-JOURS · texte numérisé non relu

LIVKE VII — CEINT-JOURS

vant d'eux, et voir au plus tôt pour qui serait la fortune des combats. Il passa la frontière , espérant les frapper séparément, en commençant par les Prussiens. Mis sur leurs gardes par un traître, ceux-ci n'en furent pas moins culbutés à Fleurus et à Ligny. Ils étaient détruits, si, poursuivant encore deux buts à la fois, Napoléon n'avait affaibli son armée pour prévenir la concentration des Anglais. Ce résultat si chèrement acheté ne fut pas même atteint. Il fallut laisser Grouchy à la poursuite des Prussiens et tourner le reste contre Wellington, campé à Waterloo dans une position défensive favorable au froid courage britannique.

CXCII. En voyant l'ennemi adossé à une forêt presque sans issue, l'empereur, malgré la fatigue de ses soldats et une boue affreuse, ne résiste pas au désir de lui faire essuyer un désastre. Séparé des Anglais par un petit vallon, par-dessus lequel sa grosse artillerie les foudroie , il charge Ney de franchir cet espace et de percer leur centre. Les pentes sont enlevées ; Ney s'établit sur le bord opposé. Des canons , des troupes fraîches, et la bataille est gagnée. Mais, en voulant le suivre, les pièces restent embourbées au pied des hauteurs, et en même temps les réserves sont obligées de faire face à trente mille Prussiens subitement apparus sur la droite. En dépit de ces accidents , les Français se maintiennent sur le plateau , et les efforts de Wellington n'aboutissent qu'à re- • tarder sa défaite jusqu'à sept heures du soir. Il se croyait enfin perdu, quand une vaste rumeur parcourut le champ de bataille. Grâce à l'inconcevable inaction de Grouchy, insensible au bruit du canon comme aux cris de son état-major, le reste des Prussiens arrivait au secours des Anglais sans être poursuivis. Cette attaque inattendue rejeta les uns sur les autres les vainqueurs exténués. En vain la garde se fit massacrer pour protéger leur retraite ; en vain Napoléon essaya de les rallier. Impuissant à arrêter cette irrésistible déroute, et le dernier à quitter le champ de bataille , il se demanda s'il n'entrerait pas dans un carré de sa garde pour succomber avec elle (1815).

CXCIII. C'était là, en effet, le tombeau de sa fortune. Emmené de force par ses généraux alors qu'il ne lui restait plus qu'à mourir, renvoyé par eux à Paris alors que l'armée pouvait peut-être encore se réorganiser à la frontière, il y arriva oppressé, épuisé, ne croyant plus à son étoile. Il fallait des victoires pour justifier son retour : le Ciel les lui avait obstinément refusées. En celte extrémité, quelle générosité , quel patriotisme attendre de ceux qui l'avaient abandonné une première fois? Vaincu, il n'était plus pour eux qu'un captif à vendre à l'étranger. Dans la peur d'un coup d'État , les députés déclarent que l'indépendance nationale est menacée, et que toute tentative de dissolution est un crime de haute trahison. L'empereur a une heure pour abdiquer; sinon, sa déchéance sera prononcée. 11 se résigne ; il se démet en faveur de son fils , et , sommé de quitter Paris, il se retire à la Malmaison. Là venait à peine de se fermer la tombe de Joséphine , morte de chagrin des revers de son époux. Peut-être voulait-il encore se rapprocher de cette fidèle et bien -aimée compagne de ses beaux jours. Pourquoi avait-il cherché une autre félicité? Qu'étaientdevenues ses grandeurs imaginaires? A cette heure déjà, Marie-Louise l'avait oublié.

CXCIV. Cependant les alliés s'avançaient furieux sur Paris, ne parlant que de châtier et de morceler la France. Cinquante-cinq mille Prussiens s'étaient aventurés jusqu'à Saint- Denis et à Saint-Germain, audace qu'une armée de plus de cent mille hommes pouvait leur faire payer cher. Une dernière lueur d'espoir traversa l'esprit de l'empereur déchu. Ne pourrait -il pas, simple général comme autrefois, recevoir le commandement des troupes et sauver son pays ? Dans l'attente de cette réponse suprême qui ne devait pas arriver , il perdit le moment de fuir en Amérique, et resta à la merci de ses ennemis. En le livrant, les députés espéraient désarmer la colère des alliés et discuter librement le choix d'une dynastie , le plan d'une constitution. Pendant qu'ils se berçaient des illusions qui avaient perdu la Pologne, une escouade prussienne vint leur fermer la bon hc

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