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CENT-JOURS

et leur apprendre que Fouché avait ouvert Paris à l'étranger, et que les Bourbons, que beaucoup d'entre eux se flattaient d'éviter , étaient rétablis.

CXCV. Quant à Napoléon, entouré d'ennemis et n'ayant que l'alternative de celui auquel il se confierait , il eut la mauvaise inspiration de s'adresser aux Anglais , ses plus anciens, ses plus implacables ennemis, aux Anglais qui avaient brûlé Jeanne d'Arc , décimé l'Irlande, et qui, dans leur politique, n'avaient jamais consulté que l'intérêt. Imbu des souvenirs de l'antiquité païenne, il voulut, comme Thémistocle, s'asseoir au foyer d'Admète. Mieux inspiré eût-il été de demander asile à ce pontife du Vatican qu'il avait dépouillé et traîné de ville en ville, et qui, à l'exemple de son Dieu , savait encore pardonner. Mais, après une vie glorieuse, après de grandes fautes, la Providence lui réservait l'honneur d'une grande et solennelle infortune. Jeté sur le rocher de Sainte-Hélène, au milieu des solitudes de l'Océan, il eut quelques années pour revoir ses jours dans le silence de la captivité et pour demander à une religion miséricordieuse les conso- ' lations qu'elle ne refuse jamais.

CXCVI. Malgré cette grande expiation, en présence d'une si vaste ambition et de tant de sang versé , la postérité est tentée d'être sévère : injuste penchant de la nature humaine, qui connaît mal sa faiblesse, et qui aime à se reposer sur un seul du soin de faire le bien comme à rejeter sur un seul la faute du mal commis , tour à tour oublieuse de ses devoirs et de son inaliénable responsabilité. Telle n'est point la vérité. Enfant d'un siècle cynique et impie , fils d'une révolution sans pitié, entouré de conseillers aussi méchants que serviles , Napoléon , meilleur qu'eux, rendit à la France la paix, l'ordre, la religion, et en fut véritablement le bienfaiteur. S'il ne poussa pas plus loin ses dons , il faut reconnaître que son temps ne le méritait pas. Instrument de vengeance plus que de miséricorde, il secoua, comme la révolution, l'édifice du passé, renversa ce qui n'était plus digne de vivre, fortifia sous ses coups ce qui se pouvait encore rajeunir, déuouilla le cierge

corrompu d'Allemagne et les cités dégénérées d'Italie, et rendit à l'Espagne une vigueur depuis longtemps perdue. 11 rêvait la monarchie universelle ; il releva la vieille république européenne. Sans doute , dans cette enivrante carrière, porté par son génie plus haut que les fils des rois et des empereurs, il céda aux tentations qui l'assiégeaient. Mais qui oserait dire qu'à sa place il eût mieux résisté ? N'est-ce pas à ces abîmes que, sans l'appui de l'héroïsme chrétien, les plus belles intelligences arrivent fatalement?

CXCVII. D'ailleurs il fut également impuissant à détruire ses premiers bienfaits et à rien fonder de mauvais. Plus fort que Cromwell, plus actif que le grand Frédéric, émule d'Alexandre, de César et de Charlemagne, il porta au plus haut point le prestige et la gloire des armes françaises , et faillit leur donner l'empire du monde ; puis il perdit tout, et ne laissa à son pays aucune conquête dont il eût à rougir. Cependant la religion qu'il avait affranchie demeura pleine de vie pour l'avenir ; le saint-siège, relevé par ses mains, garda, en dépit de ses propres persécutions, une majesté inconnue des siècles précédents ; la France resta la fille aînée de l'Église, et, les mains pures de tout bien mal acquis , elle put reprendre sa mission de défendre et de protéger l'indépendance des peuples. Aussi conserve-t-elle au captif de Sainte-Hélène plus d'amour que d'indignation, plus de compassion que de rigueur, fidèle au culte qu'elle a toujours voué à la bravoure et à l'infortune.

CXCVIII. Rétablie sur la tète de ce grand capitaine , l'autorité monarchique ne périt pas avec lui, et un ensemble de circonstances merveilleuses la rendit à l'antique famille des Bourbons, seule capable, par ses traditions , de tenir tète aux ambitions du dedans, aux convoitises de l'étranger. Ce n'était pas une envoyée du Ciel, comme Jeanne d'Arc, c'étaient deux prêtres apostats qui avaient relevé, malgré eux, le trône de saint Louis; au lieu de l'enfant du dernier roi, revenaient les frères infidèles qui l'avaient abandonné; loin de chasser l'ennemi, ils rentraient à sa suite : tristes différences qui

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