‹ Histoire de FranceChapitre 334 sur 339 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

chaînement et par les calamités qui en furent la suite , le cynisme politique du xvme siècle s'était ruiné de ses propres mains. Sous les coups d'invasions injustes, le sentiment national s'était ravivé en France, en Espagne, en Allemagne., et s'était montré plus puissant que les rois conjurés, que la force et le génie unis dans une seule main. Une ère nouvelle s'ouvrait, où, malgré ses défaites, la France allait reprendre une paisible et juste influence, renouer en Grèce et en Algérie les traditions de sa véritable politique , et où l'esclavage des nègres, honte des peuples chrétiens, allait enfin disparaître de ses colonies.

CCI. Au dedans, mêmes espérances. Par la modération inhérente au principe hérédilaire, par l'expérience, l'âge, les infirmités mêmes de Louis XV11I, la nouvelle royauté promettait d'être douce et libérale. Après une courte enfance passée dans les épreuves de la vie militaire, la société renaissante aspirait aux gloires moins rudes de l'éloquence , des lettres , de la sagesse ; et ce peuple , hier encore conquérant et brave par excellence, voulait être désormais le plus libre et le plus intelligent de la terre. Ingénieuse combinaison de pouvoirs, la charte semblait ouvrir un large champ à la discussion de tous les intérêts , à l'expansion de tous les talents. L'aristocratie de naissance, avec ses traditions d'honneur et de dignité, y donnait la main à l'aristocratie élective, forte de son mérite laborieusement conquis. Poètes, historiens, orateurs surgissaient à l'envi d'une génération pleine de sève. La nation se gouvernant elle-même dans une parfaite harmonie , n'était-ce pas là enfin la liberté entrevue par Etienne Marcel, par l'université, parles parlements? Beau rêve, hélas ! qui ne devait guère être plus long que celui de la monarchie universelle.

CCII. En effet, la paix des esprits n'était qu'apparente. Au fond , l'hérédité du trône et de la pairie et la piété des Bourbons n'étaient pas mieux acceptées que ne l'avaient été, dix ans plus tôt, le concordat et le Code civil. Le principe électif prétendait régner seul, comme si, infaillible dans ses arrêts, il

suppléait à toutes les garanties de sagesse, de modération, d'indépendance. Or, par une bizarre contradiction, le modèle des gouvernements électifs, l'Église restait méprisée et asservie, considérée comme une arme aux mains du pouvoir. Au milieu de la liberté générale, elle seule n'avait pas recouvré ses anciennes franchises. Les écrivains les plus éminents secondaient cette hostilité contre elle par une superbe indifférence en matière religieuse, par un éclectisme philosophique, justifiant tous les systèmes, et se flattant de débarrasser peu à peu l'esprit humain des langes du christianisme. Comme à la veille de la grande révolution, les jésuites étaient proscrits , le clergé systématiquement exclu de l'enseignement.

CCIII. La base de l'ordre moral n'étant pas respectée , nul frein aux abus de l'intelligence. Au lendemain de la conquête d'Alger, qui était un premier et glorieux défi porté aux vainqueurs de 1815, le successeur de Louis XVIII, Charles X, fut chassé et remplacé par son cousin Louis-Philippe d'Orléans (1830). C'était le régime parlementaire pur, et un fantôme de roi aux ordres d'une majorité changeante, en attendant que le suffrage universel prétendît gouverner seul et sans les embarras d'un trône. Par la puissance croissante de l'imprimerie , chaque citoyen se voyait peu à peu transformé, non plus en soldat , comme sous Napoléon , mais en politique, en homme d'Etat. Si, avec ses baïonnettes , la France avait failli dominer le monde, que ne ferait- elle pas avec la force de ses idées ! Déjà la soif des constitutions gagnait l'Italie et l'Allemagne; Venise, Milan, Varsovie, s'agitaient dans leurs fers, et croyaient que le réveil avait sonné pour elles.

CCIV. En vain Louis-Philippe s'appuyait-fl sur des fils vaillants et populaires , sur une armée aguerrie par dix-sept années de campagnes en Afrique, commandée par Bugeaud, Lamoricière, Changarnier, Bedeau et Cavaignac. Le flot révolutionnaire, qui avait amené ce prince en 1830, l'emporta en 1848, sans qu'il fît la moindre tentative de résistance. Pour la seconde fois la république fut pro-

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