LIVRE I I
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J .JUMtTLÉÏ
Bataille de Tours. ( P. 36.)
sionnaires. Ils viennent continuer l'œuvre de Colomban, non dans les riches plaines de Neuslrie, mais à la frontière d'Allemagne ; et, merveille de la Providence, ce ne sont pas les Francs, race ennemie, mais les paisibles fils des Anglo-Saxons qui convertiront leurs frères aînés de Germanie. Ils ont devant eux les marais de Frise, les plaines de Saxe, les montagnes de Thuringe, enfin la Bavière, touchant à l'Italie. Comme leurs devanciers, ils entament. cette ligne par les ailes. Saint Rupert entre en Bavière, en baptise le duc, bâtît au bord de la Salza une église à saint Pierre à la place d'un temple païen, et campe une colonie de douze moines sur les ruines d'une ville romaine. Delà sortira Salzbourg. Au nord, l'Anglais Willibrord pénètre en Frise, et passe quarante ans à détruire le culte des arbres et des fontaines. Déjà même il a gagné l'amitié du duc Radbod ; il espère le convaincre, et lui dépeint les délices du paradis:
« Charles Martel et ses soldats y entreront- « ils ? — Non, mais seulement les Francs qui « seront doux et humbles de cœur. » C'est trop , et Radbod ne veut pas d'un paradis où il retrouverait un seul de ses ennemis. Il meurt, maudissant les Francs et les chrétiens, et les Frisons ne seront convertis que quand ils se seront rassasiés du sang des martyrs, et que, pirates conquérants, ils auront humilié à leur tour les descendants de Charles Martel : tant les conquêtes de la nouvelle Rome sont différentes des conquêtes de l'ancienne!
XIII. Trois ans avant de mourir à la peine, Willibrord reçut de Rome un précieux renfort, son compatriote Winfrid, nommé depuis Roniface , qui, plein de jeunesse, de science et d'ardeur, allait pendant quarante autres années continuer son apostolat. Quittant la Frise, où la haine des Francs est trop violente, il pénètre en Thuringe, où, cinquante ans avant lui, l'Irlandais Kilian lui a frayé