LIVRE II — CHARLEMAGNE
nelle; car le pape Etienne II en personne, menacé par les Lombards, abandonné de l'empereur d'Orient, passa les Alpes et vint demander asile et protection à ces Francs que saint Anastase, deux siècles auparavant, saluait déjà comme les successeurs des Romains. Reçu magnifiquement à l'abbaye de Saint- Denis, le souverain pontife sacra de nouveau Pépin et avec lui ses fils, voulant marquer que Dieu comptait sur sa famille entière. En échange de ces bienfaits , Pépin prend les armes, force le pas de Suse, disperse les Lombards, reprend sur eux la province de Ravenne, dont il fait donation solennelle au pape, et dépose sur le tombeau de saint Pierre les clefs des villes prises. Le roi des Lombards, surpris plutôt que vaincu, reprend les armes Tannée suivante, et vient assiéger Rome. Pépin arrive à temps, et bientôt c'est Astolphe qui à son tour est cerné dans Pavie, réduit aux abois, forcé de payer un tribut, et de donner des otages, gages de la paix.
XXII. Vainement l'empereur grec envoie au conquérant de l'Italie des ambassadeurs, de magnifiques présents et des orgues, les premières arrivées en Occident. L'or et les flatteries ne peuvent toujours tenir lieu de l'épée. L'Italie restera à jamais indépendante de Constantinople. Le saint-siège y aura son territoire, acheté par le sang des Francs et garanti par leurs armes , séjour libre et paisible au milieu des vicissitudes ou des guerres de l'avenir. Asile des artistes grecs chassés par les iconoclastes , Rome devient plus que jamais le foyer de l'art, le refuge des madones byzantines, l'école du chant sacré; c'est là que Pépin envoie demander des maîtres pour façonner l'oreille grossière de ses Francs , et pour établir dans ses églises le chant grégorien, qui, depuis Grégoire le Grand, se maintenait à l'école fameuse de Saint -Jean- de- Latran.
XXIII. En ce moment, fatigués de la domination musulmane , les chrétiens relevaient la tète , et , avec une poignée de braves , Alphonse le Catholique fondait le premier trône espagnol dans les montagnes des Asturies. Le Languedoc fit de même: Nîmes.
Maguelonne, Agde, Réziers, chassèrent les Sarrasins et appelèrent le roi Pépin pour prendre Narbonne. Longtemps les Francs campèrent au pied de ces fortes murailles que Charles Martel n'avait pu forcer ; enfin les habitants chrétiens se soulevèrent et leur ouvrirent les portes. Pépin devint maître de tout le pays, et jura de respecter les lois et franchises des anciens Goths.
XXIV. Non seulement l'ingrat fils d'Eudes, Hunald, n'était pas venu au secours des alliés qui, il aurait dû s'en souvenir, avaient sauvé son père , mais il se posait en ennemi, refusait les biens que les seigneurs et les couvents d'Austrasie possédaient en Aquitaine; se disant du sang de Clovis , et traitant les Pépin d'usurpateurs, il s'alliait ouvertement aux Ravarois et aux Saxons. Il commandait les Rasques ou Gascons, race à part, et toujours insoumise, la plus vieille de la Gaule. Vifs, dégagés, lestes à la course comme à la danse, ils aimaient, comme les Rretons, à ravager les bords de la Loire. A leur tête, pendant que les Allemands passent le Rhin, Hunald vient audacieusement brûler Chartres. Un de ses frères le trahit ; Hunald lui fait crever les yeux. Autun, Chàlons sont la proie de ces brigands. Moins fougueux, mais plus disciplinés, les Francs les repoussent lentement, leur enlèvent Bourges et Clermont, et les délogent des montagnes d'Auvergne. Privés de cet abri , les Gascons n'essayent plus de résister; mais ils ne laissent derrière eux que des ruines : Poitiers , Limoges , Périgueux, sont rasés. Les Francs achèvent de ravager ce malheureux pays, et, pour se venger, arrachent et brûlent les vignes, la richesse de l'Aquitaine. Le fils d'Hunald a péri : lui-même est caché dans un couvent de l'île de Rhé, où il attend l'heure de la vengeance.
XXV. Pépin mort, Hunald reparaît, et la guerre recommence. Mais Pépin laissait un fils grand de taille, grand de cœur, grand d'esprit, Charles le Grand, Charlemagne (768). La révolte de l'Aquitaine fut promptement étouffée (768), et Hunald, fugitif, emporta en Italie la terreur et la haine des Francs. Ses hoirs, les Lombards, avaient aussi cru le