‹ Histoire de FranceChapitre 38 sur 339 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

CHARLEMAGN E

moment favorable et violé les traités. Mais bientôt, du haut des murs de Pavie, le roi Didier vit accourir une armée plus nombreuse que jamais (774). llunald était avec lui sur une tour pour lui désigner leur terrible ennemi. Des bataillons , venus de toutes les parties de l'empire, défilaient, et Didier de dire: « Charles est-il là? — Pas encore, » répond llunald. Et le nombre croissant toujours : « Certainement Charles est au milieu « de cette multitude. — Pas encore. » Mais en ce moment sur la route s'élève un nuage de poussière ; et Charlemagne paraît avec un casque de fer, une cuirasse de fer, une lance de fer, un bouclier de fer, un visage et un bras de fer. « Voilà, ditHunald, celui « que tu cherches. » A sa vue, Didier sentit le cœur lui manquer. llunald le relève, et, sachant qu'il n'y aura point de quartier pour lui, il dirige la défense. Pendant huit mois la ville résiste. Au bout de ce temps, plus de vivres ; Hunald parlait de se défendre encore; il fut lapidé. La ville se rendit à la merci du vainqueur; Didier, prisonnier, demanda à finir ses jours au monastère de Corbie près d'Amiens, et Charles prit sur sa tète la couronne de fer des Lombards, digne complément de son armure.

XXVI. Laissant son armée sous les murs de Pavie, il vint seul à Rome, qui accourut au-devant de ce sauveur. A trois milles de la ville l'attendaient les magistrats avec leur bannière, les corporations d'ouvriers, les enfants des écoles chantant des hymnes et portant des palmes. Descendu de cheval, Charles entra dans Rome à pied, marcha droit au Vatican, monta le grand escalier de Saint- Pierre en baisant chaque marche, et trouva au sommet le pape Adrien , qui n'embrassa pas sans émotion le jeune défenseur de l'Eglise, encore tout couvert de la poussière des champs de bataille, et qui, le prenant par la main, le conduisit au tombeau du prince des apôtres. Charles se complaisait dans le séjour de Rome, dans l'entretien de tant d'hommes savants et pieux, dans les souvenirs et les monuments du vieil empire romain, quand une révolte des Saxons le rappela dans le Nord.

XXVII. Répandus dans les plaines boisées de l'Elbe et du Weser, ces tribus indomptables ne cessaient de ravager les chrétientés naissantes établies par saint Boniface. Déjà, trois ans plus tôt, Charlemagne avait pénétré jusqu'au cœur de celle terre idolâtre, pris Eresburg, et renversé la célèbre idole d'irrninsul. Celte fois, avec une célérité digne de César, il réunit contre eux quatre armées, les surprend partout, passe le Weser et les force à se soumettre. Nouveau voyage en Italie, nouveau soulèvement des Saxons. Cette fois, Charles bâtit des forteresses à Lippstadt et à Eresburg, et c'est sur le territoire ennemi, à Paderborn, qu'il convoque, au printemps suivant, les évêques et les seigneurs francs, les nobles et tout le peuple de Saxe. Les hommes libres, sous la conduite de leurS chefs, jurèrent obéissance, et consentirent, s'ils violaient leurs serments, à perdre terres et liberté. Une grande multitude renonça aux idoles et demanda la robe blanche du baptême ; à leur tète des prêtres et des moines allèrent construire des églises dans les forêts purifiées. Charles crut la Saxe convertie.

XXVIII. En même temps il recevait les envoyés des Sarrasins d'Espagne, qui, divisés entre eux, réclamaient son secours. Si les Saxons étaient soumis, ils pouvaient voir que c'était au maître du monde. Partant pour de nouvelles conquêtes, il leur laissait l'ordre, la paix et tous les biens nouveaux de la science et des arts chrétiens. Mais les bienfaits d'un ennemi sont toujours amers. Pendant qu'il passe les Pyrénées et conquiert l'Espagne jusqu'à l'Èbre, un Saxon qui n'a point lléchi le genou devant lui, Witikind, sort de sa retraite de Danemark et parcourt secrètement les tribus. Aux uns il rappelle leurs aïeux morts pour la patrie, aux autres ces prêtres imprudents qui ont osé les menacer de la colère du roi. Le vieux sang saxon frémit et bouillonne. On attend avec anxiété des nouvelles de la guerre d'Espagne. Tout à coup un bruit circule : « Il est battu. Il est « mort. Les Gascons l'ont surpris à Roncece vaux, dans les gorges des Pyrénées, et oui « écrasé son armée sous des quartiers de ro- « cher roulés du haut des montagnes (778). »

Page 1