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LIVRE II — CHARLEMAGNE

cevait les ambassadeurs du monde entier : un jour le calife de Bagdad lui envoyait les clefs du saint sépulcre , avec une horloge merveilleuse; une autre fois, l'impératrice Irène lui offrait sa main, et lui proposait d'unir l'Orient à l'Occident.

XXX VI. Plus qu'elle, il était empereur, cet homme extraordinaire à qui les peuples chrétiens obéissaient, et que le pape Adrien avait appelé le nouveau Constantin. Le jour de Noël, comme il était venu à Rome pour y rétablir la paix, et qu'il priait humblement au tombeau de saint Pierre, le pape lui mit sur la tète une couronne d'or, aux acclamations du peuple, qui criait : « Vive Charles « Auguste, couronné de Dieu, empereur des « Romains (800)! » C'est lui, en effet, qui a vaincu les Lombards et les Sarrasins, dont les Grecs s'étaient faits les alliés. C'est l'Occident qui devient le refuge des lettres et des arts , à la veille du honteux schisme d'Orient. Aussi, suivant la prédiction de saint Anastase à Clovis, les Francs succèdent aux Romains , et désormais l'Eglise ne dépend plus d'un empire plus vieux qu'elle, mais se repose sur un empereur choisi, consacré par elle. En souvenir de ce jour, Léon III fit faire une belle mosaïque dans son palais de Latran. Le palais est tombé; mais le temps, qui ravage tout, a laissé debout un pan de muraille, où, sur un fond encore brillant d'or, d'un côlé le Christ remet ses clefs à saint Pierre et son étendard à Constantin, de l'autre saint Pierre donne les clefs à Léon III et l'étendard à Charlemagne. Ainsi , oubliant les persécutions passées et les périls à venir, le pape relevait de ses propres mains l'empire des Césars, et prouvait son désir de voir les peuples fondus en une seule famille temporelle et spirituelle. Ainsi se réalisait , plus complète que sous Constantin, cette union si rare de la force et du droit, de la nature et de la grâce, de l'État et de l'Église, type parfait vers lequel l'humanité ne cessera d'aspirer. Ce ne sera pas la faute du saint-siège si, répudiant leur mission et précipitant leur ruine, les empereurs veulent encore être les tyrans de l'Église et du monde, et si les peuples d'Occident, reniant l'unité de leur berceau, se sé-

parent un jour en nations rivales et ennemies.

XXXVII. Pour le moment, Charlemagne, revêtu d'un nouveau et sacré pouvoir , se sent envoyé de Dieu pour être, de l'Èbre à l'Elbe, le champion de la foi , de la justice et des lettres. Ses lois ont désormais pour but d'obliger les consciences; clercs et laïques lui prêtent un nouveau serment, et jurent d'abord de servir Dieu selon leurs forces et leur intelligence. Les vertus chrétiennes étant pour lui la base de toutes les autres, il commence par le clergé, ordonne aux évêques, aux abbés et aux moines d'être laborieux , instruits, chastes et sobres. Les évêques doivent fonder des écoles, les prêtres apprendre à lire aux enfants. Chaque année ils seront inspectés par les deux envoyés, l'un évèque', l'autre comte, qui parcourent chaque province. L'empereur lui-même voyage, interroge, écrit, choisit, en dépit de sa femme et de ses courtisans, des évêques pauvres et charitables, et essaye, par une activité surhumaine, de suppléer à cette sève cachée qui fait la vie des peuples. Le bien ne marchant pas assez vite, il s'adresse aux simples fidèles, et les menace, comme autrefois les Saxons, de peines sévères, s'ils n'observent le repos du dimanche, les abstinences du carême et jusqu'aux moindres préceptes de l'Église.

XXXVIII. Après la religion, la justice; après l'évêque, le comte également soumis aux inspecteurs impériaux, chargés à la fois d'exécuter les lois, de punir les coupables, de juger les procès, de lever hommes et argent pour la guerre. Depuis Clovis et suivant l'instinct germanique, les comtes se succédaient de père en fils, pris de préférence dans la famille la plus puissante de chaque province, préservés de la rapacité par la fortune et intéressés à ménager leur pays. Ces grands, dont la fière indépendance avait attiré la haine de Chilpéric et d'Ébroïn , n'étaient pas assez dociles aux impulsions de Charlemagne. U eut la faiblesse , trop commune aux hommes de génie, de préférer la souplesse des petits. Mais cette génération n'était pas mûre pour les raffinements d'une administration centralisée. Grâce à l'éloignement des souverains, à la difficulté des com-

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