LIVRE II
LOUIS LE DÉ l'.".\NAIKE
le toit d'une pauvre veuve, il revient après l'orage relever son église. De ce poste avancé, il retourne en Danemark et en Suède , et , après de longs et glorieux travaux, il meurt, attristé que ses péchés lui aient ôté la palme du martyre.
LUI. Pendant ces conquêtes lointaines, Louis le Débonnaire continuait le cours de ses faiblesses. Dédaignant tout conseil fort et éloignant de lui les amis de son père , il se faisait partout des ennemis et cherchait vainement un appui en de vils courtisans, qu'il nommait comtes ou évèques, et qui devaient être les premiers à se tourner contre lui. Ses enfants mêmes donnèrent le signal de la révolte, quand, sacrifiant l'unité de la famille au bonheur douteux d'un second mariage, il se donna à la fière Judith de Bavière , et voulut faire un nouveau partage de l'empire en faveur de son dernier fils, Charles. Sous prétexte de rétablir la politique de Charlemagne et de maintenir la foi jurée, les princes attirèrent un instant dans leur parti Adalhard, Wala et le pape luimême. Louis, alors en Alsace, vit ses fils arriver à la tète d'une armée menaçante et ses propres soldats passer sous leurs drapeaux. Il lui restait quelques serviteurs fidèles ; il les renvoya, ne voulant pas qu'aucun d'eux périt pour lui, et se mit à la merci des rebelles. Enivrés par leur victoire, ils ne tinreat aucune de leurs promesses, et à l'indignation de tous les cœurs généreux , ils osèrent arracher la couronne du front de leur père (830) ; aussi leur camp prit le nom de Champ du Mensonge. Pour comble de douleur, l'empereur se vit dégradé par une de ses' créatures, le perfide Ebbon, qui, de serf et de chevrier, était devenu, par faveur, archevêque de Reims, et qui s'était fait valoir par ses voyages en Danemark et par la conversion du faux roi de ce pays. Par les mains de cet ingrat , Louis fut dépouillé de la couronne et du manteau royal, soumis à une pénitence publique et condamné à finir ses jours dans l'opprobre.
LIV. Outrés d'une si noire perfidie, les peuples se soulevèrent. Les Saxons furent les premiers à prendre les armes pour leur
bienfaiteur. Les rebelles n'eurent que le temps de se soumettre; Wala quitta son abbaye et alla mourir dans un couvent d'Italie, où il pleura sa révolte ; les plus coupables s'enfuirent, et Ebbon, qui s'était menacé des amis en Danemark, s'y sauva emportant le trésor de son église. Quant à ses fils parricides, Louis leur pardonna, laissant à la justice divine le soin de faire retomber sur eux et sur leurs descendants la déchéance prononcée contre lui. L'empereur reprit les rênes de l'Etat, mais vieux, découragé, sans un ami sûr, au milieu d'ennemis chaque jouiplus hardis et plus entreprenants. Les Normands dévastèrent sans obstacle les bords de la Loire (830); à eux se joignirent beaucoup de serfs, que la cruauté de leurs maîtres ou la haine du travail armaient comme les anciens Bagaudes. L'un d'eux, des environs de Troyes, Hastings , devint même un chef redouté de rebelles et de pirates, et osa venir assiéger Tours, que cette fois les reliques de saint Martin protégèrent encore. Moins heureuse, Marseille, centre du commerce d'Orient, fut surprise et pillée par les Sarrasins.
LV. Au lieu de marcher à l'ennemi, Louis, toujours gouverné par Judith, ne songeait qu'a faire de nouveaux partages entre ses enfants et à grossir la part de Charles, le préféré. La révolte recommença ; Louis de Bavière prit les armes; marchant contre ceux qui auraient dû l'aider à chasser les Normands, l'empereur arriva sur le Rhin. Là, dans une île, en face du palais d'Ingelheim bâti par son père, rongé par le chagrin et par l'âge, il tomba malade. Cherchant en Dieu sa force et sa consolation , il pardonna à tout le monde, même au fils ingrat dont la rébellion causait sa mort, et finit avec la piété d'un saint ( 840). Toute sa vie il avait eu de bonnes intentions ; mais, impuissant à continuer Charlemagne, il avait préludé par de malheureux partages au morcellement de l'empire, et laissait la discorde dans sa famille de même que dans ses Etats.
LVI. Comme par dérision, l'ancien royaume des Francs, l'héritage des rois chevelus et de Charles Martel, fut le lot du fils de Judith, Charles le Chauve. Louis eut l'Allemagne ,