‹ Histoire de FranceChapitre 47 sur 339 · LIVRE II — CHARLES LE CHAUVE · texte numérisé non relu

LIVRE II — CHARLES LE CHAUVE

sa protection les pauvres gens que la guerre civile, les pirates et les brigands forçaient de quitter leur pays et d'aller travailler ailleurs. Défense de les asservir ou de les retenir malgré eux, et ordre de les laisser retourner dans leurs terres au temps des semailles. D'autres, sous le coup de la misère, se vendaient eux et leurs enfants. Les évêques dénoncent les juifs, puissants dans le Midi et alliés secrets des Sarrasins, qui, en dépit des lois, achetaient ces malheureux, en enlevaient d'autres, et les vendaient en Espagne. Ils déclarent qu'un homme libre ne doit pas être vendu hors de son pays, et que, s'il s'est donné pour une pièce d'or, il pourra toujours se racheter pour six. « Dans l'Église, disent-Ils, il y a « des nobles et des bourgeois , des colons et « des serfs : mais ceux qui sont chargés de « commander aux autres les doivent traiter « avec douceur et miséricorde, qu'il s'agisse « de corvées, d'impôts ou de dettes. Sachez « que ce sont vos frères, ayant comme vous « pour père celui que nous appelons notre « Père dans les deux, et pour mère la sainte « Église, qui nous a enfantés dans l'onde « pure du baptême. Souvenez-vous de Dieu « sur la croix, percé des clous et de la lance, « et donnant son sang pour tous. »

LXI. Que tous, petits et grands, s'abstiennent du vol, du meurtre et de l'adultère. Le concile de Mayence consacre pour ces crimes sept ans de pénitence publique, sans armes, dans le jeûne et l'abstinence ; trois ans , pour l'enlèvement d'un homme libre ; un an, pour vol ou pour blessures. Le comte lui-même, s'il est complice des brigands, sera excommunié avec eux, et la peine spirituelle suivra partout le coupable. Quant au parricide, il se forgera une chaîne de sa propre épée , et ira nu-pieds implorer son pardon aux tombeaux des apôtres. Que chacun, même le serf, respecte les saintes lois du mariage. Que chacun garde la place que Dieu lui a donnée et en remplisse les devoirs. Ainsi l'Église employait toute sa puissance à remettre un peu d'ordre dans cette société disloquée. « Mais honte « surtout, s'écriait Hincmar, à ces moines « vagabonds, qui conservent l'habit du cloître <•' et en désertent l'austérité, qui veulent pas-

« ser pour des prophètes aux yeux des peu- « pies et ne sont que de dangereux novateurs « n'ayant la paix ni pour eux-mêmes ni pour « les au t l'es! »

LXII. L'un d'eux, entre autres, avait excité l'attention publique. Fils d'un comte saxon, Gotschalk avait été, dès son enfance, destiné au cloître et élevé à l'abbaye de Fulde. D'un caraclère inquiet et turbulent, il réclama contre le vœu de ses parents et contre l'usage, établi par saint Benoît, de former dès l'enfance des prêtres instruits et pieux, précieuse ressource en ces temps d'ignorance et de barbarie. Après une violente discussion, portée devant toutes les autorités civiles et religieuses, il en fut quitte pour reprendre > sans bruit, à la porte du couvent, l'habit laïque qui attendait toujours le moine incorrigible ou déserteur. Moins satisfait de sa liberté qu'avide de réputation, il rentra dans un monastère placé sous la juridiction d'Hincmar, et publia bientôt, malgré les conseils d'amis sages, des opinions nouvelles sur la grâce, mystérieuse question, de tout temps le refuge des hérétiques et des novateurs. S'appuyant sur les ouvrages de saint Augustin contre les pélagiens , Gotschalk se déclarait hautement pour la prédestination. Avec la sagesse et l'autorité d'un grand esprit, Hincmar sentit le nouveau danger de cette erreur. Car si donner un peu trop à la force de l'homme, c'est le perdre par l'orgueil, donner trop à l'action de Dieu , c'est paralyser l'homme par le fatalisme. Il publia une courte réfutation de Gotschalk, le condamna et, sur son refus de se soumettre, le fit enfermer dans un cachot, où l'orgueilleux expira, martyr inutile de la vaine gloire, sujet de scandale pour un grand nombre.

LXI IL Le temps des hommes de bien, comme l'écrivait Hincmar, était trop rempli pour suivre Gotschalk dans toutes les difficultés de la discussion. Il y avait à cette époque de calamités bien d'autres affaires urgentes, réelles, menaçantes. Au milieu des soins de son diocèse, Hincmar ne restait pas étranger aux affaires de l'État ; il s'efforçait de rétablir la paix dans la famille impériale, et essayait en vain de rendre à Charles le

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