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LIVRE II

CHARLES LE SIMPLE

inutile ef oublié, resta pendant soixante ans ballotté entre ses frôles héritiers et les enfants de Robert le Fort, maîtres d'Orléans, d'Amiens, de Paris et des plus riches abbayes. Le Charles Martel de cette nouvelle famille était Hugues l'Abbé, actif, ambitieux, habile, exerçant, sous un fds de Charles le Simple, toute l'autorité d'un maire du palais. 11 mit adroitement dans ses intérêts les plus grands seigneurs et surtout le puissant duc de Normandie; puis, se croyant assez fort pour tout obtenir, il demanda les clefs de Laon , dernière ville fidèle à la couronne. Le roi, Louis d'Outre- Mer, tenta vainement le sort des armes; faitprisonnier, il fut conduit à la tour de Rouen et forcé de subir les conditions des rebelles (945).

LXXIX. A peine hors de prison , l'infortuné courut implorer le secours de son beau-frère l'empereur d'Allemagne, et vint exposer ses plaintes au concile d'Ingelheim.

Dans cette villa célèbre, bâtie par ses aïeux, ce ne fut plus un fils de Charlemagne, mais un Saxon qui le reçut. Par sa mère , sainte Malhilde, Othon le Grand était du sang de W itikind ; son père était ce fameux chasseur Henri, duc des Saxons, à qui, de l'aveu même des Francs, s'était donnée l'Allemagne, envahie par les Hongrois; son oncle, saint Bruno le Grand, archevêque de Cologne, était le prélat le plus sage, le plus vénéré de son siècle. Lui-même venait de fermer l'Allemagne aux barbares, la couvrait de villes et d'abbayes,

Eudes, comte de Paris, et l'évèque Gozlin repoussent les assauts des Normands. ( P. 75.)

faisait prêcher l'Évangile en Hongrie, en Pologne, en Bohème, en Danemark, et sauvait l'Italie d'une anarchie honteuse.

LXXX. Le nouveau Charlemagne ne désespérait pas de joindre la France à son empire, et avait habilement mttrié ses deux sœurs, l'une à Hugues l'Abbé, l'autre au roi Louis d'Outre-Mer. H écouta donc avec une

feinte pitié et un plaisir secret les lamentalions de ce dernier, et lui promit aide et protection, bien aise de faire voir ses armées à la France et de mettre à profit les dissensions de ce malheureux pays.

En échange, Louis renonça solennellement à tout droit sur la Lorraine. Il mourut peu après, et Hugues le suivit dans la tombe (954).

Ils laissaient tous deux des fils en bas âge, les uns restes débiles d'une race usée, les autres rejetons pleins de sève d'une jeune famille.

Ils vécurent d'abord sous la tutelle de leurs mères; en réalité, ce fut l'archevêque Bruno, et par ses mains l'empereur Othon , qui gouverna la France , et les deux sœurs allèrent jusqu'à Aix-la-Chapelle porter à leur redoutable frère l'hommage de leur soumission et de leur dévouement.

LXXXI. Son fils, Othon H, suivit ses grands projets, vint avec soixante mille hommes camper sur les hauteurs de Montmartre, et y fit chanter une messe que tout Paris entendit. Mais ses succès s'arrêtèrent à cette bravade, et au moment où il se croyait près de tenir l'empire universel rêvé par son père, il trouva

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