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HUGUES CAPET

une résistance énergique, prélude de la mort qui déjà l'attendait au delà des Alpes. Évèques et seigneurs se hâtèrent de profiter de ce nouveau répit. Gagnés par cette généreuse contagion d'indépendance qui avait peu à peu soulevé toutes les provinces, ils rejetèrent les Carlovingiens, lâches vassaux des Othon, et mirent sur le trône le fils même d'Hugues l'Abbé, le riche et puissant Hugues Capet, qui possédait par lui-même Paris, Orléans , Amiens et, par son frère, le duché de Bourgogne, arraché au royaume d'Arles, sentinelle avancée vers les anciennes frontières du royaume (987).

L XXX II. Ainsi, la seconde invasion des barbares était terminée , et une troisième dynastie commençait. Le fils d'un proscrit de Charlemagne était roi de France , tandis que Saxons et Normands, chrétiens sincères depuis qu'ils étaient libres, régnaient aux bords de l'Elbe et de la Seine. Rajeunie, mais non conquise par eux, la France, petite, obscure, et riche seulement de souvenirs, allait lutter contre l' ambition de ces belliqueux voisins, et les peuples chrétiens grandir à son exemple, non sous la domination d'un seul, mais par le développement libre et fraternel de chacun d'eux.

LXXXIII. Plus longue en apparence que celle des Mérovingiens, la domination des Carlovingiens n'avait eu en réalité qu'un siècle de durée; les deux autres s'étaient consumés au lamentable démembrement de leur famille et de leurs États. D'abord les Francs, recevant d'eux un dernier élan de conquête, avaient repoussé les Sarrasins et ressuscité , pour un instant, de l'Elbe à f'Ebre, le vieux colosse romain. Successeur d'Attila, de Théodoric, de Clovis, Charlemagne avait été le

plus puissant, le plus sage, le plus chrétien des restaurateurs d'empire, et avait mérité une place à part dans ces siècles de fer. Pourtant, comme les autres, il fut barbare par ses mœurs relâchées, par l'oppression des grands, par la conversion à main armée des malheureux Saxons : lointaine, mais fâcheuse ressemblance avec ces califes d'Orient qui, depuis peu, menaçaient la paix du monde. De là la fragilité de son œuvre, qui mourut avec lui. Or, pendant que ses descendants tombaient dans une décrépitude précoce, à la voix de l'Eglise, les peuples avaient fait un nouveau pas dans la voie de la civilisation. L'Europe se couvrait de familles fortes et pures. A la dignité de l'ouvrier, consacrée par les conciles et par les Capitulaires, se joignait la dignité de la femme, non plus achetée ni gardée comme une bête de somme, mais devenue l'égale de l'homme par sa vertu et son dévouement, se donnant volontairement, généreusement, à son époux, et en échange lui demandant sa confiance, sa fidélité, son cœur tout entier. Fondées par la sueur des apôtres et par le sang des martyrs, ces deux grandes libertés de l'ouvrier et de la femme allaient en produire une troisième, la liberté civile ou politique, digne couronnement de l'édifice chrétien. Chaque homme s'associant à ses égaux pour la défense de ses droits, chaque famille prenant place dans une corporation, une commune, une hiérarchie, chaque pays indépendant des autres, mais se joignant à eux contre l'ennemi commun : telle est la merveilleuse république qui , en dépit des luttes et des orages , va triompher des musulmans, unis comme les païens sous un joug de fer, dans la triple servitude de l'esclave, de la femme et du citoyen.

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