‹ Histoire de FranceChapitre 57 sur 339 · LIVRE III — HUGUES CAPET · texte numérisé non relu

LIVRE III — HUGUES CAPET

chacun. Le pacte rompu par l'un, l'autre redevient libre ; nul impôt nouveau s'il n'est consenti ; chacun sera jugé par ses pairs : tels sont en France, et bientôt dans toute l'Europe, les principes de cette société nouvelle.

VI. Sans doute les grandes* voies romaines, vainement restaurées par Brunehaut et par Gharlemagne , sont défoncées par la pluie et par la gelée; plus de ponts sur les rivières , plus de routes dans les montagnes; séparées les unes des autres et livrées à ellesmêmes, les provinces ne reçoivent plus d'ordres ni de Paris ni d'Aixla-Chapelle.

Pourtant,chose merveilleuse !

tandis que chacune prend son patois, son costume, ses usages,toutes, animées du même esprit, se couvrent de châteaux, de villes, de villages, jetés sur le même moule. Aux basiliques romaines, dont la torche des pirates a détruit les plafonds dorés, succèdent les églises romanes avec leurs solides voûtes et leurs tours hardies. Les châteaux forts, véritables nids d'aigles, aux murailles épaisses, aux fenêtres étroites, remplacent les palais, servilement ornés d'anciens marbres et de vieilles mosaïques. Les

Cour des hommes libres. ( P. 80.J

villes s'entourent de remparts et de tours, les maisons de créneaux et de tourelles, et partout s'élève vivace une originale végétation de pierres, témoin durable de la vigueur de ces hommes.

VIL Jamais les temps ne furent plus difficiles ; jamais, dans sa sphère étroite et ténébreuse, chacun ne déploya plus de courage, plus d'énergie, plus d'entrain, et ne conquit plus de liberté.

Salut, ô liberté!

fleur de tous les biens, si longtemps proscrite, oubliée, méconnue! Salut, siècle généreux, le premier qui en fus digne et qui n'eus rien à envier ni aux cités de la Grèce ni aux tribus de la Germanie !

Les païens n'avaient connu qu'une liberté restreinte, réservée à quelques citoyens choisis, à la fois associés par des vertus communes, et par l'espoir de guerroyer, de conquérir, de régner ensemble. Désormais les plus forts sont astreints au devoir de ménager leurs semblables ; les plus faibles possèdent le droit de s'unir pour défendre leurs biens et leur vie. Où gît le secret de ce bien si rare, si délicat, le nœud gordien de ces nouvelles associations? Qui a su inspirer aux grands le respect des petits, aux

Page 1