‹ Histoire de FranceChapitre 66 sur 339 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

i'HiMi'i'i: i

moine et de suivre son conseil. Bien plus, il l'aima, le nomma cardinal, et, quelques années après lui, Hildebrand devenait pape à son tour sous le nom de Grégoire VII.

XXXI. L'Empereur d'alors était Henri IV, fier, cruel et débauché, détesté des grands et des bourgeois, trafiquant des biens de l'Eglise et méprisant le saint-siège. Au pape , qui le cite à comparaître

devant lui , il répond en le faisant déposer par la diète de Worms. Mais Grégoire VII ne s'émeut pas. Fort de ses droits, il excommunie l'Empereur, et, par là même , prononce aussi sadéchéance; car des peuples chrétiens ne sauraient obéir à un ennemi déclaré de l'Église. L'Allemagne entière se soulève; abandonnéde tous , le superbe Henri IV est contraint de venir, pieds nus et la corde au cou, demander le pardon de ses crimes et la grâce d'en faire •pénitence. Il s'en retourna furieux ,

avide de vengeance, désireux de piller l'Italie et de laver sa honte dans le sang. Pour de tels projet, les amis manquent-ils jamais? Ils ne manquèrent pas non plus au courageux pontife. Le moine de Cluny eut à son service l'épée chevaleresque d'un Français, le Normand Robert Guiscard , nouveau maître de Naples, et celle d'une femme intrépide , la comtesse Mathilde, qui, non contente de vouer au saint-siège sa vie et sa fortune, lui légua ses États d'Ancône, de Ferrare, de Toscane, et acheva l'œuvre de Pépin le Bref. Ces biens fu-

Prédicalion de Pierre l'Ermite. (P. 90.)

rent longtemps disputés les armes à la main, et Grégoire VII lui-même, deux fois chassé de Rome, alla finir ses jours à Salerne. Mais ce fut un exil triomphant : l'autorité spirituelle élait désormais indépendante et supérieure au pouvoir temporel, dont elle devait réprimer les excès ; l'élection libre restait assurée aux abbés, aux évêques et avant tout aux papes ;

enfin leur célibat était à jamais consacré comme le plussoliderempart de leur force et de leur liberté.

XXXII. Dans ses courtes heures de paix, Grégoire avait repris contre les musulmans les projets de Gerbert, essayé de rattacher à l'unité romaine les Grecs épouvantés, et promis de conduire en personne une armée à Jérusalem. Maisrarement un homme de génie suffit à deux grandes choses. La gloire des croisades était réservée à un autre moine de Cluny, le papeUrbainlI. Depuis longtemps les pensées pieuses se tournaient vers la Terre-Sainte. Tandis que les comtes de Toulouse et de Poitiers, allant de préférence à Saint-Jacques de Compostelle et donnant sur leur chemin quelque bon coup d'épée, aidaient à fonder les royaumes de Léon, de Navarre, d'Aragon ou de Castille, les pèlerins de tous rangs se multipliaient sur la route de Jérusalem. C'étaient tantôt de grands seigneurs, comme Foulques le Noir et Robert le Diable, tantôt l'évèque de Cambrai avec trois mille de ses ouailles, ou l'archevêque de Mayence avec sept mille

Page 1