PHILIPPE I
voie, qui entraîne la noblesse de la vallée du | Rhône; c'est Guillaume IX, comte de Poitiers, qui dit adieu aux 1 «elles dames qu'il réjouissait de ses chansons, et quitte sa cour voluptueuse et galante. Adèle de Blois force son époux Etienne à repartir, pour effacer la honte de sa désertion ; Hugues, le frère du roi, est encore une fois son compagnon. Quant au roi, il se contente, comme au premier départ, de recueillir les biens de ceux qui s'en vont, et il achète au comte Harpin la belle ville de Bourges.
XLVII. La nouvelle armée comptait deux cent soixante mille hommes. Le vieux Raymond vint les prendre à Constantinople ; mais, guide maladroit, il les égara dans le nord de l'Asie Mineure, et là, harassés, cernés par les Turcs, ils furent au moment d'être tous massacrés. Hugues tomba au plus fort de la mêlée, percé de deux flèches, et Guillaume de Poitiers, satisfait d'une bataille, revint en France la chanter dans ses joyeuses complaintes. Les plus constants reprirent la route de Jérusalem, et y parvinrent après de longues fatigues. Ils ne trouvèrent plus Godefroi, mort après un règne trop court et enterré au pied du Calvaire. Il était remplacé par son frère Baudouin, aussi brave, mais moins prudent que lui.
XL VI II. Avec leur aide, il voulut tenter quelque chose ; mais ce fut un nouveau désastre. Vingt mille Turcs entourèrent à Ramla quelques centaines de chevaliers, l'élite des croisés. Le comte de Bourges parlait de battre en retraite. « Si tu as peur, lui dit Baudouin, « va- t'en à Bourges! » et, s'élançant le premier, il essaye de disperser l'ennemi. Vains efforts : les trouées faites par les lames se refermaient; les chevaliers succombaient l'un après l'autre, et, parmi eux, le comte de Blois, puis le duc de Bourgogne. Le comte de Bourges et le roi Baudouin, renversés de cheval, échappèrent par miracle, cachés dans les bruyères. L'un revint se faire moine à Cluny ; l'autre mourut au moment de conquérir l'Egypte ; ses compagnons découragés abandonnèrent son entreprise, et rapportèrent son corps pour l'enterrer à côté de Godefroi.
XL IX. Ainsi, toujours aventureux, incon-
stants et trop occupés de gloire ou de plaisirs, les chevaliers étaient incapables de conserver une conquête. Que n'avaient -ils, avec leur bravoure, la ténacité des moines qui avaient défriché l'Occident! Que ne pouvait-on fondre ensemble ces deux vertus sœurs ! Rien de plus simple en apparence: l'obéissance, le célibat, la pauvreté sont nécessaires au soldat comme au religieux ; et pourtant rien de plus difficile à réaliser. Souvent évêques et abbés avaient pris les armes contre les Normands ou les Sarrasins, et sous le masque du courage et du dévouement s'étaient toujours glissées la violence et la cupidité, doublement odieuses chez des ministres de4 paix. Quelques croisés français trouvèrent ce secret, et surent à la fois unir et séparer par un chaînon merveilleux le cloître et la chevalerie. A l'exemple de l'ordre de Saint-Lazare, qui subsistait depuis des siècles à Jérusalem pour le soin des lépreux ou des pèlerins et pour le rachat des esclaves, le bienheureux Gérard de Provence avait bâti une église à saint Jean- Baptiste et un hôpital pour les malades et les blessés. Lui-même, avec ses compagnons, lavait leurs pieds et pansait leurs blessures. Les croisés devenant rares, l'ennemi menaçant, les hospitaliers ou religieux de Saint- Jean quittèrent leur robe noire pour la cotte d'armes rouge et jurèrent de combattre à outrance les infidèles. En même temps, neuf autres Français formaient , pour la défense des saints lieux et pour la protection des pèlerins, la communauté des pauvres frères d'armes du temple de Salomon. Leur place dans les combats était au premier rang, dans les retraites à l'arrière -garde ; à un contre trois ils se battaient encore, et le fuyard était chassé de l'ordre. Tel fut le templier, armé de foi au dedans, de fer au dehors, au front poudreux et bruni par le soleil, à l'œil chaste et fier.
L. En peu d'années ces deux ordres militaires prirent un prodigieux accroissement, et, enrichis par les dons des fidèles, ils possédèrent en Occident vingt-huit mille manoirs , dont chacun pouvait équiper et entretenir en Terre- Sainte au moins un guerrier. A leur exemple, l'Allemagne voulut avoir ses