LIVRE 111 — PHILIPPE I
chevaliers teutoniques contre les païens de Prusse, et l'Espagne ses chevaliers d'Alcantara contre les Maures. Ainsi l'Église eut ses milices, permanentes comme les légions romaines, recrutées par l'amour de Dieu, mêlant aux rudes dévouements de la guerre les
doux soins de la
charité. Grâce à Ijj leurépéetoujours hors du fourreau, lesconquètescontinuèrent et s'affermirent. Ptolémaïs,Tyr, Tripoli et beaucoup d'autres villes furent prises , fortifiées et repeuplées de chrétiens. La sécurité naissant, bourgeois, marchands, laboureurs vinrent chercher en Orient des terres, descomptoirs, des maisons, et à leur suite débarquèrent une foule de Napolitaines, qui voulaient se marier en Terre- Sainte.
LI. Ainsi, sans roi ni empereur, sans art ni génie, par le seul et libre entraînement d'une foi commune , une guerre immense avait été entreprise, de glorieuses conquêtes accomplies, un royaume et plusieurs grands États fondés, le règne du sabre, de la polygamie et de l'esclavage vaincu. Les Turcs, qui naguère menaçaient et l'empire grec aux abois , et l'Europe mal protégée par cette faible barrière, étaient pour longtemps contenus en Asie Mineure , repoussés de la Syrie et de la Palestine, et le vieux berceau de l'Église et
Les croisés arrivent en vue de Jérusalem. (P. 93.)
du genre humain voyait refleurir ses chrétientés foulées par les infidèles. L'Egypte et les côtes d'Afrique avaient reçu de sévères avertissements ; les flottes des croisés sillonnaient en tous sens et dominaient la Méditerranée. De vastes colonies dans les plus riches
terres du monde jgj1 s'ouvraient aux peuples jeunes et serrés de l'Occident, et avec elles la route des Indes et le commerce de l'Asie. Commencées par un pape français, ces choses s'étaient faites par l'épée des Français;duRhin aux Pyrénées, pas une grande famille qui n'y eût dépensé le plus pur de son sang; de l'Espagne à la Syrie, pas un matelot qui ne parlât cette langue provençale , sœur aînée de l'espagnol et de l'italien, que l'Orient nomme encore la langue des Francs.
LU. Cependant Philippe I avait vu en spectateur indolent les conquêtes de Guillaume le Conquérant en Angleterre et les hauts faits des croisés. Tandis que son frère Hugues allait mourir en Asie, lui, toujours excommunié, n'avait fait pénitence qu'à la mort de la reine Berthe. En fait d'agrandissements, il s'estimait heureux d'avoir acheté la ville de Bourges , et d'avoir marié son second fils avec l'héritière du château de Montlhéry, dont le redoutable seigneur, Guy de Trusselles, venait de partir pour la croisade.