‹ Histoire de FranceChapitre 75 sur 339 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

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comme un aigle sur les ailes de la pureté et de l'humilité; l'autre, se croyant invincible et côtoyant les abîmes de la science et de l'amour, devait tristement succomber.

LX. La curiosité et l'attrait de la célébrité entraînèrent Abélard, de hardiesse en hardiesse, à expliquer par la raison les mystères de la foi. Une jeune et savante élève, la trop aimable Héloïse, devint la dame de ses pensées et l'écueil de sa vertu. A la fumée de la gloire et des applaudissements se joignit l'ivresse plus douce encore d'une tendre idolâtrie. Le réveil fut terrible. Troublant cette félicité, l'oncle d'Héloïse se vengea brutalement, le fer à la main, et voua sa victime à une honte publique. Mais, pour arrêter Abélard sur cette pente dangereuse , pour guérir son cœur sans l'aigrir, il fallait une main moins cruelle; ce n'était pas trop du sage champion de la foi , de l'amoureux chevalier de la Vierge Marie, du grand saint Bernard. La lutte commença par des écrits pleins de feu ; elle se termina par un concile, où tous deux comparurent en présence du roi et de la cour. A la vue de l'abbé de Clairvaux, Abélard resta muet et pétrifié ; avouant par là sa défaite , il fut condamné à un silence perpétuel, et s'y soumit (1122). S'il avait eu des faiblesses, son héroïque pénitence les fit oublier. Disant adieu à la gloire qui avait bercé sa jeunesse, il voulut finir dans l'amitié de saint Bernard et de l'Église, et il alla passer ses deux dernières années dans les beaux cloîtres de Cluny, où il redevint doux et simple comme un enfant. Il y mourut à l'édi- ' fication de tous , demandant à reposer sous les yeux de celle qu'il avait tant aimée, et lui donnant rendez-vous dans une vie meilleure. Depuis longtemps Héloïse avait, comme lui, cherché un asile dans le cloître, et, épurant leur amour, ils n'étaient plus unis que par les liens d'une pieuse et chaste correspondance. Ainsi méritèrent-ils que l'Église réunit un jour leurs tombeaux.

LXI. De même que le roi et sa cour restaient indifférents aux croisades, de même assistèrent-ils en simples curieux à ce tournoi de la science divine et de la science humaine. De mesquines affaires et de minces plaisirs

continuaient à les absorber. Vainqueur des sires de Monllhéry, de Puyset et de Coucy, Louis VI avait sa petite guerre , non avec le pape, mais avec l'archevêque de Paris, dont il avait distribué les biens à des courtisans, et il s'appuyait contre lui de l'amitié de Suger, frivole abbé de Saint-Denis, qui de son abbaye avait fait un magnifique rendez-vous de fêles pour les dames et les chevaliers du temps. Saint Bernard commence par Suger, et, à la stupeur des courtisans, le convertit, en fait son ami et un saint abbé. Le roi est plus obstiné, et reste sourd à cette éloquence ; mais, par un arrêt de la miséricorde divine, son fils aîné meurt subitement d'une chute de cheval. Frappé dans son cœur et inconsolable jusqu'au tombeau, Louis le Gros fait pénitence; son troisième fils prend l'habit de Clairvaux; et, de peur que le second, le seul qui lui reste, ne lui échappe aussi, il supplie qu'il soit sacré.

LXII. C'était le moment où saint Bernard amenait en France et conduisait par la bride, de ville en ville, la mule du pape Innocent II. chassé d'Italie. Les Gibelins, parti violent el antinational , amis incorrigibles des empereurs d'Allemagne, l'avaient remplacée Borne par un intrigant, fils d'un juif converti. Saint Bernard, dont les regards perçaient l'horizon borné d'alors, se déclara le champion d'Innocent II, et le fit reconnaître par Louis le Gros, qui lui offrit asile en France , et qui alla respectueusement au-devant de lui. En échange, à Beims, le pape déposa solennellement sur le front de Louis VII, héritier de la couronne, cette onction pontificale qu'avaient obtenue Pépin et Charlemagne, et qui, aux yeux des peuples, ajoutait à leurs suffrages le suffrage de Dieu. Ainsi, alors que se prononçait en Allemagne la déchéance d'empereurs parjures et impies , à chaque règne la puissance héréditaire des rois capétiens se confirmait en France par une sorte d'élection, et cette famille, qui n'était pas indigne de l'affection et du respect de ce beau pays, y jetait des racines de plus en plus profondes.

LXI IL II n'en était pas partout de même. Alors qu'à l'exemple de la France et à la voix de saint Bernard , l'Angleterre et l'Allemagne

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