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LIVRE III

PHILIPPE-AUGUSTE

de Gisors sous un orme séculaire, dont huit hommes ne pouvaient embrasser le tronc.

Les Anglais se mirent à l'ombre, et laissèrent les Français à un soleil brûlant. Piqué, Philippe-Auguste monta à cheval, chassa les Anglais de la plaine, et fit couper le vieil orme de Gisors.

LXXIX. Pendant celte lutte mémorable, la force brutale recevait un nouvel échec , et l'autre illustre proscrit qu'avait abrité la France , le pape Alexandre III, était rentré en Italie.

Barberousse , qui avait juré de l'avoir pieds et poings liés, fut vaincu sur terre par les villes lombardes,surmer par les galères vénitiennes. Il fut réduit à venir baiser les pieds du pontife et à implorer son pardon. Le pape , reconnaissant, tira de son doigt un bel anneau, et le remit au doge de Venise, désormais prince de l'Adriatique; le doge jeta l'anneau dans la mer, et la

mer fut épousée. En même temps Alexandre III, sauvé par l'épée de quelques villes libres, proclama la liberté chose à jamais sacrée, l'esclavage banni de toute terre chrétienne , et , pour mettre l'arche sainte de toute liberté, l'élection des papes, à l'abri de la violence et de la corruption , il en exclut la servile et vénale populace de Rome, dont le despotisme germanique n'avait que trop cultivé les vices , et réserva ce choix difficile au collège des cardinaux, jusqu'alors curés de Rome. Ainsi la France pouvait être fière des

Louis Vil combat les Sarrasins. (P. 102.

hôtes qu'elle avait généreusement accueillis, et de la cause sainte qu'elle servait au dedans comme au dehors.

LXXX. Rentrés à Rome, les papes n'avaient plus qu'une pensée : arrêter la guerre entre la France et l'Angleterre, et tourner leurs forces vers la Terre-Sainte. En effet, de nouveaux et terribles désastres venaient

de fondre sur ces jeunes colonies , trop vite amollies au beau soleil d'Orient. L'Egypte , jusqu'alors négligée par les croisés, était devenue pour les Turcs le centre d'unedynastie nouvelle. Le grand Saladin en était sorti pour attaquer et soumettre tous les émirs de Mésopotamie et de Syrie.

De Damas, centre de son armée, il ravageait cruellement les bords du Jourdain , et menaçait la Palestine d'une ruine complète. Le dernier roi de la famille d'Anjou, Baudouin IV, se mourait de la lèpre, sans autre successeur qu'un beau-frère peu aimé, le Gascon Guy de Lusignan. Le parti opposé alla jusqu'à invoquer les secours de Saladin. En ce péril, le patriarche de Jérusalem partit avec les grands maîtres du Temple et de l'Hôpipital, et vint trouver les rois de France et d'Angleterre. Philippe-Auguste déclara qu'il attendait la réponse de son ennemi. Henri II. qui pourtant avait juré d'expier le meurtre de saint Thomas de Cantorbéry, s'excusa et offrit de l'argent : « Gardez vos trésors , lui « répondit le patriarche ; ce n'est pas de l'or,

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