‹ Histoire de FranceChapitre 84 sur 339 · I.1VHK III · texte numérisé non relu

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moines, prêtres et cardinaux jurèrent d'imiter à l'avenir la pauvreté des apôtres, et les plus pieux se reprochèrent d'avoir mérité ce désastre par leurs péchés.

LXXXIV. 11 ne restait aux chrétiens de Palestine que Tripoli, Tyr et Ascalon. A son tour l'archevêque de Tyr s'embarqua pour l'Occident, et vint implorer le secours des rois de France et d'Angleterre. N'étaientils pas les plus coupables? Débarrassé de Henri II, Philippe-Auguste prit la croix, et avec lui Richard Cœur-de-Lion , qui lui avait juré éternelle amitié (1189). La noblesse des deux royaumes suivit tout entière. Ceux qui ne partaient pas payèrent la dîme saladine ou le dixième de leurs revenus ; le clergé luimême n'en fut pas exempt. On devait faire la route par mer et s'embarquer à Gènes ou à Marseille. Pour éviter les excès qui avaient perdu la seconde croisade, jeux de hasard, lestins, habits somptueux furent défendus, et le voyage interdit aux femmes. Vaines mesures pour ranimer une piété languissante ; la piété se décrète-t-elle jamais? A sa place, l'amour des aventures chevaleresques et galantes, le désir de la gloire, étaient devenus le grand mobile. Un prince excommunié, l'empereur Barberousse , voulut quand même se mêler de guerre sainte. Bravant la colère de Dieu, il partit avec une armée superbe; mais, moins heureux qu'Alexandre le Grand, il périt misérablement en Asie Mineure pour avoir traversé une rivière à la nage. Son armée se dispersa, et douze mille hommes seulement vinrent, sous les ordres de Léopold d'Autriche, rejoindre les Français.

LXXXV. Philippe et Richard avaient débarqué en Terre-Sainte, après avoir pris en route l'île de Chypre. Peu pressés de voir et de reconquérir Jérusalem, ils entreprirent le siège de Ptolémaïs, ville forte et populeuse, port de mer important, dont les environs pouvaient nourrir l'armée. Deux années s'y passèrent en combats, où éclatait la bravoure des chefs, en trêves et enjeux, où Turcs et chrétiens luttaient d'adresse et d'habileté. Saladin lui-même échangeait avec les deux souverains de magnifiques présents et des attentions courtoises. Enfin , après avoir dépensé plus

de sang et de courage qu'il n'en eût fallu en d'autres temps pour conquérir la Palestine, après avoir prolongé le siège à plaisir, l'assaut fut livré , et Léopold d'Autriche enleva le premier une tour à la pointe de l'épée. Survenu après lui, l'insolent Richard Cœur-de-Lion fit jeter sa bannière dans le fossé, et n'admit que Philippe-Auguste au partage du butin. Irrités de cet affront, les Allemands partirent les premiers, avides de vengeance. Le roi de France les suivit ; des affaires l'appelaient, et c'était une bonne occasion pour les régler que l'absence de son ami Richard, auquel il jura bien pourtant de ne pas toucher à ses Etats. Philippe laissa dix mille hommes sous les ordres du duc de Bourgogne. Le comte de Champagne prit le titre périlleux et stérile de roi de Jérusalem, que le dernier élu, Guy de Lusignan, échangea volontiers contre la belle île de Chypre.

LXXXV I. Ainsi se termina la troisième croisade , à laquelle les plus grands souverains d'Occident n'avaient pas rendu l'éclat de la première. Richard resta encore à guerroyer en Palestine, chantant des vers et rompant des lances, défiant tour à tour troubadours et chevaliers, essayant vainement d'égaler par ses aventures la gloire du grand Saladin. Il part enfin ; il est jeté par la tempête sur les côtes de l'Adriatique. Se méfiant des Français, il se déguise en cuisinier, et traverse l'Autriche. C'était courir au danger. Reconnu dans une hôtellerie, il est livré à ce même Léopold dont il a insulté la bannière sur les murs de Ptolémaïs , et il est jeté dans un sombre donjon voisin du Danube. Qu'étaitil devenu ? Nul ne le savait ; nul n'en fut inquiet. Seul, un troubadour, le fidèle Blondel d'Arras, parcourait l'Allemagne cherchant son seigneur et le guettant sous les murs de tous les châteaux. Il y avait trois mois que le prisonnier rongeait son frein , ne sachant si jamais il sortirait de ce tombeau ; par bonheur il chantait encore, et Blondel, passant là, reconnut cette voix bien- aimée. C'était le premier couplet d'une chanson galante, que jadis ils avaient composée ensemble. Le troubadour répondit par le second couplet. Derrière ses barreaux Richard sut qu'il avait

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