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LIVRE III — PHILIPPE-AUGUSTE

parjures de Barberousse. Mais quoi de plus orgueilleux qu'un parvenu ! A peine Empereur, Othon épouse les traditions de ses devanciers, passe les Alpes (1207) en conquérant, ravage l'Italie, et vient dépouiller le jeune roi de Naples. Désormais il était digne de son oncle. Tous deux excommuniés, ils prennent les armes contre la France, qui, seule, ne courbe point la tête, et, tandis que les Anglais débarquent à la Rochelle, Othon réunit sous ses bannières les comtes de Flandre , de Boulogne et de Hollande , les ducs de Lorraine et de Brabant, et entre par le Nord.

XCIII. Philippe connaissait la lâcheté de Jean Sans-Terre, brave seulement du jour où ses alliés triompheraient. Aussi, méprisant son attaque, il marcha droit aux Allemands, et les rencontra à Bouvines, entre Lille et Tournay (1214). L'armée ennemie était de cent vingt mille hommes, toute de chevaliers ou de barons aux brillantes armures; pour étendard elle avait un immense dragon , surmonté d'un aigle d'or et traîné sur un char, image fantastique de la monstrueuse ambition d'Olhon. Les troupes de Philippe-Auguste étaient de moitié moins nombreuses et composées , en grande partie , des milices de Corbie, d'Amiens, de Beauvais, de Compiègne, d'Arras et de vingt autres communes voisines, venant, comme sous les règnes précédents , combattre avec le roi pour leur indépendance. Les armes de ces bourgeois étaient modestes, leurs cœurs fermes et résolus, et dans ces rangs silencieux régnait la paisible confiance de combattre pour Dieu et pour la liberté. Les chevaliers du Nord espéraient avoir bon marché de ces gens de pied , et se jetèrent en aveugles sur eux. Ils furent reçus avec un sang- froid qui les déconcerta. Philippe-Auguste combattait au premier rang, animant chacun de sa parole et de son exemple. Il était si près de l'ennemi qu'un Allemand accrocha sa cuirasse avec le fer d'une pique , et voulut le tirer à bas de son cheval ; mais quelques braves se jetèrent en avant , et le dégagèrent. Après une mêlée sanglante , l'ennemi recula ; vainement l'Empereur essaya de ramener lui-même ses escadrons

décimés. Sa seconde attaque fut encore moins heureuse ; la déroute devint générale ; alors les Français se mirent en branle, et poussèrent les fuyards l'épée dans les reins. L'étendard de l'Empire tomba entre leurs mains avec un riche butin et des milliers de prisonniers.

XCIV. Parmi eux se trouvaient les comtes de Flandre et de Boulogne, vassaux félons, qui avaient voulu secouer l'autorité du roi. Ils furent chargés de chaînes et amenés à Paris : leçon salutaire pour ces fiers seigneurs, qui, flottant entre la France et l'Allemagne, ne songeaient qu'à vivre aux dépens de leurs voisins. Entraînés par cette victoire, les ducs de Lorraine furent dès lors, sinon les vassaux, du moins les amis, les compagnons d'armes et les alliés fidèles des rois de France. Ainsi Philippe-Auguste, s'il n'avait point acquis de nouveaux territoires à l'Est comme en Normandie, avait assuré, contre le pouvoir envahisseur des empereurs, l'indépendance et l'unité des peuples qui avaient fait les croisades. Quant à Jean , réfugié en Angleterre , lâche et perfide envers ses propres sujets, il leur fit les plus larges concessions de liberté, puis les révoqua, et se rendit à la fin si odieux et si vil que ses barons appelèrent à sa place le fils de Philippe-Auguste. Déjà le prince français avait été couronné à Londres, et, par un singulier retour de fortune , la France allait écraser l'Angleterre , naguère si menaçante , quand le pape , évitant toujours les excès de la victoire, arrêta les vainqueurs, et que Jean mourut fort à propos pour laisser la couronne à son fils. Peu après, l'empereur Othon finit tout aussi misérablement, et, à sa place, Innocent III sacra le petit-fils de Barberousse, le jeune roi de Naples, son cher Frédéric II, croyant cette fois avoir conjuré l'ingratitude par ses bienfaits.

XCV. Cependant la victoire de Bouvines avait été une fête pour toute la France et surtout pour les bourgeois. Ces braves gens chérissaient le roi généreux avec lequel ils avaient combattu, et qui, moins timide que son aïeul, leur avait accordé les droits de commune dans son domaine. De toutes les

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