‹ Histoire de FranceChapitre 90 sur 339 · UVRK III — LOUIS VIII · texte numérisé non relu

UVRK III — LOUIS VIII

honteusement à la cour d'Angleterre, refuge digne de lui.

Cil. Montlbrt avait accompli tout ce que peuvent le coup d'œil, la vigueur, l'héroïsme d'un grand capitaine, et, en échange, le concile de Latran et le roi de France l'avaient investi du comté de Toulouse. Pour consolider son pouvoir, et en même temps pour dédommager le fils du vaincu , désormais sans héritage, Innocent III venait d'abandonner, avec une rare générosité, au jeune Raymond tout ce que le saint-siège possédait en Provence. Tout semblait terminé. Mais, quelque braves que soient ses soldats, la vérité dédaigne de triompher par leur glaive, et affermit rarement leurs conquêtes. Livré à ses propres forces, Montfort se vit bientôt chassé d'une capitale qu'il ne pouvait plus contenir, et réduit à recommencer seul une guerre inégale. Du moins voulut-il mourir en guerrier et en chrétien. Averti que la bataille s'engageait, il ne quitta l'autel qu'après avoir vu son Sauveur élevé par la main du prêtre, monta à cheval avec le pressentiment de sa fin, fit reculer encore une fois l'ennemi qui n'osait le voir en face, et tomba mortellement frappé d'une pierre à la tête.

GUI. Trois ans plus tard, le vieux Raymond, rétabli dans ses États, mourut subitement, et, tout tremblant, n'eut que le temps de serrer la main d'un prêtre. Il laissait pour héritier son fils Raymond VII, compagnon de ses infortunes, mais non de son impiété. L'affaire se termina comme celle de Poitiers. Incapable de lutter, le fils de Montfort céda ses 'droits au roi de France, au jeune Louis VIII (car Philippe-Auguste venait aussi de descendre dans la tombe) (1223). Raymond VII demanda à se réconcilier avec l'Eglise, maria sa fille à Alphonse, troisième fils du roi, et, leur laissant ses beaux États, partit pour la Palestine, où il avait juré de combattre. La mort le surprit en route.

G IV. Ainsi la France se trouvait définitivement agrandie au midi par l'extinction des deux puissantes familles de Poitiers et de Toulouse. De leurs vastes domaines il ne restait aux Anglais que Rordeaux et la Guyenne. Le roi Louis VIII gouvernait l'Ile-de-France,

la Picardie et la Normandie, et tenait sous sa suzeraineté la Flandre et la Champagne, dont la victoire de Bouvinea avait à jamais fixé le sort. Son fils Alphonse était maître du Poitou; son fils Charles régnait sur l'Anjou, à la veille d'épouser l'héritière de Provence; un de ses cousins possédait la Bourgogne ; un autre était duc de Rrelagne.

CV. C'étaient là, sous une seule famille, de belles, de riches, de belliqueuses provinces, et jamais si complète unité n'avait relié, des Pyrénées à la Somme, les peuples de France. Mais sous ces brillants dehors couvaient les plaies de l'hérésie, mal guéries par les horreurs de la guerre. Dans l'Église croissaient chaque jour des vices triomphants, qui compromettaient sa vie. Les richesses attachées aux évêchés et aux abbayes excitaient la cupidité ; de là dans les élections l'intervention des seigneurs, de là la brigue des ambitions, la jalousie des petits, grands périls pour la liberté et pour les vertus chrétiennes, plus faciles à garder à l'ombre de la pauvreté. Philippe -Auguste n'avait accepté qu'en frémissant les ordres du pape, et n'avait trouvé que trop d'évèques complaisants. Les orages de l'Allemagne, de Poitiers' et de Toulouse menaçaient de renaître partout.

CVI. Vainement, pour les prévenir, l'Église, sous le nom d'inquisition, avait chargé ses docteurs de scruter et d'arrêter dans leur source ces perfides doctrines de l'hérésie, qui éclataient tôt ou tard en crimes ou en révoltes. Vainement, lui prêtant leurs bras et souvent dépassant son zèle, les seigneurs, non seulement enfermaient, niais torturaient et brûlaient les hérétiques. Pour vaincre et châtier ceux qui menacent son existence, il importe qu'avant tout la société ùte tout prétexte à la bonne foi de ses ennemis, et se mette, par sa justice, à l'abri de leurs plaintes et de leurs attaques. Nulle force humaine, même légitime, nulle violence, nul supplice ne remplacent pour la défense de la vérité la puissance douce et calme de la vertu. Or, pour apaiser et soumettre les esprits au lieu de les soulever, il fallait des mains bienfaisantes; il fallait encore une fois la voix, l'exemple, la sueur des saints, bien dus à la France en échange

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