LIVRE III — SAINT LOUIS
d'avoir laissé pour fils le bon , le grand , l'inimitable saint Louis.
CXV. Lorsque Louis IX perdit son père (1226), il était tout jeune , et longtemps encore sa mère l'entoura de tendres soins et de conseils sages, en même temps que, d'une main ferme, elle lui conservait son royaume. En présence d'une femme, les grands vassaux avaient cru le moment venu de secouer l'autorité royale et, comme au temps jadis, de ne plus dépendre que de leur épée.
Us comptaient en même temps mettre la main sur les biens et sur les dignités del'Église. N'étaientce pas eux qui , depuis Charlemagne, la soutenaientde leurs armes, qui avaient converti les Saxons , chassé les Sarrasins, détruit les Albigeois , et qui, chaque jour encore, bridaient en grande pompe des hérétiques?
Que pouvait-on leur refuser sans
injustice? Tout en tenant ce beau langage, ces hypocrites se liguaient avec les Anglais, prenaient traîtreusement les armes, et venaient ravager les environs de Paris. La reine était avec son fils à Montlhéry, et n'osait en sortir. Les bourgeois de Paris, se méfiant des seigneurs et amis du jeune roi, vinrent bravement le délivrer, et l'escortèrent de leurs bataillons jusqu'aux portes de leur bonne ville. Blanche reprit courage. Sans autres amis que Dieu
Le roi Louis YIII confiant à Blanche les secrets de l'État.
et les bourgeois, elle marcha contre le chef de la ligue , son perfide cousin le duc de Bretagne, qui avait osé recevoir le roi d'Angleterre à Saint- Malo ; elle lui enleva la place de Bellème, et le força à demander la paix. Soumis et repentant, Pierre Mauclerc vint,
la corde au cou, se jeter aux genoux du roi; laissant à son fils le duché de Bretagne, il prit la croix, et jura de finir ses jours en Palestine (1234).
CXVI. Après lui , le plus important des seigneurs était le comte de Champagne , le poète Thibaut, épris à certains jours de la reine Blanche , et pourtant incertain entre elle et ses ennemis. Il changea trois fois de parti, et, toujours malheureux, il fut obligé de vendre au roi Blois, Chartres, Sancerre et Chàteaudun. Puis, comme Pierre de Bretagne, il dit adieu aux plaisirs, aux dames et au beau pays de France , et s'embarqua pour l'Orient avec le duc de Bourgogne, les comtes de Bar, de Vendôme et le fils de Simon de Montfort, aussi ardents à la croisade que naguère à la révolte. L'empire français de Constanlinople, aux prises avec les Grecs et les Bulgares, et la Terre-Sainte , désolée par les Turcs, se disputaient ce précieux renfort. Ils firent voile pour Ptolémaïs ; mais, guerroyant chacun de leur côté, contents d'enlever