L1VHE III - SAINT LUUIS
quelques troupeaux aux environs de Damas ou de Gaza , ils tombèrent dans un piège , furent accablés par les Turcs, laissèrent iMoutfort prisonnier, et, revenus en petit nombre, ne songèrent plus qu'à revoir la France. Le poète Thibaut alla mourir dans son royaume de Navarre, héritage de sa femme.
CX VII. Au milieu de ces folles tentatives des grands, Blanche avait solidement établi ses fils.
Robert était comte d'Artois; Alphonse, déjà investi du comté de Poitiers, avait épousé la fille du dernier Raymond de Toulouse, et l'héritière de Provence avait apporté en dot le reste du Midi à Charles d'Anjou. Quant à saint Louis, il avait grandi en âge et en vertu sous l'aile de sa mère. « Mieux vaut mourir que mal faire, » lui répétait-elle sans cesse. Ce fut la devise de toute sa vie, partagée entre l'amour du bien et le mépris de tous les dangers.
CXVIII.Sesturbulents et incorrigibles vassaux éprouvèrent les premiers son courage. De même que les seigneurs du Nord exploitaient tour à tour le voisinagedela France et de l'Empire, de même ceux du Midi appuyaient leur indépendance tantôt sur les Français , tantôt sur les Anglais. Cette fois ils invoquèrent le roi d'Angleterre, et à leur tète se mit le comte de la Marche, gendre dp Pierre Mauclerc, hôte félon qui quitta honteusement la table royale pour lever le drapeau de la révolte. Saint Louis ne perdit pas de temps. Avec une ardeur de jeune
Saint Louis à Taillehourg. (P. 11
homme, il emporta bravement le pontdeTaillebourg (1242), rejeta les rebelles au delà de la Charente , les poursuivit l'épée dans les reins jusque sous les murs de Saintes, et les écrasa avant qu'ils pussent rentrer dans la place. Le comte de la Marche vint se mettre à sa merci et demander à genoux son pardon , tandis que devant lui ses ennemis triomphants
et vengés se faisaient couper les cheveux qu'ils avaient juré de laisser croître. Les Anglais demandèrent une trêve de cinq ans.
CXIX. Cependant, dans son ardeur à suivre l'ennemi, le jeune roi s'élait fatigué outre mesure. Revenu à Paris , il tomba, gravement malade, et fut bientôt si bas qu'une damequi le gardait le crut trépassé et couvrit son visage.
Quand il rouvrit les yeux , il demanda la croix.
Une voix lui avait parlé, et Dieu lui avait commandé de délivrer la Terre- Sainte. Ainsi , à peine rendu à ses amis, il allait s'arracher de leurs bras. Sa mère le pleurait comme mort, et craignait de ne plus le revoir. Pour tout le royaume , son départ n'était - il pas une menace de guerre civile et la perte d'une paix si récente? Mais il demeurait inébranlable, et, comme pour justifier sa confiance, les hommes les plus turbulents et jusqu'au comte de la Marche, entraînés par son exemple, juraient de partir avec lui.
CXX. Pendant que saint Louis achetait et faisait creuser 1»' porl d'Aiguës- Mortes, qu'il