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UVRE III

SAINT LOUIS

y réunissait une flotte, et qu'il amassait à Chypre d'immenses approvisionnements de blés et de vins, un grand débat tenait l'Europe suspendue. La cause n'en était pas nouvelle : Frédéric 1 1 , ce jeune roi de Naples qu'Innocent III avait défendu contre Olhon et plus tard sacré Empereur, avait, en reconnaissance, promis de prendre la croix. Mais, fasciné par sa propre grandeur, entouré de légistes et de poètes, qui flattaient son ambition, ou chantaient ses vices, il n'avait employé qu'à asservir l'Italie les impôts et les soldats levés sous prétexte de croisade. Puis il était parti excommunié comme Barberousse , avait traité avec les Turcs, était entré à Jérusalem; mais les chrétiens d'Orient l'avaient reçu comme un fléau de Dieu , non comme un libérateur, et sur son passage toutes les églises s'étaient fermées. Furieux, il abandonna la Terre -Sainte à son triste sort, revint dans le royaume de Naples, que Dieu, disait-il, eût préféré, s'il l'eût connu , et là déchargea de nouveau sa haine sur l'Italie, saccagea Milan, et força le pape à se réfugier au delà des Alpes. Innocent IV réunit un concile à Lyon , prononça la déchéance de cet empereur, plus musulman que chrétien , et proposa à saint Louis la pourpre pour l'un des siens. Le pieux monarque refusa ce funeste héritage : c'était assez du royaume dont il avait à rendre compte. D'ailleurs , il ne voulait pas fermer les voies du repentir à l'incorrigible Frédéric, qu'il connaissait mal, et qui, en échange de sa médiation auprès du pape , prévint les Turcs de ses préparatifs de guerre et de ses projets sur l'Orient.

CXXI. A ce même concile de Lyon avaient paru les ambassadeurs d'un peuple nouveau , les Tartares, qui, surpassant l'ardeur conquérante des Turcs, venaient de soumettre la Chine, la Russie .et les trois quarts de l'Asie. Sortis des grandes steppes à l'est de la mer Caspienne , on aurait pu les prendre d'abord pour ce peuple Gog et Magog , qui , commandé par l'Antéchrist, devait dominer la terre. Mais, au contraire, à les entendre, cherchant des alliés contre les enfants de Mahomet , ils étaient omis des chrétiens . disposés à rerevoir

le baptême ; leur chef se faisait même passer pour déjà converti. Quels alliés inattendus pour les croisés que ces Tartares, qui avaient déjà balayé devant eux tous les Turcs d'Asie, et pour qui la délivrance de la Palestine ne serait plus qu'un jeu ! Quelle perspective pour l'Eglise que la conquête de cet empire, allant jusqu'aux rives de l'autre Océan! Quelles espérances pour l'unité toujours rêvée de la grande famille humaine! Des religieux franciscains partirent aussitôt pour prêcher Jésus-Christ aux khans de Tartarie. Leur mission ne resta pas sans succès : de là les traces que le christianisme a laissées en Asie et en Chine , attestant qu'il fut à la veille d'y régner. Mais les hommes crurent trop tôt au triomphe toujours laborieux de la vérité. Au bout d'un siècle les ouvriers allaient manquer à cette moisson naissante ; l'empire de Chine , abandonné à sa décrépitude , devait demeurer le plus vaste chef-d'œuvre de la sagesse de l'homme livrée à ses seules forces , et les Tartares attendent encore, pauvres et ignorants sous leurs tentes, d'être appelés à la vérité ou à de nouvelles conquêtes.

CXXII. Pendant que les premiers missionnaires se dirigeaient vers la Tartarie , tranquille de ce côté .et comptant sur l'alliance de ces barbares , saint Louis résolut d'attaquer l'Egypte, vieille terre d'impiété, dernier et puissant refuge des Turcs. Il alla recevoir à Saint- Denis la panetière et le bourdon de pèlerin , et prit la route d'Aigues-Mortes, au milieu des cris d'enthousiasme et des larmes de ses peuples (1248). A Cluny, sa mère , qui ne pouvait se détacher de lui, l'embrassa une dernière fois ; c'était à cette main chérie et respectée qu'il confiait , en son absence , le gouvernement de la France. Avec lui partaient son épouse Marguerite, ses frères Robert d'Artois et Charles d'Anjou (Alphonse de Poitiers devait amener l'arrière-garde), puis le duc de Bourgogne, le duc Pierre de Bretagne, les comtes de Saint-Pol, de Dreux, de Bar, de Soissons, de Blois , le dernier Archambault de Bourbon , destiné à mourir en route ; le comte de la Marche , qui , par testament, rendait tous biens mal acquis; enfin le sire de Joinville, qui devait revenir

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