‹ Histoire de FranceChapitre 97 sur 339 · RE III · texte numérisé non relu

RE III

SAINT LOUIS

roi seul, bien qu'à demi mort, ne voulait pas abandonner cette armée débandée, décimée, assaillie de Turcs et de Bédouins, et préférait mourir avec les siens ; il fut pris par l'ennemi avant d'avoir pu rejoindre Damielte.

CXXIX. Ceux qui avaient cru trouver par eau une route plus facile eurent le même sort.

Montés sur une flottille plus nombreuse et plus active, les Turcs saisirent tous les bateaux. Ils tuèrent les malades , sous prétexte qu'ils ne sauraient point se guérir , ne gardant que les plus riches pour en tirer rançon. Quant aux matelots et aux soldats valides, les uns se firent Turcs pour sauver leur vie, les autres furent massacrés ou emmenés en esclavage. La nouvelle de ce désastre alla jeter l'épouvante dans Damiette.

N'ayant plus rien à gagner, les marins et les marchands de Pise,

de Gènes et des autres riches cités , voulaient sur-le-champ quitter la ville. Il fallut , pour les retenir, que la reine Marguerite employât l'or, plus puissant que ses prières. Cette infortunée princesse savait son époux mourant et captif. Elle était dans une ville assiégée et mal défendue , et, à toute heure, s'attendant à être prise , elle faisait coucher près de son lit un fidèle chevalier de quatre-vingts ans. \fn jour elle le fit agenouiller et jurer de lui rendre un service : c'était de lui couper la tète si la

Adieux de saint Luuis et de sa mère. (P. 118.)

ville était envahie. « Je le ferai volontiers, < lui répondit le vieux serviteur, et même je « l'avais déjà pensé. » Ce fut en ces jours d'anxiété que la reine eut le fils qu'en souvenir de IrUtesse (.-Ile nomma Jean Tristan. CXXX. Cependant le roi avait échappé à la

maladie. Guéri, il restait à la merci du Soudan , qui , peu soucieux de sa parole, demandait comme rançon les dernières places fortes de Palestine. Ne les ayant pas conquises, saint Louis ne se croyait pas le droit d'en disposer, et il les refusa. Menacé d'avoir les jambes brisées, il dit que, prisonnier, on peut faire de lui tout ce que l'on voudra, maisrju'il ne cédera pas. Enfin, vaincu par sa fermeté, le soudan ne demande plus que Damiette et cinq cent mille livres. « Damiette « sera ma rançon, « dit le roi , et le « reste celle de « mes soldats; car « je ne suis pas un homme qui se rachète à « prix d'or. » Touché de ce noble orgueil et stupéfait de ne pas se voir marchandé, le soudan lui remet cent mille livres, et prépare tout pour lui rendre honorablement la liberté. Tandis que le vaincu inspire respect et amour autour de lui, le vainqueur tombe sous les coups d'une révolte militaire , et, un instant, les rebelles se demandent s'ils n'offriront pas leur empire à saint Louis. Puis, craignant sa main terme et sage, ils préfièrent s'abandonner à

Page 1