CHAPITRE II
LA FRANCE SE FORME SOUS LES CAPÉTIENS
LES CAPÉTIENS DIRECTS (987- 1328). 0 fit Le royaume de Hugues Capet ne comprenait pas toute la vraie France, mais seulement les pays situés entre l'Atlantique, les Pyrénées, le Rhône, la Saône, la Meuse et 1 Escaut.
Le reste du territoire (Lorraine , Alsace, Franche-Comté, Savoie, Dauphiné, Provence) était alors soit indépendant, soit rattaché au Saint- Empire germanique.
Malgré son titre royal, Hugues n'était rien de plus qu'un seigneur semblable aux autres. Il ne possédait en propre que le domaine royal, c'est-à-dire le petit pays compris entre Noyon et Orléans avec Paris au centre. Encore s'y trouvait-il des châtelains qui lui refusaient • toute obéissance. Le reste de la France était partagé en domaines féodaux, vassaux du roi, mais, en fait, pleinement indépendants (duchéd et comtés de Flandre, Champagne, Blois, Bretagne, Normandie, Anjou, Bourgogne, Aquitaine, Gascogne, Toulouse). Ces grands fiefs étaient à peu près tous plus considérables que le comté de Paris, domaine du roi. De plus, à la suite de la conquête normande en Angle-
Sceau de l'Université.^ 1292 (Archives nationales.)
terre (1066) et de mariages heureux, un vassal des Capétiens, le comte d'Anjou Henry Plantagenet, se trouva maître à la fois de l'Angleterre, delà Normandie, de l'Anjou, du Poitou, de l'Aquitaine et de la Gascogne (1 154), dix fois plus riche, par conséquent, et plus puissant que son suzerain.
La situation des Capétiens paraissait désespérée : leurs ressources étaient insignifiantes, et colossale la tâche qu'ils avaient à remplir. Il leur fallait en effet :
1 ° Accroître le domaine royal de façon qu'il se confondît peu à peu avec le royaume même, et, pour cela, chasser les Anglais de France ;
2° Etendre ce royaume hors de ses limites de 987 vers les frontières naturelle de l'ancienne Gaule : Alpes et Rhin ;
3° Réduire à l'obéissance tous les sujets ; quels qu'ils fussent, et faire du roi un maître absolu.
Cette oeuvre se réalisa cependant en deux temps et en six siècles.
. Dans la première période (987- 1 328) régnèrent les Capétiens directs. Presque tous sont des hommes intéressants, et quelques-uns d'entre eux : Philippe Auguste, Saint Louis, Philippe le Bel, des souverains d'un véritable génie. Grâce à l'hérédité qu'ils eurent l'habileté d'établir dès le début et qui assurait la continuité de leur politique, grâce à
LA FRANCE SE FORME SOUS LES CAPETIENS
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Les CHATEAUX DE FALAISE ET DE Coucy. ^z/ Types de ces puissantes forteresses qui pullulèrent dans l'Europe entière
à l'époque féodale. Retranchés à l'abri des fossés profonds, des tours formidables, des murailles épaisses de plusieurs
mètres, les seigneurs pouvaient impunément braver l'autorité de leurs suzerains ou du roi. Le château de Coucy a été
presque complètement détruit par les Allemands en 1917. (Cl. Neurdein.)
l'appui de l'Eglise de France, grâce à leurs talents et à leur bonne fortune, ils obtinrent les résultats suivants :
a. D'abord l'extension considérable du domaine royal. Les Anglais et leurs alliés, vaincus à Bouvines (1318), à la Roche'aux-Moines, à Taillebourg, à Saintes( 1 242) , perdirent Normandie, Anjou, Touraine, Maine et Poitou. La Croisade contre les Albigeois donna aux Capétiens le Languedoc et le comté de Toulouse. Des mariages heureux ou des achats habiles leur procurèrent le Vermandois, l'Artois, les Comtés de Blois et de Chartres, la Champagne, Lyon, le Vivarais, le comté de Valence.
Bref, en 1 328, quand mourut Charles IV le Bel, le dernier des Capétiens directs, le domaine royal équivalait à cinquante-neuf de nos départements, alors qu'en 987 il en représentait à peine deux !
Le C-HATEAU-Gaillard. 0 Construit par Richard Cœur de Lion en 1196, pour protéger la frontière de la Normandie, il fut pris d'assaut, quinze ans plus tard et démantelé par l 'armée de Philippe Auguste. (Cl. Neurdein.)