CHAPITRE III
Avec Henri IV commence la dynastie des Capétiens- Bourbons (Henri IV descendait directement de Robert de Clermont, sixième fils de saint Louis). Les Bourbons devaient régner sans interruption en France pendant deux siècles,del589àl792.
Le règne des trois premiers princes de cette dynastie ; Henri IV
(1589-1610), Louis XIII (1610-1643), Louis XIV (1643- 1715), fut en général pour la France une période de remarquables succès et d'incontestable hégémonie. A l'intérieur ils achevèrent l'organisation de la monarchie absolue. A l'extérieur ils continuèrent
Masque de Henri IV. a Le toi a conservé jusque dans la mort son expression dt finesse et de bonhomie.
la politique des frontières naturelles, nous donnèrent la Bresse et le Bugey, l'Alsace, l'Artois, le Roussillon, la Flandre française, la Franche-Comté, tandis que par delà les mers ils jetaient du Canada aux Indes les premières assises d'un vaste Empire colonial.
Malheureusement la médiocrité — pour ne rien dire de plus — de leurs successeurs Louis XV (1 71 5-1 774) et Louis XVI (1 774- 1 793) compromirent ces brillants résultais. 11 fallut la secousse formidable de la Révolution pour rendre à notre pays la place éminente à laquelle il était habitué.
HENRI IV (1589-1610). 0 0 En arrivant au trône, Henri IV trouva l'autorité royale méconnue, le pays troublé par les factions, ruiné par trente ans de guerre. Il avait à effectuer une œuvre difficile de restauration, de reconstruction matérielle et morale. Il en vint à bout en peu d'années, servi non seulement par son propre génie mais aussi
Histoire r>n France
Henri IV a la bataille d'Arqués. 0 Une des brillantes victoires g agnées par Henri IV sur les Ligueurs que commandait le duc de Mayenne. Le roi charge en tête de sa cavalerie, portant à son feutre le légendaire panache blanc.
par le talent de ses collaborateurs (Sully, Villeroy, Olivier de Serres, Jeannin) et peut-être surtout par l'extraordinaire ressort moral dont notre peuple a donné tant d'exemples, par la merveilleuse facilité avec laquelle il rçtablit,
Marie* DE Medicis. a Par Rubens. Superstitieuse et sotte, la seconde fcmmede Henri IV ne joua, du vivant de son mari, aucun rôle politique, mais se rattrapa pendant la minorité de son fils Louis XIII. (Musée du Prado. — Cl. Laurent.)
comme en se jouant, une situation que l'on tenait pour désespérée.
La bonhomie rieuse du roi, sa simplicité légendaire, son affabilité, ne l'empêchaient point d'avoir un sentiment très vif de ses droits. « 11 voulait, au maniement de ses affaires d'Etat, être craint absolument, et un peu plus que ses prédécesseurs n'avaient fait », et la France s'inclina volontiers devant l'autorité d'un maître qui lui assurait l'ordre.ila tranquillité, la richesse et la gloire. En peu d'années, grâce à une sévère économie, à une administration soigneusement contrôlée, les finances royales se trouvèrent en excellent état, l'agriculture prospéra, les vieilles industries de draperies et tapisseries furent encouragées et l'on en introduisit de nouvelles : soieries et velours. Il y eut là, de 1 600 à 1610, dix années qui comptent parmi les plu; heureuses de notre histoire.
En même temps, des traités de commerce signés avec l'Angleterre et avec la Turquie (renouvellement des Capitulations de François Ier) facilitèrent nos relations extérieures. Samuel Champlain, en fondant Québec sur les rives du Saint-Laurent, marquait le début de notre expansion coloniale ; enfin le duc de Savoie se voyait contraint de nous céder la
Bresse, le Bugey, le pays de Gex, autre pas en avant fait vers la conquête de nos frontières naturelles.
RICHELIEU ET MAZARIN (1610- 1660). 0 /U En 1610 Henri IV mourait en pleine force, sous le couteau de Ravaillac. La période qui s'écoula entre sa mort et le début du règne personnel de Louis XIV ( 1 66 1 ). est remplie par deux régences : 1610-1 624, 1 643- 1 66 1 , que sépare le règne personnel de Louis XIII. Ce roi et les régentes ne jouèrent qu'un rôle effacé dans la politique française. Les deux grands hommes de cette époque si glorieuse pour nous, si féconde en résultats, furent les ministres Richelieu et Mazarin. Voici leur œuvre, intérieure d'abord puis extérieure.
Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier. a Une des héroïnes de la guerre en dentelles ». (Bibl. Nat.)
LouisXIII, fils aîné et héritier de Henri IV, n'avait que cinq ans en 1610. D'où la nécessité d'une régence qu'exerça Marie de Médicis, princesse de caractère faible et de petit esprit.
D'où aussi une crise nouvelle, moins dangereuse, il est vrai, que la crise des guerres de religion, mais qui ne laissa pas d'être, à de certains moments, inquiétante pour l'unité française et l'autorité du roi.
Pendant près de quinze ans, les nobles, abusant de la médiocrité de la régente Marie de Médicis et des ministres Concini ou Luynes, mirent le royaume au pillage, n'hésitant point à prendre les armes pour obtenir argent et dignités, se considérant comme maîtres souverains dans de province. De leur côté
Le Cardinal de Richelieu. 0 Magnifique portrait dû au pinceau de Philippe de Champaigne, et bien digne de l 'homme de génie qui fut le plus grand des ministres français. (Musée du Louvre.)
eurs gouvernements , les protestants, aux-
quels Henri IV avait eu le tort de laisser deux cents places fortes et des privilèges financiers ou mih'aires peu compatibles avec la sûreté de l'Etat, se révoltaient sous divers prétextes, appelaient l'étranger à leur aide, formaient au milieu du royaume une république véritable.
Les Etats généraux, convoqués en 1614 pour la dernière fois avant 1 789, furent, bien entendu, incapables de rétablir l'ordre.
Mais Richelieu s'en chargea (1624-1642).
Il avait non seulement le génie nécessaire pour conduire d'une main ferme la France à ses hautes destinées, mais aussi le sentiment très vif des droits et des devoirs des rois. (( Les rois, disait-il, 'sont la vivante image de la Divinité. » Premier ministre de Louis XIII, il ne séparait
Anne d'Autriche. 0 La veuve de Louis XIII avait cinquante ans lorsque Ph. de Champaigne la portraictura. Costume très simple. Visage où se laissent encore deviner quelques traces d'une beauté qui fut célèbre. (Bibl. Nat.)
Le Cardinal MazaRIN. 0 Par Mignard. Visage fin, doux
d'un homme qui eut, certes, de graves défauts, mais qui fut
un merveilleux diplomate et sut mener à bonne fin l'amvre
commencée par Richelieu. (Musée Condé, Chantilly.)
pas sa cause de celle de son maître, et traitait ses ennemis en criminels d'Etat. Les nobles qui conspirèrent contre lui : Chalais, Montmorency, Cinq- Mars, etc., payèrent de leur tête l'échec de leurs tentatives. Interdiction fut faite de se battre en duel. Les forteresses de l'intérieur furent démantelées. La reine-mère, le frère, la femme du roi durent, comme les autres, s'incliner devant cette rude volonté. Les protestants, traqués
dans tout le Midi, chassés de la Rochelle, conservèrent, à la grâce d'Alais (1629), la liberté de conscience et de culte, mais perdirent leurs places fortes et leurs privilèges abusifs. Le Parlement, qui avait une tendance fâcheuse à usurper des fonctions politiques pour lesquelles il n'était point fait, se vit interdire tout droit de remontrances sur les actes du gouvernement. Les gouverneurs de province, très grands seigneurs à l'ambition dangereuse, furent sévèrement tenus en bride tandis que croissait le pouvoir des intendants, simples bourgeois, entièrement entre les mains du roi.
Quand Richelieu mourut, en 1642, suivi de près par Louis XIII, l'absolutisme royal était établi de telle sorte que rien ne pouvait en triompher.
On le vit bien sous la régence d Anne d'Autriche et le ministère de Mazarin ( 1 643- 1 66 1 )• Les nobles tentèrent encore une fois
Le Grand CondÉ. a Par Coysevox. Grand nez en
bec d'aigle, lèvres serrées, port de tête hautain, et ces
yeux à fleur de tête dont Bossuet disait qu ils « lançaient
des éclairs». (Musée du Louvre.)
Louis XIV. 0 Par Rigaud, Ce portrait, d'allure un
peu théâtrale, est bien celui qui convenait à un monarque
tout-puissant et dont la vieentière ne fut qu'une longue
« représentation ». (Musée du Louvre.)
d'échapper à !a toutepuissance royale en mettant à profit les troubles suscités par la mauvaise politique financière du ministre.
A la Fronde parlementaire, qui dura peu, succéda la Fronde d.s Princes, qui dura plus longtemps. Mais cette « guerre en dentelles »
(1648-1653), à laquelle les femmes prirent une part curieuse , échoua misérablement.
Son seul résultat fut de couvrir la France de ruines et d'attacher plus fortement à la monarchie des peuples lassés de tant de désordres. A la mort de Mazarin, Louis XIV put rég.ier sans l'ombre d'une résistance sur une France asservie et heureuse de servir.
Dans le même temps, le clair génie de R;chelieu avait discerné le péril que faisait à nouveau courir à la France l'ambition de l'empereur Ferdinand II de Habsbourg. Avec l'appui de ses cousins d'Espagne, ce dernier songeait à reprendre le rêve de Charles-Quint et à mettre à profit les querelles religieuses entre catholiques et protestants pour réaliser l'unité territoriale et administrative de l'Empire allemand.
Notre patrie ne pouvait demeurer indifférente en face de pareilles ambitions qui ne tendaient à rien de moins qu'à grouper toute l'Europe centrale en un Etat unifié e\ par cela même, toutpuissant.
Dès son entrée au ministère (1624), Richelieu s'était proposé
Michel Le Tellier. û
Commença les nombreuses
etutiles réformesqu acheva
son fils, Louvois.
cb « rabaisser la maison d'Autriche ». Mais ses ennemis de l'intérieur l'empêchaient d'intervenir aussitôt qu'il l'eût désiré et il dut d'abord se contenter de soudoyer Danois, Suédois, et protestants allem mds, ennemis naturels des catholiques Habsbourg.
A partir de 1 635 seulement, débarrassé de toute opposition, solidement allié à la Suède, aux Provinces-Unies, aux princes allemands, il entra en lutte avec foutes les forces de la France contre l'Espagne et l'Autriche réunies. Mazarin suivit fidèlement sa politique ( 1 642- 1661). A la suite des admirables victoires remportées par Condé et Turenne à Rocroy (1642), Fribourg, Nordlingen, Lens, les Dunes (1659), nos ennemis vaincus durent poser les armes. Par les traités de Westphalie (1648), puis des Pyrénées (1659), nous prenions possession de l'Alsace, de l'Artois, du Roussillon. De plus, l'ambition des Habsbourg recevait le plus sanglant échec par l'affirmation solennelle de la pleine et complète indépendance politique et religieuse de tous les princes allemands.
Continuation de l'anarchie en Allemagne, affaiblissement de la Maison d'Autriche et de l'Espagne, conquête de trois provinces, hégémonie incontestée de la France en Europe, voilà ce que nous valurent dans la pre-
mière moitié du
Portrait de Racine, m e siècle ,e talent de
v ers l âge de 4o ans, ...
par Santerre. (Coll. de nos grands capitaines, la
Galard Terraube.) bravoure de nos trou-
piers, le génie politique de nos hommes d'Etat.
COLBERT. 0 Le plus laborieux des hommes et le plus remarquable des ministres de Louis XIV.
en maître absolu les
Le CHATEAU DE VERSAILLES. 0 Depuis les troubles de la Fronde, Louis XIV n aimait point Paris. Aussi abandonna-t-il le Louvre pour fixer sa résidence dans le somptueuxchâteau édifiépar les architectes Le VauetMansart.