LA MARCHE SUR VERSAILLES, LE 5 OCTOBRE
Le roi n’a plus que le pouvoir exécutif, c’est-à-dire le pouvoir de faire exécuter les lois.
Le roi doit donc obéir aux lois faites par l’Assemblée. Mais il a le droit de ne pas accepter tout de suite une loi 10 votée: c’est le droit de veto, mot latin qui veut dire: «Je défends ». Au bout d’un certain temps, si l’Assemblée législative ne change pas d’avis, le roi est obligé de laisser passer la loi.
Les journées des 5 et 6 octobre 1789. — Louis XVI 15 voulut encore une fois essayer d’arrêter la Révolution. Il fit encore une fois venir des troupes à Versailles. Et
ceux qui l’entouraient laissaient trop voir leur haine du nouveau régime.
A Paris, les nouvelles arrivant de Versailles troublaient les esprits. Et puis les vivres étaient rares et chers. Des femmes s’attroupèrent et crièrent: « Du pain! Du pain! » Le 5 octobre, elles décidèrent d’aller à Versailles chercher le roi. La garde nationale suivit la foule. Le 6 octobre, Louis XVI se mit en route pour Paris au milieu de cette cohue. Il logea au palais des Tuileries. L'Assemblée nationale vint aussi s'établir à Paris.
A partir de ce moment, le roi est comme prisonnier.
La fête de la Fédération, 14 juillet 1790. — Toute la France était agitée par tant de grands changements. Dans les départements, les gardes nationales se réunissaient, pour se promettre de s’aider les unes les autres à défendre les lois faites par l'Assemblée nationale. Elles formaient entre elles des fédérations, ce qui veut dire des alliances.
Les fédérations envoyèrent à Paris des députés au nombre de 14000. Le 14 juillet 1790, jour anniversaire de la prise de la Bastille, ces 14000 hommes se réunirent au Champ de Mars. On y avait élevé un autel de la Patrie, devant lequel on devait jurer obéissance à la Constitution. Le roi et l’Assemblée nationale étaient présents. Deux cent mille Parisiens regardaient.
Cette foule était pleine d'enthousiasme. Les fédérés étaient venus de tous les pays de France, mais ils oubliaient qu'ils étaient Bretons, Normands ou Gascons. Ils se sentaient Français avant tout, et fiers de l'être, parce qu'ils étaient des hommes libres. Ils fraternisèrent en s'embrassant.
Le roi leva la main et jura de maintenir la Constitution. Il fut applaudi et acclamé.
La fuite du roi. — Mais Louis XVI, au fond du cœur, espérait toujours reprendre son pouvoir absolu. Pour
cela, il fallait s'échapper de Paris. Une nuit du mois de juin 1791, il monta en carrosse avec la reine et ses enfants. Il s'était habillé en domestique. Il voulait se rendre à Metz, où un général lui était tout dévoué, et revenir à Paris punir les révolutionnaires. Mais il fut reconnu, arrêté à Varennes, et ramené à Paris.
Il fut reçu par les Parisiens en silence, mais sans être insulté. On avait écrit en beaucoup d’endroits: «Celui qui applaudira le roi sera battu; celui qui l’insultera sera pendu. » On le respectait donc encore; on ne croyait pas pouvoir se passer d’un roi. Pendant quelque temps, ce fut l’Assemblée qui gouverna; mais bientôt elle rendit à Louis XVI son titre et sa fonction. Louis XVI jura encore d’obéir à la Constitution. Mais beaucoup ne le croyaient plus, puisqu'il avait déjà juré une fois et violé son serment. On commençait à penser à la République.