LAMARTINE A L'HÔTEL DE VILLE
Lamartine n'était pas seulement un grand poète: c'était aussi un grand orateur et un grand citoyen. Porté au pouvoir en 1848 par les vœux de la nation tout entière, il se montra digne de la confiance de ses concitoyens. /1 fit proclamer la République, mais en même temps, avec un courage qui ne se démentit pas un seul instant, il tint tête aux factieux et aux exaltés qui compromettaient le nouveau régime en troublant la tranquillité publique. La plus belle journée de sa vie politique fut celle où, debout sur les marches de l'Hôtel de ville, en face d'une foule furieuse, il refusa d'accepter pour la France le drapeau rouge qu'on voulait lui imposer. Il eut alors un mouvement d'éloquence admirable, « Citoyens, s'écriat-il, vous pouvez faire violence au gouvernement, vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la nation et le nom de la France. Si vous êtes assez mal inspirés et assez obstinés dans votre erreur pour lui imposer une république de parti et un pavillon de terreur, le gouvernement, je le sais, est aussi décidé que moi-même
à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret. Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang et vous devriez le répudier plus que moi, car le drapeau rouge que vous nous rapportez n’a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple, en 1791, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie. »
Ces paroles patriotiques, lancées d’une voix vibrante, calmèrent les fureurs de la foule. De longues acclamations s’élevèrent, et le drapeau rouge, jeté à terre par ceux mêmes qui le portaient, fut remplacé par le drapeau tricolore, le seul drapeau véritablement français, celui qui depuis la Révolution a consacré toutes nos gloires et abrité toutes nos infortunes.
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