TOME I. IO
l46 HISTOIRE DR FRANGE.
France contre l'hérésie dont ces peuples étoient infectés, dépécha contre eux en Languedoc, où ils tenoient encore plusieurs places, deux bonnes armées qu'il fit lever dans ses royaumes de Bourgogne et d'Orléans. Mais, après divers ravages et pilleries, elles se ruinèrent d'elles-mêmes, et ne firent que donner un notable exemple de leur mauvaise conduite. Cela fut cause que Reca* rède nous vint attaquer par la Provence et par le Languedoc; si bien que dans l'une il pritUgerne, auprès d'Arles , et dans l'autre une place qu'on appeloit Tète-de-belier, pour être extrêmement forte. Il eut même passé plus avant, si Gontran ne lui eût opposé en Languedoc Nicète , gouverneur d'Auvergne, et en Provence Leudesille, avec quarante raille hommes qui arrêtèrent tout court la violence des Espagnols. Ils eurent pourtant quelque avantage en Languedoc, par la défaite d'un de nos capitaines, appelé Didier; mais elle fut de si peu de conséquence , que Recarède n'en devint point plus insolent. Au contraire , étant demeuré veuf par la mort de Blaye, sa première femme, il envoya demander la paix p.ixentwGaD-a Gontran , et sa nièce Closinde, sœur de Chil-
-mn et le Wi- 7 7
«° th - debert II ne servit de rien à Gontran de s'y opposer ' y car , bien que Childebert se laissant gouverner à sa mère Brunehaut, qui étoit Espagnole, l'eût déjà promise à Autaris, roi des
CLOT AIRE II, ROI X. | [fj
Lombards , il l'accorda néanmoins d'autant plus l. ww^u.
Rec«r«*de i-pouie
volontiers à Recarède qu'il sa voit bien qu'il cjod»*.
s'étoit converti à la vraie religion par une sincérité chrétienne plutôt que par une dissimulation politique. Par cette alliance la paix fut assurée du côté de l'Espagne, mais non pas du côté du ciel, qui persécuta la France d'une horrible famine, et d'une sécheresse si violente, qu'elle tua non seulement les troupeaux , mais encore les cerfs, les lièvres, et tels autres animaux. Il témoigna encore sa colère par d'effroyables prodiges ; car, auprès de Vannes* les eaux d'un étang furent converties en sang , et la moitié de la ville de Paris fut embrasée; le peuple ayant cru que ce dernier malheur étoit arrivé parce qu'en curant le fossé d'un pont , on avoit levé un certain talisman, ou je ne sais quelle signa- cwr* d„ ture céleste qui défendoit cette ville des embra- ™ n par un seraens, des serpens et des lirons. Mais, parmi de si étranges désolations , il n'y avoit rien de plus effroyable que la méchante Frédégonde, qui envoyoit tous les jours des assassins pour tuer Brunehaut , Childebert , et le bon homme Gontran, qui, étant sous la protection de Dieu* les découvroit tous. 11 avoit toujours l'œil au co«j«r«km. guet : c'est pourquoi il éventa encore la conjuration du duc Ranchin , de Bertefrède et d'Ursion, faite contre son neveu Childebert,
l48 HISTOIRE DE FRANCE.
qu'ils dévoient mettre à mort et partager son royaume. Il les prévint toutefois , et purgea la terre de ces monstres. Ce bon prince, servant ainsi de père à ses neveux, fit venir le petit
ciouir.b.ptw. Clotaire à Paris , et le tint sur les fonts , après que Frédégonde eut produit trois évêques et trois cents gentilshommes qui jurèrent tous (bien qu'ils n'en sussent rien) que cet enfant étoit du fait de Chilpéric. Les Bretons s'étant
bt^Zf'^Trl révoltés, sous la conduite de Varoch et de Viclimade, seigneurs de Bretagne, il envoya, pour apaiser ce trouble , quelques députés considérables auxquels ils promirent bien toute obéissance; mais, sitôt qu'As furent partis, Varoch vendangea les vignes de la comté de Nantes, dont il emporta la dépouille à Vannes , et de plus entra en armes dans les contrées de Rennes, où il exerça de grandes cruautés. Gontran, justement aigri du mépris qu'ils faisoient , non seulement de l'enfance de son neveu , mais en-
piJStTfrî^ui cor€ ^ e son autori té , dépêcha contre eux ÉbraîS^'^^caire et Bépolène avec de belles troupes. Ce premier, reçu dans Vannes sans aucune résistance, et corrompu par les présens de Varoch, abandonna cette ville , qu'autrement nous n'eussions jamais perdue, et, par une abominable trahison , laissa tailler son armée en pièces. Quant à Bépolène , ayant été attiré par les Bretons dans
des embûches qui lui furent dressées en des lieux marécageux , il périt avec son armée. Depuis, Ton accusa Frédégonde d avoir levé sous main des gens de guerre, et donné secours aux Bretons, en haine de Bépolène, qu'elle avoit résolu de perdre.
Gontran ayant ainsi travaillé pour le repos de ses neveux , et à tout moment évité les couteaux et le poison de Frédégonde , décéda Tan trente- Mortd , Gon . deux de son règne, Tan 597, dans la ville de tri "' r " 597 Châlons-sur-Saône, lors capitale du royaume de Bourgogne, ne laissant pour tous enfans qu'une fille nommée Clotilde , et fut enterré en la même ville, dans l'église de Saint - Marcel , qu'il avoit richement fondée.
Je retourne à Childebert. Lorsqu'il fut en son adolescence , son courage ardent , et les forces de l'état, dont il se vit environné, le poussèrent à de hautes entreprises. L'empereur Maurice l'ayant sollicité de lui prêter ses armes pour combattre les Lombards, il embrassa cette occa- GnerwaeCllil . sion pour venger sur eux le dégât qu'ils avoient d fait sur ses terres. Mais les trente-cinq tribuns qui les gouvernoient, ayant élu un seul roi nommé Àutaris , et contribué chacun la moitié de leur somme pour la défense de l'état, renfermèrent leurs forces dans les places , et laissèrent morfondre et périr la grande armée de Childebert , qui ne les endommagea que par les
l5o HISTOIRE DE FRANCE.
dégâts qu'elle fit à la campagne. Toutefois les Lombards, afin de chasser a quelque prix que ce fût un si fâcheux ennemi , lui firent de grands tribu- présens, et se rendirent à l'avenir tributaires des François. L'empereur, bien étonné de cet accord, s'en plaignit à Childebert par des ambassadeurs , qui n'eurent pour lors aucune satisfaction. Mais voici une occasion qui contraindra Childebert de rechercher [le premier les bonnes grâces de Maurice. Brunehaut avoit donné en mariage sa fille Ingonde à Ermenigilde, l'un des fils de Leuvigilde, Goth espagnol, pour lors arien , ainsi que toute sa famille. Ingonde, sœur Notre jeune princesse avant ramené doucement
de ChUdebert, • i 1 » ,
couvert» Bme^son mari dans le sein de I église, le père, encore obstiné dans son erreur, le persécuta si rudement, qu'il fut contraint de faire alliance avec Miron , roi de Galice , et avec les Grecs , qui tenoient encore quelques places frontières d'Espagne.
Mais ces derniers le trahirent moyennant une somme d'argent. Le prince averti de leur trahison , ayant en vain amassé des troupes qui se trouvèrent trop foibles pour sa défense, se sauva clans une église , d'où il fut tiré par son père , sous de belles promesses et de grands sermens qu'il lui pardonnèrent ; et toutefois il lui fit trancher la tête. Sa femme , veuve et sans sup-
» mort par ton , . . .
pi«. port, tomba entre les mains des Grecs, et mourut
CLOTAJRE II, KOI X. J 5 f
depuis en Sicile, où ces perfides l'avoient transportée. Childebert , qui la chérissoit tendrcmept, passa en Espagne , et défit les Wisigotbs en une lk ™• l « oU, • d * sanglante bataille, après laquelle Ricarède s'étant humilié, obtint en mariage Closinde , autre sœur de Childebert. Mais si celle-ci le mit d'accord avec les Wisigoths, l'autre lui fut un sujet de quereller les Lombards en faveur de Tempe* reur, qui la retenoit. Toutefois, pour ce qu'il ne put réussir dans cette entreprise , et que d'ailleurs il fut averti que sa sœur étoît morte , il ne se souda guère de l'alliance du Grec, fin effet, il lui eût assurément déclaré la guerre pour venger le tort que les Carthaginois avoieut fait à quelques uns de ses ambassadeurs , si Tempe- r«pw.uod d«
* * * l'empereur pour
reur, redoutant ses armes, ne lui eût envoyé [° 0 u t lragc J^ douze prisonniers des principaux de la ville, et deur * s'il ne les eût livrés volontairement, afin d'être mis à mort ou à rançon, pour réparation de cette injure; ce qui fut une satisfaction que Childebert jugea si entière, qu'il les renvoya géné^ |G«.éro»ité de
Childebert.
reusement, sans exiger deux aucune rançon, et sans leur faire aucun mal. L appréhension qu'eurent les Lombards que ces deux princes ne se liguassent , fit qu'ils députèrent vers Gontran pour le supplier de moyenner leur accord avec son neveu; ce qu il put gagner bien à peine sur son esprit ambitieux et altier.
l5a HISTOIRE DE FRANGE.
Gontran , prince religieux et sage , étant décédé, Childebert, son unique héritier par droit d'adoption, agrandi de toutes ses seigneuries,
ii,»îî^cîî! ^ voro * t en espérance la part du jeune Cloulre# taire , croyant n'avoir désormais affaire qu'à une femme et à un enfant f il se trompa néanmoins, et l'événement lui fit connoître tout le contraire : car, ayant levé de grandes troupes, avec dessein de les accabler, il fut bien étonné de voir à la tête d'une armée l'impérieuse Frédégonde, qui portant son fils entre ses bras, âgé d'environ deux ans , animoit diversement ses capitaines , les uns par belles paroles , les autres par promesses , et tous ensemble par le déplorable état de leur roi, qui se voyoit à la veille d'être opprimé par ceux même que le devoir obligeoit à le défendre. Voilà quelle étoit l'adresse de Frést»t*bM d e dégopde , où elle ajouta un autre stratagème par qui Childebert se trouva surpris ; car elle envoya, pendant une nuit fort obscure, planter auprès de son camp quantité de ramées , au milieu desquelles elle fit cacher ses gendarmes, qui avoient pendu des clochettes au col de leurs chevaux. Ainsi , à la faveur de ce nouveau taillis, et du bruit de ces clochettes, que Childebert pensoit être des chevaux de son parti ( car les Austrasiens avoient accoutumé d'en attacher aux leurs de peur qu'il ne s'égarassent lors
ce ta
l'an 6ik>.
qu'ils les laissoient paître), elle avança ses troupes; et trouvant celles de l'ennemi sans ordre, les tailla toutes en pièces, dans un lieu nommé Truec en soissonnois. Childebert connut alors, mais un peu trop tard , que pour grand que soit l'avantage qu'on s'imagine d'avoir, jamais il ne faut mépriser son ennemi; si bien que, résolu de mieux faire à. l'avenir, il s'en retourna chez lui pour y lever de nouvelles troupes.
Mais par un breuvage mortel que lui donna Frédégonde , elle le fit mourir environ l'an 600, en la plus belle fleur de son âge, et avec lui sa femme Faileube.
L'état demeura par ce moyen entre les mains de deux femmes, dont l'une étoit Frédégonde, assistée de son Landry, qui depuis la mort de Chilpéric avoit administré toutes les affaires; l'autre , Brunehaut , tutrice de Théodebert , roi de Metz, et de Thierry, roi de Bourgogne , ou d'Orléans, enfans de Childebert. Ce ne fut désormais qu'un combat perpétuel entre elles, à qui surpasseroit sa rivale en trahisons et en bar- J£ xha baries. Frédégonde s'étant saisie, par intelligence, de Paris et des villes voisines , fit si bien par ses promesses , et par une secrète assistance d'argent, qu'elle attira les Huns en Austrasie con- * tre ses petits neveux; mais voyant que, par la fidèle conduite des bons Austrasiens , ces bar-
iante$ fim-
l54 HISTOIBE DE FRAHC£.
bares a voient été repoussés, elle-même mena contre eux son fils avec une belle armée. Le é^n£é^ti rt sort ^ u combat chut sur les deux frères , près doTTmrrjr. j e j a v yj e Moret, en Gatinois , où laïivîère
d'Aurance, comblée de morts, eut comme horreur de continuer son cours , qu'elle retint l'espace de dix ou douze heures. Toute la France étoit en deuil de cette journée, également funeste aux vaincus et aux vainqueurs. L'un pleuroitson père, l'autre son fils; plusieurs leurs frères, qu'ils a voient possible tués de leur propre main. Cependant Frédégonde, se baignant voluptueusement dans le sang, entre dans Paris en triomphe, où elle fait saluer son fils vainqueur de ses cousins germains ; spectacle d'autant plustriste qu'elle voulut le rendre joyeux. Elle avoit conjuré la mort de Brunehaut et de ses Mort de ¥ré~ petits-fils : mais elle-même mourut la première, degoode. •■j, an g of ^ n ' avant jamais obligé le monde qu'à
l'heure qu'elle en sortit. Il se remarqua en sa vie , qu'elle fut premièrement à ses maîtresses une funeste rivale , et à son mari une mortelle Kiidémct au- ennemie. Elle supplanta Audovère, première femme de Chilpéric , et déjà mère de trois fils , Tbéodebert, Mérovée et Clovis, dont vous avez lu la fin. Sa ruse fut telle : le roi étant à la guerre contre les Saxons, avec son frère Sigebert, elle persuada à la pauvre Audovère, ignorante des
cérémonies du christianisme, de tenir sa propre fille sur les fonts, lui disant qu'il n'y avoit point de personne plus illustre ni plus considérable qu'elle pour être marraine d'une fille de France. Son mari de retour un peu après, et charmé par les caresses de Frédégonde , fut bien aise de trouver ce prétexte de parenté spirituelle pour quitter sa femme, qu'il confina dans un monastère. Quant à Galsuinte, seconde femme de Chilpéric , et sœur aînée de Brunehaut , elle l'assaillit ouvertement à force d'injures, et la fit étrangler e*&u «tr.a S i„ la nuit suivante. La mort de Frédégonde réjouit toute la France, mais particulièrement Brunehaut, qui, se promettant que les affaires de Clo- « taire s'en iroient en décadence, fit reprendre les armes à ses petits-fils pour l'aller attaquer, ciouir* .«•. Ils le rencontrèrent près de Sens, sur la rivière ««tuinca. d'Yonne, où fut donnée une bataille non moins sanglante que leë premières , dans laquelle Clotaire, âgé déjà de quatorze ans, et sagement conseillé par Landry de La Tour, aussi bon ami du fils qu'il avoit été fidèle amant de la mère , connoissant qu'il avoit du pis , fit retraite dans Melun avec ce qu'il put ramasser de ses troupes, et là capitula avec ses cousins, dans une iic. P itu!«««« mauvaise saison , et sous de fâcheuses conditions. Elles portoient : Que le domaine de Thierry s'étendroit jusqu'à l'Océan et à la rivière de Loire,
l56 HISTOIAE DE FRANCE.
et que Théodebert auroit de la France tout ce qui est entre l'Oise, la Seine, et la grande mer. Une paix si déraisonnable pour Clotaire ne devoit pas durer : mais les pertes par lui reçues l'avoient si fatigné , qu'il fut contraint de se reposer neuf ans. Ce fut durant cette trêve que ^,o.«domp-les Gascons, descendus des Pyrénées pour la première fois, se ruèrent sur là Guyenne ; mais ils furent battus et rechassés jusque dans leurs montagnes par les lieutenans de Thierry, qui les rangèrent sous l'obéissance des François, âu moins une partie, et leur donnèrent un duc, Leur premier nommé Gemialis, qui les gouverna heureuse-
duc de par les
Fr.oçoL. ment. Les Lombards considérant les heureux succès de ces deux frères , briguèrent leur alliance, et demandèrent la fille de Théodebert pour Adovaud, fils de leur roi Agilulfe, à la charge que le père se démettroit du royaume entre les mains du fils; comme en effet il s'en démit à Milan en présence de nos ambassadeurs.
Durant ces choses, Brunehaut qui, toujours plongée dans ses lascivetés, ne pou voit vivre sans Brt.neh.ot ennemi ni sans ami, choisit Protade, Italien de po«r g.i.nt. naissance , desprit fort subtil, et de grande adresse, mais injuste , cruel , homme d'intrigue , et mortel ennemi de la noblesse, qualités qui le rendirent odieux à tout le monde. Elle étoit
alors âgée d'environ soixante ans, et n'avoit pour tous attraits que ses trésors joints à la faveur dont elle disposoit , maniant comme elle vouloit l'esprit de son petit-fils Théodebert, à qui elle faisoit agréer les services de son Protade. Elle le créa du commencement patrice, en espérant de l'élever à la charge de maire du palais. Mais elle étoit occupée par Bertaud, seigneur de mérite, et fort estimé du roi. Brunehaut résolut donc de s'en défaire, et lui donna une commission à périr, qui fut d'aller recueillir F^péHrBer.
1 * Uud, maire do
les deniers du fisc dans les terres de Neustrie , nouvellement cédées à Théodebert par Clotaire. La méchante femme savoit bien que le peuple se mutineroit, ou du moins qu'il seroit ému par Clotaire, leur ancien maître ; qu'il leur donnerait du secours, ouvertement ou sous main, et qu'ainsi Bertaud ne pourroit pas subsister, n'ayant que trois cents hommes avec lui. Il arriva à peu près comme elle l'a voit projeté. Clotaire, rompant l'accord passé à Melun, envoie cio t .i«. rompt
l'accord.
chercher Bertaud par son fils Mérovée et Landry, maire de son palais. Bertaud se put à peine sauver dans Orléans, où Landry l'ayant assiégé, lui crioit souvent qu'il sortît de sa tanière; à quoil'autre répondait, Qu'il etoit prêt, pourvu que le différent se vidât entre eux deux , de seul »*c d* ^
X tond a Lannrj.
à seul, ou que, s'il refusoit cette offre, il le dé-
fioit, clans la première bataille, à faire épreuve de son courage contre le sien, et que, pour s'entre-connoître, ils eussent à prendre tous deux ce jour -là un hoqueton d'écarlate. Làdessus Théodebert, averti de l'invasion de son cousin, arrive le jour de Noël auprès d'Étampes, pour secourir son maire. Landry lui veut empêcher le passage de la rivière; mais quoiqu'il n'y eût que les deux tiers des Austra- B.udiie. siens passés, le choc y fut extrêmement rude des deux côtés; et là Bertaud ayant appelé sou» vent, mais en vain, Landry au combat, Mou»
rons glorieusement, s'écria-t-il , pour satisfaire V infâme Brunehaut y qui le souhaite; et s'élançant en même temps dans les bataillons les plus
Ëcrtaud esttur.
épais,' il fut percé d'une infinité de coups. Sa mort fut néanmoins suivie de la victoire pour les siens. Landry se mit en fuite ; Mérovée fut pris, et la plus grande part des troupes de Clo-
ciouiredéwt. taire y demeura. Brunehaut se réjouit doublement d'un si bon succès , à cause de la mort de Bertaud, qu'elle avoit ttfht souhaitée pour l'avancement de son galant, qu'elle substitua à sa
Prot.de m.îrr place. Mais il n'y fut pas long-temps, pour ce que son insolence et ses orgueilleux déportemens découvrirent enfin à toute la cour sur quels fonderoens cette faveur s'appuyoit : ce qui fut cause que Théodebert, honteux des infamies
CLOT AIRE II, ROI X. 1 5o,
de sa grand'mère , sans lui en rien témoigner pourtant, la supplia de se retirer dans quelque Brunrhaut conmonastère pour y jouir du repos où son âge laÉ^ p * rrw ° convioit. Comme il l'eut dispensée de l'embarras des affaires, il la remercia de son assistance , et Protade aussi de ses bons services. Brunehaut, ainsi chassée , se retira près de son autre fils, appelé Thierry, qui la reçut avec son Protade; la^mire mi tante ayant eu la tutelle, et son galant les principales charges ; commencement du malheur, tant des réfugiés que du prince qui les recevoit. Alors Thierry, bouillant de jeunesse et du désir de monter plus haut, se mit à publier, après sa grand'mère, que Théodebert étoit fils Lv,cu*afaiie d'un jardinier, et non pas de Childebert, in-fr^. p» un
• ' r ' étrange moyen.
digne par conséquent de tenir le partage d'un fils de France. Sur ce prétexte, il s'efforce de l'en démettre, pour ajouter l'Austrasie à la Bourgogne. Théodebert s'y oppose, tellement <|ue les deux camps étoient déjà proches l'un de l'autre. Les seigneurs des deux partis, qui s'entrevoyoient sans inimitié, résolurent de terminer ce débat à l'amiable. Protade , au contraire . le plus obstiné trompette de cette guerre , disoit tout haut , Que c'étoit lâcheté de parler de paix dans le champ de bataille. Mais les autres seigneurs, lassés de son insolence, le tuèrent Pn******
" par leaarigneurt.
dans sa tente, comme il jouoit aux échecs avec
un médecin de Thierry, apaisant ainsi le courroux des deux princes par le sang de celui qui les avoit brouillés. Par ce moyen la paix fut conclue entre les deux frères, sans qu'il y eût pourtant aucune assurance pour les meurtriers de Protade , que Brunehaut extermina les uns après les autres. Sa fureur même n'épargna pas les plus saints personnages; car elle fit battre et chasser de son monastère le bon Colomban, pour ce qu'il prêchoit souvent le roi Thierry qu'il eût à quitter ses concubines. On raconte à ce propos, que pour le rendre plus odieux, un jour elle s'avisa de lui amener des enfans naturels de Thierry , auxquels elle le pria de vouloir donner sa bénédiction; ce que Colomban ayant refusé de faire, Pour ce , dit-il, qu'ils sont indignes de V héritage du père, auquel ils ne succéderont jamais , elle sortit comme furieuse de sa cellule, et le persécuta toujours depuis. Thierry , néanmoins, désirant quelque alliance sortable, TMerry <poafe fit demander Hermembergue , fille de Bertric,
«ne 6Ue du roi 1
dE, P .goe. ro i d'Espagne; mais Brunehaut, qui appréhendoit que la chaste affection d'une femme ne ruinât son crédit, qu'elle faisoit subsister par les artifices des maîtresses qu'elle fournissoit à son petit-fils, fit ensorte, par ses malicieuses inventions, ou possible par quelque brevet demaiT«p„di*. gic, qu'il la renvoya en Espagne sans l'avoir
CLOTA1RK II, ROI X. l6l
touchée , à ce qu'il disoit. L'Espagnol , offensé de l'bwi i««
9 * I O suscite unr d*n-
ce mépris, sollicita par divers intérêts Clotaire, roi de Paris, Théodebert, de Metz, et Aigulfe ou Agon, de Lombardie, qui avoit fiancé une fille de Théodebert, bien que fort petite. Il fallut alors que Thierry , pour éviter cet orage , relâchât un peu de son humeur altière, et que, pour s'accommoder avec Théodebert, il lui quittât ■a T I n ^X r î w * Touraine, la Champagne, l'Artois et l'Alsace, sans appréhension des autres princes, à cause de leur éloigneraent. Mais , après qu'il se vit en état de reprendre haleine, et libre de sa plus grande crainte, il recommença de machiner la ruine de son frère; et pour n'avoir pas Clotaire à dos , il le pria qu'il le voulût aider , ou du moins qu'il demeurât spectateur, et qu'en récompense il lui rendroit les villes que Childebert lui avoit ôtées par un honteux traité. Ainsi Clotaire ne bougeant point, il se donna deux cruelles batailles entre les Austrasiens et les Bourguignons. ^JZïZZC La première fut auprès de Toul, en Lorraine, d'où Théodebert vaincu se jeta entre les bras des Allemands , par le moyen desquels ayant rois sur pied une grande armée au-delà du Rhin , il marcha contre son frère, qu'il rencontra près de Tolbiac. Les deux princes poussés , l'un par son bonheur, et l'autre par son désespoir, se roidirent si fort en ce choc], que les troupes s'attome 1. ~ 11
l6tl HisTOIRE DE FRANCE.
tachant entre elles , il se trouva que les corps •pwâîî!* 1 bu " des morts n'avoient pas assez d'espace pour être étendus, et demeuraient debout,appuyés,comme s'ils eussent été vivans. Toutefois Thierry eut l'avantage , et chassa si rudement Théodebert, qu'il le contraignit de se sauver dans Cologne, TModfb«rt tu* où ses cens même lui tranchèrent la tête, l'an
car s«*genc, l'an °
è,e six cent seize. Cela fait, ils livrèrent la ville entre
les mains du Bourguignon , qui commanda qu'on écrasâtcontreunepierreMérovée,Fundesquatre fils de son frère. Les Allemands disent ici qu'un des fils de Théodebert, nommé Sigebert, s étant sauvé en Franconie, vers ses oncles maternels, donna commencement à la maison des comtes de Habsbourg, dont celle d'Autriche a tiré son origine. Mais je laisse à votre jugement la liberté de croire ou de démentir ces auteurs, qui semblent faire gloire la plupart du temps de nous donner des généalogies fabuleuses.
A£|o- Clotaire, qui regardoit ce jeu sanglant, n'attendit pas que Thierry lui livrât les villes qu'il lui avoit promises , mais s'en saisit avant que l'autre, accoutumé aux parjures, trouvât moyen de se dédire. En effet, il montra bien qu'il s'en fut dédit; car il délibéra de lui arracher par force ce qu'il lui devoit de droit. Mais la bonne fortune de la France ne permit pas qu'un si mauvais prince la gouvernât, ni qu'il restât aucuns des siens
après lui. Il vient de tuer son frère, et néanmoins
il en veut épouser la fille, aussi brutal en ses Thierry
amours que cruel en ses vengeances. Brunehaut epou,er
supposant à ce dessein par un autre aussi mauvais,
lui , tout en colère , JSe mavez*vous pas assuré, pi^a. n^r.
.1 ,mti . . i s\i » • » ry contre Bron*.
dit il , que Thierry rtetoit que le fils a un jardi-
nier? Et s'il étoit mon frère , pourquoi me l'avezvous fait tuer? Méchante femme , vous le paierez! Ces paroles lui fermèrent la bouche, et lui firent songer à prévenir l'effet de cette menace. Elle avoit quelques officiers de la bouche à sa dévotion, qui lui présentèrent au sortir du bain des viandes assaisonnées de poison , par la vu> eu« !>«,,**. lence duquel il tomba dans une dissenterie mortelle, Tan six cent seize.
Des trois enfans mâles qu'il laissa, Sigebert, Corbe et Théodebert , Brunehaut prit avec elle l'aîné, et s'en attribua la tutelle contre la volonté des seigneurs de Bourgogne , qui firent venir Clotaire, ennuyés de la tyrannie de cette femme. Elle lui manda fièrement qu'il eût à déloger , et qu'il n'a voit rien à voir sur les terres de Sigebert; puis , pour appuyer cette bravade par des effets , elle envoya Varnaire, maire du palais , lever du secours en Allemagne : mais , pressée de sa mauvaise conscience, et ne sachant à qui se fier , elle le soupçonna d'être du parti ^mma™* d« de Clotaire, et récrivit à Albon, qui l'accompa--
l64 HISTOIRE DE FRANCE.
gnoit dans cette ambassade , qu'il le tuât. Albon ayant lu ces lettres, les rompit, et, possible à dessein , les jeta par terre. Un des hommes de Varnaire en recueillit les pièces, les recolla et les porta à son maître, qui , reconnoissant par là le méchant esprit de Brunehaut, obtint des Allemands qu'ils ne lui donneroient aucun secours. Depuis, étant de retour en Bourgogne, comme il avoit grand crédit, il sut si bien persuader aux. seigneurs de suivre le parti de Clotaire, dissimulant au reste près de Brunehaut, que lorsqu'il fallut combattre près de la rivière d'Aisne en Champagne, tous les seigneurs se rangèrent de son côté, et lui livrèrent Corbe et Théodebert , lesquels il fit mourir. Pour Sigebert, il se sauva de vitesse; et depuis on n'en put avoir aucunes nouvelles.
Brunehaut étant pareillement prise dans les pièges avec Teudelane, sœur de Thierry, Clotaire assembla ses barons , auxquels ayant vivement dépeint l'horreur de toutes ces guerres civiles , les incendies , les ravages, les meurtres, la ruine des lieux saints, et le parricide de tant de princes,, il leur demanda de quel supplice étoit digne la personne qui avoit causé tant de maux? A quoi tous ayant répondu selon les sentimens que leur dpnnoient de si horribles forfaits : Cest Brunehaut , leur dit-il , vous U
CLOT AIRE If, ROI X. I 65
savez bien , messieurs ; et c'est à elle que vous devez redemander le sang de dix de *vos rois. Ayant ainsi parlé, il la fit déchirer à coups de fouets , premier que de la produire devant l'assemblée; puis la fit promener parmi les huées des soldats; et, pour dernier supplice, il com- s opP n«d. manda qu'elle fût attachée à la queue d'une 6,9 cavale indomptée, et traînée par des sentiers raboteux et couverts d'épines. L'auteur du Supplément joint à l'Histoire de Grégoire de Tours raconte ainsi la mort de Brunehaut, la plus méchante des femmes, bien que Grégoire-le-Grand . et Paul Emile lui aient donné beaucoup de louanges.
Vous ne lirez plus ci-après des crauté> si fréquentes. Clotaire même , maître de tant de provinces, et désormais seul roi de toute la France , a changé d'humeur. Le fer et le feu purgent bien les états, mais ils les émeuvent trop ; et SI Vertu* de Clo la clémence ne succède enfin à la sévérité , qui peut mettre en doute qu'un royaume ne tombe en une mortelle défaillance ? Ce roi le reconnut bien ; et, pour mettre fin à tant de maux, il commença de traiter ses sujets avec plus de modération, promettant d'oublier toutes les offenses qu'aux troubles passés on lui pouvoit avoir faites , et de maintenir la paix inviolable dans ses états. Pour marque de cette vérité, on le voit,
l66 lïlSTOÎHB DE FRANCE.
MAum.. dans une médaille , assis sur, un siège pliant, le chef couronné dé laurier , le sceptre à la main gauche , et levant la droite en signe de la protestation qu'il fait à ses sujets, agenouillés devant lui , d'oublier le passé , oblivio ; action qui fut le soulagement et le repos de la France, jusqu'alors travaillée d'une infinité de guerres : pax et
Tft ANQUILLITAS G ALLIEE.
ciot«i« établit Sur la fin de l'année il tint les états en Bourgogne et en Austrasie. À ce dernier royaume il donna pour gouverneur Radon, vieux capitaine et sage politique. Il divisa l'autre en deux , à saj»dê-voir: en Transjurains , c'est-à-dire habitans de-
jnraae et tran*
juru». d e là le mont Jura , aujourd'hui le rnont Saint- Claude, qui sont , les Savoyards , les Dauphinois et les Provençaux; etenCisjurains, ou habitans au-deçà de la montagne, qui sont ceux de la duché ét du comté de Bourgogne. Sur ces derniers il établit Varnaire, et sur les autres un seigneur qu'on appeloit Àlbon. Mais ces Transjurains, accoutumés, par la licence des guerres, aux rapines et aux violences, ne pou vant souffrir les réprimandes ni la correction d' Al bon', se révoltèrent contre lui , et |e tuèrent misérablement. Le roi en étant averti marcha en Bourgogne, et par le jugement des états fit trancher
ugàmttàrfa ^ àun seigneur du pays, nommé Alethée, auteur de cette sédition, qui se vantoit d'être du
CLOT Al RE II, ROI X. I 67
sang des rois Bourguignons , et avoit , par le moyen de 1 evéque de Sion, tâché de débaucher la reine Bertrude, lui voulant faire accroirequ'il étoit assuré par tous les devins que Clotaire mourroit cette année-là, et qu'il seroit établi dans son trône.
Les ambassadeurs lombards le vinrent trou, ver en ce pays-là, où ayant corrompu par présens les trois principaux de son conseil , Vernatre, Gondoland et Humius, ils obtinrent du . roi , moyennant trente-six mille écus une fois
payés , qu'il leur relâchât les douze mille écus robot r»*
âUI Lombard».
de tribut annuel qu'ils s'étoient obligés de payer aux François depuis les rois Gontran etChildebert, sous la protection desquels ils s'étoient rais; outre qu'il leur rendit les villes de Sion , et d'Yurée , qu'ils disoient leur appartenir, faisant avec eux une alliance qui dura jusqu'au temps de Pépin-le-Court. Comme il eut mis ordre aux affaires de l'état, il pourvut à cellesdesa maison. Il donna pour gouverneur à son fils Dagobert, né de Bertrude, un seigneur nommé Sadragésile, duc d'Aquitaine ; ainsi appeloit-on les lieutenans de roi dans les provinces. Le jeune prince devenu grand, se vouloit échapper, et son gouverneur, par le commandement absolu du père, leretenoit toujours plus fort. Cependant les flatteurs ne manquoient pas à Je solliciter de sortir de des-
l68 HISTOIRE DE FRANCE.
sous la férule, et de jouer quelque pièce à Sas-drag^gou- dragésile : comme en effet il lui en joua une
Terneur de De*
qui n'étoit guère agréable, ayant commandé qu'on le rasât, et qu'ensuite on lui donnât les étrivières, Pour avoir, disoh-ih fait le compagnon avec lui , et pris le reste de sa coupe en un festin solennel. Le père se sentit bien offensé de cette boutade, et jugea que s'il la souffroit son fils s'en prendroit bientôt à lui-même. Dagobert lui envoya faire ses excuses, et tous les seigneurs de la cour lui demandèrent sa grâce. Mais soit qu'il le fit tout de bon, ou pour l'intimider, tant y a qu'il ne la lui refusa pas seulement, mais il défendit qu'on n'eût à lui donner retraite, et jura de plus qu'il ne cesseroit de le poursuivre Wttt jusqu'à ce qu'il l'eût châtié. Alors ce jeune b * prince , ne sachant où se mettre à couvert de la colère du roi , qui le cherchoit et le faisoit chercher partout , s'alla souvenir ( comme on le conte ) que si un jour un cerf étant poursuivi par ses chiens s'étoit sauvé dans une caverneau • cm u n n bourg Gatulien *, où étoient les corps des saints
appelé SainfrDt* »
n,s.j0.tEstré. martyrs Denis, Eleuthère, et Rustique, et si D.gobm " toute sa vénerie ne l'avoit pû tirer de là, qu'il v
rr iur le ton>- 1 ' T J
avoit apparence que lui de même y pourroit bien être en sûreté. Il s'y en alla donc pour y reposer; ce que le roi ne sut pas plutôt , qu'il y envoya deux ou trois fois des hommes exprès
MUtt
beeu d « SeJat.
Dénie
pour le tirer de cet asile ; mais tous l'ayant assuré qu'il y avoit je ne sais quelle force secrète qui les empêchoit d'entrer là-dedans, il en voulut faire l'épreuve lui-même ; et reconnoissant en cela quelque effet de la divinité , qui lui lioit les bras, il pardonna de bon cœur à son fils, et le^^J^ ,ui chérit depuis tendrement. Il voulut aussi qu'il épousât Gometrude, sœur de Sichilde, sa seconde femme, en faveur de laquelle il lui donna de son bon gré la moitié de l'Austrasie. Mais huit ou dix jours après les noces il se trouva réduit à lui céder l'autre moitié, comme par force, et de peur de brouillerie : d'où il paroît combien est petit chez les princes le pouvoir du sang et de la piété quand il s'agit du souverain gouvernement. Ce différent entre le père et le mB***™.
tra lo père et lit
fils étant à la fin pacifié par Arnoul , évêque de Metz, qui avoit été précepteur de Dagobert, ce jeune -prince , pourvu 1 de ce grand apanage , se retira en Austrasie, encore trop étroite pour ses prétentions, qui s'étendirent incontinent du côté de Saxe. Il assaillit Bertraire, un des ducs D.«o!*rt ,t.
taquet* Saie, et
de ce pays-là, pour ce qu'il avoit pillé quelques « teBdi °« er bourgs sur ses terres. Le combat fut douteux, et Dagobert y reçut un grand coup d'épée sur la tête, en danger d'y demeurer, si unsien serviteur, nommé Attila , ne l'eût relevé fort à propos. Les seigneurs d' Austrasie envoyèrent une poignée
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de ses cheveux sanglans à son père, qui, touché kon s ^ ru p- r vivement de voir son sang répandu, y arriva en diligence avec une grande armée, parle moyen de laquelle il gagna la victoire près du fleuve Visère, et commanda qu'on ne pardonnât dans le pays à pas un des ennemis qui excéderoit en hauteur la longueur de son épée. Sur quoi quelques uns ont dit que Clotaire fit cette cruelle or- Gr«n«i* ven donnance pour se venger de ce que les Saxons
geaace »ur les *
sa™". l'avoient appelé Vieille Jument, en dérision de son poil gris bien qu'il ne fût encore âgé que d'environ quarante ans.
Tandis que le roi faisoit ce voyage, Varnaire, maire des Bourguignons cisjurains, étant dé-
^^rjp^cédé, son fils Godin , établi en sa place, épousa sa marâtre Berthe , qui l'avoit comme charmé par ses afféteries. Mais voyant que, par l'exprès -u q uhte. commandement du roi, Godin l'avoit délaissée, elle l'accusa premièrement de trahison contre le prince; puis sachant qu'il s'en étoit justifié à condition d'en jurer sur les tombeaux des plus grands saints du royaume , comme il alloit à celui w de saint Aignan, à Orléans, elle le fit assassiner à Chartres, en un festin solennel. Le roi dissimula légèrement cette offense, se repentant, comme il est croyable, d'avoir créé un maire perpétuel et héréditaire en Bourgogne, qui étoit , à bien parler, une espèce de compagnon.
CLOT A IRE II, ROI X. ï^l
Aussi n'en créa-t-il plus en ce pays-là, dont il gagna les seigneurs, afin qu'en pleine assemblée des états de la province ils eussent à le prier d'être lui-même leur maître et leur gouverneur.
L'année suivante, se sentant abattu au lit, d'une maladie mortelle, après avoir recommandé ses enfens à Pépin, maire de son palais, il rendit l'esprit la quarante-quatrième année de sa Mftrt Af C io.
taire 63 1 •
vie et de son règne de Paris , fan six cent trente-un , mais de celui de toute la France , le seizième, et fut inhumé à Saint-Germain-des- Prés : prince, en la première partie de ses jours , . sanguinaire , farouche et injuste , mais dans la seconde, par un changement nompareil , affectionné envers ses parens, clément, craignant & Dieu, et charitable aux pauvres; trop adonné néanmoins à ses plaisirs, trop crédule aux sug- & gestions des femmes, et trop facile à s'écouler dans la mollesse des voluptés : aussi en étoit-il méprisé de sa noblesse , qui dedaignoit ses édits, voyant qu'une femme tant soit peu belle les lui pouvoit faire casser en un moment ; facilité si blâmable, qu'elle bâtit le premier degré de la puissance des maires
De son règne vint d'Ecosse en France Fiacre, fh. P eiie m
° 7 Saint-Fiacre, V»
auquel Faron, évêquede Meaux, donna pour re- Brle traite solitaire ce même lieu où il est aujourd'hui
réclamé en qualité de saint. L'on tient que dans sa chapelle il ne peut entrer de femme qui ne ressente à l'instant quelque punition divine; et qu'un jour il y en eut une qui fut saisie de rage pour y avoir voulu mettre le pied par une vaine curiosité. Le clergé de France fut en ce temps^-là réformé par de belles ordonnances établies dans l'assemblée des évêques, tenue à Clichy près de Paris , par l'autorité du roi , qui avoit ce pouvoir par les droits de sa couronne.
BERTRUDE, REINE DE FRAJXCE.