FEMME DE CLOTAIRE II
La bonne reine Bertrude, de la maison de Mervruieu« Saxe, fut mariée à Clo taire second, en considé- trude ration de ses vertus, et particulièrement d'une douceur angélique qui reluisoit en son visage et en toutes ses actions. Ce fut au grand contentement de tous les François , qui , faisant comparaison de sa vie avec celle de Brunehaut et de Frédégonde, l'aimoient d'autant plus, qu'ils détestaient les deux autres. Brunehaut, qui haissoit Clotaire, et qui ne pouvoit souffrir que son impudicité et ses effronteries fussent condamnées par la modestie et par la pureté de notre reine, employa souvent divers artifices pour Pôter du ^J^Jj'JJj; monde ; mais ils ne servirent qu'à faire éclater n,ourir plus fort sa méchanceté, et la protection divine en la conservation de Bertrude. Le ciel veilla toujours pour l'innocente, et punit enfin la coupable. Clotaire victorieux rejoignit en un corps toute la monarchie françoise ; mais , bien qu'il eût l'occasion et le pouvoir de se vejnger de ceux qui avoient servi Brunehaut contre lui, si est-ce que les prières de sa femme eurent tant de pouvoir sur son esprit, qu'il fit publier une absolu-
Eiie obtint t ion générale, et jura solennellement qu'il ne
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tï^ww^ie se souviendrait jamais des injures passées. Cette co»^- princesse avoit tant de bouté pour tous ses sujets , qu'elle étoit comme leur avocate envers son mari; obtenant tantôt grâce pour les criminels, tantôt récompense pour les serviteurs fidèles, et bien souvent des donations pour les églises. Elle haïssoit mortellement les rapporteurs, et s'étudioit à éloigner des oreilles du roi ces mouches de cour , qui ne font que troubler le repos des gens de bien. Comme Clotaire la connoissoit sans afféterie, il l'aimoit aussi d'une passion extraordinaire ; en quoi néanmoins elle ne lui cédoit point. En voici un mémorable exemple :
r Mêck««té l'ingrat Alethée, pourvu par Clotaire du gouvernement de Bourgogne , eut assez d'orgueil pour aspirer à la monarchie de France, et, ce qui est plus étrange , assez d'effronterie pour faire solliciter la reine à le venir trouver avec ses trésors; car il lui fit dire qu'il avoit appris des astrologues et des devins que Clotaire devoit malheureusement périr, et partant qu'elle se sauvât de cette ruine, et se vint ranger sous sa protection. Yoilà donc que la reine, non moins étonnée de cet horrible attentat , qu'épouvantée de ces fausses prédictions , commença d appréhender pour le salut de celui qu'elle chérissoit plus que sa vie : d'où il s'ensuivit qu'elle ne cessa de témoigner
son déplaisir par ses larmes , jusqu'à % ceque le roi ayant appris par sa bouche le sujet de cet ennui, ôta du monde Alethée. Nous n'avons autre chose d'elle , sinon que son décès est à-peu-près marqué en ces termes dans les auteurs de son temps : Cette année (ce fut l'an six cent vingt - trois ) mourut la reine Bertrude , qui , pour su grande bonté, fut uniquement aimée du roi son mari, et infiniment respectée de ses sujets. Elle laissa un fils nommé Dagobert, depuis roi de France, et fut enterrée solennellement dans l'église de Saint-Germain-des-Prés.