‹ Histoire de FranceChapitre 2 sur 47 · CLODION, ROI II · texte numérisé non relu

CLODION, ROI II

4ii. En la place de Phararnond, les Francs substituèrent aussitôt le capitaine Clodion , ou Clo- . gion , qui fut son fils , selon quelques uns , ou son parent, selon quelques autres. Il y a des auteurs qui commencent nos rois par celui-ci, sans mettre en ligne de compte Pharamond, dont les plus anciens n'ont pas dit un mot, possible parce qu'il ne passa point dans les Gaules. Mais pour ceux qui ne le croient pas avoir été de la nation des Francs, se fondant

sur ce que les anciens Francs choisissoient leurs rois parmi les Sicambriens, je les supplie de tw^. ^ u prendre garde que sous la Franconie, petite pnocoo*. p rov j nce £ j a vérité, étoient compris des pays

de grande étendue, avec lesquels elle avoit vers l'occident le Rhin et l'Océan pour limites; vers le nord une autre partie de l'Océan ; et du côté du levant la rivière d'Albis. Je ne la borne point vers le midi, d'autant que les uns lui donnent plus d'étendue, et les autres moins. Ainsi l'on trouvera que les Sicambriens étoient un peuple de la France Germanique, où ce n'est pas merveille si les Francs alloient chercher leurs chefs, vu qu'entre les peuples de ce pays là il n'y en

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avoit point de- plus considérable ni dé plus adroit aux armes que celui-ci. A raison de quoi toute la nation est appelée Sicambrienne , par les auteurs qui donnent ce même nom presque à tous les rois de la première race ; témoin Remi archevêque de Reims, qui réduisant sous l'obéissance de Jésus-Christ notre Clovis , lui dit : Ploie *>»>>«• Ar s. la tête sous ce joug , prince Sicambrien ; et un de nos anciens poètes, écrivant au roi Chérebert, le louoit de ce qu'étant Sicambrien, il sur passoit les Romains en l'éloquence latine, tant il avoit de facilité à s'exprimer nettement en cette N langue. Ge fut donc dans l'une des plus illustres races dé cette nation , que fut élu Clodion , cl4 J^ Uon de prince que les qualités du corps et de l'esprit rendoient considérable par dessus tous, et qui portoit sur son visage le majestueux caractère dé la royauté. On l'a surnommé le Chevelu, flan- Btpou«poi„

*' nomné le Cl

tant qu'il fît une loi expresse touchant les chevelures. Les Romains, qui avoient accoutumé d'appeler toutes les autres nations barbares, et qui les tenoientpouresclaves, ne permettoient pas qu'aucun de servile condition portât des cheveux. À raison de quoi ils vouloient de tout temps raser leurs esclaves, et leur percer l'oreille, découverte en signe de servitude. Mais sur le déclin de leur empire, leur vanité croissant, à mesure que leur pouvoir diminuoit* ils ordonnèrent tome 1. ' 2

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velu.

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Loogucew. que les seuls Patrices portassent les cheveux

lure, marque de « ,,

Mené- p«nni ie, longs, et eussent la tete découverte, bien qu'au-

trement la barrette, chez eux appelée pileum , fut la marque de liberté. Les peuples de Germanie,

entre autres les Sicambriens et les Francs , pour se moquer d'eux avoient tous de longues chevelures, bien agencées, et pour la plupart teintes d'un jaune doré. Les Gaulois même, chez Virgile, sont remarqués avec des perruques dorées. Cette mode étoit commune au peuple comme aux princes, et chacun a voit les cheveux plus longs ou plus courts, à sa volonté; mais c'étoit une ignominie chez eux que d'aller la tête rasée. Ainsi Clodion, voulant conserver la liberté et les marques qui l'embellissoient , de peur que parmi les Francs il ne s'en trouvât quelqu'un qui, par bassesse de cœur, ou autrement, n'en

ordomuMede relâchât quelque chose , il ordonna , sous de rigoureuses peines, qu'aucun Franc n'eût à se raser les cheveux ; et de plus il désigna la longueur dont il vouloit qu'on les portât, assez grande pour couvrir les oreilles, réservant aux rois et aux princes du sang de les' porter jusque sur les épaules. On peut le remarquer

Médaille. °* ans la médaille, où le même Clodion se voit en habit militaire, ayant la tête serrée d'une couronne de laurier, et qui, donnant le chapeau, symbole de franchise, à un de ses vassaux age-

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nouille devant lui en forme de suppliant, lève la main haute, pour lui enjoindre, ut coma intosa liber 1 sit capitis decus , que sa chevelure non rasée soit V ornement de sa tête libre. L'exergue dit tout cela en un mot, libertas.

Cette ordonnance fut depuis exactement ob- Anc««w roi*

grandement tôt-

servee. Les rois et ceux de leur sang portoient ^ ur f ,eur de longs cheveux traînant par derrière, comme ceux des épousées , et par devant tressés et galonnés, avec des enrichissemens et des parfums. On peut remarquer cela dans quelques vieilles statues à Saint -Denis et à Saint - Germain-des-Prés. Leur barbe , qu'ils laissoient descendre jusque sur l'estomac , étoit toujours bien peignée, et blonde pour l'ordinaire, comme l'ont presque tous les peuples venant du côté du nord. Nos voisins , qui voyoient la longueur non accoutumée de ce poil , appelloient par moquerie nos princes des rois de soie; nom qui fut m* de r.ubien propre aux derniers de la première race, à cause de leur mollesse efféminée. La loi des Loi d*« cheve» chevelures dura jusqu'à la troisième race, et fut délaissée à la persuasion de Pierre Lombard, évêque de Paris ; bien que d'autres disent que la seconde race , pour ne rien retenir de la première, trop diffamée par sa honteuse fainéantise, ne voulut plus porter ces grandes perruques. Au reste, cette marque étoit tellement attachée au

Clot*ire fait n »er Gondcbaud

sang royal , qu'on n'eût pas reconnu un homme pour prince s'il eût perdu sa chevelure; et pour ôter cette qualité à quelqu'un , les rois ne fatsoient que lui ôter les cheveux , rigueur que Clovis exerça contre ses pare us. Clotaire premier, ne voulant pas avouer son fils Gondebaud , -le fît raser plusieurs fois; et les fils de Clovis voulant ôter à leurs neveux encore petits l'espérance de succéder à leur père , envoyèrent à leur grand'raère Clotilde, qui les gardoit, des ciseaux et un poignard , lui mandant qu'elle ple# eût à choisir l'un des deux : mais elle aima

mieux que ses petits-fils fussent égorgés, que privés de leur grandeur, et de l'espoir de la couronne. Clodomir, roi d'Orléans , ayant perdu la bataille et la vie contre les Bourguignons, fut par eux reconnu à la longue chevelure qu'il portoit. Par la même marque , un pêcheur reconnut aussi le corps de Clovis, tué par son père Chilpéric , et jeté dans la rivière de Marne à la sollicitation de Frédégonde.

ctodion u*e Clodion passa ainsi les premières années de

ae$ £cns pour '

ujjo«,u*e a« SOI1 règne à assurer les fondemens de son état par de salutaires ordonnances, et à mettre ordre aux affaires, du dedans. Puis, parce qu'il étoit résolu de poursuivre le dessein dont ses aïeux avoient jeté le plan depuis un si long temps, il se prépara pour la conquête des

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Gaules ; pour cet effet leva ntie puissante armée. Or, en ces années là, savoir vers 4*8, l'état de ces malheureux pays étoit tel : Tem- Éutd«o.«.

• • # ■ lu quand Clo*

pire romain, gouverné seulement par uneau»,. JP «u. femme et un enfant, Placidia, sœur d'Honoré , et Valent inien son fils, étoit si fort en trouble/ et au dehors par les incursions des Vandales qui s'étoient saisis de l'Afrique , et au dedans parles discordes desesdeux meilleurs capitaines, /Etais et Bonîface , que diverses nations barbares eurent beau jeu de se jeter sur ces riches provinces. Les Bourguignons s'étant premièrement nichés entre le Mont-ïou , les Alpes et le Rhin , s'étoient puis après plus hardiment avancés et a voient occupé le Lyonnois, l'Au- p^p^^y tunois , le Langrois et le Séquanois : même * olonthllbauc 'par ci- a près dans vingt ans ils s'étendront par tous ces pays qu'aujourd'hui on nomme Savoie, Dauphioé, duché et comté de Bourgogne.

Les Goths tenoient, du consentement de l'empereur, les meilleures contrées de l'Aquitaine, Languedoc et Provence. Ijes Bretons armoriques et partie de la Normandie d'aujourd'hui - •s'étoient révoltés pour vivre en république. Les Romains conservoicnt le reste, mais fort désolé, du mieux qu'ils pouvoient. Donc Glocfton , prince hardi et vaillant , et que Grégoire de Tours appelle très -utile aux François , ayant

passé le Rhin sur quantité de petits bateaux portatifs, ainsi que c'étoit la coutume de ces peuples, et sachant par ses espions que les villes de Tournay, Cambrai et Valenciennes étoient peu soigneusement gardées, il les surprend presque sans tirer l'épée , et au lieu de la garnison impériale, il y en établit une françoise; niï£ tCk * rhon ' ' a f° r êt qu'on appeloit Charbonnière ayant Jenu la marche de son armée si secrète, qu'il se trouva bien avancé dans le pays, avant que d'être découvert par les Romains. Cette foret, autrefois d'une étendue fort spacieuse , est encore remarquable" par quelques branches qui s'en voient en ce pays - là ; car le bois de Mounault, dedans la comté de Hainaut, là où il commence près du .Quesnoy, et s'avance jusqu'au Vermandois , en est un reste , au dire de quelques uns; bien qu'il y en ait d'autres qui mettent la même forêt plus vers le levant, entre les rivières de Meuse et de Sambre , et qui s'imaginent que celle d'Archy en est encore une partie. Quoi qu'il en soit, il est bien certain carafe* de que Clodion , se laissant conduire à sa bonne

Clodk» d«u le* . . . %

fortune , se saisit des pays d entre les rivières de l'Escaut et de la Somme, ayant battu les Romains autant de fois qu'ils se présentèrent devant lui.

Je ne sais s'il garda ces conquêtes, ou si

CLODroN, roi ii. a3 seulement il se contenta d'en enlever le butin;

mais il faut que par après il ait repassé en Germanie, vu que je trouve que Tan quatre «»q«*« cens trente-cinq il dompta les Teutons et Saxons, habitansde la Frise, et qu'il dilata son royaume de ce côté -là jusqu'à l'Océan, se resaisissant d'une partie des terres que les François avoient tenues auparavant la descente des Saxons. Les années suivantes il revint dans les Gaules aveç p)olt î 0 ^ 2

i . • « » f f («n Gaule.

plus grand appareil qu auparavant , pénétra jusque dans la province sénonoise; et Ton tient que Sens, Melun, Paris, et autres villes d'alentour, lui envoyèrent des ambassadeurs pour se soumettre à sa puissance et lui payer contribution, afin de se racheter du pillage. Durant plusieurs années il fit ainsi diverses courses par les Gaules, sans trouver d'empêchement.

Mais enfin le cours de ses victoires fut arrêté v par ;Etius. Ce grand capitaine; avec une peine ulB f^ a .^ incroyable , couroit tantôt à un bout de l'empire romain , tau tôt à l'autre , pour faire tête partout aux ennemis qui l'assailloient de tous côtés ; et bien qu'il en apaisât les uns par présens, les autres par menaces, et quelques uns par ses braves exploits , il n avoit néanmoins le loisir d'en ruiner pas un seul, s'en élevant dix autres avant qu'il eût dépêché celui qu'il entreprenoit. Les forces et la vaillance des François lui étant

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connues , et les siennes trop nécessaires pour être hasardées en une bataille , il n'osa les attaquer ouvertement : ainsi, observant leur contenance, se résolut d'attendre quelque occasion de les surprendre. Pour lors ils étoient dans le pays d'Artois, où, ne se doutant point du malheur que leur préparoit l'incroyable célérité de ce chef, ils se tenoient en assurance 5 comme s'ils eussent été au-delà du Rhin, et même y solennisoient des fêtes et des banquets, ayant leurs femmes et leurs familles ^ivec ,eux. Un jour qu'ils célébroient les noces d'un des principaux chefs de leur armée, possible parent con»b.» cio-de Glodion, non avec une prisonnière, comme

a en àrtob, » 7

e déçut, jjj. q ue )q Ue auteur, mais avec une fille de leur nation, près d'un bourg que Sidonius nomme Vicus Helefia ( d'aucuns pensent que c'est le vâel Hédin , à cause de la conformité des mots et de la situation telle que ce poète la dépeint), il les attaqua à l'improviste et si rudement, qu'il troubla la fête , et leur fit abandonner et table et danse pour courir aux armes. Mais il ne leur bailla pas le loisir de se mettre en défense , et les pressant chaudement, en renversa grand nombre sur la place, do un a là chasse aux autres, et emmena la nouvelle épouse. Clodion, en cette déroute t sauva sa personne , et ce qu'il put de ses gens. Ce ne fut pas encore tout : n'y

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