‹ Histoire de FranceChapitre 3 sur 47 · CLODION* ROI II · texte numérisé non relu

CLODION* ROI II

ayant plus de François dans les Gaules qui p ^^"^ ,w osassent faire tète à iEtius, il lui fut aisé de re- le "

conquérir les places qu'ils y avoient prises , et -de remettre en peu de jours toute la Belgique sous les lois de l'empire.

Clodion , chassé avec tant de perte , est quelque temps sans oser se remuer : mais après s'être rerais de cette chute , il tente par diverses fois de recouvrer son honneur et sa perte. Je ne sais pourquoi il y a des auteurs qui parlent ici de Stiticon , et de la haine qu'il avoit contre les François , vu que lui et son fils avoient dès long-temps auparavant payé la peine due à leurs trahisons; et le brave ^tius, substitué en Vmfcur d'M

leur place, rétabli s soit la majesté romaine dans »«* R«««iM. VOccident. Notre prince le trouve sur le passage; mais il ne le peut forcer. Le combat est opiniâtre de part et d'autre; mais Clodion se retire enfin , avec résolution de revenir bientôt. En effet , ayant levé de plus grandes troupes , il se présente une autre fois sur le passage, et tente la fortune à diverses reprises ; en quoi il ne fit qu'ébranler les forces J'iEtius ; mais il ne put jamais les abattre. Il est pourtant bien croyable, eu égard à la multitude de ses troupes desquelles il pouvoit renforcer de jour en jour, qu'il eût maltraité les Romains si la mort ne se fût op- dJ " ort dc CJ< * posée à ses entreprises, Tan quarante-neuvième

a6 HISTOIRE DE FRANCE.

de son âge, et le seizième ou dix-huitième de son règne, et, depuis la naissance de Jésus- Christ, environ Tan 448. Sa demeure ordinaire étoit au château d'Isparg , aujourd'hui nommé Ausbourg, ainsi que le remarque un vieil auteur, qui de plus rapporte que la femme de ce roi, se promenant un jour sur le bord de la mer, fut surprise par un monstre qui sortit des flots , et que de cet embrassement naquit un fils nommé Mérovée , qui fut depuis roi des Français. Il y a quelque apparence que cette fable fut mise en vogue par Mérovée même , ou pour couvrir la faute de sa mère, s'il est vrai qu'il fût bâtard, comme quelques uns l'assurent, ou pour imprimer dans l'esprit des siens une plus respectueuse obéissance.

MÉBOVÉE, ROI III

MEROVEE, ROI III.

De quatre enfans mâles que Clodion avoiteus 44*. d'une fille du roi de Turinge, l'aîné mourut avant le père, et les trois autres, nommés Alberon , Regnault et Rangcaire , étant encore trop jeunes pour soutenir la charge des affaires, les états élurent Mérovée, dont ceux de la pre- MeWe,a«

p roi par Ira état* ,

mière race ont pris le nom de Mérovingiens , jjjj^ soit qu'il fût bâtard, spit qu'il fût seulement 1 "son cousin. La monarchie des Francs , encore mal affermie, et choquée par beaucoup de puissans ennemis, s'en alloit par terre, si son bonheur ne l'eût rassurée par un chef de grand crédit envers les siens, et fort redouté chez les étrangers. Il y a des hommes sr avantagés parla nature, qu'ils sont nés pour commander et pour attirer à eux le consentement universel des peuples, qui n'est en ce cas autre chose qu'un aveu qu'ils rendent à cette prééminence naturelle. Tel étoit le prince Mérovée, digne du commandement et d'être par dessus les autres, ainsi que le porte l'étymologie de son nom en vieux allemand. Je sais bien que, pour le mettre dans le droit de la couronne, quelques uns l'ont fait fils de Clodion; mais il

* suffit qu'il en fût parent , puisque les première et seconde races ont toujours fait leurs rois par élection , les choisissant non pas entre tous , mais parmi ceux du sang royal, et les destituant, quand eux - mêmes s' par leurs

lâchetés.

Merovée eut un bonheur toujours égal à sa vertu ; car il passa fort aisément dans les Gaules, ^ G«ut<ye et trouva le pays disposé à se ranger sous son Leu«oce. obéissance; les Gaulois s'étant lassés de la domination des Romains, qui ne faisoient que les tondre et les écorcher, sans prendre beaucoup de peine à les défendre. En ce temps-là Valen* tfrrien venoit de rappeler iEtius, qui avoit toujours tenu en bride les barbares, acharnés au riche domaine des Gaules , sur un soupçon qu'il se donnoit, que ce capitaine s'entendoit avec 4es Vandales, pour leur avoir laissé piller l'Esca.ii« « Bo.1 Ml g ne ' lui-même J étant présent. Le comte Cas-

niface t>a«srnt en t il

E,p,gîie. tm , son successeur, ayant amené une nouvelle armée et pris le commandement de celte d'iEtius, n'osa pourtant passer eu Espagne qu'il n'eût avec lui le général Boniface, lieutenant d'Afrique. Us firent assez bien leurs affaires , tant que la concorde les tint unis ensemble. Mais

ce,,.!*.*». Castin, prenant de la jalousie deBoniface , parce qu'il le reconnoissoit plus habile homme que lui, et voyant qu'il ne pouvoir rien faire qui eût

méhovée, roi m. ap, .

<le F éclat près de ce chef ,. s'en offensa tellement, qu'il employa tout ce qu'il avoit de pouvoir en qualité de généralissime à le traiter mal , et conspira mêmecoutre sa vie. Boni face en étant averti, se retira en son gouvernement d'Afrique, d'où il envoya faire ses plaintes à la cour; mais son agent ayant trouvé mort l'empereur Honorius , ne tira aucune satisfaction de l'impératrice Piacidia, mère de Valentinien , et ^tSTS!t veuve du comte Constantius, de son vivant as* socié à l'empire par Honorius. Cette femme , des plus inconstantes de son sexe, que les calamités de sa maison ni tant de changement divers n'avoient pas rendue plus avisée, n'ayant point d'yeux pour l'avenir, et moins encore pour la justice, au lieu d'écouter favorablement un homme intéressé en sa réputation et en sa vie, se rangea dans le parti de Castin, et envoya en Afrique deux capitaines, Mavortius et Gallio, pour tuer Boniface , qui les tua eux-mêmes, ^f 0 "^^ Cela fait , pour justifier son action par la défense , laitt,t XM ' m qui est le droit naturel des gens, il met tout l'empire en trouble, et résout de tout perdre pour se conserver. Valentinien dépêche contre lui ses meilleures troupes et ses plus affidés capitaines; mais lui a recours aux . Vandales et aux Alains, qui passent en Afrique, où ils portèrent l'arianisme. Ces troubles offrirent aux François de

3o HISTOIRE DE FRANCE.

ivtnpîTh'Ioiï belles occasions de s'avancer dans les Gaules.

"u.*" Fr ""Mérovée ne les perdit pas ; il se saisit de Trêves et de Strasbourg , et occupa tout le pays jusqu'à la rivière d'Aisne. Alors la Fortune," qui avoit juré la ruine de l'empire, de peur qu'il ne restât quelque coin de la terre exempt de ses secousses, ébranla encore la Grande-Bretagne, dont la partie qui obéissoit aux Romains, étant molestée par les Pietés et par les Écossois tandis que les légions en avoient été tirées pour la guerre d'Espagne, appela à son secours les Anglois, peuples d'entre les Saxons. Mais souvent les étrangers auxiliaires sont plus incommodes que les ennemis ; et ces insulaires eussent mieux fait de s'accommoder avec les Pietés que de se donner en proie aux Saxons, qui, sur une querelle faite à plaisir, disant qu'ils n'avoient pas été bien payés de leur solde, se mirent à ravager le pays qu'ils dévoient défendre. L'empereur Valent in ien ne savoit auquel de ces désordres premièrement remédier. La perte des Gaules, qui étoient le plus riche fleuron de sa

p.ffïkS« couronne , lui fait rappeler iEtius , sa vertu ayant parlé pour lui, lorsque toute la cour l'avoit oublié. Voilà donc qu'il y arrive, à dessein de chasser les François , les Goths et les Bourguignons : mais cependant un danger plus effroyable que tous les autres le contraint de s'allier avec

MÉROVÉE, ROI 111. 3l

les ennemis des Romains pour défendre Rome; car Attila , roi des Huns , ayant repris de nouvelles forces après l'échec naguère reçu des Heutenans de l'empire, et tout fier de se voir environné de cinq cent mille combattans , avoit Prodige, recommencé de répandre le sang par le meurtre « •» de son frère Blédâ, qui lui dissuadoit cette entreprise. La flamme, l'horreur et le pillage, accompagnoient les troupes innombrables de ce barbare. La ville de Reims, pillée et brûlée, ne vit rien de plus cruel que la mort de son évëqueNicaise, qui fut égorgé dans son église, chantant des hymnes. De là ce Fléau de Dieu, portant avec soi la désolation, vint pour forcer Orléans : mais ne pouvant l'emporter d'abord , il- y met le siège , le bat de toutes sortes de machines, et l'épouvante par ses menaqes. Annian, par corruption Aignan , évëque de la ville , retint les bourgeois dans leur devoir, par l'assurance qu'il leur donna d'un prompt secours.

Aussi arriva -t -il que ni le peuple ne fut point trompé en la confiance qu'il eut aux paroles du prélat, ni le prélat en celle qu'il mit en Dieu. A l'heure qu'il sembloit que l'ennemi dût gagner le rempart, voilà que le guet aperçoit en Tair une grosse nuée de poussière ; c'étoit l'armée de Thierry, roi des Visigoths, qui venoitau secours de la ville, poussé à cela par son propre

mis (forant Or-

3a HISTOIRE DE FRANCF.

intérêt, afin d'arrêter les Huns sur la frontière de son royaume d'Aquitaine r qui , après la prise d'Orléans , eût été exposé à leur violence. Alors le Hun qui t par la maxime des conquérans , ne Aun. ferek demandoit qu'à donner bataille , lève le siège de

ilege cja u «voit 1 ' ©

devant la place , remunie d'hommes et de vivres, et présente la lice en Soulongne, ou, selon d'autres, près de Chaalons en Champagne. iEtius l'y vient rencontrer, assisté de Thierry , roi des Visigoths , et de Torismond son fils : des Gaulois, des Bourguignons et des François, conduits par Mérovée, auquel , accompagné de son fils Çhildéric, il donna la pointe droite. La mêlée *. fut sanglante et la victoire rudement disputée ,

mémorable ga-

pue Méro- jusqu'à ce que le jour s'abaissant , les courages des barbares s'abaissèrent de même. L'honneur de cette victoire se doit principalement à Mérovée, comme il se remarque par les mots de M^uaie. la médaille : Attila. , *t Hunnis ad Catalau. fugat, Attila et les Huns défaits près de Chaalons ; ce qui est représenté par une armée mise en déroute par une autre qui la poursuit vivement, les piques dans les reins, sans lui donner loisir de se rallier. Et pour montrer que, par cette action, Mérovée assura les Gaules , dont il étoit la' principale force, il se lit dans l'exergue , Galliarum fortitudo , la force des Gaules. Attila donc , cédant le champ de

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bataille et les dépouilles , se retire dans son camp, où ce tyran insatiable, qui s'imaginoit d'engloutir toute la terre , se croyant vaincu entièrement pour n'avoir su vaincre, et pensant plus d'une fois, tantôt aux braves promesses qu'il a voit faites à ses capitaines, tantôt au sage conseil de son frère , se persuada véritablement que la tristesse de leurs visages et l'assassinat de Bléda lui reprochoient déjà son malheur. Alors la frayeur le saisit : il se croit perdu ; il fortifie en hâte les avenues de son camp; et puis tout d'un coup, lorsqu'il vient à se représenter que d'assiégeant il étoit assiégé , sans autres remparts que de deux cents mille corps de ses soldats, la honte le jeta dans les angoisses et de là dans le désespoir, ordinaire v^^in-M. catastrophe des lâches ambitieux. En effet, pour si peu que les nôtres l'eussent pressé, il eût sans doute fini le combat de sa propre main, et se fut donné la mort lui-même. Thorismond juroit d'immoler le reste de cette armée sur le tombeau de Thierry son père , tué dans la bataille ; les Gaulois vouloient se venger du pillage de leurs maisons; les François, acharnés à la tuerie, ne croyoient pas avoir rien fait durant que le chef des ennemis restoit en vie; et tous ensemble disoient qu'ils tenoient pris dans les filets le brigand et le désolateur des nations, et

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