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SECONDE RACE

Un homme qui avec peine cherchoitdes objets dans une nuit obscure , étant tout d'un coup produit au grand jour, ne peut jouir avec plaisir de 1& çlarté qu'il souhaitoit. La même chose m'arrive maintenant , lorsqu'au sortir de cette première lignée, dont les actions sont confuses, les temps embrouillés , et la vie de tant de rois obscurcie par la fainéantise ou par l'oubli, je rencontre devant moi la glorieuse race des Carlovingiens., éclatante par tant d'héroïques exploits et célébrée par tant d'écrivains. La foiblesse de mes yeux, accoutumée à des objets trop sombres, trouve de l'incommodité dans le plaisir qu'elle ressent, et ne peut envisager fixement une lumière si forte : davantage , lorsque je commence à rassurer ma vue , je me vois engagé à tenir beaucoup plus que je ne pensois avoir

promis. Il est vrai que le titre de mon livre ne vous devoit que l'Histoire de France : mais je ne vous la saurois donner bien accomplie en cet endroit, si je necris celle de tout l'univers ; car de quelle nation les premiers descendans de

candeur a*. Martel n'ont-ils pas remporté des trophées? Quel coin de la terre n'a pas ressenti leurs armes , ou adoré leur protection ? Quels princes n'ont pas brigué leur alliance avec plus de passion qu'une souveraineté? L'Italie délivrée, l'Allemagne domptée, le septentrion et ses îles tributaires, l'Espagne secourue, l'Afrique intimidée, l'Orient étonné, les Persans et les Indiens attirés par le brnit de leur renommée , leur ont rendu des reconnoissances ; si grande a été la terreur de leurs victoires et si puissans les attraits de leur piété et de leur justice, qu'ils ont conquis toute la terre ou par force ou par amour. En une si ample matière, je ne puis rien choisir sans jugement, ni rien laisser sans regret. Néanmoins la trop grande abondance me privant d'une partie de ses richesses m'excusera facilement d'ingratitude si j'en laisse quelques unes, et l'éclat de tant de belles choses m éblouissant couvrira mon impuissance , si je ne les décris d'un style égal à leur majesté.

i™s„o«j,«in- Les Saxons, fiers et belliqueux, mais rebelles

cm, l'an 7 53. ^

et mutins, opposés directement aux François

par une haine contractée de la diversité d'humeurs et de religion , et depuis cruellement envenimée par l'aigreur de tant de guerres les unes sur les autres , provoquèrent les premiers les armes de notre nouveau monarque. Il y courut avec une incroyable vitesse , et devant que leur mauvais dessein se fût fortifié, il mit en pièces leurs troupes étonnées de sa présence, et remit le pays en repos, sans y recevoir de perte qued'un desesplus fidèles ministres, Ildégare, ar- Mo« ,nwéchevêque de Cologne, qui fut surpris par des cou- deC<|o s'* reurs, et tué dans le château deViberg.Ce voyage fut pour une guerre d'état , celui d'Italie pour une guerre de religion. Les papes, qui setoient déjà agrandis des troubles de l'Empire, et avoient peu à peu acquis une grande autorité en Italie, par le mauvais ménage et les hérésies des princes grecs, ayant intérêt, pour conserver leur puissance , qu'il n'y eût point de prince puissant en Italie, étoient bien gênés par les Lombards. Astolfe leur k roi, après la prise de Ravenneet de Anoir, la Pentapole sur les Grecs, continuant ses victoires, entreprit de faire aussi ployer les papes, qu'il disoit avoir été sujets des empereurs.

Étienne troisième tenoit la chaire après Étienne second , dont le règne finit entre deux soleils , et se faisoit respecter beaucoup plus par la sainteté* de sa vie que par l'éclat de ses armes. Ce

a86 HISTOIRE DE FRANCE.

bon père se voyant rudement attaqué par le Lombard, envoya devers lui Paul son frère, • avec d'humbles soumissions et de riches présens, rena i« q U i firent que la paix fut conclue pour quarante ans entre le Lombard et l'Église : mais Astolfe ne vouloit qu'endormir le pape par ce traité, et le dénuer dè son argent et de ses forces; et partant, à quatre mois de là, sur quelque nou-

Là rompt, velle chicane il rentre dans les justices de saint Pierre, c'étoit le domaine de l'Église, se saisit de quelques places , et s'approche de Rome.

Étiemie s'en étonne et s'en plaint : mais au lieu

Le memcr. de le satisfaire il le menace de la destruction de la ville de Rome, sî chaque Romain ne lui fournit promptement un écu par tête, et ne s'oblige à le lai payer de tribut annuel. La ville effayée de ces rudes conditions, et toute éplorée d'être à la veille de sa ruine, prie le pape de lui trouver quelque assistance. Ilsavoit bien jusqu'à quel point ses prédécesseurs avoient offensé les empereurs, et néanmoins il' croit que la soumission qu'il leur rendra, et leur propre avantage, les induiront à le vouloir secourir, pour ne perdre pas tout à fait le droit de souveraineté en Italie. Ses ambassadeurs arrivés en grande

Le p. P e a «.hâte auprès de Constantin Copronyme, fils de

• l'un pe»

3con.untC Léon Brise-hnage, en eurent plusieurs belles paroles, et point de secours effectif. L'empereur

S étant excusé en apparence sur les affaires qu'il avait avec les Boulgres ou Bulgares , et sur la désolation que la peste avoit causée daus les terres de son obéissance, mais en effet étant bien aise que cette puissance des pontifes, qui avoit cboqué les empereurs , spécialement son père, fût un peu mortifiée, le pape, averti par les siens qu'il n'avoit rien à espérer de ce côtélà, se tourna devers la France, où Pépin , à son u lrapIot , avis bien obligé par le pape Zacharie, et grand ™* Pepl "* zélateur de la religion, ne seroit pas fâché de trouver l'occasion d'acquérir de la gloire et des v seigneuries. Il ne fut pas trompé de son espérance. Notre prince, joyeux d'être le défenseur du sépulcre des saints apôtres, lui mande qu'il l'assis* tera de toutes ses forces, et que pendant qu'on p . u IoI les assemblera , il le convie de prendre son 1 " 0 ""**

Le convie de

royaume pour retraite contre les mauvaises entreprises que le Lombard pourroit faire sur sa personne. L'empereur eut le vent de cette négociation, et dépêcha proroptement des ambassadeurs vers le pape, afin de lui remontrer la faute qu'il alloit faire de s'éloigner de son siège , l'a- 1« g« c iv> h» baissement que souffriroit sa dignité et celle dû peuple romain , qui toutes deux ayant été au* gustes, s'ali oient soumettre à un prince étranger et possible trompeur. Ils le pressèrent tant làdessus, qu'ils l'obligèrent à tenter une seconde

fois les voies d'accord avec le Lombard. 1k l'accompagnèrent en cette légation , et joignirent leurs prières aux siennes, pour demander la paix. Là-dessus arrivèrent Tévêque Rhotingrand et le duc Antoine de la part de Pépin , qui le hâtèrent de se dépêtrer des mains de ce perfide, U p* P e wit et de venir en France. Il voulut néanmoins le voir

A.tolfe.

avant que sortir d'Italie. Astolfe lui témoigna bien un profond respect en cette entrevue, et écouta patiemment ses plaintes; mais il ne parla * jamais de rendre, jusqu'à tant que les François lui ayant demandé passage pour amener le pape en France, il s'efforça par de nouvelles fourbes de le vouloir arrêter en lui promettant des satisfactions qu'il n'avoitpas envie de tenir : mais les nôtres, qui connoissoient bien ses souplesses, ne permirent pas qu'il enchantât davantage ce bon homme, FrS« amen * *" et l'accompagnèrent en France jusqu'à Pontignon, près de Langres, palais royal de Pépin. Ceux qui connoissent sans passion le respect de nos rois envers les saints apôtres ne douteront point de l'allégresse incroyable que Pépin avec toute sa cour témoigna à l'arrivée du pape : car il enpepbfei^u voya son fils Charles quelques milles au-devant

«vec grand ru- r 11

de lui; et lui-même, accompagné du clergé, se prosterna à ses pieds avec sa femme et ses enfans pour recevoir sa bénédiction. Le pape les ayant relevés et embrassés comme ses enfans

spirituels, exposa en peu de mots le sujet de sa p*roie«d up .p.. venue, conjurant le roi et ses seigneurs , par la sacrée passion de Jésus-Christ , et par les tombeaux de ses apôtres et de ses martyrs , du • sang desquels 1 Eglise avoit été cimentée, de la secourir contre l'impiété des Lombards, plus traîtres que les Gotbs, plus barbares que les Vandales, et d'autant plus impies que les Huns, qu'étant chrétiens ils s'efforçoient de déchirer leur sainte mère. La gravité dont il prononça ses paroles, son âge vénérable, et la religieuse majesté de ses habits , imprimèrent un tel respect dans l'esprit des assistans, qu'ils s'imaginèrent avoir vu parler un apôtre par sa bouche; Pépin lui-même, ravi de joie, et touché de douleur, promit et jura solennellement qu'il n'auroit point de repos jusqu'à ce qu'il eût délivré l'Église de la persécution des tyrans. Le pape, en reconnoissance de ce beinfait , dans l'église de Saint-Denis conféra l'onction sacrée à Pep 1U , Le pape oint

* Pépin et «e« fil*

à sa femme Berthe et à ses enfans Carloman et charI « etCarl0 -

Charles, déclarant aux François que cette race leur avoit été donnée de la part de Dieu , et partant que tous ceux qui la voudroient inquiéter dans sa possession, fussent-ils ou étrangers ou François , seroient maudits de Dieu , au nom duquel dès à présent il les excommunioit et les ni*»».»!.

* * Je» ennemis d« U

déclaroit enfans du diable , qui seul est capable tome 1. 19

de porter envie à un royaume si sanctifié; ensuite de cela, il reçut le même jour entre ses F.it chiUcrk mains les vœux de profession du pauvre Childérie et de sa femme Gisèle, qui finirent Te reste de leurs ans dans des couvens en Bavière. Quelques jours après les états étant assemblés pour délibérer des moyens qu'il falloit tenir en la criom« , guerre d'Italie , le moine Carloman y arriva de

moine, vient troo-

^urKujfc^' ' a P art d'Astolfe, pour dissuader ce voyage aux François. Ce prince réduit au bout de ses finesses, qui sont inutiles contre la vraie vaillance, l'avoit tiré par force de son couvent, afin qu'il allât interposer sa faveur .pour lui auprès de son frère Pépin , menaçant l'abbé de le brûler dans son abbaye avec tous ses confrères, et de raser les maisons de saint Benoît qui étoient sur ses terres, s'il ne rompoit absolument l'entreprise des François. Je crois qu'il y travailla de tout son possible, prenant pour prétexte de son voyage de venir redemander le corps de saint Benoît qui avoit été jadis enlevé du mont Cassin et porté en l'abbaye de Fleury-sur-Loire, pour cette raison appelée Saint-Benoît : mais tant s'en faut qu'on le voulût écouter, que Pépin, fâj.wedep«.ché de revoir son frère avec intelligence du

pin contre Car-

Lombard, revenu en France , où il avoit naguère régné avec lui, comme un mari seroit jaloux de trouver auprès de sa femme un des serviteurs

qui l'a autrefois galantisée, le renvoya avec une assez froide réponse, et le confina dans une abbaye de Saint - Benoît à Vienne , où il dé- u£tïyl!LIT. céda six semaines après, -de poison dit quel- °* amemt ' qu'un , mais plutôt de regret d'avoir vu à sa barbe la guerre conclue contre le Lombard , si clans un certain temps il ne faisoit une ample restitution à 'l'Église. Le pape, pour cette heureuse résolution, rendit encore un autre service à Pépin : il tondit et renferma dans un raonas- J^Jj^" 19 * tère les enfans que Carloman a voit eus avant qu'il se fit moine, assurant ainsi de tous côtés , la couronne à celui qui lui assuroit la sienne.

Cependant les troupes s'assemblent au rendezvous, et Astolfe, qui de l'autre côté des montagnes avoit entendu le bruit des trompettes, fortifie les avenues des Alpes de bonnes barricades, mais peu fortes contre la première boutade des François. Quelque cavalerie envoyée devant par Pépin met pied à terre, et les force d'abord, puis court et ravage tout le pays comme un furieux torrent descendu de ces précipices voisins. Le roi, qui suivoit avec toute son armée, pour pepi npasieeB

Italie

montrer à la chrétienté qu'il ne cherchoit qu'une raisonnable paix , l'envoya derechef offrir au Lombard ; mais il n'en tint compte , pour ce qu'il crut, ou que Pépin ne quitteroit pas son royaume pour la querelle du pape, ou que les

20/i HISTOIRE DE FRANGE.

François assez inconstans après les premières rencontres s'ennuieroient de. demeurer en Italie, qui leur avoit été toujours funeste; et sur cette opinion il se roidit à ne rien rendre, assemblant des forces de toutes ses terres. Ce lui fut pourtant un mauvais présage et un sensible déplaisir, d'être refusé du secours par les ducs de Bénévent et de Spolette , ses vassaux , qui pour d'autres mécontentemens s'excusèrent sur la religion, et la révérence qu'ils dévoient au saiut-siége. Voici Pépin à la tête d'une puissante armée arrivée dans la Lombardie sans aucun empêchement : Astolfe ne l'ose attendre ; mais fuyant toujours devant lui, se va renfer- A.toifiVei»f.,b mer de peur dans la ville de Pavie, où son en- ™ nemi , maître de la campagne et de toutes les

places voisines, le vient assiéger, faisant partout un pitoyable dégât, up.^.étiw .. Le bon pape, qui étoit avec Pépin , regardant

dé» cruauté* de . .

i*ç*w*.,«ul alors tant de ravages, de meurtres et d incendies si éloignés de la douceur de Jésus-Christ, et de la charité qu'il nous a enseignée , bien fâché que pour une domination temporelle il se commît tant d'inhumanités, supplia Pépin la larme à l'oeil de vouloir faire la paix. Il n'en, dut pas être refusé , puisqu'on faisoit la guerre pour l'amour

^pq,fa u «m- d e i u i. Elle fut conclue avec Astolfe, à la charge qu'il rendroit au pape les justices de saintPierre,

PEPJN, ROI XXII.

et lui mettroit entre les mains l'exarchat de Ravenne , avec les terres qu'il avoit prises sur l'empereur. Il n'en eût pas tant promis s'il eût eu envie de le faire ; et néanmoins il donna quarante otages, et s'obligea lui et ses seigneurs, par d'horribles sermens, à l'exécution de cette promesse. Après ce traité, le pape fut conduit à Rome par deux des principaux du clergé de France, et le roi s'en revint chez lui. Il tint à son retour p^,, tJ , nt Wt les états , appelés Placitwn , d'où viennent les * uu IW ' mots de plaids et plaider , et Campus Martis y Ho « d« éuu. d'autant que les seigneurs au commencement y venoient armés à la mode des Gaulois , des Germains et des Goths. Ils furent aussi a ppelés Parlement, et setenoient à la campagne, hors des villes etsous des tentes, deux fois l'an, le premier mars, qui étoit en ce temps-là le premier de l'an , et le premier octobre. Cette année-là néanmoins ils furent tenus au mois de mai , comme c'étoit l'ordinaire. Il en fallut un peu presser la conclusion pour les lettres que le pape Etienne envoyoit les unes sur les autres, qui raandoient comme Astolfe ayant rompu sa foi, mettoit tout à feu et Attolfc ntmi , t à sang dans le patrimoine de saint Pierre, étant lapaU résolu de pousser sa vengeance jusqu'à l'extrémité, et de brûler Rome, qu'il tenoit assiégée. Les termes de ces lettres sont remarquables dans Lettre, a upap e. les originaux : « O rois très-chrétiens, et très-chers

294 HISTOIRK DE FRANCE.

« enfans (il parle à Pépin et à ses fils) oyez-nous «et secourez-nous ; considérez qu'après Dieu , « notre vieet celle des Romains dépend de vous; « assistez-nous avant que le poignard des enne- « mis nous ouvre le cœur; ne tardez pas, de « peur que les nations ne disent un jour : Où « est la confiance que les Romains avoient mise « aux princes et en la nation des François? n II n'étoit pas besoin d'une si pitoyable prière ; et afin que les papes nous en aient l'entière obligation, nous l'avions prévenue : car Pépin, aux premières nouvelles qu'il en eut, avoit, contre p«pu rtpuK l'attente d'Astolfe, donné ordre à un second

ca lulfa.

voyage. Les ambassadeurs grecs , qui avoient charge de venir en France pour le supplier qu'il u. Ambu». rendit à l'Empire l'exarchat de Ravenne,qui lui

deuri grec» de» # '

ch«t Dd rpepi" r " av °fr été ravi par les Lombards, et qui nappartenoit en aucune façon à l'Eglise romaine, firent compagnie aux ambassadeurs du pape qui étoient députés pour presser le secours, et qui croyoient trouver encore Pépin dans son royaume , les députés de l'empereur épiant toujours la contenance et les sentimens de ceux du pape.

Ils arrivèrent ensemble à Marseille , où le bruit commun leur ayant appris que le roi avoit repassé les monts, les ambassadeurs de l'empereur partirent la nuit , et s'en allèrent à grandes journées trouver Pépin , auquel ils débitèrent les

raisons de leur maître avec beaucoup d'éloquence , et peu de persuasion ; car il leur répondit : Sa réponse. « Qu'il n'étoit point entré en une si pénible guerre « pour l'amour du Grec, mais pour la défense « de l'église; qu'il n'avoit pas le loisir d'examiner « les droits de leur maître sur l'exarchat , mais « que pour les siens ils étoient bien clairs, et ac- « quis à la pointe de l'épée; partant qu'il étoit en « sa puissance d'en disposer comme il aviseroit « bon être. » Astolfe, après avoir déjà levé le siège de devant Rome , et s'avançant par une témérité furieuse, fut battu si rudement, qu'il ne trouva A«*° ,feUt,a point de sûreté qu'à l'abri des murailles de Pavie, encore ne l'y crut-il pas avoir, et espéra de la rencontrer seulement dans la clémence de Pépin. Il la lui envoya demander à telles conditions qu'il lui plairoit , et elles ne furent pas plus rudes que l'autre fois, mais bien mieux exécutées; car Pépin ne voulut pas s'en revenir qu'il n'eût fait rendre toutes les places de l'Église , l'exarchat et la Romandiole, dont il envoya les leiarcbat clefs sur le tombeau de saint Pierre l'an 756 , lui commettant en garde ces villes qu'il avoit conquises pour venger sa querelle. C'est la troisième fois que la France a assisté les papes et la première libéralité que l'Eglise a reçue d'un prince ; car la donation de Constantin est fabu-

leuw.cdUdePe-

leuse ou fort petite, et celle-ci (si pourtant c'a p*«»

été une donation, ce que je ne crois pas) est véritable et de grande étendue, bien que l'ingratitude de quelques Italiens nous ait voulu ôter cet honneur, et qu'elle se soit servie contre nous de l'épée que nous lui avious mise en main.

La France s'accroissoit ainsi en honneur, et se régloit par la bonne police et le sage gouvernement des états, auxquels Tassillon, duc de Bavière, bien que son père fût encore vivant, vint accompagné des seigneurs de son pays Tu.ino-Ti«t rendre hommage à Pépin et à ses deux fils. De-

rendre hommage. *

vant cette assemblée furent exposés les rares présens que Constantin , sondant encore une fois le gué sur la reddition de l'exarchat, envoyoit à notre prince , entre autres des orgues, instrument inconnu en France , et la tête d'un saint Jean , ce n'est pas celle de Baptiste , qui fut mise à Angely, ville de Saintonge, disent quelques uns. On écouta aussi la harangue étu diée de ses ambassadeurs à la louange des François , et fort agréable en ce point ; mais la conclusion n'en plut pas tant , comme étant importune, et qui redemandoit l'exarchat de Ravenne. 11» ./obtiennent On les remercia de la bonne volonté de leur maître, et au surplus on s'excusa de ne pouvoir donner une même chose à deux personnes. Nous devions être en paix, Astolfe, notre plus grand ennemi, étant mort d'une chute de cheval à la chasse ,

Autre 1 ambassadeur» de Cona-

tien

pepiit, roi xxii. a97

après avoir rendu toutes les places, hormis Faenze et Ferrare, si les Saxons, sur l'espérance que le Lombard nous empécheroit assez , n'eussent fait une seconde révolte. Mais quoique de peur d'être surpris comme l'autre fois, ils eussent fait des forts ot de grands retranchemens sur les avenues, Pépin ayant repassé le Rhin avec sa diligence accoutumée , renversa leurs gardes et leurs remparts. Alors ne sachant plus où se mettre à couvert , ils se vinrent jeter à ses pieds , lui donnèrent des otages , et outre les ^J^JP^ tributs ordinaires , s'obligèrent de lui présenter"" chaque fois qu'on tiendroit les états trois cents bons chevaux, animaux belliqueux, mais bien domptés, en mémoire de ce qu'il avoit subjugué leur fierté. La joie de cet heureux succès fut suivie encore d'un autre bonheur. 11 naquit à Pépin un fils, qu'il appela de son nom ; toutefois il le perdit au bout de deux ou trois ans. Le clergé d'Aquitaine , bien informé de son

, Gai (Ire pour ' les

zèle, lui envoya, lan 757 > faire des plaintes contre Gaiffre, nommé Gadifer par nos romans, fils d'Eudon, et seul héritier par la mort de son frère Hunaud, car Aznar, son autre frère, étoit allé chercher ses aventures en Espagne, où il conquit l' Aragoii , et en fut le premier comte. Ce Gaiffre , enorgueilli d'une si belle succession , usurpoit les revenus des églises , chassoit

les prêtres, les y établissoit à sa mode, et commettait mille tyrannies sur ses sujets. Le roi son souverain seigneur lui manda rudement qu'il eût à se déporter de ces violences ; mais comme il le vit opiniâtre dans son crime, il mena une armée en Aquitaine pour le chasser. Gaiffre, épouvanté par un si prompt effet de menace , délégua vers lui Unibert , comte de Bourges , et Blaudin, comte d'Auvergne, qui, après avoir

UJemindt par- demandé pardon pour leur seigneur, fléchirent le roi, à condition que Gaiffre promettrait une entière satisfaction aux ecclésiastiques; ce qu'il jura solennellement, donnant en otage Adalgaire et Ithier , tous deux grands seigneurs d'Aquitaine; ensuite de quoi le roi congédia ses troupes. Mais le traître , qui s'était enrichi des débris de l'Église restés des Wisigoths et des Sarrasins , piqué d'avoir reçu un affront au railieu de ses terres , lève des troupes par tout

u rompt, son duché, et va rendre la pareille à Pépin, entrant dans la Bourgogne jusqu'à Châlons-sur- Saône* et faisant consumer aux flammes ce que l'épée avait épargné; vaillant et bravache contre ce qui ne lui résistoit point , mais lâche et poltron au premier bruit des ennemis. On le

e.icW. connut bien par la honteuse fuite à laquelle il s'abandonna, lorsqu'il entendit que Pépin le venoit rencontrer. Il a beau fuir pourtant , si

sera-t-il attrapé : le roi le suit, et prend toutes les villes qui sont en son chemin, Bourbon, Chautelle et Clermont , jadis nommée Civitas Arvernoriun^ms la ville de Limoges, et ne cesse de marcher jusqu'à ce que l'hiver , fort rigoureux , le contraint de venir se reposer à Creilsur-Oise , son ordinaire séjour. Au printemps il se remit aux champs; et en ce voyage il força la cité de Bourges et le château de Touars ; le Pri*<kBo„rge.

et d* Touar».

comte Unibert, qui fut pris dans Bourges avec plusieurs autres seigneurs , eut la vie sauve et les biens aussi , ce qu'il ne méritoit pas. L'hiver refroidit pour quelques mois l'ardeur de nos guerriers; mais sitôt qu'il fut passé il les échauffa plus qu'auparavant, et cette année-là ne furent prises aucunes places d'importance , Gaifïre les ayant si bien munies, qu'elles ne se pouvoient forcer qu'à grand'peine : on fit seulement le dégât par la campagne; et en plusieurs combats on écorna l'Aquitain de ses meilleures troupes comw et de quelques uns de ses capitaines , entre autres de Chilpiug, un des comtes d'Auvergne, et d'Amingue , l'un de ceux de Poitôu ; tandis que Charles, fils aîné de Pépin, appelé au se- C i«rie., *.b»cours par les Aragonnois contre les Sarrasins , ^InE^T. sôutenoit puissamment le nom chrétien en Espagne, avec une si grande admiration de sa vertu parmi ces barbares , que leur ermirmo-

tire

lin ou miramolin envoya en France deux ans après une ambassade chargée de beaux complimens et de présens fort précieux.

Tout alloit au contentement du roi, si Tassillon , duc de Bavière , qui l'avoit accompagné en •«.«.tous ses voyages d'Aquitaine, s'étant retiré en son duché de Bavière trop promptement, et sans prendre congé, ne lui eût donné soupçon de quelque remuement de ce côté-là. Il est vrai qu'il étoit son neveu : aussi étoit-il le gendre de Didier, succssseur d'Astolfe au royaume de Lombard ie; et pour cette raison Pépin n'osant s'éloigner vers l'Aquitaine , alla tenir son parlement à Worms pour épier la contenance de son neveu. Ce jeune homme le sachant si près de lui , et craignant qu'il ne le dépouillât de son duché, lui envoya des seigneurs qui le satisfirent pleinement sur les soupçons qu'il pou voit avoir. Ainsi le roi n'ayant plus rien à craindre uroirttoarnedu côté d'Allemagne, retourna en Aquitaine, pourvu de munitions et de machines de guerre, par le moyen desquelles il força Angoulème , Agen et Périgueux , qu'il démantela , et eût , suivant le cours de son bonheur, terminé cette DoiM po«r guerre, si un grand débat survenu en l'église

la proccrsioo du %

"» n L^S rit * gallicane pour la procession du saint Esprit , que l'hérésie transportée d'Orient ne disoit procéder que du Père , comme aussi pour le

PEPIN, ROI XXII. 3oi

culte des images , que les uns vouloient introduire dans les églises, et les autres chasser , n'eût interrompu ses desseins. Le concile fut

assemblé là- dessus par l'autorité du Toi, à Gen- Concile 4 («n-

tilly; mais on n'a pas au vrai la décision qu'il fit sur ces deux points-là.

L'assemblée finie, nos soldats prennent Cahors et Alby , et réduisent Gaiffre à telle extrémité, que n'ayant plus d'autres remparts que les troupes qu'il avoit toujours recrutées, il donna bataille par désespoir , et la perdit. ( g-ia™ <w Alors tout son pays se rend à la discrétion duP CTd vinqueur et lui prête serment de fidélité. Toulouse et la contrée de Gévaudan , qui avoient prêté secours au rebelle , en vinrent demander pardon, et se ranger à l'obéissance. Toutes les fertés , c'est-à-dire les forteresses de dessus la Garonne , ces caches creusées dans des rochers, pour cette raison appelées roques, et tous ces petits châteaux de Guyenne et d'Auvergne , comme Peyruce , Scoraille et Turenne , marqués par les annales , reçurent garnison ou furent démolis. Rémisfang, oncle de Gaiffre, qui s'étoit, il y avoit deux ans, venu rendre à Pépin, dont il avoit reçu de grands présens, et puis, par une seconde perfidie, avoit repris les armes contre son service, fut saisi et pendu à un arbre, comme » traître qu'il étoit. Tout conspiroit la perte du

Gaiffre tué par lea tiens.

3o* HISTOIRE DE FRANCE.

malheureux Aquitain : sa mère et la sœur et nièce d'elle furent présentées à Pépin lorsqu'il étoit à Xaintes; et quelques jours après Éronic , puissant seigneur d'Aquitaine, et une autre sœur de Gaiffre, le vinrent trouver. Le roi les traita fort honorablement , et je crois que si le duc se fût venu jeter à ses pieds il eut eu une plus heureuse fin de sa vie qu'il n'eut pas ; car ses domestiques, ou par haine qu'ils avoient contre lui, ou par espérance de tirer quelque récompense de Pépin, l'assassinèrent, encore que j'aie lu qu'il fut tué à la bataille en Périgord. Son corps fut enterré dans un marais près de ^ Borde-ux. Bordeaux , où le peuple inontroit encore ces ans passés son tombeau sous le nom de la tombe Giùffras , en cet endroit où sont aujourd'hui les Chartreux. Cette guerre dura neuf ans , et l'an sept cent soixante-huit réunit entièrement l'Aquitaine à la couronne de France , qui donna lors un gouverneur à cette grande province.

Pépin étoit à Xaintes, mettant ordre à ses nouvelles conquêtes , lorsqu'une fièvre le saisit , et s'opiniâtra tellement contre tous les remèdes des médecins, qu'au défaut du secours humain, le roi , pour trouver sa guérison , se fit porter sur le sépulcre de saint Martin à Tours , et de là sur le tombeau de saint Denis. Mais le ciel réservoit une plus digne récompense aux tra r

l'an

PEPIH, ROI XXII. 3o3

vaux qu'il avoit pris pour la religion que la prolongation d'une vie temporelle : son mal lui ayant causé une hydropisie , Dieu l'appela Tan n^dv cinquante-quatrième de son âge, le sept centis*™*' soixante-huit après l'incarnation , et le dix-septième de son règne. Il laissa par testament à ses deux fils la Neustrie et l'Austrasie, Tune à Charles, l'autre à Carlotnan, et emporta avec lui une gloire qui lui est particulière , d'avoir été fils d'un grand père , et père d'un plus grand fils. Sa piété paroît assez dans les guerres de Lorabardie et d'Aquitaine, entreprises pour la liberté des ecclésiastiques : mais outre cela nous en avons des vestiges dans l'église de saint Pierre ta de Xaintes, et dans une abbaye de Saint- Jean d'Angely , qu'il fonda. Vous rapporterez sous ce règne la vie de Robert-le-Diable , fils d'un gouverneur de Normandie , mais n'en croyez pas toutes les fables , et pour l'amour de quelques fables, n'en rejetez pas aussi toutes les vérités. Il y a même des contes si agréables, et si fort enracinés dans la croyance, que l'on s'exposerait à la haine du vulgaire si on vouloit les arracher; entre lesquels je mets hardiment ce que le moine de Saint-Gai a conté de notre Pépin. Il dit que ce roi, connoissant qu'il étoit méprisé de ses s^gneurs pour sa petitesse, un jour qu'il regardoit le spectacle des bêtes sauvages , com-

3o4 HISTOIRE DE FRANGE.

manda que quelqu'un allât séparer un lion furieusement acharné contre un taureau ; et que personne ne l'ayant osé entreprendre , il se leva Tépée au poing, et d'un seul coup lui sépara la tête du corps , au grand étonnement de tous les spectateurs , qui s'écrièrent r aussi rudement frappés de ce coup que le lion , Qui ne s'estimeroit pas heureux d'être sous le commandement d'un si grand prince 1 Ce conte me semble de faux aloi, aussi bien que l'autre qu'il fait du combat que Pépin eut dans le bain contre un démon qui lui en vouloit infecter l'eau.

Plusieurs médailles ont été faites pour représenter les hauts faits du règne de Pépin.

La première fait voir les Saxons vaincus et reçus en grâce. C'est la victoire obtenue sur eux en l'an 753; elle est représentée par ce revers où se voit un roi en pied , qui de la main gauche tient le sceptre, et relève de la droite une femme désolée qui se traîne à genoux , ayant derrière elle un trophée d'armes pour montrer

Qu'elle cède au vainqueur l'honneur de la victoire.

La deuxième représente l'Onction sacrée réitérée à Saint-Denis, où le pape Étienne, inspiré d'enhaut de consacrer un autel à l'honneur du prince des apôtres, oignit derechef, et sacra ftepin et Berthe avec leurs enfans , rois et reine de France ,

pépin, noi xxn. 3o5

et enjoignit à tous les assistans de les reconnoître pour tels. Cette action s'explique d'ellemême dans la médaille, dont l'exergue démontre l'an 754.

Dans la troisième, on voit l'offre de la paix faite à Àstolfe par Pépin : Prenez des deux, ou la paix ou la guerre; ce sont les paroles que dit à Astolfe , roi des Lombards , le héraut de France , lui présentant une épée nue, branchée d'olives, symbole de la guerre et de la paix. Le sujet de sa commission tient ici lieu de devise, comme s'il partait en ces ternies : Sire , je suis envoyé de la part du roi de France, mon seigneur et mon maître, pour savoir de vous laquelle deces conditions vous est agréable. Sous l'exergue, pour signe évident de l'extrême piété du saintpère, et du devoir excessif pratiqué , selon le droit des gens, envers Astolfe, se voit en abrégé fmc. ga.l. qui doit être étendu f2ECIalïs galliarum , et entendu roi d'armes de france.

La quatrième représente la remise des clefs des places de l'Église et de l'exarchat au pape : Pour marque d'une vraie et perpétuelle domination , Pépin présente au pape les clefs des places de l'exarchat, sur le tombeau de saint Pierre. Sous l'exergue il se lit , pietas régis grata , Pieuse reconnoissance du roi envers l'Église romaine et le saint-siége apostolique; tome 1. 20

3o6 HISTOIRE DE FRANCE.

si ce n'est qu'on veuille lire, pietas régis gallue, pour un témoignage de la singulière piété du monarque des François.

La cinquième représente Un lion tué par sa force invincible. C'est l'aventure rapportée par le moine de Saint -Gai , que plusieurs tiennent pour fabuleuse : elle arriva Fan 757, comme il est déclaré sous l'exergue.

La sixième, Les Aquitains défaits, et Gaiffre couché mort par terre. Le revers le représente ainsi, et derrière lui est un trophée des dépouilles des Gascons gagnées au jour de la bataille. L'exergue marque Tannée 767.

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