‹ Histoire de FranceChapitre 32 sur 47 · C.h*rJf j · texte numérisé non relu

C.h*rJf j

eu les armes sur le dos , et dès l'âge de quatorze ans jusqu'à celui de soixante et onze , a couru tout l'Occident sans prendre , hormis une année, autre repos que celui qu'il employoit à solenniser dévotement et avec grande cérémonie, comme cétoit lors la coutume des rois , les fêtes de Noè'l et de Pâques ; de façon que vous le voyez comme emporté sur les ailes de la victoire d'un bout de l'Europe à l'autre , avoir en sa vie presque autant de combats que de journées.

Adalgise, renouvelant le malheur de sou père Didier plutôt que les espérances, sollicitoit les Lombards de secouer le joug des étrangers :

mais eux , qui tenoient les François pour leurs compatriotes, puisqu'ils les traitoient à l'amiable , et au contraire leurs rois pour étrangers, à cause de leur injuste gouvernement, ne se remuèrent point à l'appétit de son ambition :

h£SnLS! un -«Suif Rotgand, aussi méconnoissant qu'inconsidéré, oubliant les bienfaits et la puissance de Gharles, osa bien se soulever dans le Frioul, et même l'attendre en bataille rangée* ou, après avoir combattu en homme désespéré , il fut pris

p,rd uuuffle^û vie, et justement décapité, Adaigise, qui venoit à son secours avec vingt-deux galères, ayant ouï ces nouvelles, n'eut pas l'assurance dé mettre pied à terre, et s'en retourna à Constantinople ; et le Frioul reçut lors des gouverneurs François de nation , et depuis fut érigé en du* ehé par le même Charles, et augmenté de la Styrie et de la Carinthie. Bien que cet éloignement du roi ne lut que de trois ou quatre mois, les Saxons, rompant leur foi , assiégèrent Èresbourg , et l'attaquèrent si chaudement , que le gouverneur étant hors d'espérance de secours, Lr<s.»»sre. traita de reddition avec eux : mais ils ne lui gar-

hrUrt promeut °

K^u* dèrent non plus la foi qu'ils l'avoient gardée à leur prince, et l'égorgèrent lui et toute sa garnison au sortir de la place, qu'ils rasèrent. Ils se présentèrent après devant la ville de Sigisbourg, et la tentèrent par menaces et par promesses. Le gouverneur, incité par le désastre de son Voisin à tenir bon , ne leur répondit que par de rudes sorties : il étoit réduit à l'extrémité, quand, par une résolution vraiment françoise, n'ayant laissé pour garder la brèche que le tiers

CHARLEMAGWE, HOI QUI. 33 1

de ses gens* il sortit par une porte de derrière; et se ruant sur les ennemis, ardemment attachés à 1 assaut, avec trois ou quatre cents hommes seulement il tailla toute leur armée en pièces , so»t b.mu P . r

le gouverneur de

avec un tel étonnement des nôtres et des Savons, stgubourg. que pour rendre cette victoire aussi croyable comme elle est véritable, on a dk que la ter* reur fat envoyée du ciel dans l'armée de ces payens , et qu'à l'heure du combat il parut en l'air au-dessus de l'église deux boucliers dé feu qui lançoient des brandons dans les yeux de nos ennemis. -

Charles arrivé à Worms y fit tenir les états, qui décernèrent urie guerre mortelle et sans intermission contre ces peuples si souvent traîtres et rebelles. L'exécution s'en ensuivit aussitôt t on détruisit à Magdebourg un superbe temple où étoit la statue de la déesse Vénus, assise dans un charriot attelé de deux cygnes et de deux pigeons, la tête couronné^ de myrte, sur son estomac un brandon aident, un globe én sa main droite , et trois pommes.en la gatiche : derrière elle étoient les trois Grâces, ayant les bras entrelacés, et leurs \isages Jburilés les uns vers les autres. Ensuite de tout céci, leurs forts pris', leurs forêts et leurs cachettes ouvertes , leur bétail enlevé , et leurs maisons rasées , les réduisirent au repentir. Mais comment obtenir

pardon après tant de révoltes? Ils en trouvèrent Tunique moyen : ils vinrent à grandes bandes , désarmés et les larmes aux yeux , demandant pardon à Dieu et au roi, qu'ils supplioient de leur vouloir faire donner baptême. Lui qui leur avoit fait seulement la guerre pour les assujettir à Jésus-Christ, croyant aussi que le sujet de leur parjure étoit, qu'ils n'avoient point la vraie viem«t à foi , les reçut à merci , et en fit baptiser une

merci «prennent * 1

i« b. P ièmc multitude innombrable près de la source du Lip. 11 rebâtit après cela le château d'Éresbourg, et pour les tenir en bride fit quantité d'autres forts, qu'il garnit de bonne cavalerie. L'année suivante le roi tenant ses états à Paderborn , les Saxons, par une feinte dévotion, accoururent de tous côtés pour recevoir le baptême, et lui jurer obéissance, à condition que si jamais ils se révoltoient ils perdroient leurs biens et leur liberté , et seroient vendus comme esclaves; ce qui étoit la plus rude condition qu'on eût su d J rh ^j^ imposer à un peuple si libre. Witikind, ap- Norn,.nddcn*.p e ]£ par quelques uns duc des Angariens, et, comme j'estime, élu leur chef à cause de son mérite, bien qu'il fût de naissance Danois ou Normand , s'enfuit avec les plus opiniâtres chez Sigifroy, roi de Danemarck. La ville d'Angrie fut rasée, et un évêque institué à Osnabrug, pour catéchiser les Saxons, et y gouverner l'église.

CHARLEMÀGNE, ROI XXIII. 333

La religion avoit été cause de la guerre de Saxe ; elle le fut encore de celle d'Espagne. Les G«m «te*. chrétiens opprimés par les Sarrasins a voient , P 8 par fréquentes ambassades, imploré le secours de notre monarque , après en avoir déjà senti des effets sous le règne de Pépin : Alphonse, ce n'est pas le Chaste, mais le père de Froya, ayant défait ces mécréans en une sanglante jour- • née , n' avoit coupé qu'une s tête de l'hydre , prodigieusement fertile à remettre sur pied de nouvelles troupes, qui eussent enfin étouffé les chrétiens sans notre secours. Voici l'occasion qui le fit avancer.

Mahomet, le faux prophète, n'ayant laissé que trois filles , des deux puînées vinrent les deux maisons d'Àlven Alavecy et Alven Humeya,et commencèrent entre elles des factions qui ne se v**»-*««*

1 les prince* Mira

sont éteintes qu'avec elles-mêmes. Abdérame, second de la lignée de Humeya , chassé d'Afrique par la brigue des Alavéciens , passa en Espagne avec ceux de son parti qui le voulurent suivre, pour s y établir aux dépens des chrétiens ou des Sarrasins Alavéciens, qu'il tenoit également pour ses ennemis. Mais s'étant premièrement attaqué à ceux-ci , comme il se vit le plus puissant, il chassa les en fan s de Joseph, prince de Galice, et Ibnabala , souverain de Saragosse : gj^i^^ ce dernier, accompagné d'un des fils de Joseph , CJL*

s'étant venu jeter aux pieds de Charles, supplia sa grandeur en ces termes :

sat»™^; « C'est un effet de la fortune, grand empe- « reur des chrétiens , qu'elle nous ait privés de ' <* la couronne de nos ancêtres ; mais c'est un « miracle de votre vertu qu'elle nous ait ame- « nés par une secrète force âux pieds de votre « trône: nous avons un bonheur dans notre « disgrâce., puisqu'elle nous a si heureusement « conduits ; mais tout son malheur est que r nous semblons faire par contrainte ce que * nous faisons maintenant de bonne volonté :

« oui, grand empereur, nous vous rendons hom- « mage, et reconnoissons qu'il n'y a que vous « au monde de légitime souverain ; vous êtes a véritablement le lieutenant de Dieu , puisque « vous obligez toute la race mortelle par des « bienfaits. Pàr ce titre , toutes les principautés « vous appartiennent , et nous pouvons dire « assurément que celles crue nous n'avons plus « sont en votre puissance: commandez seule- « ment, au moindre remuement de vos armes « toute l'Espagne et l'Afrique ploieront sous « votre obéissance : elles sont déjà étonnées du « bruit de vos victoires , et ravies des merveilles « de vos actions. Ne nous en croyez pas, sire : a ne vous assurez point sur les intelligences « que nous y pouvons avoir ; croyez-en votre

CUABLEMAGATC , ROI XXIII. 335

« bonheur, fiez-vous en votre vaillance* et ne « dérobe^ pas à votre fortune, qui vous a rendu « maître de l'Italie et de l'Allemagne, la poq- « session dés Espagnols et l'empire dos Ro- « mains. »

Charles, beaucoup plus porté par le zèlô de sa religion que par les soumissions extraordinaires de ces infidèles, embrassa l'occasion qu'ils lui présèntoienfc de passer en Espagne, où il espéroit de rétablir le christianisme , se servaut des armes des Sarrasins contre les Sarrasins mêmes. Ce voyage ayant été résolu dans le conseil, tous les seigneurs vasses ou suzerains, de qui les arrière-dépendans s'appeloient vassaux, et qui avoient droit de juger souverainement par l'autorité du roi, égaux entre eux, et en quelque façon pairs au roi, puisque dans ori^ a*, les états ils partageoient son autorité, 1 accompagnèrent en cette expédition, d'où est venue l'opinion qu'il institua les douze pairs, bien» qu'en effet cette dignité n'ait été déterminée à douze, et de beaucoup amplifiée, que sous le* descendans de Hugues Capet. Non seulement toute la noblesse de France, mais encore celle* de Lombardie, de Bavière, de Saxe, monta k cheval. Le bruit de cette entreprise s?étaot épandu par toute l'Europe , le Danemarck et la Suède y envoyèrent quantité de jeunes seir

gneurs pour apprendre l'exercice d'honneur sous un si grand capitaine; il sembloit même que l'Art gleterre et l'Ecosse voulussent sç déborder en France , tant il arrivoit de chevaliers de ces pays à la suite de notre prince. Son armée étant divisée en deux, il passa les Pyrénées, et s en alla mettre le siège devant Pampelune , ville bien remparée, mais où les Sarrasins, voulant donner de bons présages à leur parti par d'heureux commencemens , défendoient plutôt les murailles par leur vaillance que leur vaillance par lés murailles. Les furieuses sorties des assiégés, et les courses des leurs qui battoient la campagne, incommodèrent extrêmement notre armée, jusqu'à ce que s'étant retranchée avec de bonnes claies (c'étoit une espèce de palissade faite comme une haie fort épaisse et entrelacée de branchages ) , elle approcha ses machines des murailles, et fit brèche en plusieurs endroits; outre cela , les ponts étant dressés et les échelles plantées, l'assaut se donna si chaudement, iw pamp. que la ville enfin fut prise, abandonnée au pillage et démantelée. Le butin fut amassé par . les soldats, et, comme une chose sacrée, employé depuis au bâtiment de plusieurs églises , spécialement à l'honneur de saint Jacques, auquel Charles a voit une très particulière dévotion.

En ces contrées-là les François eurent plusieurs rencontres , dans lesquelles les Sarrasins ayant à diverses fois perdu plus de trente mille des leurs , reconnurent bien que notre nation a mieux les armes à la main que celle des Goths. Tout faisant jour à nos chevaliers , Saragosse avec la contrée d alentour se rendit de son bon gré, s'obligea de payer tribut , et reçut Idnabala wt h».ui« son prince, qu'elle avoit chassé. La Galice en fi t ""***' r " autant par la crainte de nos armes , recevant le fils de Joseph , son défunt prince, ces deux Sarrasins n'ayant été rétablis qu'à la charge que l'un et l'autre permettroient à nos prêtres de prêcher chez eux la foi de Jésus-Christ, et à leurs sujets de la recevoir. Je n'oserois assurer que Charles ait été en personne en Galice; mais, soit que sa dévotion l'y ait porté, soit que l'autre partie de son armée ait fait cette conquête , il est certain que depuis ce temps-là les François ont été grandement dévots à saint Jacques de ^ Jévût 4 Compostelle, et que Dénisfèze et Abutaure , roitelets ennemis d'Idnabala, vinrent lui donner les mains, et lui présentèrent grande quantité d'or et de pierreries , la France dénuarît ainsi ces barbares des dépouilles de l'Orient. Qui sauroit les hauts faits d'armes et les merveil leuses prouesses que tant de braves chevaliers ont mises à fin en ces pays-là, auroit le plus TOME i. 11

338 HISTOIRE DE FRAJVCE.

magnifique sujet que puisse traiter une belle plume. Mais les historiens contemporains ont écrit ce voyage si succinctement, qu'ils disent seulement en trois mots qu'il conquit la plus .WMitu^au- grande partie des Espagnes, prit Pampelunéet Saragosse, dompta les Navarrois et les Gascons, et mit les affaires des chrétiens goths en tel état, qu'ils furent depuis aussi redoutables aux Sarrasins que les Sarrasins l'avoient été à eux. D'autres écrivains , confondant le voyage que Charles y fit sous Pépin avec celui ci , et avec ceux de ses lieutenans ci-après, ou mêlant tous ces beaux gestes parmi des fables ridicules , nous ont laissé ce que nous devions réfuter, mais non pas ce que nous devons croire.

Guerre «TE»- Quelques uns, après Tilpin, archevêque de

j'^n* autrement

n.rrée. Reims, livre fabuleux et supposé, disent que l'année suivante Charles, retourné en Espagne, rasa les villes et les forteresses , et qu'à son retour il fut défait par Aigoland, général sarrasin, en une sanglante journée près de Bayonne, en laquellemoururent quarante mille chrétiens, a*vec Milon, comte d'Angers, père de Roland.

Le Sarrasin prit ensuite plusieurs bonnes villes, entre autres Agen et Xa in tes; mais Charles ayant remis sus une puissante armée, reprit Agen Aigoi.ud. après six mois de temps, d'où Aigojand s'étant sauvé, hasarda le reste de se» conquêtes en une

CEI ALLEMAGNE, ROI XXIII. 33g

bataille près de Xaintes, qu'il perdit entièrement. Notre prince le pousuivit en Espagne, et dans une autre bataille encore plus cruelle que les précédentes, rompit les forces des infidèles; Aigoland même y fut tué des mains d'Arnaud de Bellande. Les François néanmoins reçurent un grand écbec par les rois de Séville et de Cordoue ; Suria , roi de Navarre , nous attaqua à son désavantage ; Nagère fut assiégée, prise et pillée; Ferragut, de stature gigantale , ayant été F™gut, g é™t. tué par le preux Roland, Cordoue, souffrit le même désastre, malgré les faux visages, les hurlemens et les clochettes dont les mécréans pensèrent effrayer les nôtres. De là Charles fut à Saint-Jacques, à l'église duquel il donna plusieurs belles terres et riches présens. Il avoit encore à combattre Marsille et Bellingand, M.mie«tM. lieutenans de l'émirmolin d'Asie, qui, pour*" 6 "" 1 ' éviter ses armes , lui promirent liberté de religion pour les chrétiens , et grande somme d'or en tribut, à dessein de le tromper, comme ils firent par le moyen de Ganes, qui leur livra g™«. tr.hr*. notre armée à Honcevaux , et fut depuis tiré à quatre chevaux clans Aix-la-Chapelle. Cette narration, jusqu'à la trahison de Ganes, n'a rien qu'on puisse absolument convaincre de faux :

tant y a que Charles, repassant les Pyrénées , au premier ou au second voyage, s'il en fit deux, et

34o HISTOIRE DE FRANCE.

p e rfid*,Gn. ne se doutant aucunement de la perfidie des Gascons, ses sujets , induits à cela par les pratiques et par l'argent des Sarrasins, ou par leur naturel larron et avare, reçut le seul affront que jamais il ait eu , et le plus grand que jamais il eût su recevoir. Les Gascons, accoutumés à grimper sur les rochers inaccessibles des

iwfent iv. Pyrénées , se mirent près de Roncevaux en em-

rW-e - garde de .

SïïT 4 Bon " bûches sur le passage qu'il avoit manqué d'occuper, et laissant passer toute son armée jusqu'à l'arrière-garde, qui eloit embarrassée du bagage, ils commencèrent à lancer de dessus leurs éminences des dards et des javelots, à rouler des quartiers de rocher, et à faire pleuvoir une grêlede sagettes. Les François, armés pesamment, pressés par les détroits des chemins et embarrassés par leur bagage, qui empêchoit qu'ils ne se pussent défendre, furent la plupart assommés; de plus, tout l'équipage de la maison du roi , avec une partie des dépouilles d'Espagne que les Sarrasins avoicnt contribué, tout cela ensemble fut ravi par ces griffons , et emporté dans leurs cavernes. En cette malheureuse défaite, arrivée à Roncevaux, périrent presque tous les officiers de la maison royale , Égard prévôt de la table , c'est possible le grand queux, Anselme , comte du palais , cela veut dire grand

Mortd.iw«d. maître de la maison du roi, et ce fameux Ro-

CHARLElf AGNE, SOI XXIII. 34 1

land, l'Achille françois ( si divinement chanté par l'Arioste , l'Homère italien ) , qui étoit amiral des côtes de Bretagne et comte d'Angliers. Le roi fut d'autant plus attristé de cette perte, qu'elle étoit arrivée par sa faute, et qu'il ne la sut venger sur ces pillards , qui s'étoient retirés dans leurs tanières: tout ce qu'il put Caire, fut de brûler le pays et de faire pendre ceux qu'il attrapa. Cette vengeance prise pour honorer la mémoire de ces braves chevaliers, il fit rechercher leurs corps, et eut soin qu'ils fussent honorablement enterrés, une partie à Bordeaux, une autre au bourg de Bellin , à huit lieues de cette ville-là , et Roland à Blaye, avec son épée à sa Bourrante, tête , et son cor d'ivoire à ses pieds. Il y avoit danger que les Gascons et les Sarrasins, enhardis de cet avantage , ne descendissent en Aquitaine: il y pourvut, établissant de bons gouverneurs, comtes, abbés, c'étoit un espèce de seigneurs et vasses; Humbert à Bourges , Albon à Poitiers, Itier en Auvergne, Roger à Limoges, Séguin à Bordeaux, et en Albigeois Aymon, père des A J m ™ et •« quatre preux Renaud, Alard, Guichard et Richard, que les romans ont célébrés avec leur château de Montauban, près de Fronsac.

Pour si peu que nos armées s'éloignassent de l'Allemagne, les Saxons recommençoient leurs mutineries. Witikind , revenu de Danemarck

avec bon nombre de soldats , les avoit derechef soulevés; et pour montrer qu'ils avoient plus d'envie de se venger que d'assurer leur liberté , ils exercèrent partout des cruautés effroyables au -deçà du Rhin, depuis la ville de Thuit , qui n'est maintenant qu'un village, jusqu'à la Mo- " seHe. Les nouvelles en furent apporfées à Charles comme il éloit à Auxerre. Il dépèche devant une escadre de cavalerie, qui ayant par derrière gagné le passage de la rivière d'Aderne , cou- Autr* guerre cha sur la place grand nombre de Saxons qui s'en revenoient en désordre. Leur frayeur fut bien plus grande lorsque, étant arrivé avec toutes ses forces, il eut défait Witikind à Buchols , entre les rivières de Mep et de Hazelun ; tellement que , comme il fut campé en un lieu nommé Medufulli , les Westphaliens voyant leur pays exposé au pillage, comme aussi les Angariens craignant la même punition, lui crièrent merci , et lui baillèrent tels otages qu'il voulut: et comme il continuoit ses chevauchées pas le pays, les Saxons badogavois et ceux de Nordlend lui vinrent au-devant au-delà de la rivière d'Ouacre, et par une feintise exécrable lui demandèrent le baptême. En après il passa outre jusqu'au confluant de la Hore dans l'Elbe; et ayant réprimé les Saxons et les Sclévisiens, il songea au voyage d'Italie. Hildebrand , duc de

Cil A RLE MAGNE, ROI XXIII. 34^

Spolette, son sujet, et investi de cette souveraineté par sa faveur, étoit venu en France exprès Hu<M>r. n <i

avertit Charles

pour lui donner avÎ6 qu'Adalgise, fille de Didier, à« ™*é*. «i a-

avoit de grandes pratiques en Italie a^vec les Lombards , qui s'apprètoieot à se défaire des François ; ce qui étoit d'autant plus dangereux, que Tassillon , duc de Bavière , étoit secrètement entré en> cette ligue. Ces considérations étaient assez fortes pour le mener en Italie. Il traversa ch,rk. P .»»«

1 en Italie.

donc les Alpes avec son armée , menant avec lui sa femme et ses enfans. Les Lombards le voyant àPavie^ convertirent leur mauvais dessein en soumissions et en applaudissemens; et lui, pour les obliger, promit de leur donner pour roi un de. ses fils,, afin que le désir d'avoir un prince et une cour chez eux ne les portât plus aux remuemens. Lorsqu'il eut fait son entrée dans Rome, le pape tint sur les fonts Carloman , SOn Le pape Up-

i /•! i ^ i » i • U " B ' ointetcou

second fils , et «le nomma Pepm ; ou plutôt lui ™™ p « fi £» * donna la confirmation , car il n'est pas croyable CUrle,# qu'il fût encore à baptiser en cet âge- là. Il est bien vrai néanmoins qu'il baptisa Louis , qui étoit encore au berceau, né seulement du voyage d'Espagne àCasseneuii avec un autre jumeau qui décéda peu de temps après sa naissance. Il les oignit tous deux>de l'huile royale, et les couronna rois, à Ja prière de leur père , l'amé en Italie, et le cadet en Aquitaine. Tassillon, qui,

comme j'ai dit, étoit de la partie d'Adalgise, voulant colorer sa rébellion , avoit envoyé au pape faire ses plaintes du mauvais traitement qu'il disoit avoir reçu de Charles. Mais le saintru.uionao.a.é père, connaissant bien sa déloyauté, le fit som-

de Tenir trouTcr

charie». mer par des ambassadeurs de se venir représenter devant le roi , tant pour se justifier de la mauvaise opinion qu'il avoit donnée que pour satisfaire à son devoir : à quoi n'osant contrevenir, de peur de se déclarer en un temps où il ne toit pas encore en état de se défendre, il fut contraint de venir à Worms trouver Charles, et lui rendre l'hommage et le serment de fidélité , mais non pas l'affection qu'il lui devoit.

Ayant pourvu ainsi à ses affaires en Italie , il reprit son chemin devers la France. A son retour il convoqua le parlement à Cologne, où tous les Saxons, hormis Witikind, s'étant présentés, la paix sembloit assurée de ce côté-là; même les ambassadeurs de Sigefroy, roi des Normands ou Danois , et ceux de Cagan , roi des Huns, et de Jugurre, roi des Avarois, la lui promettoient de la part de leurs maîtres. Toutefois , dès l'année ensuivante , ayant donné charge à Adalgise , Geilon et Vorade , d'aller pacifier les Sorabes Esclavons , autrement dits Wiltses ou Vélatabes, habitant entre les fleuves d'Elbe et de Sala, qui avoienl fait quelques

courses en Turinge, ces capitaines eurent nouvelles que les Saxons , à la suscitatîon de Witi- g,.*™ «...r kind, armoient vers le mont Sundral. Sur ce ,e • ^UIOB, • nouveau fait, prenant nouvel avis, ils tournèrent leurs forces contre ces rebelles. Thierry, cousin du roi, l'un des gouverneurs du pays, qui avoit quelques troupes, se vint joindre à eux, et tous ensemble délibérèrent qu'en attendant les occasions avantageuses Thierry se logeroit sur la pente septentrionale de la montagne , et eux se camperoient sur la rive d'audelà du Weser. L'ordre étoit bon; mais l'envie le gâta. Geilon et ses. camarades , craignant que u$ f»oçou,

jaloux les uns des

tout 1 honneur de cette entreprise ne retournât à "«j^. «**> ài - Thierry, parent du roi, se pressèrent , sans l'en avertir, d'aller attaquer les Saxons : mais y allant en désordre , ils s'en trouvèrent si mal, que la plupart furent taillés en pièces ; entre autres vingt seigneurs de marque, quatre comtes ou gouverneurs, Adalgise et Geilon, connétable, en la place duquel fut élu Bouchard, excellent capitaine. Thierry eut au moins l'honneur d'avoir recueilli les débris de cette perte , et fait une retraite honorable. Le roi, transporté de colère à ce mauvais rapport, court en Saxe, où il égorge et brûle tout, jusqu'à tant que les plus notables Saxons, qui en effet n'avoient point trempé à celte rébellion, tremblant de frayeur, se jeté-

r-eut a ses pieds. Il leur demanda les auteurs de ce tumulte; et eux , d'une voix commune, ayant nommé Witikind , il leur est ordonné de le livrer : ils l'eussent fait , s'il ne se fut habilement sauvé en Danemarck. Cependant quatre mille et „ cinq cents de ceux qui Tavoient assisté ayant ^té livrés à la vengeance des François , le Toi leur cw^iteoo-fit à tous couper la tète en -un jour sur le bord ue«iiJes»ioM. j e i a r iviére d'Àlare, en un lieu qui s'appelle Perde. Après cette punition il vint passer l'hiver à Thionville , où il perdit sa femme Hildegarde, avec grande tristesse de toute la cour, ayant néanmoins de quoi se consoler de ce qu'elle lui laissoit trois fils, Charles , Pépin et Louis, et trois filles , Rotrude , Berthe et Gisle. Après sa mort, il épousa Fa st rade, fille de Radolfe, comte en la France orientale. Les Saxons, ne considérant pas le malheur à venir, ni la A«t« r*oh* punition passée, se révoltèrent derechef, et attirèrent les Frisons à leur parti. Mais ils n'eurent pas plus de bonheur que par ci-devant ; car ils furent rompus à Thiermelle, et tentant une seconde fortune, défaits sur les rives du Hasa , près d'Osnaburg. A cette fois, le roi, ennuyé de tant de voyages contre un même peuple , s'obstina à l'exterminer. Son fils Charles le vint trou" ver avec une autre armée , et ayant passé le Rhin à Lipeheim, courut le pays jusqu'au Weser :

de»

CHARLEMAGWE, ROI XXIII. 3#7

mais la rivière étant débordée par de grauds ravages d'eaux , le roi se détourna vers la Turinge; et ayant laissé son aîné en Westphalie , rafla toute la Saxe osterline, et de Jà s^en revint en France. Les Saxons, après son départ, s'imaginèrent que son fils, qui n'avoit pas son expérience ni sa valeur, serait aisément surpris ou défait. L'ayant attaqué vers le Lip, en un bourg Au ^ unt u nommé Draigny, ils trouvèrent, à leur dam , iT^uu^** ** qu'il avoit le bonheur de sou père : sept mille demeurèrent étendus sur le champ, et le jeune guerrier revint à Worrns trouver le roi. M .fallait achever cette guerre; voilà pourquoi Charles, ayant fait provision de quantité de vivres dans de bons magasins (car toute la Saxe étoit ruinée), s'avança à Paderboro, et de là au bourg deBardengan, afin de poiirsuivré Albion, grand seigneur de Holsatie, et Witikind, les 'deux allumettes de cette guerre. Il en fut à grand'peine venu à bout par la force; mais la clémence, qu'il avoit tant de fois éprouvée en vain, aussi bien que les armes, amollit à cette fois la fierté de leur courage : <îar ces deux princes, condamnant eux-mêmes leur opiniâtreté, s'offrirent de leur bon gré, non seulement à lui rendre obéissance, mais encore à prendre Albion et Wr>

tikind te funi

sa religion. Leurs offres furent merveilleusement agréables, et il leur envoya des otages,

348 HISTOIRE DE FRAPfCE.

sous l'assurance desquels ils, le vinrent trouver à Àttigny lorsqu'il tenoit ses états , et furent baptisés , au grand contentement de tous les François et même des Saxons, qui pour la plupart suivirent en cela leur exemple. Ainsi fut terminée la guerre saxonique en faveur de la religion , pour l'amour de laquelle elle avoit été commencée.

Celui que tant d'ennemis n'avoient su accabler pensa être opprimé dans, son palais par les siens propres. Quelques seigneurs de Tu- IrTcwiT rïn 8 e cons pi r èrent de le mettre à mort, lui et sa femme Fastrade, haïe de toute la cour pour son orgueil et ses cruautés. La cause de cette conjuration étoit, bien qu'Éginhard o ait garde de le dire, que Charles, qui épousoit volontiers plusieurs femmes , avoit demandé à Hertrade , seigneur de ce pays , sa fille , ou pour femme ou pour maîtresse. Ce seigneur ne voulant pas la lui envoyer, entreprit de maintenir son refus par ce maudit attentat : il fut découvert , et tant les complices que Fauteur furent privés de la vue et bannis, ne méritant plus de jouir de l'air de }eur pays, ni de la lumière, deux biens communs à tous les peuples , puisqu'ils avoient conspiré contre le repos public , attaché à la sacrée personne de leur roi.

Guerre contre r> • » ' 1 1 1

k. Bretou. Environ ce temps s éleva la guerre contre les

CHARLEMAGffE, ROI XXIII. OZ|9

Bretons, dont les comtes, pensant s'émanciper de l'obéissance qu'ils nous avoient rendue dès les règnes de Clovis et de Dagobert , tranchoient -des rois: mais comme ils étoient divisés entre eux , ils furent facilement vaincus par le séné- &»« chai Autulfe, leurs forts et leurs marécages ouverts a nos troupes , et leurs chefs présentés au roi dans la ville de Wôrms , où ils lui renouvelèrent l'hommage qu'ils, lui dévoient , et en récompense eurent la paix. L'Italie nous apprêtoit un troisième travail. Aragise, duc de Bénévent, molestoit le saint-père , et ne se sou- rnsoi«*eaML venant plus de ce qu'il nous devoit, sétoit fait couronner de force par quelques évêques, à la façon des rois, prenant la qualité de prince de Bénévent. Outre cela, il avoit retiré chez lui Paul Diacre, créature de Didier, qui, après la perte de ce roi , n'ayant pu être obligé par les caresses de Charles à être bon François, et à délaisser les intérêts de son maître , fut banni en l'île de Tremuti, sur les cotes de la Pouille, d'où il s'étoit réfugié chez Aragise, où il écrivit l'Histoire romaine et celle des Lombards. Pour ces causes, le roi, malgré les rigueurs de Vhiver, repassa en Italie , et alla célébrer les fêtes de Noël à Florence, qui, par son commandement, fut rebâtie plus magnifique qu'elle n'avoit été auparavant que Totila l'eût détruite. De là,

•ogle

35o HISTOIRE DE FRANCE.

entrant sur les terres d'Aragise, il prit Capoue , ne se voulant pas fier aux belles promesses qu'il lui faisoit par Rumaud, son fils aîné, que Char- Araguedompté. fe s arrêta auprès de lui. Néanmoins le rebelle ayant subi à des conditions plus que raisonnables, et envoyé son cadet Grimoald pour gage de sa fidélité , lfrroi lui pardonna et lui rendit son aîné , ne retenant que Grimoald , qui fut un peu après, par le décès de son père, pourvu delà duché. Durant qu'il fut en Italie, les ambassadeurs de l'empereur Constantin lui vinrent ^ jjjj^j- demander en mariage sa fille Rotrude , dont il ÏS'ETbiT le- refusa, quoique les Grecs disent qu'elle lui fut accordée , et qu'un eunuque fut laissé auprès d elle pour l'instruire en la langue et aux façons de vivre des Grecs; mais que ce mariage ne réussit pas , Irène , mère de Constantin , en ayant empêché l'accomplissement, bien que son fils le souhaitât avec passion. Ce fut en ce voyage qu'il rapporta d'Italie le chant grégorien, dont il établit deux chantres, l'un à Metz et l'autre à Soissons , pour l'enseigner aux autres églises de France. Quelques uns ajoutent qu'il en rapporta aussi Tordre romain en la célébration de la messe ; bien que d'autres soutiennent que celui de l'église gallicane est le plus ancien de l'Europe, et suivi même par les Italiens.

CHARLEMAGWE , ROI XXIII. 35 I

TassiUoit , duc de Bavière, altier et remuant , Tasiillon it rémais imprudent et lâche, se laissant transporter^^ de aux boutades de sa femme Leutburge , fille de Didier, avoit pris un bon avis de faire demander sa grâce au roi par le pape, puisqu'il voy oit Aragise dompté, et sa ligue décousue , mais revenant un peu après à ses caprices, il fut pre* mièrement foudroyé par les excommunications de Rome, puis par les armes de Charles, qui entre en Bavière par trois endroits, avec autant d'armées; celle des Italiens , sous Pépin , marche du côté de Trente; les François austrasiens passent le Danube en un lieu nommé Pfèringue ; et lui, savançant avec ses autres troupes le long du Lech , se campe aux portes d'Ausbourg.

Ainsi le Bavarois pressé de tous côtés par les François, et plus encore par ses propres crimes, tente après tant de fois la bonté du roi. Il obtient sa grâce, et laisse Theudon, le treizième de ses enfans mâles en otage: toutefois, lorsque sa femme , dangereux esprit , lui eut reproché que par une lâcheté honteuse il avoit trahi la dignité de souverain et mis aux pieds d'un autre la principauté et l'honneur, qu'il avoit reçus entiers de ses ancêtres, faisant des soumissions serviles, et demandant pardon comme un ché 4 tif [criminel , il se sentit piqué jusqu'au cœur; et sa honte s'étant changée en fureur, il renoua

ses trahisons, comme un serpent irrité renoue et rejoint les pièces de son corps après qu'on les a coupées. Ainsi, résolu de perdre non seulement le fils qu'il avoit baillé en otage , mais dix autres s'il les avoit, plutôt que de vivre en esclave, il sollicita les Huns à le venger de l'affront reçu, comme en effet ils le lui promirent. Mais avant qu'ils Fussent arrivés, les seigneurs de Bavière, qui craignoient la colère de Charles , et haïssoient les brouilleries de Luitberge, découvrirent sa trame; à raison de quoi, étant appelé par devant les états, et ne se pouvant justifier de cette trahison , d'autant plus noire qu'elle avoit été commise après une fraîche absolution, Eat condamné il fut condamné par les vasses à perdre la sou-

à la mort; maU

11 M t fait moine, veraineté et la vie. La clémence du roi commua cet arrêt en habit de moine; le duc et son fils Theudon prirent le froc dans le couvent d'Olton; et par ainsi la Bavière fut réunie à la couronne, l'an 788, et après avoir duré 337 ans > depuis son premier roi Àdalger: le gouvernement en fut donné à des comtes. Vous avez lu la malheureuse fin d'un prince assez courageux, conduit au précipice par une femme vindicative ; mais pour cela toute la querelle n'est pas i^ïïuoiioiit encore vidée. Les Huns, qui lui avoient promis secours, ne voulurent pas désarmer sans rien faire; leurs troupes, divisées en deux, furent

néanmoins aussi malheureuses que le prince pour qui elles combattoient; une partie fut mal menée en Bavière par Audacre et Grahamand, lieutenans du roi en cette province. Les barbares ne perdirent pas le courage avec la bataille. Ils revinrent une seconde fois avec de plus grandes forces et une meilleure envie de bien faire: la journée fut long-temps douteuse; mais à la fin les Huns, affoiblis par le meurtre de dix mille de leurs gens, prirent la fuite en tel désordre, que le reste fut massacré aux passages, ou noyé dans le rapide courant du Danube. L'autre partie de leurs troupes avoit en même temps eu espérance de mieux profiter en Italie ; car Théodore, i*. g™

«... ■ tiquent l'Italie.

gouverneur de Sicile pour les Grecs, avoit, par le commandement de l'impératrice Irène, jeté une puissante armée sur nos terres, au bruit de laquelle les anciens amis de Didier et les brouillons, espérant une révolution, et croyant aux bravades d'Adalgise , là présent, avoient soulevé la populace. Les Grecs prirent terre en Calabre, et eurent plusieurs rencontres avec les François, tantôt bonnes et tantôt mauvaises. Grimoald , établi en la duché de Bénévent par la bénéficence de Charles, bien qu'il fût cousin d'Adalgise, estima plus puissans les droits de la reconnoissance que de la parenté, et s'opposa vigoureusement et fidèlement aux ennemis. Hiltome i. a3

battu*

debrand, duc de Spolette, étant arrivé à son secours par le commandement de Pépin, roi d'Italie, les deux armées se choquèrent opiniâtrement, Tune pour maintenir ses conquêtes, l'autre pour ravoir son bien, et toutes deux ~»«m»pour.la réputation; mais la cavalerie françoise , qui n'avoit point de pareille au monde, ayant enfoncé les escadrons impériaux , la frayeur se mit parmi les Grecs , dont notre épée moissonna uue quantité innombrable. Adalgise, rendant en cette occasion les derniers efforts d'un prince désespéré, fut pris en vie, et depuis, étant appli- Adalgiae rat qué à la question pour découvrir les inteliigen-

prl», *t meurt a ,

u H ue*uoo ces q U il avoit en Lombardie, les tourmens de la gêne, et le regret dont il étoit bourrelé, lui arrachèrent lame du corps.

Durant ces remuemens du côté de la Calabre, Le.HuBa«»t les Huns prenant leur temps, se ruèrent sur le

défait* dan* k F F

FrumL Frioul , qu'ils pensoient être dégarni ; si est-ce que si peu de gens' de guerre qui y étaient restés les en chassèrent honteusement, et y firent demeurer sur la place grand nombre des plus opiniâtres. Ils recommencèrent bientôt la guerre ; mais lesSclavons en causèrent une auparavant. Cette nation, scythique d'origine, s'étoit é pan due en diverses contrées; car non seulement une de ses peuplades avoit occupé Flllyrie, mais plusieurs autres avoient couvert tes dernières côtes

CRARLEMAGNE, ROI XXIII. 355

de l'Océan germanique et de la mer Baltique.

De ces derniers ici les Wilhes, que je crois être ceux que les Allemands nomment Wenden y ne **• ScUTjm ;

* w molestent no» al*

cessoient de courir sur les terres des autres llc ** Sclavons leurs voisins et sujets des François , et sur les Abodrites ( ce sont peut - être ceux de Mékelbourg) et autres peuples, qui s'en étant souvent plaint, appeloient à leur défense les justes armes de notre prince. Il y alla accompagné d'une puissante gendarmerie, et, passant par la Saxe, campa au-delà de l'Elbe , sur lequel il fit bâtir deux ponts de bois , et les rempara aux deux bouts de deux bons forts bien gardés, pour avoir le passage libre et n'éprouver pas un malheur semblable à celui de Roncevaux. Les barbares voyant leur campagne couverte de soldats, et leurs maisons tout en feu, pensèrent arrêter les Frauçois en leur opposant une armée ; mais ils ne firent qu'ajouter un malheur à un autre : ils furent défaits, et leur ville Ara- sontd«.iu P »r

Charte*.

gamite prise ; de sorte qu'il ne leur resta aucun moyen de se sauver que la soumission. Le roi Wiltzan, le plus considéré de tous leurs princes, tant pour sa barbe blanche que pour son pouvoir et sa prudence , alla au-devant de Charles , et traita d'accord pour toute la nation, moyen- Lmrroiwiiu

un obtient la

nant certaine somme et le serment de fidélité,?» 1 dont ils baillèrent des otages pour garants. Le

principal honneur de cette entreprise est dû au Normand Videchind, grand capitaine, heureux quand sa cause a été juste, et qui servit bravement le roi en cette guerre ; mais le malheur voulut que ce prince, tenu par quelques uns pour bisaïeul du brave marquis Robert , surnommé le Fort y aïeul de Capet , fut depuis assassiné par Gérold, duc de Souabe, à raison de quelque querelle particulière. Le septentrion étant ainsi pacifié, il vint passer son hiver à Worras, et cette année fut la seule, de quarantesept qu'il régna , exempte de voyages, et où il put jouir d'un plein repos. Comme il étoit en cette ville, son palais embrasé par un incendie dont la cause étoit inconnue sembla être un présage de la guerre que les Huns allumèrent, et qui consuma le palais de leurs rois. Leurs ambassadeurs étant venus demander quelque salisfac- • tion de ce que les commissaires françois établis en Bavière avoient usurpé de leurs confins, et n'en ayant pas eu telle réponse qu'ils désiroient, ils s'en allèrent émouvoir leur conseil à nous Autre |..trr« déclarer la guerre, qu'ils commencèrent par des

tre le* Hun*. o x i

courses sur les Bavarois. Charles, averti de leur ravage, leur alla au-devant avec des Saxons, des Souabes et des Bavarois. Son armée étant trop nombreuse , fut séparée en trois corps : l'un fut donné au comte Thierry et Mégiufroy, pour

marcher le long de la rive septentrionale du Danube; il prit le second, et marcha de l'autre côté vers le midi; le troisième, chargé dans des vaisseaux, conduisoit sur la rivière entre les deux armées des vivres en abondance, se tenant prêt de les secourir au besoin et de les joindre s'il le fallott par des ponts de bateaux. Les Huns, qui tenoient tous les pays d'entre la rivière d'Aoraste ou Avise, qui les séparoit d'avec les Ba* varois, jusqu'à celle qu'on appelle Rhaba, ayant autrefois butiné par toute la terre, avoient renfermé leurs trésors dans vingt ringues, ou lau- ^ duneches-, c'étoient des forts bâtis en rond, à rTS^C»

trésor».

plusieurs ceintures les unes dans les autres, faits de grosses poutres, l'espace d'entre lesquelles, de vingt pieds de largeur et autant de hauteur, étoit de fortes murailles; d'autres disent que c'étoient deux camps fortifiés de palissades et de tranchées, l'un sur la rivière de Cambe, l'autre au mont Cumeberg, près de la ville de Comagène. Dans ces forts, les Huns depuis deux cents ans avoient conservé leurs trésors ; mais il les falloit donner en garde à des hommes plutôt qu'à des forteresses; car ceux qui étoient dedans, plus timides que des femmes, les ayant laissé forcer sans beaucoup de résistance, ce pillage de tout l'univers fut pillé par les Fran- ^ pr5t , t çois , et le butin fut si grand , que l'or, l'argent pi

et les pierreries, auparavant si rares en France, commencèrent dès lors d'être fort communes.

Le roi courut ensuite tout le pays jusqu'à l'embouchure du Raba dans le Danube, où ayant campé quelques jours pour savoir l'état des ennemis, il jugea qu'il étoit presque impossible de les forcer dans ces épaisses forets , où à peine le 6oleil peut entrer; et partant, ainsi maître de la haute Pannonie , aujourd'hui Autriche , et d'une partie de la basse, maintenant Hongrie, il bâtit un fort pour les tenir en bride, et s'en revint à JRatisbonne, n'ayant souffert aucun dommage en cette expédition que de la perte de dix ou douze mille chevaux qu'une peste « moissonna. Henri, duc de Frioul, y fut laissé avec autorité , et des forces suffisantes pour achever la guerre; de quoi il s'acquitta si bien, m.*.* det qu'il gagna leur plus forte ringue, dont il en- «□• 6 . 6 n«. k b ut j n inestimable à Charleraagne. Ce

roi ne combattoit pas tant toutefois pour l'honneur ou pour les richesses, que pour la religion, qu'il maintenoit dans ses terres contre les hérétiques aussi soigneusement qu'il l'étendoit au Féiu, dehors parmi les infidèles. Félix, évêque d'Or-

•ttrque. 1 *

gelles, petite ville située sur les Pyrénées, avoit publié une impiété contre Jésus-Christ, disant qu'il n'étoit que fils adoptif du Père Éternel. Charles l'ayant fait citer par devant l'église

CHAHLEM AGNE , ROI XXIII.* 35p,

gallicane à Francfort, l'an 794, pour rendre raison de sa foi. notre concile le condamna „ , comme hérétique, et fit un livre contre ses er- 2£" edeIW reurs , que tous les prélats souscrivirent. Bien davantage y en ce même concile, composé des évèques d'Allemagne, de France et d'Italie, fut hautement condamné celui qui a voit t*té tenu à Nicée par le commandement dirent' , pour fe J^'^'n* l'adoration des images, et fut déclaré faux et £; g ^" ch " ,,lfS indigne d'être mis au nombre des autres conciles généraux , ni d'être appelé le septième universel, ainsi que le prétendoit l'impératrice; et, ce qui m'étonne davantage, ce décret de l'église gallicane se donna en présence des députés du pape, qui n'y apportèrent aucune contradiction. Les théologiens jugeront ce différent; pour moi je n'en tire d'autre conclusion que l'autorité de notre église.

La renommée de ce concile et les états aussi tenus à Francfort, y avoient attiré grand nombre de seigneurs , d'entre lesquels quelques uns , curieux de nouveauté, et cruellement blessés de Torgueil de la reine Fastrade, conjurèrent contre la personne sacrée du roi. Pépin, son fils du ^7'^° naturel , né d'une de ses maîtresses nommée Hilmétrude, assez beau de visage et d'un esprit vif et gentil, mais bossu et petit de corps, fut si méchant qu'il se mit de la partie, persuadé

36o HISTOIRE DE FRANCE.

par ces assassins qu'en qualité d'aîné il de voit succéder , et qu'ils le porteroient sur le trône , pourvu qu'ils les voulût avouer. Mais, comme ils s'étoient un jour assemblés dans une église , Ardulfe, diacre, et Lombard de nation , les ayant

weoerfrt.. entendus discourir de leur dessein , le découvrit à Charles; si bien que les criminels furent partie pendus, partie décapités, et Pépin relégué

Pépin «t ut dans le monastère de Saint-Gai, supplices trop légers pour un si horrible attentat. Cependant le roi , qui ne concevoit rien que de grand , s'alla imaginer que s'il pouvoit ouvrir un chemin aux vaisseaux , de la Méditerranée à l'Océan, il feroit un ouvrage qui neseroit pas moins utile querecommandable à la postérité. L'exécution de ce dessein lui sembla possible; et pour cet effet, séjournant en Bavière, il y assembla un nombre infini

©«•eîn d*wr« d'ouvriers , afin de tirer un canal de la rivière rôc^kuué- de Radance, c'est Reditz (qui coule dans le

dite rr a née

Mein, le Mein dans le Rhin, et le Rhin dans l'Océan), jusqu'à la rivière d'Almone, aujourd'hui dite Almuth, qui entre dans le Danube, le plus grand des fleuves de l'Europe, déchargeant dans le Pont-Euxin , c'est la Mer Noire, ses eaux et celles de soixante rivières, la plupart navigables. Le canal fut commencé et mené de la largeur de trois cents pieds jusqu'à la longueur de deux mille : mais le lavage des pluies

OHARLEMAGNE, ROI XXIII. 36 1

excessives , et le naturel de la terre, détrempée et limoneuse , recoin bl an t de nuit ce que le jour on avoit creusé, rendirent le travail si ennuyeux, qu'il fut abandonné , le roi tournant sa pensée aux entreprises de guerre. Thierry, son parent, menant quelques troupes par la Frise contre les Huns Avarois,fut surpris par les Saxons au bourg deRhiustri, sur le Weser, et taillé en pièces*" d'autant plus aisément qu'il ne se défioit pas de ces traîtres nouvellement baptisés, et du tout soumis à notre obéissance. Le récit de cette trahison irrita furieusement le roi; et comme les malheurs vont en troupe, il reçut en même temps nouvelles que les Sarrasins, étant descendus dans le Languedoc, avoient pillé la province , et battu en plusieurs combats les comtes qui en gardoient les frontières. Avec cela, il perdit, quelques mois après sa femme Fastrade à lr J£ rt * F ~ Mayence, où elle fut ensevelie dans l'église de Saint-Aubain , aventure qui consola merveilleusement toute la cour, qui détestoit cette reine pour ses cruautés et ses conseils violens. De Mayence le roi s'achemina en Saxe avec deux armées : de sorte qu'il y entra avec une du côté du midi; son fils ainé Charles, avec l'autre, passa le Rhin à Cologne , et se jeta du côté de l'occident. Le dégât fut plus grand qu'il n'avoit jamais été, leur rébellion semblant plus atroce

56l HISTOIRE DE FRANCE.

qu'auparavant. Us s'assemblèrent en corps d'armée dans la campagne de Sinfelt ; mais cette populace routine, n'ayant la plupart ni les armes , ni l'expérience, ni le courage, prit la résolution de s'humilier. Qu admirerons-nous J3£^£ ici davantage, ou la bonté du roi, qui leur parniubuenneni. j onne du moins p OHr \ A dixième fois , ou la

malice et la félonie des Saxons ? Mais je m'étonne moins de voir un homme généreux toujours pardonner , que de voir un peuple endurci contre les bienfaits , n'implorer sa clémence que pour l'irriter: ainsi pour cette fois encore les Saxons obtiennent absolution, en donnant des otages. Le roi s'en retourna à Aix-la-Chapelle pour y passer l'hiver et les fêtes de Noël et de Pâques. Le printemps ayaiit poussé la pointe des herbes, il s'en alla tenir lès états à Cuffeiristeim, vis-à-vis de Mayence, sur la rivière du Mein. Les rebelles de Saxe avoient montré derechef qu'ils n'avoient ployé que comme les arcs, afin de mieux décocher. Il y accourut, brûlant et désolant le reste tie ce maudit pays, presque tout désert par les peuplades tpie l'on en avoit tirées par deux fois , et transit saxo» portées dans le pays de Flandre , dont Lidéric , fuX. *" comte de Harlebec, avoit été créé grand forestier et amiral pour le défricher de ses épaisses forêts, et repeupler les villes qui étoient déser-

Cil ALLEMAGNE, ROI XXIII. 363

tes depuis les ravages des Huns et des Vandales. La colère du roi s'enflamma encore davantage quand il entendit que Wiltsius, roi des Abodrites, par lui mandé, avoit été défait avec ses troupes par les embûches des Saxons, au passage de la rivière d'Elbe j en punition de quoi il lâcha la bride à la vengeance, et les François, à diverses courses, en tuèrent plus de trente mille, tellement que les restes de ces malheureux , plus brutaux que les bêtes , qu'on peut à la fin apprivoiser, s'étoienten petit nombre sauvés dans leurs tanières.

En ces entrefaites arriva au camp du roi à Bardennuing, Theudon, l'un des roitelets huns,

% Hua, m bit bip.

qui, par dissimulation, lui venoit rendre hom- ,,itr P« mage et demander le baptême pour mettre sa principauté à couvert sous la religion; car il voyoit que Henri, duc de Frioul , et Pépin , roi d'Italie, avoient fait si beau ménage en Pannonie, que ne restant plus aux Huns pour toute retraite que leurs forêts, encore mal assurées, l'empire de la nation ne se pou voit plus conserver que par ruses. A la première occasion il renonça à la foi qu'il avoit promise à Jésus- Christ et aux François: mais notre garnison étouffa bientôt cette rébellion avec sa vie. Il est B«tu<k enterré à Agiça, et dit-on que la principale ville

de sa souveraineté s'appeloit Bomamou , sur la

rivière de Térise. Pépin, qui étoit venu trouver son père pour lui rendre compte de ce qu'il avoit fait contre cette nation, y fut renvoyé après de grandes caresses et des applaudissemens de toute la cour. Ce voyage termina la guerre hunique; car Cagan, roi des Huns , et Vigurre, roi des Avares, peuples ensemble mêlés, étant tous deux tombés en une bataille qu'ils s'entre-donnèrent , Pépin, survenant après ces grandes pertes, terrassa aisément Cara, que les Huns avoient élu roi , auparavant qu'il put hum «m. ramasser des forces; et l'an 707 mit aux abois

•<* p«r Pépin, ' '

r-m- par sa mort cette puissante domination des Huns, affaiblie déjà par ses guerres intestines. Depuis cela la Pannonie n'a point eu de princes depuis un assez long-temps qui ne fussent sujets et tributaires de notre empire; et le royaume des François au-delà du Rbin, aussi b ien que celui d'au- deçà, fut divisé en Westerreic ou Neustrie, c'est-à-dire occidental, et Osterrich ou oriental , nom qui est demeuré à la province d'Autriche. La basse Pannonie fut nommée Hungrie, à ce qu'ils disent, comme Hunn - Avarie, du mélange des Huns et des Avarois. Des trésors gagnés dans les palais des cagans ou rois de ubérrtià a* cette nation, Charles fit de grandes libéralités aux gentilshommes qui avoient dépensé leur bien à son service, et par l'abbé Engilben en

t^ARLEMAGNE, ROI XXIII. 365

envoya les plus précieuses pièces en offrande aux sépulcres des saints apôtres. Toute cette guerre dura environ huit ans, et nous n'y reçûmes aucun échec, hormis sur la fin, où le comte Gérolde , l'un de nos généraux , frère de la feue reine Fastrade, perdit une bataille, et y fut tué d'un coup de flèche. La fin de cet état martial fut marquée par le défaut de la pla- J2f Mph '* nète de Mars , qui depuis le mois de juillet de Tan 780% jusqu'à l'autre 799, ne fut non plus vue au ciel que si elle eût été tout - à - fait éteinte.

Durant que le roi fut en Saxe pour contenir ces enragés, l'an 798, Barcelone, cité d'Espagne qui, suivant le parti des plus forts, étoit B«t*i*H Pl ue. tantôt à nous, tantôt aux Sarrasins , selon que les lieutenansde Charles faisoient leurs affaires, fut soumise à Louis, roi d'Aquitaine, parZate, prince sarrasin, mais non pas pour cela livrée. Louis ayant ensuite mis le siège devant Huesca, sans la pouvoir prendre, vint trouver son père en Saxe , et lui amena le prince de Barcelone, qui lui fit hommage. Alphonse, roi de Léon, lui présenta per ses ambassadeurs un pavillon d'une *ai, merveilleuse beauté , et quelques Maures, avec 1 * 0 ""*" des cuirasses et des mulets pris sur les Sarrasins, pour marque de la victoire et pour reconnoissance de ce qu'il devoit à notre roi , qu'il appe-

loit son seigneur. Pareillement , celte année , Î^J*^* Abdelle, fils d'Aven Maugé, roi des Sarrasins

en Afrique, chassé de sdn royaume par un de ses frères, vint se mettre à couvert sous le bouclier de Charles. Il n'avoit jamais refusé à personne sa protection; c'est pourquoi il commanda à son fils Louis de retourner en Espagne , et de prêter main forte à ce prince exilé pour le rétablir dans ses terres. Pépin fut aussi renvoyé en Italie pour traiter avec Théodore, lieutenant des Grecs datis la Sicile, qui, sur quelque mécontentement, donnoit l'espérance d'embrasser le parti des François. Les peuples les plus éloignés faisoient gloire de rendre quelque recontioissanceà la vertu de Charles ; mais au contraire les Saxons , qui lui avoient promis et qui Révolte a* lui dévoient obéissance, massacrèrent ses com-

Saioiu. t

missaires au-delà de lElbe, sollicités à cet attentat par les Nortlindes , Saxons tirant vers le nord. Bien plus, violant le droit des gens, ils tuèrent inhumainement G odescal , ambassadeur du roi, qui revenoit de la cour de Danemarck. Quel châtiment pouvoit être assez rude contre ces détestables? Le roi néanmoins se contenta de ce que Ébéruvin, son lieutenant, et Trasicon, duc des Abodrites, joints ensemble, en hachèrent Qa.*« miiie quatre mille en une bataille; et baillant son armée à son fils Charles pour recevoir le serment

Saxoot tué» en

un

CHA.RLEM AGNfc , ROI XXIII. 367

et les otages des Nortlindes , et composer quelque différent survenu entre les Wiltses et les Abodrites, s'en retourna à Aix-la-Chapelle, ayant fait bâtir en Saxe la ville d'Héristal , ainsi nommée en mémoire du palais d'Héristal en Austrasie , où ses prédécesseurs avoient accoutumé de loger*

La dignité de l'empire et celle* du pontificat furent cet te année 798 indignement violées par deux exécrables attentats. En Orient, Constantin , pour s'être trop inconsidérément aheurté contre les images, mais encore plus pour avoir voulu prendre connoissance des affaires que sa mère Irène vouloit toujours retenir, fut , par la conspiration de cette mégère, privé de la vue, LVmpereur

1 Constantin aveu*

et puis après de la vie, ressentant bien aigre- *£p* r ment la faute qu'il avoit faite, d'avoir oté le gouvernement à sa mère et de lui avoir laissé l'autorité et les intelligences. En Occident, le pape Léon, dès l'an 796, avoit succédé à Adrien., et rendu au roi les devoirs dont il lui étoit obligé, lui envoyant présenter les clefs de Saint* Pierre de Rome, avec la. bannière de la cité, afin d'obtenir confirmation du roi , sans laquelle son élection n'étoit pas valable. Charles, bien informé du grand savoir et de la bonne vie de Léon, l'eut bien agréable et la ratifia: mais les parens de feu Adrien, fâchés de ce qu'il les dé-

Irène M

possédoit de leurs charges, et cassoit quantité d'actes de son prédécesseur, semèrent parmi le uppUo* peuple tant de calomnies contre sa îéputatiou, muùS. p " qu'il leur fut aisé, l'ayant rendu le plus noir et le plus infâme du monde, de le saisir un jour qu'il alloit en procession de Saint-Jean-de-Latran à Saint-Laurent, de lui faire plusieurs outrages, jusqu'à lui déchirer le visage à coups de couteau et de l'enfermer enfin dans le monastère de Saint-Gerasme, ce qu'ils n'eussent pas osé entreprendre s'ils n'eussent auparavant animé le peuple contre lui par les mauvais bruits et par l'espoir qu'ils lui donnoient de l'affranchir de la domination des papes, qui néanmoins n'avoit rien de rude que la nouveauté. Albin , DéiiT^ P .r son chambrier, et fidèle serviteur dans Tadver-

Albln,*oAchain*

sité, malgré la fureur de ses ennemis, osa bien se hasarder à le secourir; il assembla donc un bon nombre de ses amis, avec l'aide desquels il le tira de prison. Vinigise, duc de Spolette, sachant bien qu'il feroit un agréable service au roi, son seigneur , lui mena au-devant quelques gens de guerre pour l'accueillir. Une afflueuce incroyable de prélats et de seigneurs l'étant venu trouver, il vint vers Charles à Paderborn, qui, l'ayant caressé et accueilli avec beaucoup Jijjj f*t£ h »« d'honneur , écouta ses plaintes, promettant de lui rendre justice, et le renvoya accompagné de

CHARLKMAGHE, ROI XXÏ1I. ^69

quelques prélats et seigneurs, qui le remirent dans sa chaire. Leur roi le suivra incontinent en Italie; mais premièrement il va faire un voyage à Rouen , en Neustrie , et visiter les côtes de la Gaule Belgique, qu'il fortifie contre les descentes des Normands, accoutumés depuis deux ans à venir rafler cette province. L'on tient même que ce fut alors qu'il fit bâtir cette cwieiiâtu

* la tour d'ordre i

belle tour qui sert de phare à Boulogne, en Picardie. De là , ayant été à Tours au tombeau de Saint-Martin, s'acquitter d'un vœu qu'il a voit fait, sa troisième femme Luitgarde y mourut et Mo rtdeLuit. y fut enterrée. Les états tenus à May ence furent 8 * rfe ' 8o °* d'avis qu'il fît le voyage de Rome. Ce ne sont pas toutefois tant les affaires du pape qui mènent Charles delà les monts , que les siennes propres. Henri , duc de Frioul , aurait été assassiné par quelques Trévisans, et Grimoald, duc de Bénévent , marchandait avec les Grecs. Le roi , désirant étouffer ces remuemens , va en Italie, châtie les meurtriers de Henri , établit un autre duc dans le Frioul , et envoie son fils Pépin avec Ulnigise , duc de Spolette , contre Grimoald.

Cependant le pape Jjéon , transporté de joie de la venue de Charles , lui va au-devant jusqu'au o.ari«en iu. bourg de Lomentana. Son entrée dans Rome «.rA^uon. fut la plus magnifique et la plus agréable au tome 1. 24

Uy Vj KJ

ogle

peuple romain qui eût jamais été faite par prince chrétien. La renommée , ayant publié qu'on l'attendoit à Rome pour juger la cause du prince des prêtres, y avait assemblé des nations des derniers confins de l'univers; car l'Arabie, la Palestine et la Grèce y avoient des spectateurs, et Rome, cette ancienne dame, je me sers des termes d'un Grec, prête d'épouser un parti plus avantageux que cette jeune Constantinople, s'était parée de tous les ornemens de son antiquité et de sa grandeur : tout le clergé, avec ses vêtemens sacrés , épandu hors la ville , la gendarmerie à cheval, les bourgeois sous les armes, et parés de leurs plus précieux habits; les étrangers divisés par bandes, différentes en vêtemens et en langage , les enfans même par troupes, chantoient, chacun à sa façon, les louanges du plus grand monarque de la terre, et les chemins, tous semés de fleurs, représentoient un printemps au mois de décembre. Mais quand ce prince, paré de ses habits royaux , et encore plus avantagé d'une majesté presque di- 11 e»tre au vine , fut monté à la porte de Saint-Pierre , où

trmpie de S*tnt- r 7

p.*™. \ e p a p e l'attendait en cérémonie, l'admiration universelle de tous les peuples fit un silence merveilleux dans cette grande et confuse multitude , les Romains et les Italiens s'imaginant de revoir dans cette ancienne pompe de leur em-

pire un César qui montait au Capitale; les Huns et les Saxons regardant avec vénération celui qui les avoit domptés, et les François et les Germains étant ravis de l'honneur qu'on rendoit à leur prince.

Cette cérémonie s'étant passée , le septième jour d'après il tint une assemblée de prélats et de seigneurs, auxquels ayant exposé le sujet de

sa venue, il fit mettre la cause du pape sur le bureau: mais l'innocence de ce bon prélat ayant tellement étonné tous ses calomniateurs , qu'il ne se trouva personne qui l'accusât, il monta en sa chaire et jura solennellement qu'il était innocent de tous les crimes qu'on lui avoit im- up^uc. putés. Ses assassins par cette même assemblée furent condamnés à mort; mais le bon pape, qui ne demandoit que la justification de son innocence, non pas l'oppression de ses enne-^s« «««n««* mis, employa des prières si ardentes envers Charles, qu'il les bannit seulement; entre autres Pascal, primicère ou protonotaire, et Campule, sacellaire, furent relégués en France. Le séjour que Charles faisoit à Rome ayant exposé son mérite à la vue des Romains, qui de jour en jour concevoient une plus forte inclination pour sa vertu, ils pensèrent que le ciel leur offroit une belle occasion de rappeler l'empire dans leur ville, sous les auspices d'un tel monarque. Le pape

3<]Z HISTOIRE m FaANQfc.

même, cherchant quelque moyen de se revan-»

cher des bienfaits qu'il avoît reçus de lui , fit rj»ri« P ro. dessein de le sacrer et proclamer empereur. II

damé empereur, * *

r.» 80,. possédoit à peu près toutes les terres qui avoien t été à l'empire d'Occident : il ne lui en magquoit plus que le titre; mais il ne pou voit le prendre, avec quelque bienséance, que dans le lieu qui en avoit été le siégé dès si long temps, et par les acclamations du peuple qui saluoiî autrefois les empereurs. Que les Italiens n'aient donc pas la vanité de dire qu'ils nous ont donné l'empire, vu qu'ils étaient nos sujets; qu'ils disent seulement qu'ils en ont fait la cérémonie. Elle se fit le jour de Noël, auquel le roi s'en alla rendre ses vœux dans l'église de Saint-Pierre. Le pape , qui y étoit avec une auguste assemblée de princes, de seigneurs et de prélats, ayant fait un panégyrique à sa louange, et représenté le lustre de sa naissance , la grandeur de ses perfections , le bonheur de ses victoires , ses services envers la religion chrétienne, et l'étendue des pays qu'il avoit, ou de patrimoine, ou de conquête, s'approcha de lui, l'oignit depuis les pieds jusqu'à la tête, à la mode des rois juifs, le vêlit des oruemens impériaux , et lui mit la couronne Sfur le cheC Charles, au commencement, témoigna quelque répugnance, soit qu'il estimât que le titre <ie roi étoit plus auguste que celui

CHA.RLEMA.GNE y ROI XXIII.

d'empereur, soit qu'étant juste comme il était, il pensât que c'était empiéter sur Tempe reur d'Orient Mais le pape, les seigneurs et le peupte l'eu pressant instamment, il y consentit ; et lors il s'éleva jusqu'aux nues ce cri de joie : a Vie et victoire à Charles, très pieux r auguste, grand et pacifique, empereur d' Occident 7 couronné de Dieu 9 duquel seul il tint cette dignité, aussi bien que celle de roi. Tout aussitôt le pape se mit à genoux , et lui rendit hommage comme à son. souverain; ensuite de quoi fut appendue dans l'église Saint - Pierre l'image de cet empereur, devant laquelle, tout le peuple passant, se découvroit et mettait le genou en terre. Ce couronnement fut fait la trente troisième année de son règne de France, la vingtsixième de celui de Lombardie , l'an du salut humain huit cent et un, trois cent vingj>quatre ans après le trépas d'Augustule, dernier empereur d'Occident, quatre cent nonante*six ans accomplis depuis l'an trois cent quatre que Dioctétien et Maximien ,. qui a voient les premiers partagé l'empire en oriental et occidental, se furent volontairement démis de leur dignité; nombres qui ont quelque fatalité pour la révolution des états. Deux ans auparavant le soleil, sans aucune éclipse , se montra dix-sept jours durant si obscurci , qu'on croyoit qu'il eût perdu

les deux tiers de sa lumière; comme si les astres a voient ou faisoient quelque présage des choses d'ici- bas. Charles, ainsi glorieusement couronné» demeura en Italie depuis Noël jusqu'à Pâques, pour mettre ordre à ses affaires, y ayant grande apparence que les Grecs se fâcheroient de ce couronnement. 11 n'oublia ni dons ni caresses envers les seigneurs d'Italie, pour les astreindre à son service, et même il voulut, pour obliger les Lombards, que la Gaule Cisalpine, où sont nel^^L^ Milan et Pavie, fat appelée Lombardie, leur 1 donnant une province de leur nom, ce qu'ils

n'avoient pas eu sous la domination de leurs

rois. Craignant aussi quelque brouillerie du côté du nord , il partit sur la fin d'avril pour s'enaller à Aix, dit la Chapelle à cause d'une somptueuse église qu'il y avoit bâtie en l'honneur de Notre-Dame. Il laissa toutefois à son fils Pépin des forces suffisantes pour châtier Grimoald, duc deBénévent, qui faisoit le rétif. Pépin Talla donc assiéger dans Bénévent; et voyant qu'il étoit pour l'heure trop bien muni et fortifié, il transporta son camp devant la ville de Chiète, dont le gouverneur Roselme étant pris, lui remit la place entre les mains. La ville d'Orthone se rendit par composition; les autres villes ne voulurent pas s'exposer au hasard du pillage, Gii»Midpai.et les troupes de Grimoald, ou de crainte ou

CHARLEM AGNE , ROI XXIII. 5

de misère, se diminuant à vue d'œil, le malheureux, réduit dans Bénévent, d'autres disent dans Nocère, composa pour avoir la vie sauve, et fut envoyé à Pavie.

Retournons à Aix-la-Chapelle , voir les magnificences de la cour impériale. Les ambassadeurs

* de Pêne.

d'Aaron , roi de Perse , y sont traités avec le plus honorable accueil qu'on se puisse imaginer. Ils apportent des présens aussi rares que riches, des vêtemens semés de perles, des parfums, des pierreries, avec un éléphant dont les historiens tu^nv n'ont pas oublié le nom, qui étoit Abulabaz, et tâchent ainsi d'exprimer les sentimens d'affection et d'estime que leur maître témoigne avoir pour notre empereur. En effet , ce puissant roi avoit une si forte inclination pour lui, qu'il ne l'appeloit que son frère, et le disoit l'unique roi; tellement qu'ayant appris qu'il avoit envoyé des offrandes au très saint sépulcre de notre Sauveur, par le prêtre Zacharie, et qu'il avoit une extrême dévotion pour ces lieux sacrés, il lui manda par ses ambassadeurs qu'il lui donnoit et mettoit en sa puissance la ville de Jérusalem u i*™.*

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et les autres endroits de la Judée ou s étaient i< accomplis les mystères de notre salut. Ainsi sa réputation, sans coup férir, lui acquit une province pour laquelle, sous ses successeurs, tant de combats ont été donnés, et tant de sang

3y6 HISTOIRE DE FRANCE.

épandu, que la chrétienté s'en est presque épuisée de noblesse. Ces ambassadeurs admiroient toutes les actions et la façon de vivre de notre empereur , et réputoient ses domestiques si heureux, que s'ils eussent pu honnêtement ils fussent demeurés auprès de lui. On les chargea, à leur retour, de présenter à leur maître quantité de beaux chevaux et de mulets , des draps de frise et des chiens de chasse, spécialement de ceux qui sont pour les bêtes farouches; lesquels ayant un jour, en présence du Persan , égorgé J^?^iw un fort lion , lui firent encore mieux connoître gênt C ua u'on^* quel devoir être celui qui nourrissoit de si généreux animaux.

En ce même temps arrivèrent aussi d'autres ambassadeurs de la part d'Abraham Àmiras de Fez, avec des présens pour obtenir son amitié, et le prier que la flotte qu'il a voit puissamment équipée sur les côtes d'Espagne ne touchât point AmbMMdenr» à ses, terres. Ceux de l'impératrice Irène se pré-

de f impératrice ^

i«èn«. seutèrent, et furent écoutés avec un peu plus de confidence. L'empereur connoissant le mauvais naturel de cette femme et les fourbes des Grecs, avoit raison de peser leurs propositions. Elles étaient, que si l'empereur suivoit encore le dessein qu'il avoit témoigné Tan passé à leur princesse d'entrer en son alliance , et d'unir les deux empires par le mariage, il empêchât son

fils de molester en Italie les sujets de l'Orient, de peur qu'il ne s'engendrât une inimitié entre les deux peuples, et qu'ainsi les souverains Tenant à s'unir ne pussent pas les bien réduire sous une même obéissance. 11 est vraique Charles avoit eu quelque vision pour ce mariage , afin de rejoindre les deux empires; et toutefois il n'avoit pas besoin de ce moyen : car s'il n'eût pas affecté d'être plus juste que vaillant y il eût assurément emporté le reste de l'Italie, la Sicile, l'Ulyrie et la Dalmatie. Irène redoutait ce coup, et le pensoit parer par cette proposition r qu'elle eût toujours tirée en longueur, jusqu'au chan* geroent de ses affaires ou de celles de Chartes ; et possible eût-elle à la fin exécuté tout de bou ce qu'elle ne proposoit que par feinte, si les Grecs, ayant découvert cette intrigue , n'eussent conjuré contre elle par l'instigation d'un Nicéphore, qui se fit proclamer empereur, et la bannit dans l'île de Métetin. Charles , qui ure s»* bi««*whi« voit pas encore ce changement, renvoya les ambassadeurs grecs qu'il avoit régalés honorablement, et avec eux Jessé, évêque d'Amiens /et le comte Hélingand, pour sonder les desseins de cette femme. Ces deux seigneurs ne trouvant plus celle qu'ils cherchoient, et n'ayant aucune charge de s'adresser à un autre ne présentèrent pas leurs paquets à Nicéphore. Il les fit pour-

tant traiter splendidement, et députa en leur compagnie quatre des siens, avec pouvoir de

tw d. iu- faire la paix avec les François, et d'en rendre les articles le plus avantageux qu'ils pourroienr. p a rt.j*de.d«u Us furent, que Charles seroit empereur d'Occident, et Nicéphore d'Orient; que pour l'Italie, depuis Manfrédonie et Naples inclusivement avec la Sicile, elle seroit de l'empire de Grèce, et tout le reste au -deçà, de celui de France, hormis la duché de Venise, qui serviroit de borne entre les deux, et se tiendroit neutre, n'inclinant jamais plus d'un côté que de l'autre. La puissance d'Aaron , roi de Perse , qui contraignoit le Grec à lui payer tribut, et à racheter sa tête tous les ans pour certaine somme, l'obligea, pour ne s'exposer pas à deux si puissans ennemis tout à la fois, à rechercher cet accord , qui fut ratifié sur la fin de l'année huit cent deux, funeste pour une contagion qui ravagea

proj*«. ]e tiers de l'Europe, et pour des t rem bl émeus de terre si effroyables , qu'ils aplanirent des montagnes, et rendirent des campagnes moutueuses. Mais la précédente fut célèbre pour la prise de Barcelone par Louis, le plus jeune fils de l'empereur, qui l'emporta après un long siège , malgré le secours du roi de Cordoue et l'opiniâtre résistance des Sarrasins, qui mangèrent, dans l'extrémité, jusqu'au cuir de leurs hou-

Le comte Béron y fut établi gouverneur avec une forte garnison pour incommoder le voisinage.

Les peuples trouvoient encore moins rude la domination des François depuis que l'empire avoit été transporté chez eux : de sorte qu'il y avait espérance d'une bonne paix dans l'Europe, si les Saxons, par un nouvel accès de leur haine invétérée, n'eussent troublé l'Allemagne, et soulevé les pays d'au-delà de l'Elbe, émus encore par le crédit de Gôdefroy , roi des Normands , Appareil d.

Godffrov, roi des

lors seigneur de la plupart des pays du nord " qui sont au-delà du Chersonèse Cimbrique, comme sont le Danemarck, la Suède, la Norwège, la Gotbie, et la Finlande. Ce puissant roi rangeant sous ses enseignes tant de peuples divers , et couvrant la mer d'un nombre prodigieux de vaisseaux, vouloit montrer aux François que leur empire n'étoit pas d'Occident , et qu'il avoit celui du nord. C'est pourquoi , jaloux de ce qu'ils avoient passé l'Elbe si souvent , il remontroit à ses sujets et à ses alliés qu'il falloit arrêter cette puissance, qui comme un torrent menaçoit d'inonder tout le septentrion ; et partant, que les Saxons, qui avoient jusque-là gàrdé les frontières du nord, disputant trente ans durant pour leur liberté, et plus glorieusement encore pour la sûreté de leurs voisins,

reprissent une bonne fois les armes» et secouassent le joug des François avant qu'il leur eût appesanti les forces. Les Saxons le crurent, mais avec tant de précipitation ,. qu'ils 9e déclarèrent et se mirent aux champs sans attendre l« s.™» son armée. L'empereur, au bruit de leur re&eK

n'nvant pa* at- *

m»dt, mt 1 !»! ^ OD > ramasse ses troupes, et vient se camper sur Wtfc l'Elbe, ayant fait venir de France son fils Charles, qui passa à Nimègue; comme aussi Louis, qui aVec une autre armée passa à Nus pour aller joindre son père. Notre infanterie, composée cTAbodrites Bavarois, et autres atliés, cédant à celle des Saxons, bitn inégale en nombre, lui eût abandonné le champ, si notre cavalerie.,, presque toujours invincible, soutenant le choc pour elle , n'eût arrêté la violence des ennemis. Alors nos alliés firent ferme, et les Saxons se sauvèrent en grand désordre dans leur camp.

U sembla si bien muni et si bien fortifié, que l'on n'entreprit pas de l'emporter : mais notre armée se mi t à ravager tout leur pays , et spécialement la Vestphalie, dégarnie entièrement de> gens de guerre. L'unique moyen que les Saxons trouvèrent en cette extrémité, pour apaiser "•^^M'empeFeur, fut de se faire chrétiens. Ils accouroientau baptême de tous côtés, ettémoîgnoient une grande repentante. Toutefois l'empereur ne se fiant pas à leur dévotion, non plus qu'à

CHAMLEM AGBîF , ROI XXI II. 38 I

leurs sermens, transporta ceux d'outre l'Elbe, nommés ff'llwuichi , anciennement Holsates., avec l'autre colonie au-deçà du Rhin. Dix mille i*. s tle ce plus grand nombre furent distribués par j£X r et « la France, et la plupart d'entre eux nommés Schimants ou Schuuits, entrés dans les pays des Helvétiens, y ont provigné les Suisses, nation belliqueuse, et, sur toutes celles de l'Europe, jalouse d'une véritable et effective liberté. Et afin que la terre dont ces colonies éioient arrachées ne demeurât déserte, elle fut donnée aux Abodrites pour la peupler. Mais comme si l'air en eût été plein de fierté, ils furent incontinent infectés de la mutinerie des Saxons ; tellement que, pour tenir en crainte tant ces nouveaux

hôtes que ce qui y étoit resté de Saxons originaires, l'empereur établit en ce pays-là un c<m- ££* ahltUMrn -seil de gens fort secrets, qui avoient puissance de faire mourir les factieux et ceux qui renon- ^oient à notre religion. Ils avoient charge de se promener par le pays, sans dire mot, pour observer la vie et les paroles des Saxons ; et quand ils en trouvoient quelqu'un convaincu de ces crimes, ils le faisoient pendre sans délai, et sans respect de la condition. Cette exacte inquisition étoit si secrète, que quelques uns de ces juges étant pris par des rebelles , aimoient mieux rendre lame dans la gêne, que de découvrir

38a HISTOIRE DE FRANCE.

leurs compagnons. Getté façon de procéder a duré en Vestphalie jusqu'aux siècles dernièrement passés, auxquels elle fut cassée pour les grands abus qui s'y commettoient.

Le Normand , arrivé après cette désolation , avec une grosse armée de mer et une autre de terre, vint camper à Sliestorf, aux confins de son royaume et de Saxe. Charlemagne, d'autre côté, vint à Hardunstain , lieu voisin de la rivière d'Elbe, où étoit le rendez-vous de ses gens de guerre. Le roi des Normands ne trouvant plus les intelligences qu'il espéroit en Saxe, mais seulement toutes les forces de la France et de ourim^n* l'empire, entendit volontiers à la paix, quand

et Godefoy Irai. r * 7 m.

t*«t.)«p«ig. des gens avancés de part et d'autre en eurent fait l'ouverture. Il accorda même d'aller trouver l'empereur, et s'étoit déjà mis en chemin , quand l'un de ses braves capitaines prit la hardiesse de l'en détourner : « Et quoi ! lui dit-il, avez- vous a donc armé tout le septentrion pour venir « rendre hommage , avant même qu'on vous le « demande? N'aviez-vous amassé tant de troupes « et de capitaines que pour être les témoins de « votre soumission ? Croyez-moi , grand prince , « vous faites tort à cet illustre rang que vous « tenez ; vous allez faire brèche à votre hon- « neur et à notre liberté, exposant votre per- « sonne au pouvoir de votre ennemi. Que feriez-

« vous si vous étiez vaincu , puisque, ayant deux « armées capables de subjuguer l'Europe et son « nouyel empereur , vous avez dessein de vous « commettre à sa discrétion ? Quelle raison vous a oblige à lui déférer? Pourquoi ne se fiera-t-il « pas a vous , s'il veut que vous ne vous défiiez « pas de lui ? S'il soubaite la paix , qu'il la vienne « quérir, ou du moins qu'il se contente que « vous ne lui portiez pas la guerre. » Ces pa- c«>é«wHoi*

ma ad.

rôles , qui procédaient d'un courage libre et généreux, lui firent reprendre le chemin de Slesmùe, lors capitale du royaume de Danemarck.

L'empereur lui envoya demander les traîtres, et kii offrit son amitié et la paix , pourvu qu'il voulût demander pardon; mais le Normand ayant fièrement répondu à cette demande, le conseil ne fut pas d'avis de l'aller poursuivre dans son pays, où les affreuses forêts et les (roidures insupportables le défendaient assez: mais plutôt, afin de mettre les Abodrites eu repos, on conclut la paix avec lui , à condition qu'il laisserait dans ses terres la liberté de conscience. Ce traité achevé, l'empereur retourna à Cologne, et congédia ses troupes pour venir chasser en Ardenne, où il se délassait par ce plaisir innocent de ses travaux militaires. Étant à Aix , il reçut lettres du pape, qui le priait qu'il Pnwea eut l'honneur de célébrer avec lui les fêtes de

Noël en tel endroit qu'il lui plairait. L'empereur^ lui ayant volontiers accordé cette demande, envoya son fils au-devant jusqu'à Saint- Maurice, et l'alla lui-même trouver à Reims, d'où il le mema passer les fêtes à Crécy ; puis , d'Aix-la-Cha pelle, lui donna congé de s'en retourner en Italie. Le prétexte de cette venue étoit qu'à Mantoue on avoit trouvé ou rapporté sa«t<kjw certain sang dans une fiole, que le peuple disoit «•«••■ être du précieux et inestimable que Jésus- Christ versa à l'autel de la Croix ; sur quoi il venoit savoir la volonté de l'empereur; mais le vrai sujet étoit quelques conspirations de ses ennemis, entretenues et réchauffées par l'intrigue des Grecs, qui baîssoiewt mortellement ce bon pape, pour ce qu'il avoit couronné Charles empereur. Pour cela , il venait conférer avec lui touchant les moyens qu'il faudrait tenir pour délivrer l'Italie de leur domination. Il s'en présentoit quelque occasion du côté des Vénis^iticd.» tiens : Jean, leur duc, qui favorisait le parti de

le petit état des • » * »

Y.ui tiens. Nicéphore, avoit fait nommer un appelé Christofle,Grec de nation, à Pévêché d'Olivelo, l'une des soixante et douze îles de Venise. Les tribuns vénitiens, fâchés de cette élection, prièrent Jean , éveque de Guido , de ne le point sacrer. II ne leur accorda pas cela seulement , mais de plus il l'excommunia ; procédé qui offensa si

fort le duc Jean, qu'il vint assiéger Grado, et, l'ayant prise, précipita l'êvëque du haut d'une tour en bas. La brigue des tribuns fut néanmoins si forte, qu'elle mit Fortunat , parent du défunt, dans la chaire épiscopale. Cettui-ci, ayant appelé à son secours Obélier , tribun de Mulamanc, autre île du lac de Venise , fut conseillé par ses amis de venir en France, et de se jeter entre les bras de Charlemagne ; de quoi les ducs avertis, ils menèrent une armée à Grado, si bien que Fortunat ni Obélier n'osèrent point les attendre. Fortunat s'enalla en France, suivant son premier dessein, où il se plaignit de ce que les Vénitiens, contre le traité fait entre les empereurs, favorisoient absolument le parti des Grecs, et les incitoient même à courre sus aux François. Cependant Obélier, ayant ramassé bon nombre de bannis et de soldats désespérés, surprend Mulamanc, en chasse Jean et Maurice, son fils, s'en fait couronner duc , et , par le consentement du peuple, associe à la duché Béat et Valentin.

Ce sujet donnoit une guerre du côté de l'Italie , durant qu'une autre vint à s'éclore en Allemagne. Les Huns, jadis si formidables à toute la terre , abattus maintenant par nos forces, étoient tellement méprisables à leurs voisins, que les Sclaves Bohémiens , appelés lors Béhé-

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