FEMME DE CLOVIS I
Je ne crois pas contrevenir à la loi Salique, si, parmi nos rois, je mêle quelques unes de celles qui ont eu part à leur lit , et quelquefois au maniement des affaires. Leurs actions ont été bien souvent mâles et généreuses, leur prudence et leur bonne conduite ayant démêlé des difficultés où les plus grands bommes se trouvoient bien embarrassés. Que si toutes n'ont pas eu cette grandeur de courage et ces vertus guerrières dont leur sexe est à peine capable, elles ont en récompense excellé par-dessus les bommes en douceur et en piété; qualités qui leur ont fait produire des actions mémorables , que l'histoire est obligée de raconter pour rendre honneur à la vertu , dont la force paroîtra d'autant plus grande, que vous lui verrez relever la foiblesse du sujet dans lequel je vous la propose.
Il est vrai que Tordre des portraits qu'on a pu trouver m'oblige de commencer par Glotilde.
Mais, sans mentir, quand j'aurois eu le choix de celle qu'il faut mettre à la tête, je n'en aurois pu
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trouver une plus accomplie. Sa naissance fat dont*.
illustre;' ce qu'on ne sauroit dire de plusieurs reines dans la première race : car elle étoit pesa géologie, tite-fi lie de Gundioche, roi des Bourguignons, fils de Gundicaire ,* tué en une bataille contre Attila, fille de Childéric, l'un des quatre enfans de ce roi, qui mourut à Vienne par les mains de son frère Gondebaud. Le ciel permit alors, pour le salut de la France, que ce Gondebaud, arrêtant sa fureur, à vrai dire justeroment irritée, mais non pas excusable, jusqu'à l'effusion du sang fraternel et de celui des innocens, pardonnât aux deux filles de Childéric; de quoi je défie les politiques d'apporter aucune raison que la providence divine : car s'il les eût épargnées par la considération de leur sexe , que n'épargnoit-il aussi leur mère? si par la tendresse de leur âge, pourquoi ne fit-il semblable grâce à leurs frères , à leurs cousins et à leurs cousines MucMUme te germaines ? L'aînée des deux, nommée Mucuntime ou Coronie , prit le voile , et la puînée, qui est notre Clotilde , fut soigneusement élevée dans la maison de son oncle ; et , par un autre Ariani. mep .r. miracle, ne fut point infectée de l'arianisme,
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gno na . dont toute cette cour raisoit profession : car il est certain que le peuple bourguignon étoit si obstinément attaché à cette erreur, que Gondebaud ayant, par les remontrances d'Avite , évêque de Vienne, reconnu l'égalité des personnes,
n'osa le témoigner publiquement , de peur d'encourir la haine de ses sujets. Le naturel excellent, embelli par la bonne nourriture, faisoit
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admirer notre princesse à tous ceux qui la *• voyoient. Les ambassadeurs de Clovis qui étoient venus à la cour de Bourgogne pour quelques affaires en firent rapport à leur maître. Il en fut épris, regardant, outre ses perfections, le^J ovîl en J~ droit quelle lui apporter oit sur la Bourgogne: ce qui l'incita d'envoyer Aurélian, seigneurfort discret, avec charge de voir cette princesse de sa part , et de lui déclarer le dessein qu'il avoit de l'épouser; et au cas qu'il en tirât bonne réponse, de lui faire présent de quelques bagues de grand prix , qu'il lui confioit. On ne pouvoit pas la voir sans donner de la jalousie à Gondebaùd, qui faisoit observer tous ses déportemens, et qui possible s'en fût défait s'il eût découvert cette intrigue. Aurélian , pour trouver A<§r«* «tamoyen de lui parler, ayant appris qu'elle chérissoit tendrement les pauvres , se couvrit de haillons , et l'aborda ainsi déguisé. J'omets ici beaucoup de particularités qui tiennent moins de l'histoire que du roman , pour dire en deux mots que Clotilde ravie, d'une offre qui la tiroit d'entre les mains de son tyran et du meurtrier de son père, qu'elle craignoit et abhorroit également, reçut les bagues et donna
sa parole, à condition que Clovis épouseroit avec elle sa religion: ce qu'Aurélian lui promit, soit qu'il en eût commission, soit qu'il estimât cette difficulté trop petite pour arrêter les desseins de son maître , puisqu'il n'étoit question que d'une simple promesse. Le même seigneur étant renvoyé à quelque temps de là en ambassade solennelle , pour demander sa maîtresse à Gondebaud , étonna bien fort toute la cour quand il exposa hautement que son maître dodu* «ueavoit reçu la foi de Clotilde. Le Bourguignon,
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^«réH.Djoor q U | fie là prévit clairement sa perte , opposa la cw diversité de religion. Mais l'ambassadeur ayant répondu que Clovis se feroit chrétien quand il auroit été amplement instruit de cette croyance, et que cependant il laisseroit vivre sa femme dans la sienne, le conseil trouva bon que Ton sût là dessus la volonté de Clotilde. Elle l'expliqua nettement; et partant Gondebaud, à son grand regret, la mit entre Jes mains d'Aurélian avec les plus riches présens qu'il eût , la traitant de mille caresses à son départ, afin de lui témoigner qu'il faisoit par affection ce que véritablement il ne faisoit que par crainte. Elle fut reçue avec une joie publique, mais presque avec adoration des Gaulois, qui par son moyen espéroient la conversion de leur roi, et non pas en vain : car bien que durant un long temps il
CLOTILDE, REINE DE FRANCE. 8l
ne tint compte de ses exhortations , il s'en souvint pourtant dans le danger, à la journée de Tolbiac, où comme il eut ressenti le secours visible du s.iou r^oi».
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Dieu des chrétiens, qu'il invoqua pour lors , il écrivit à sa femme qu'il avoit pour ce sujet résolu de l'adorer. Jugez quel plaisir elle eut de savoir ces bonnes nouvelles, par les grands soins qu'elle prit de le faire bien instruire dans la pureté de la religion chrétienne et de le garantir de l'arianisme. Saint Remi, dont elle chérissoit les vertus, et recevoit les instructions et les consolations spirituelles, fut un des premiers employé à cette bonne œuvre, que le ciel eut si agréable, qu'un jour comme elle et son mari étoient avec ce bon prélat attentifs à la doctrine évangélique qu'il leur préchoit, une lumière éclatante remplit toute la chambre, d'où fut entendue une voix qui disoit, Paix soit avec vous ; ne craignez point ; demeurez en ma dilection. Elle Pavoit si avant dans son cœur, que toute transformée en cette charité, qui rend nos ames presque divines, elle voulut la communiquer à tous ses sujets, et pria son mari de les exhorter à prendre les eaux salutaires du baptême. Ce grand chef, qui n'a voit jamais harangué ses soldats que pour feMajeudccio.
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le combat, les harangua lors pour leur persua- jjj***»* 8 *» der la vérité de notre religion ; la grâce de Dieu tome i. 6
étant si puissante en lui, que d'un roi et d'un capitaine , elle en fit un apôtre et un docteur. Ainsi l'un et l'autre liés ensemble par le sacré nœud de mariage, et unis encore plus étroitement par l'amour divin , vécurent dans un bonheur continuel , éprouvant que la vraie félicité est un don de là haut. Après le décès de Clovis , Clotilde fut réservée à la France pour la secourir daus ses besoins : car comme elle avoit toujours adouci l'humeur de son mari et modéré ses violences, qui le portaient quelquefois à répandre le sang, elle travailla puissamment à retenir les esprits fougueux de ses quatre fils. Cette ambition,, trop naturelle aux princes , les poussoitàtout moment à s'en tre-querel 1er ; mais MeratikiM* la reine leur mèrè assoupissoit le plus souvent
vertu de Clotilde 1 4
ipecifierme-leurs dissemions avant qu'elles fussent allumées, ou modéroit du moins leurs courages si elle ne les pouvoit retenir tout à fait. Comme elle savott bien que Dieu seul tient en sa main le cœur des princes , elle s'adressoit à lui plutôt qu'aux hommes, pour une conduite si difficile. Elle s'étoit rétirée sur le tombeau de saint Martin où , par des jeûnes continuels , des prières sans intermission, et des aumônes à pleines mains, elle apaisoftfo colère du ciel , que ses enfons irritoient à tout propos. Que ne fit-elle )
pointa la mort de ses petits-fils, enfansdeson aîné Clodomir, que Clotaire et Childebert mas* sacrèrent! et combien versa-t-elle de larmes, non* pas tant de regret, que pour expier le crime de ces malheureux assassins, ayant beau- Mir««.i«,*r-
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coup plus de pitié de ceux qui commettaient cet outrage que desinnocens qui le souffroient. Ne fut-ce pas par ces mêmes pleurs qu'elle forma les furieux orages qui séparèrent les armes de Théodebert et de Childebeit, attachés à la perte de Clotaire? Et n'est-il pas vrai que les foudres, la grêle et la pluie qui troublèrent l'air étoient partis de ses yeux et de ses soupirs? Dieu ayant armé en sa faveur contre ceux qui refusoient de s'accorder à ses justes prières; car le camp de Clotaire ne fut aucunement incommodé de cet orage. Enfin, après une longue vie de septante - sept ans employés au service de Dieu et de la France , elle rendit l'ame l'an 554, auprès du tombeau de saint Martin, té- s. mon 554. moin de ses saintes pensées et de ses œuvres vertueuses. Ses enfans, avec tout le clergé de France , qui la tenoit pour sa mère , s'en allèrent quérir son corps, qu'ils apportèrent en l'église de Saint-Pierre et de Saint-Paul*, bâtie
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par son mari, et quelle avoit richement dotée; comme aussi le couvent de Chelles % depuis ruiné
par les guerres. Ses enfans furent Ingomir , décédé en l'habit blanc du baptême, Clodomir, Childebert et Clotaric ; Clotilde, mariée au Wisigoth Amaulry, et Childechinde , sainte religieuse.
LES QUATRE FILS DS CLOVIS , SBLO JT l'oRDRX DU PARTAGE.