LE 2 2 FLORÉAL AN VI ET LE 30 PRAIRIAL AN VII
Coup d'État du 22 floréal an VI (11 mai 1798). — Les
auteurs du coup d'Etat de fructidor n'avaient pas tardé à soulever la double opposition des anciens terroristes, qui trouvaient le Directoire trop modéré, et des royalistes, dont l'agitation se manifesta sur divers points sous forme de rébellions armées.
Celles-ci furent vigoureusement réprimées par le Directoire, dont la paix avec l'Autriche avait relevé le prestige au dehors et qui en profila pour se montrer arbitraire. Puis, quand il eut triomphé de l'opposition de droite, il s'en prit de nouveau aux jacobins, fidèle à cette politique de bascule qui fut la caractéristique du gouvernement directorial.
Comme tous les gouvernements faibles et violents à la fois, le Directoire semblait ne vouloir gouverner que par des coups d'État. Il avait fait le dix-huit fructidor contre les royalistes :
il frappa maintenant les révolutionnaires, auxquels le renouvellement du tiers sortant du Corps législatif avait été favorable. II fit donc annuler en grande partie les élections jacobines (22 floréal an VI— 11 mai 1798).
Malgré tout, les Conseils, dont la composition n'était plus tout à fait la même, se montrèrent moins accommodants. De la tribune partirent de très vives critiques sur la décadence des mœurs, la vénalité et la corruption administratives. Barras donnait l'exemple d'une vie cynique et vénale, et c'est au gouvernement lui-même qu'on s'en prit de l'abaissement de la moralité publique.
Après le 22 floréal an VI, les théophilanlhropes furent atteints par les mesures qui frappaient les jacobins, et les Conseils décrétèrent le culte décadaire, qu'ils opposèrent à la fois aux catholiques et aux déistes théophilanthropes. Ceux-ci se vengèrent en favorisant le coup d'Etat du 30 prairial an VII.
Le 30 prairial an VII (18 juin 1799). — Les élections de floréal an VII (mai 1799) furent républicaines, et un certain nombre de « patriotes » entrèrent au Corps législatif, en particulier aux Cinq-Cents, qui prirent leur revanche contre le Directoire.
A la suite des échecs de l'armée du Rhin et de l'assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt ( Voir p. 278), le Directoire, interpellé aux Cinq-Cents, rejeta sur la politique des Conseils la responsabilité des désastres. Il venait, d'ailleurs, après avoir remplacé Reubell par Sieyès, adversaire irréductible de la Constitution de l'an III, de destituer le directeur Treilhard pour le remplacer par le républicain Collier.
Le 30 prairial, aux Cinq-Cents, Boulay de la Meurthe fit voter un décret mettant hors la loi « quiconque attenterait à la liberté du Corps législatif ou de quelqu'un de ses membres ». Et les Conseils obtinrent la démission de Merlin de Douai et de La Bevellière- Lépeaux, qu'ils remplacèrent par le général Moulin et Roger Ducos. Barras, d'abord en désaccord avec la majorité des Assemblées, avait ensuite concouru à leur entreprise contre le gouvernement.
La victoire des Conseils contre le Directoire, coïncidant avec l'aggravation de la situation extérieure, fut suivie d'un retour aux pratiques du gouvernement révolutionnaire. En cas de trouble dans une commune, les parents ou alliés des émigrés furent déclarés personnellement responsables jusqu'au rétablissement de la tranquillité publique (loi des otages, 24 messidor an VII — 1799). Un emprunt forcé et progressif de 100 millions fut imposé aux citoyens aisés (loi du 10 messidor an VII — 28 juin 1799). Les clubs se rouvrirent. La crise politique s'aggrava d'une crise économique et financière.
LA RÉVOLUTION
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Pie VI, grave d'après Bon ne ville.