LA SECONDE COALITION
Politique étrangère du Directoire. — Le Directoire continua l'histoire diplomatique de la France comme les différentes Cours continuèrent celle de l'Europe; mais il donna à notre politique étrangère une forme oppressive et conquérante, parce qu'il avait des besoins d'argent, parce que la guerre servait de prétexte et de justification aux mesures prises par la faction au pouvoir, dans son intérêt, parce qu'il fallait occuper l'armée et ne pas rejeter dans la circulation des officiers et des soldats « à jeun », enfin parce que la politique des « limites naturelles » était devenue la loi fondamentale de la République et que,' pour maintenir ses conquêtes, la
France était condamnée à combattre, c'est-à-dire à vaincre ou à (eut perdre.
Comme la Convention avait conquis à la France la Savoie, Nice, la rive gauche allemande du Rhin, les Pays-Bas autrichiens, que l'Angleterre continuait la guerre et que l'Autriche allait sans doute la recommencer, on protégera les « limites naturelles » en les entourant d'une ceinture d'États vassaux, tributaires et dépendants, qui fourniront à la France des subsides et en feront la puissance dominante de l'Europe.
Le Rireetoireavait hérité d'une force, en bloc, de 440000 hommes, qui tomba en janvier 1796 à 409030, en juin 1798 à 360000 (y compris l'armée d'Orient), en septembre 1798 (cette armée non comprise) à 289 000 hommes.
I.a difficulté du recrutement se compliquait d'exemptions nombreuses, du trafic des congés de réforme, des certificats de complaisance délivrés par certains officiers de santé.
Le Directoire, qui voulait, [tour s'en servir à l'intérieur et pour en tirer un profit pécuniaire, une armée aussi forte que possible, fit voter la loi du 19 fructidor an V[ (5 septembre 1798) sur la conscription, défendue par Jounlan (Voir, au chapitre suivant, l'Armée impériale}. La politique conquérante du Directoire fut l'objet de multiples applications^ qui provoquèrent une seconde coalition de l'Europe, comme naguère la politique de fouis XIV avait déterminé la formation de la ligue d'Augsbourg.
Constitution unitaire en Hollande. — Sous les auspices de notre représentant en Hollande, Delacroix, le général Daendels accomplit contre l'Assemblée nationale un coup d'État, tendant à imposer à un État fédéral une constitution unitaire (22 janvier 1798) etàfaire delà République batave une copie de la République française, de son gouvernement une copie de notre Directoire exécutif.
La République helvétique. — I.a Valteline s'était, en octobre 1797, unie à la République cisalpine. En janvier 1798, Mulhouse fut annexé à la France et les partisans qu'avait le Directoire en Suisse, tels que Pierre Ochs et Frédéric-César Laharpe, s'efforcèrent d'y préparer les voies à la constitution d'un État unitaire: Vaud ayant proclame la République lémanique (24 janvier 1798), l'armée française envahit la Suisse, sous le commandement de Brune et de Schauenbourg. Berne résista héroïquement jusqu'au 5 mars 1798, et son Trésor (40 millions) servit à payer les frais de l'expédition d'Egypte. La proclamation de la République helvétique « une et indivisible » (22 mars 1798) fut imposée aux petits cantons du centre, qui s'étaient révoltés, et la vieille République de Genève devint française contre le gré des populations. Ainsi prenait fin la Confédération des treize cantons. Le comté de Monlbéliard fut également annexé à la République française.
La République romaine. — Le 28 décembre 1797, une émeute avait éclaté à Rome, au cours de laquelle le général Duphot fut massacré' sous les yeux île l'ambassadeur français, Joseph Bonaparte. Pie VI lit offrir des excuses; mais Joseph se retira à Florence cl Berlliicr reçut l'ordre d'occuper immédiatement l'Etat pontifical. Le 29 janvier 1798, il se met en marche; le 9 février, il est sous les murs de Rome; le ÎO, il occupe le château Saint-Ange (1); le IS, la
République romaine est proclamée au Capitole, la République ancéinitaine lui est réunie et Pie VI est exilé en Toscane. Les Napolitains tentent vainement d'intervenir.
Annexion du Piémont. — Les Impériaux avaient pénétré dans le pays des Grisons; l'armée française, menacée sur l'Adige et sur les Alpes, risquait d'être prise à revers par les Sardes. Joubert reçut l'ordre d'occuper le Piémont; il partit de Milan le 6 décembre 1798; le 9, Charles-Emmanuel signait son abdication : on lui laissait la Sardaigne, où il se retira.
Conquête du royaume de Naples. — Avec une poignée d'hommes, Championnet envahit le royaume île Naples et refoula Mack, qui vint s'abriter sous les murs de Capoue, derrière le Volturne. Le .'! janvier, il tenta vainement d'emporter la place de vive force : il échoua, les paysans soulevés l'entourèrent, et sa situation semblait perdue, quand il fut rejoint par la colonne de Duhesme; le 10, Mack, démoralisé, signa la suspension d'armes de Teano. La capitale ayant rompu l'armistice, Champion ne i marcha sur Naples. Les républicains lui livrèrent le fort Saint-Elme et, le 23, il s'empara de la ville, après une lutte sanglante contre les lazzaroni. Le 24 janvier, il proclama la République parthénopéenne. Mais, le 8 février, le cardinal Ruffo avait débarqué en Calabre, muni des pleinspouvoirs de Ferdinand IV.
Le pays se souleva de tous côtés etMacdonald manquade troupes pour réprimer l'insurrection. Si la Pouille fut pacifiée, l'armée
de la Sainte-Foi conquit bientôt toute la Calabre, et les Anglais, maîtres des îles dTschia et de Capri, bloquèrent le port de Naples.
Championnet fut rappelé et emprisonné à Grenoble, sur la dénonciation du commissaire des guerres, Faypoult. La chute du directeur la Revellière-Lépeaux (18 juin 1799) lui rendit la liberté et il reçut le commandement de l'armée des Alpes.
Perte des îles Ioniennes. — Sur l'initiative du tsar Paul Ier, les îles Ioniennes, reconquises par la flotte turco-russe, malgré la belle défense de Corfou (octobre 1798-février 1799j, formèrent sous le nom de République septinsulaire un État fédératif oligarchique, indépendanten apparence ctoccupé militairement par les Russes 1 .
Déclaration de guerre à l'Autriche (12 mars 1799). Conquête de la Toscane. — Joubert, qui était républicain, mais ne voulait pas faire de politique, avaitrésigné son commandement, malgré les instances du Directoire; Schérer, ministre de la Guérie, arriva le 11 mars à Milan pour le remplacer. Une armée russe traversait l'Autriche et s'acheminait vers l'Italie; l'empereur ayant refusé de s'expliquer, la guerre lui fut déclarée le 12 mars. Schérer fit aussitôt occuper la Toscane; le 25, le général Gauthier entra sans résistance à Florence. Ferdinand III partit le 27 pour Vienne. Le même jour, le pape Pie VI fut sous escorte conduit en Piémont, puis en France, où il mourut.
A la lin du mois de mars 1799, un seul des anciens souverains de l'Italie restait debout: le duc de Parme, que protégeait sa parenté avec le roi d'Espagne, allié de la France.
Formation de la seconde coalition. — La coalition se préparait à la lutte. Il ne fut pas difficile à l'Angleterre d'y entraîner l'Autriche et même le tsar.
Depuis le 17 novembre 1796, l'empire de Russie avait pour souverain Paul Ier, monarque fantasque, absolutiste, ennemi déclaré de 1' « effrénée République française », et qui se posa en protecteur chevaleresque des Etats pressurés par le Directoire. Déjà il avait
Championnet, gravé d'après Bosnsviixe.
i I.' sac de Itome, ilonl ou a voulu rendre Masséna seul responsable, par.iil avoir été plutôt le fail du Berlhier, et aussi de quelques fournisseurs avides,
qui soumirent la ville à un pillage méthodique pour payer les troupes. .M;iséna arriva lorsque la besogne était accomplie; mais on tenta de rejeter sur lui l'odieux île ces mesures et on y réussit, puisque l'armée, officiers compris, chassa Masséna, qui vécut dès lors dans la disgrâce jusqu'à l'heure où les défaites le firent rappeler il l'activité et où il put inscrire sur ses états de services la victoire de Zurich.
fl) En 1807, la République septinsulaire fut cédée à la France. En 1814, les anglais s'emparèrent de • lorfou ci réussirent à se faire attribuer les îles par leCongrès de Viei Elles conservèrent leur constitution, mais furent placées sous le protectorat de l'Angleterre : elles devaient y rester jusqu'en 1862.
donné asile à Louis XVIII, qui tenail sa petite cour à Mitlau, en Courlande. Il signa les traités de Saint-Pétersbourg avec les Deux- Siciles (29 novembre 1798), de Constantinople avec la Porte ottomane (23 décembre), de Saint-Pétersbourg avec l'Angleterre (26 décembre . De son côté, le roi des Deux-Siciles s'allia en outre avec l'Autriche (traité de Vienne, 19 mai 1798), avec l'Angleterre (traité de Naples, 1er décembre 1798), avec la Turquie (traité de Constantinople, "21 janvier 1799). Enfin l'Angleterre s'unit, le 2 janvier 1799, par une convention signée dans la capitale de l'empire ottoman, avec la Porte qui, après le désastre d'Aboukir et à l'instigation de Pitt, avait déclaré la guerre àla France : le padischah n'était pas fâché de voir périr les mameluks, mais il ne voulait pas perdre l'Egypte.
La guerre qui commençait avait un caractère beaucoup plus grave que la guerre de 4793. L'Europe, sous prétexte de rétablir la monarchie en France, avait naguère travaillé à démembrer, d'un côté le royaume des Bourbons, de l'autre la République de Pologne. La guerre de 1799, comme toutes les suivantes, visait à refouler la France dans ses anciennes limites et à les entamer : c'est la première opération d'un siège qui va durer quinze ans. Il ne s'agit plus de divergences de principes, mais de haine nationale. « A bas les Français! disait Nelson, c'est ma prière de chaque jour. Je les hais tous, royalistes et républicains. »
Assassinat des plénipotentiaires français au Congrès de Rastadt. — Les plénipotentiaires français au Congrès de Rasladt furent rappelés sur-le-champ et se mirent en route le 28 avril 1799. A peu de distance de la ville, par une nuit sombre, les hussards autrichiens fondirent sur eux le sabre à la main. Roberjot et Bonnier furent égorgés; Jean Debry fut laissé pour mort. Cet assassinat de trois hommes revêtus d'un caractère officiel excita l'indignation contre l'Autriche, qu'on accusait de l'avoir provoqué; car les hostilités avaient déjà commencé sur le Rhin comme en Allemagne.
La France avait tout au plus sous les armes 170 000 hommes. La nouvelle loi sur la conscription était encore trop récente pour que l'armée pût être mise sur un pied de guerre en rapport avec l'immense ligne que nous avions à défendre et qui s'étendait sans interruption du Texel à l'Adriatique. Les forces des coalisés étaient de 300 000 hommes, y compris 60 000 Russes, aux ordres du célèbre Souvorov, que ses victoires en Turquie et en Pologne avaient fait surnommer l'Invincible. Le commandement de nos armées fut partagé entre Jourdan, Masséna, Schérer et Macdonald.
Opérations sur le Rhin. — Défaite de Stokach. — Jourdan, passant le Rhin (Ier mars 1799), s'établit entre le Danube et le lac de Constance, afin de pouvoir communiquer avec Masséna, qui est dans les Grisons; mais il est battu par l'archiduc Charles (25 mars 1799 à Stokach, où se croisent les routes de Souabe et de Suisse. 11 juge prudent de se retirer dans la forêt Noire, puis sur le Rhin. Masséna réunit alors son armée àla sienne, et il a ainsi le commandement en chef de toutes les troupes, de Dusseldorf au Saint-Gothard.
Opérations en Italie. La conquête austro-russe. — Batailles de Magnano et de Cassano. — En Italie, le lendemain même de la bataille de Stokach (26 mars 1799), Schérer a d'abord l'avantage sur les Autrichiens, sans pouvoir cependant entrer à Vérone. Mais, après trois jours d'hésitation, il a la malheureuse idée d'attaquer le général baron de Kray par le bas Adige et de tenter le passage du fleuve entre Vérone et Legnago : ce mouvement esta peine commencé qu'il doit accepter la bataille aux environs de Magnano (5 avril 1799); malgré l'indécision du résultat, il perd la tête et, au lieu de se retirer et de se fortifier sur le Mincio, il rétrograde jusque sur l'Adda. Le 26, il remet le commandement à Moreau.
A ce moment, Souvorov arrive en Italie, pour y prendre, à la demande de l'Autriche, la direction suprême des forces alliées. La journée de Cassano, sur l'Adda, où la division Sérurier est obligée de mettre bas les armes, réduit l'armée de Moreau à 20 000 hommes environ (27 avril 1799;.
La retraite de Schérer, après Magnano, avait donné- la moitié de la Cisalpine aux alliés, quiavaientaussitôtinvesli Mantoue: la défaite de Cassano leur livrait laLombardie et le Piémont. Au commencement de juin, toute la rive gauche du Pô était perdue, sauf quelques forteresses.
Défaite de la Trebhia. Perte de Naples. — Le 2 mai, Macdonald, rappelé par Schérer, annonce aux Napolitains que les Français vont se retirer, en conservant seulement quelques garnisons, par mesure de sûreté commune. Le 7, la retraite commence; le 24, Macdonald
Macdonald, gravé par Hopwood.
est à Florence; il y fait sa jonction avec Montrichard et Gauthier et avec la division Victor, envoyée par Moreau. Mais il s'attarde en Toscane et laisse à Souvorov le temps d'accourir du Piémont. Enfin, le 12 juin, il se met en mouvement; il se heurte sur les rives de la Trebbia à des forces énormes qui -lui barrent le passage, et, après trois jours de lutte acharnée (17, 18, 19 juin), il est obligé de reculer. L'avantage remporté par Moreau sur Bellegarde à Novi permet du moins à Macdonald de ramener ses troupes à Gènes par la Rivière-du-Levant.
La défaite de la Trebbia entraîne la perte de l'Italie méridionale : la République parlhénopéenne ne peut se soutenir avec ses seules forces; un corps d'armée austro-russe a conquis la PouilD- ;
l'armée de la Sainte-Foi est maîtresse de la Calabre et de la Basilicate.
Le 6 juin, le cardinal Ruffo parait devant Naples ; le 13, les lazzaroni se soulèvent; le 19, le cardinal et le commodore Foole accordent aux républicains une capitulation leur garantissant la vie sauve. Des navires s'apprêtent à les transportera Toulon, quand Nelson arrive de Sicile.
Après avoir, malgré' le cardinal, déchiré la capitulation, il fait pendre aux vergues d'un navire l'amiral Caracciolo et exécuter les .Napolitains, dont laville est livrée au pillage. Le 8 juillet, Ferdinand IV charge une junte d'Etat de condamner à mort les prisonniers : les exécutions se multiplient et l'Europe retentit d'un cri d'horreur.
Bataille de Novi. — Après les désastres de Schérer, Joubert reçoit le commandement de l'armée d'Italie ; Championnet, placé sous ses ordres, est chargé de réunir en Savoie l'armée des Alpes : les deux généraux attaqueront séparément et feront leur jonction en Lombardie. Championnet se met en mouvement le 13 août, passe le Saint-Bernard, pénètre dans la vallée d'Aoste, mais est arrêté par le fort de Bard. Alexandrie a capitulé le 21 juillet; le 28, après moins de trois mois de résistance, Foissac- I.atour a rendu Mantoue, et les troupes de siège ont eu le temps de rejoindre Souvorov, qui force Joubert, arrivé le 2 août à Gènes, à accepter la bataille dans la plaine de Novi. Les divisions Grouchy et Lemoine sont à peine formées qu'elles sont accablées par le général Kray. Joubert se jette au milieu des tirailleurs pour les encourager et tombe frappé d'une balle au cœur. Moreau continue la lutte avec acharnement; mais, à l'arrivée de Mêlas, il doit céder au nombre et ordonner la retraite (15 août 1799). Il peut ramener l'armée dans les Apennins sans être poursuivi.
Perte de l'Italie. — Les dernières places qui tenaient encore dans la République romaine ne peuvent plus être secourues. Rome et Civita-Vecchia capitulent le 27 septembre; Ancône, le 12 novembre, après une belle défense du général Monnier. Les Autrichiens et les Napolitains occupent dès lors tous les Etats pontificaux.
Le Directoire veut cependant reprendre encore l'offensive. Championnet débouche par Pignerol, tandis que Moreau fait une diversion vers la Bocchetta; il a d'abord quelques succès, puis il est vaincu le 18 septembre à Fossano. Une nouvelle tentative est plus malheureuse encore : le 4 novembre, il est écrasé par Mêlas à Genola et, quelques semaines après, il meurt de douleur à Nice. Les Français sont enfermés en Ligurie ; la flotte anglaise bloque la Rivière et intercepte les convois de vivres; déjà la disette sévit à Gènes, que Moreau, le 7 septembre, a dû, par prudence, mettre en état de siège. Après Genola, le gouvernement ligurien ne cache plus son mauvais vouloir : une conspiration, formée pour appeler les Autrichiens, est découverte à temps (7 décembre) et Gouvion- Saint-Cyr supprime le Directoire génois.
L'Italie est perdue pour la France.
Opérations en Suisse. — Victoire de Zurich. — En Suisse, Masséna occupe la ligne de la Lintb, qui traverse le lac de Zurich, d'où elle sort sous le nom de Limmat et va se jeter dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette rivière dans le Rhin. Il a sous ses ordres les généraux Lecourbe, Oudinot, Soult, Vandamme.
La Cour de Vienne décide que Souvorov prendra le commande-
LA RÉVOLUTION
ment en chef en Suisse, où vient d'arriver Korsakov avec une armée de 30000 hommes.
L'archiduc Charles, de son côté, quitte la Suisse avec 36000 Autrichiens, pour agir sur le Necker et sur le Rhin ; il laisse les deux généraux, Hotze et Jallachich 25000 hommes), avec la mission de favoriser, sur la Lintli, la jonction des deux généraux russes. Mais Masséna saisit le moment où l'archiduc quitte la Limmat et où Souvorov n'a pas encore traversé le Saint-Gothard, pour attaquer les coalisés. I.ecourbe est placé au Saint-Gothard avec 12000 hommes. Masséna, garanti de ce côté contre une surprise de l'ennemi, s'établit à Zurich et dispose à sa gauche et à sa droite les corps d'armée d'Oudinot el de Soult, qui doivent entourer la ville à l'heure
Souvorov, par V. Green.
Brune, par Bataille (Musée de Versailles)
décisive. Souvorov divise imprudemment son armée, ne laissant à Zurich que des forces insuffisantes, sous les ordres de Korsakov. Lorsque Masséna prend l'offensive, le matin du 25 septembre, avec ses deux lieutenants, Korsakov ne peut que se porter en avant, à la rencontre du centre de l'armée française. Bientôt enveloppé par Oudinot et Soult, il se retire en désordre dans Zurich; une sortie tentée le lendemain achève de mettre en déroute le lieutenant de Souvorov, qui abandonne à Masséna son artillerie.
Souvorov était arrivé au pied du Saint-Gothard le 21 septembre. Harcelé par I.ecourbe, qui défend chaque gorge, chaque torrent, chaque rocher, il descend la vallée escarpée de la Reuss, passe le pont du Diable, arrive à Altorf, se rue avec furie, à Schwitz, sur le général Molitor, force le passage et, après des souffrances inouïes, gagne Coire et le Rhin (G octobre 1790;, ayant, dans sa marche désastreuse, perdu plus de 8 000 hommes.
La victoirede Zurich sauvait la France de l'invasion, et l'égoisme des Autrichiens les privait d'un allié de premier ordre. Tout d'abord le tsar Paul et l'empereur François s'étaient donné la main pour nous écraser; mais, lorsque le tsar eut déclaré à l'empereur que les territoires qu'il prétendait occuper ne pouvaient l'être sans le commun accord des alliés, l'Autriche ne songea plus qu'à créer des embarras aux Russes, et le conseil aulique contrecarra l'action de Souvorov. Ce que voyant, le tsar se retira de la coalition, et, à la suite de la bataille de Zurich, cessa toute relation diplomatique avec l'Autriche (octobre 1799).
Opérations en Hollande. — Victoires de Bergen et de Castricum. — L'Angleterre avait conclu avec le tsar un traité particulier, qui mettait à sa solde 17000 Russes. Ceux-ci, réunis à 30 000 Anglais, soutenus par la flotte qui croisait sur les côtes de Hollande, devaient tenter d'expulser les Français et de rétablir le régime orangiste. Le général Abercromby débarqua dans la presqu'île du Helder le 27 août 1799; Brune, qui n'avait guère à lui opposer que 20000 hommes, l'attaqua cependant dans la formidable position du Zyp, où les Anglais s'étaient retranchés 18 septembre 1799); il fut battu et obligé de se replier sur Amsterdam. Les matelots hollandais, travaillés par les émissaires du prince d'Orange, tirent défection et livré] eut la grande flotte du Texel.
Mais Brune sut utiliser les ressources que lui offrait le pays et, n'ayant que des forces insuffisantes, réduisit le front qu'il avait à défendre en se couvrant à gauche par les dunes, à droite par des marais inondés. Grào: à ces dispositions à la fois audacieuses et
Sieyès, gravé d'après Bon ne ville.
prudentes et à sa remarquable tactique, il infligea successivement aux envahisseurs les deux défaites do Bergen et de Castricum (19 septembre, 2 octobre) et réduisit le duc d'York à signer la capitulation d'Alkmaar (18 octobre 1799), c'est-à-dire l'évacuation de la Hollande et l'élargissement de 8 000 prisonniers.