LA VIE EN FRANCE. XXVIII. LE DIRECTOIRE
Histoire de France. — II.
Planche XXVIII.
LA VIE EN FRANCE
Le Directoire
Fie. 1. — Le boulevard des Italiens en 1797. Les Incroyables et les Merveilleuses en costume de ville. — Ce boulevard, construit en vertu de lettres patentes de 1676, dut son nom au théâtre Italien, occupé ultérieurement par l'Opéra comique. On l'appela d'abord boulevard du Dépôt, parce que le dépôt des gardes françaises y fut établi en 1764, au coin de la rue de la Chaussée-d'Antin. En 1815, on le nomma boulevard de Gand.
Au second plan, à l'angle de la rue Louis-le-Grand, on voit le pavillon de Hanovre, que le duc de Richelieu avait fait construire en 1756 à l'aide des contributions levées sur le pays de Hanovre pendant la guerre de 1756-1757.
Le pavillon de Hanovre a eu ses jours de grandeur et de décadence. Pendant la Révolution, il fut loué à des entrepreneurs de fêtes publiques. Ce fut le premier local où l'on donna des bals après la Terreur : on le nommait alors le liai des Victimes. Dans les dépendances du pavillon, le frère du comédien Juliet établit, en 1797, le premier jardin-café où l'on donna des bals et des concerts; cet établissement fut éclipsé bientôt par Frascati.
Le costume des femmes resta jusqu'en 1794 ce qu'il était en 1790. La chevelure continuait d'être disposée en frisures pendantes avec un chignon retombant dans le dos, ce qui constituait une coiffure basse que Marie-Antoinette avait mise à la mode dès 1785, et sur laquelle on portait des chapeaux ou des bonnets. En 1794, on continua d'user de la perruque abondante, au chignon plus ou moins tombant, ou même dénoué, avec des toupets plus ou moins prononcés et des frisures latérales, « perruque blonde le matin, brune le soir », dit le Journal des Daines et des Modes. La coiffure se complétait par des chapeaux de paille ou d'étoffe, noués sous le menton, comme le chapeau à la lucarne, ou par une capote nouée sur le haut de la tète, ombrant le front, emprisonnant les yeux, cachant l'oreille, mais laissant le cou à découvert. La robe était collante, en étoffe légère et de nuance claire, ai/ec la fine ceinture placée sous le sein. Les Merveilleuses, se plaisant aux exagérations de la mode, faisaient pendant aux Incroyables. Ces élégantes ne recherchaient pas le laid, le négligé apparent, comme le faisaient les hommes; l'anglomanie et l'engouement pour l'antique se combinaient dans leurs ajustements.
L'Incroyable, de propos délibéré, se donnait les apparences d'un être disgracié de la nature : d'énormes lunettes sur le nez, le binocle devant les yeux, faisaient croire à sa myopie ; ses cheveux abattus le long des tempes, en oreilles de chien, tombant comme éplorés sur ses yeux, étaient relevés par derrière pour former un chignon retenu par un peigne courbe, à l'instar des condamnés que l'on conduisait naguère a la guillotine. L'oreille portait souvent un très grand anneau; la cravate de mousseline blanche, plus haute que jamais, ensevelissant non seulement le menton mais encore la bouche, semblait ajouter aux soins de la cravate écrouellique ceux d'une précaution contre le mal de dents.
Fie. 2. — Le préau des femmes a la Conciergerie, en 1795. — Une cour assez vaste, appelée préau, construite moitié au XIIIe siècle, moitié à la fin du XVII", et dont le sol se trouvait enfoncé au-dessous du niveau des rues voisines, servait de promenoir aux prisonnières depuis huit heures du matin jusqu'à quatre heures du soir.
On voit au premier plan une des tables des chartes de saint Louis 1 . ainsi nommée parce que saint Louis y faisait
(i) Cpn pierres existent encore; on peut les voir, à quelques pas du cachot de Marie-Antoinette, dans la cour des femmes, à la Conciergerie.
déposer le pain qu'il distribuait ensuite lui-même aux pauvres.
La cour des femmes était séparée de celle des hommes par la grille qui se voit à droite de notre composition. C'est dans la vasque de la fontaine de cette cour que les prisonnières venaient laver leur linge, qu'elles faisaient sécher ensuite sur des cordes tendues en travers du préau.
La dernière fenêtre du rez-de-chaussée, à gauche, éclairait le cachot de la reine Marie-Antoinette. C'était l'ancienne chambre du conseil des guichetiers, dont on avait muré deux des fenêtres pour mieux garder la prisonnière.
Fig. 3. — Le chanteur des rues Ange Pitou sur la place Saint-Germain-l'Auxerrois, vers 1796. — Sous /a Révolution, les chanteurs en plein vent pullulèrent.
Les musiciens aveugles, dont l'orchestre ambulant avait escorté le char de la Raison, raclaient du matin au soir, dans tous les coins de Paris, les airs qui composaient le répertoire patriotique.
On chantait la mort de Capet, la mort de Marie-Antoinette, la mort de Marat et celle de Lepelletier.
Certains chanteurs des rues, en vociférant des couplets atroces, remarquaient l'impression produite sur l'auditoire, et, par un signe de convention, indiquaient comme suspect, au mouchard qui était derrière eux, celui qui avait fait la grimace.
Mais la réaction avait aussi ses chanteurs populaires qui, toutefois, n'osèrent donner signe de vie qu'après Thermidor. Alors apparut le plus célèbre de tous, Louis-Ange Pitou. Tous les soirs, Pitou s'installait place Saint-Germain-l'Auxerrois, et là, chantant et parlant tour à tour, assaisonnant ses hardis couplets de lazzi, d'épigrammes et de gestes expressifs, il criblait ses adversaires de sarcasmes.
Fie. 4. — Un coin de salon pendant le Directoire. — Avant 1795, il y a peu de modifications dans la construction extérieure des habitations, mais l'aménagement intérieur et le mobilier se transforment ; les glaces se multiplient; le papier peint commence à remplacer les tentures. Le style antique, innové dans les dernières années du l'ègne de Louis XVI et auquel s'ajoute depuis l'expédition d'Egypte l'imitation du style égyptien, s'impose exclusivement à la décoration et au mobilier. On ne voit plus sur les murs que des motifs imités des peintures de Pompéi. Quant au costume féminin, c'est à la fin de 1794 qu'apparaît brusquement le costume à l'antique; la jupe devient longue, tombante et à traîne; la taille remonte très haut sous la gorge; souvent la poitrine et les bras sont nus. Les étoffes le plus en vogue sont, avec les toiles imprimées par Oberkampf, les mousselines de l'Inde disposées sur des satins s'accordant avec le ton des garnitures de fleurs ou de rubans dont les robes sont ornées.
Le soulier, plat, est attaché à la jambe par des rubans. Sous le Directoire, les femmes couvrent leurs cheveux d'une perruque blonde, et ce'.te mode ne prend fin que sous l'Empire.
Fig. 5. — Le haï. de l'Opéra en 1798. — L'Opéra, établi jusqu'en 1794 boulevard Saint-Martin, fut aiors transféré dans le théâtre que la Montansier avait fait construire dans la rue de Richelieu, en face de la bibliothèque Royale.
Au bal donné dans cette salle, en 1798, la foule se pressait, curieuse de voir et folle de plaisir. La plupart des danseurs étaient masqués et déguisés en Arlequin, en Pierrot, en Turc ou en Auvergnat; les femmes, en Espagnole, en paysanne ou en domino.
LA REVOLUTION