‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 107 sur 196 · PERE DUCHESNE · texte numérisé non relu

PERE DUCHESNE

O V Les Ër/emies pauiutiques de la Nation , de l'AlTcmblée Nationale, dit Roi, de la Reine, de MM. Bailli & la Fayette.

J^ON jour, bon an, rrus chers amis !.... YJ!i djnc , François, la troifieme année de la liberté^ qui commence pour nous? ah! foutre, n'oublie, s

orages. Il comprenait le peuple, en parlait la langue, en partageait les passions; sa stature athlétique et les éclats de sa voix tonnante, joints à une éloquence forte, originale et comme monstrueuse, faisaient de lui le véritable tribun du peuple, et, s'il avait eu le génie de l'intrigue, Robespierre eût été renversé bien avant le 9 Thermidor.

La presse. — Dès 1789, Mirabeau fonde le Courrier de Provence, et Barère, beaucoup plus modéré alors, le Point du jour. Bientôt

surgissent : le Patriote français, rédigé par Brissot, qui s'adjoint comme principal collaborateur le paradoxal Mercier; la Bouche de fer, de l'abbé Faucbet; les Annales patriotiques, de Carra; la Sentinelle, de Louvet, organe des girondins, destiné à disparaître avec eux; le Courrier, de Gorsas.

Dans le camp adverse, Rivarol combat la Révolution avec une verve mordante dans le Journal politique national et surtout dans les Actes des Apôtres, feuille satirique où, avec la collaboration de Champcenetz et de Suleau, il tourne en dérision et accable desarcasmes les idées nouvelles et leurs partisans, combat toutes 1rs réformes, dénigre tous les hommes hostiles à l'ancien régime. Avec plus de modération , l'abbé Arnaud et Suard dans la Gazette de

Première paqe „ ., ,, , ,

d'un numéro du « Père Duchesne ». France, Malle t Du Pan dans

le Mercure livrent le même combat. André Chénier fait paraître dans le Journal de Paris les articles vigoureux qui le destinent à l'échafaud. Chamfort, lecteur du comte d'Artois, secrétaire de Mme Elisabeth, après avoir acclamé la Révolution, la combat àprement au Mercure, et dans ses Pensées, maximes et anecdotes, se place au rang des moralistes profonds, piquants et souvent cruels.

Après le Dix-Août, les feuilles royalistes disparaissent et la parole est aux révolutionnaires ardents. Marat publie depuis 1789 son terrible Ami du peuple, dont il reprend la publication, provisoirement interrompue, sous les titres de Journal de la République française, de Pnbliciste de la République française : il y attaque tous les pouvoirs, se fait l'organe de la force collective du peuple et l'âpre dénonciateur de toutes les individualités, demande des hécatombes pour noyer les ennemis de la Révolution. Hébert et son cynique Père Duchesne ne le cèdent en rien, comme violence, à Marat et à l'Ami du peuple, mais ce journal est de plus rédigé en un langage prétendu populaire, qui n'est souvent qu'ordurier : chaque matin, les

grandes joies » ou les « grandes colères » du père Duchesne, criées dans les rues de Paris, soulèvent le peuple par les plus dangereuses excitations. A un journalisme plus pondéré, plus sérieux, appartiennent les Révolutions de Pans .- éditée par Prudhomme et, après lui, par Fabre d'Églantine, Chaumette, Sylvain Maréchal, cette feuille parut du 12 juillet 1789 au 28 février 1794.

Le premier des journalistes révolutionnaires est Camille Desmoulins, qui rédige presque à lui seul les Révolutions de France et de Brabant (titre qui évoque l'enthousiasme provoqué en France par le soulèvement de la Belgique), pamphlet plutôt que gazette, où l'écrivain, plein de verve et de gaieté, mordant, railleur, cruel même, fait une guerre acharnée à la royauté, à la noblesse, au clergé, et se montre républicain à une époque où Robespierre était encore royaliste. Dans les six premiers numéros de son Vieux Cordelier (1), qu'il fonde en décembre 1793, il s'élève à la hauteur de Licite pour stigmatiser la Terreur et les hébertistes.

Publicistes. — Dans les Ruines ou Méditations sur les révolutions des empires (1791), Volney 1757-1820) recherche l'origine des sociétés

civiles, attribue leur abaissement au despotisme et à la théocratie, prophétise entre les peuples une ère de paix, fondée sur l'équilibre de leurs forces. Condorcet, proscrit avec ses amis de la Gironde et caché dans une soupente de la rue Servandoni, écrit avec une remarquable tranquillité d'âme son Esquisse des progrès de l'esprit humain (1794) [Voir p. 178]. Dans VOrigine de tous les cultes (1795), Dupuis (1742-1809) soutientque toutes les religions, sans en excepter le christianisme, se rattachent par leurs origines et leur essence h

Chamfort (Estampe de la Bibliothèque nationale).

Volney

(1) Le septième fut composé, mais jamais imprimé : Desmoulins s'y attaquait au Comité de sûreté générale et à Robespierre. L'arrestation du députéjournalisle mit fin à l'existence du Vieux Cordelier.

l'adoration du soleil et des astres. Sylvain Maréchal (1750-1803) est violemment antichrétien dans le Code d'une société d'hommes sans Dieu, la Nouvelle Légende dorée du Dictionnaire des saints, les Pensées libres sur les prêtres, le Dictionnaire des athées. Brissot, qui aurait pu formuler déjà le fameux aphorisme : « la propriété c'est le vol », fait paraître ses Recherches sur le droit de propriété, dont les conclusions sont les mêmes que celles de Proudhon.

Le comte Joseph de Maistre (1753-1821), que nous retrouverons sous la Restauration, se pose, dès 1796, avec ses Considérations sur la France, comme l'adversaire irréductible de la démocratie.

La fermentation révolutionnaire inspire aussi d'innombrables brochures et pamphlets dus aux plumes agiles de Mirabeau (Lettres de cachet, Appel à la nation), de l'abbé Faucbet {Discours sur la liberté française), de Camille Desmoulins (la France libre).

Le théâtre. — Au théâtre, très fréquenté pendant la Révolution, règne ce que Boileau aurait appelé une abondance stérile. Tragédies, comédies, pièces de circonstance, pièces patriotiques, sont extrêmement nombreuses. Bien peu offrent un véritable intérêt littéraire et surtout de l'originalité, mais le public y trouvait l'écho de ses idées, de ses aspirations et de son état d'âme : l'histoire de ce théâtre est vraiment une page d'histoire sociale.

La seule énumération des pièces en vogue, de 1789 au Consulat, tiendrait un volume, et l'on peut y suivre, rien que dans les titres, les progrès et les événements de la Révolution. Bornons-nous à en citer quelques-unes : le Siège de Lille, les Peuples et les rois, le Républicain à l'épreuve, Marat dans le souterrain des Cordeliers, la Mort de Marat, la Prise de Toulon, la Royauté abolie, les ('rimes de la féodalité, les Brigands de la Vendée, l'Apothéose du jeune liara, Jean-Jacques Bousseau au Parade t, la Liberté des nègres, le Corps de garde patriotique, le Canonnier convalescent, la Nourrice républicaine, la Fille-soldat, la Fête civique, la Guillotine d'amour, le Jugement dernier des rois, où l'on voyait Elisabeth de Bussie et le pape se battre sur la scène, la première avec sou sceptre, le second avec la croix à trois branches.

A côté de ces pièces de circonstance, écrites dans un style plat ou emphatique, à côté de berquinades ridicules et de tirades d'un sentimentalisme faux, on en représente d'autres plus sérieuses et d'un caractère littéraire.

Le frère d'André Chénier, Marie-Joseph (1764-1811), l'auteur du Chant du départ, s'acquit une certaine renommée avec ses tragédies: Charles IX ou l'École des rois, qui, joué quelques mois après la prise de la Bastille, souleva un grand enthousiasme; Henri VIII, Calas (1791); Caïus Gracchus (1792), où il osait s'écrier, en pleine Terreur : « Des lois, et non du sang! », hémistiche qui valut à la pièce d'être proscrite et à l'auteur la menace d'être emprisonné ; Fénclon (1793), et surtout Tibère, où se trouvent d'assez fortes scènes.

LA REVOLUTION

Fabre A'Églantine (1730-1794), dont le nom rappelle le prix que ce poète remporta aux Jeux floraux, eutune carrière dramatique courte, mais féconde. Dans sa meilleure comédie, le Philinte de Molière ou la Suite du Misanthrope (1779), il pousse au noir le personnage de Philinte et le représente enfin châtié de son incurable égoïsme. Il prêche volontiers, dans un style médiocre, les vertus civiques et morales, mais il a de l'imagination, de l'observation et de la verve. Il est surtout connu par sa chanson // pleut, il pleut, bergère, et par

des pièces d'une correction banale et d'une chaleur factice; ses Odes républicaines au peuple français, composées après la mort de Louis XVI, ne sortent pas d'une honnête médiocrité, quoique parfois sillonnées d'éclairs; son Ode sur le naufrage du vaisseau « le Vengeur », son Exegi monumentum, quelques strophes des Époques de la nature méritent pourtant d'être signalés.

André Chénier s'inspira aux sources les plus pures de l'antiquité; mais ses contemporains ne connurent de lui que V Hymne sur le Ser-

Fabre d'Églantine, gravé d'après Bon ne ville.

M.-J. Chénier, par David (Musée Carnavalet).

André Chénier (Musée Carnavalet).

Xavier de Maistre, par S aint-Germ a in .

sa nomenclature des mois et des jours du calendrier républicain. (Voir, plus loin, Les Sciences.)

L'Honnête criminel, de Fenouillot de Falbaise, est un plaidoyer en faveur de la tolérance religieuse; Marins à Minturnes, d'Arnault, une bonne tragédie jetée dans le moule classique; Epichahs et Néron, de Legouvé, une excellente étude de mœurs romaines, pleine de vers vibrants. L'Ami des lois, de Laya, mit aux prises les républicains modérés et les révolutionnaires ardents, lesquels parvinrent à faire suspendre la pièce à sa douzième représentation.

Le Comité de salut public avait décidé, le 20 ventôse an II, que le Théâtre-Français serait uniquement consacré aux représentations données pour le peuple, à certaines époques de chaque mois; que l'édifice serait orné, au dehors, de l'inscription: Théâtre du Peuple, et que les sociétés d'artistes établies dans les divers théâtres de Paris seraient mises tour à tour en réquisition pour les représentations qui devaient être données « trois fois par décade ». De plus, l'ordonnance du 27 floréal appelait les poètes « à célébrer les principaux événements de la Révolution française, à composer des pièces dramatiques républicaines, à transmettre à la postérité les grandes époques de la régénération des Fiançais, à donner à l'histoire le ferme caractère qui convient aux annales d'un grand peuple conquérant sa liberté, attaquée par tous les tyrans de l'Europe ». Ce manifeste ne donna que défailles résultats littéraires; il ne suscita aucune œuvre d'envergure. La tragédie, les hommes de ce temps la vivent : ils n'ont pas le temps de l'écrire.

Avec la réaction thermidorienne apparaît un théâtre contre-révoluiionnaire : le Souper des Jacobins, de Charlemagne, où les terroristes — •< > 1 1 1 bafoués et livrés au ridicule; V Agioteur, l'Intérieur des comités révolutionnaires, de Ducancel, dont les principaux personnages sont : Aristide, ancien chevalier d'industrie; Scœvola, perruquier; Torquatus, rempailleur de chaises; Brutus, portier escroc, etc.; le Concert de la rue de Feydeau, de Marainville ; le Tartufe rt volutionnaire, de Népomucène Lemercier. A un art plus digne d'attention appartiennent le Lévite d'Ephraîm, et Agamemnon, du même Lemercier; YAbufar, de Ducis, la plus poétique de ses tragédies ; la Paméla, de François de NeufGhâteau; la Jeunesse île Richelieu et les Héritiers, d'Alexandre Duval ; les Modernes enrichis, de Pajoux; l'Entrée dans le monde, de Picart. Notons dans le même genre satirique Madame Angot ou la Poissarde parvenue, dont l'auteur, Maillot, s'est trouvé' créer un type populaire (l'une bouffonnerie plaisante.

La poésie. -- Sauf quelques hymnes patriotiques, comme la Marseillaise et le Chant du départ (Voir plus loin, Les Fêles publiques), la poésie lyrique n'offre rien de remarquable. Les grands faits de la Révolution n'inspirent à Écouchard-Lebrun (1729-1807), qui pourtant fut surnommé par ses contemporains Lebrun-Pindare, que

ment du Jeu de paume, quelques dithyrambes et quelques élégies : ils soupçonnèrent à peine le grand poète moissonné dans sa fleur. Les Églogues, l'Aveugle, le Jeune Malade, les fragments de Y Hermès, poème où André Chénier prétendait rivaliser avec Lucrèce, les ïambes, les Idylles, révélèrent, lors de leur impression en 1818, toute l'étendue de la perte que la France avait faite.

Né, àConstantinople, d'un père originaire de l'Aude et d'une mère cypriote, André-Marie de Chénier (1762-1794) fut amené en France dès l'âge de deux ans, fit ses études au collège de Navarre, passa quelques mois à Strasbourg en qualité de sous-lieutenant, resta trois ans en Angleterre comme attaché d'ambassade et rentra en France en 1790. Partisan des idées nouvelles, il protesta contre le régime terroriste, fut incarcéré à Saint-Lazare [mars 1794] (1) et périt sur l'échafaud. Il appartient au xvin0 siècle par sa philosophie matérialiste et sa foi exclusive dans la raison humaine. Pour la forme, il est classique par l'imitation de l'antiquité, pseudoclassique par son goût pour la mythologie, la périphrase, les mots « nobles », la poésie didactique à la façon de Delille. Mais il est novateur et déjà romantique par certains procédés de style ou de versification ; il rend la vie à la poésie française, dégénérée en rhétorique ou en badinage ; il met dans la pastorale un sentiment sincère de la nature; il ranime l'élégie par l'ardeur de sa passion; il fait passer dans la satire son âme vibrante. Il est à la fois classique par son inspiration alexandrine et romantique par son lyrisme.

Le roman. — Dans le roman, Xavier île Maistre continue le genre créé par Bernardin de Saint-Pierre; Choderlos de Laclos procède de Crébillon fils.

Le frère du comle Joseph de Maistre, Xavier, né comme lui à Chambéry (1793-1852) et comme lui officier dans l'armée russe, écrivit, à Saint-Pétersbourg, son Voyage autour de ma chambre (1794), qui forme un aimable pendant au livre fameux de Sterne et dont ce grand seigneur délicat et dédaigneux lit un chef-d'œuvre de

(1) Les stances célèbres de lu .Ira ne Captive ont rendu célèbre Aimée de Coigny. Née en 1769, Aimée de Coigny avait épousé en 1784 un mari d'un mois plus jeune qu'elle et qui n'avait pas quinze ans, le due de Fleury, neveu du cardinal, qui rejoignit les princes à Coblenlz. Le 14 mars 1791, elle fut incarcérée l Saint-Lazare, el André Chénier pouvait furtivement l'apercevoir lorsqu'elle se promenait dans le préau. Y eul-il entre eux un échange de correspondance, une idylle ébauchée, comme pourrait le taire soupçonner la Jeune Captive'/ L'idylle s'est bien plutôt réalisée avec le jeune de Montrond qui. pendant que Chénier rêvail el composait des vers, faisait, en achetant un espion de Fouquier-Tinville, rayer le nom d'Aimée elle sien de la liste des suspects. La vie de la duchesse de Fleury fut loin d'être édifiante, et, lorsqu'on en connaît les détails, la physionomie poétique de « la jeune captive » perd quelque peu de son auréole.

Méhul, par Du creux

(Musée de Versailles).

naturel et de simplicité. Ces qualités se retrouveront dans trois nouvelles d'un ton plus original : le Lépreux de la cité d'Aoste (1811), le Prisonnier du Caucase et la Jeune Sibérienne (1825).

L'officier picard Choderlos de Laclos (1741-1803), mêlé aux intrigues orléanistes, obligé de quitter la France après les journées d'octobre, s'affilia au club des Jacobins à son retour d'Angleterre et rédigea la pétition qui fut cause des exécutions du Champ-de- Mars. Nous n'avons à le mentionner ici qu'en tant qu'auteur des Liaisons dangereuses, où la force d'un style sobre, un art achevé, l'acuité de l'observation et la puissance de l'analyse sont déparés par la licence des détails.

Laclos a créé, dans le comte de Valmont, le type du roué froid, insensible et parfaitement corrompu.

l'art

Pendant la Révolution, le retour à l'antique continue de s'affirmer sous l'influence déterminante des souvenirs de l'antiquité classique et de l'exaltation des vertus héroïques :

c'est l'histoire de la Grèce et de Rome qui va fournir aux artistes le thème de leurs productions.

Les sujets religieux sont abandonnés pour l'allégorie patriotique. La Commune des arts se

dresse contre V Académie royale de peinture et de sculpture, qui disparaît avec les autres Académies en 1793 et fait place à la Société populaire et républicaine des arts, dont les portes doivent s'ouvrir uniquement aux patriotes résolus « à ne plus retracer les actions d'un tyran ambitieux », mais à. glorifier la vertu. — Les caractères de l'art révolutionnaire persistèrent sous le Consulat et l'Empire, et c'est dans notre chapitre sur la Société sous Napoléon Ier que nous exposerons le mouvement artistique de cette période, pendant laquelle le peintre Louis David eut la dictature des arts.

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