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LA MUSIQUE

L'art musical fut très florissant pendant la période révolutionnaire. Sous l'influence combinée de l'Allemagne et de l'Italie, mais tout en demeurant originale, se constitua une école musicale française assez puissante pour influer à son tour sur les écoles étrangères.

La rivalité du théâtre Feydeau et du théâtre Favart (ancienne Comédie italienne), rivalité qui devait aboutir en 1801 à la fusion des deux scènes sous le nom d'Opéra-Comique, est l'une des pages les plus brillantes de notre histoire musicale en France. A côté des maîtres déjà célèbres, on voit surgir les noms de Berton (1767-1844), dont les compositions: Aline, Montana et Stéphanie, ont de l'ampleur et dénotent un rare sentiment dramatique; — Méhul (1763-1817) [Stratonice, Mélidore et Plirosine, la Caverne, Ariodant, et surtout Joseph, (1808)], qui conquit une renommée éclatante par l'élévation et la sobre vigueur de son style ; — Gossec (1733-1829) [les Pêcheurs, Philémon et Baucis, Thésée, Rosine], au génie puissant et mâle; — Cherubini (1760-1842) [Lodoîska, Médée, les Deux Journées], théoricien consommé, artiste austère et probe, compositeur de premier ordre avec un style élevé, le sentiment dramatique, une superbe instrumentation; — Lesueur (1763-1837), qui aborda le théâtre sous la Révolution avec la Caverne, Paul et Virginie, Télémaque, et dont la renommée ne fit que grandir sous L'Empire; — Roieldieu (1775-1834), qui débuta sous les auspices de Cherubini.

C'est l'époque de la création du Conservatoire de musique, qui devient aussitôt le premier de l'Europe et qui sera la pépinière d'où sortiront désormais nos grands compositeurs, nos grands chanteurs et nos grands virtuoses; le nom de Sarrette est lié à la création de cet établissement. Quelques années après la naissance du Conservatoire, le gouvernement fonde le concours de Rome pour en faire comme le complément des hautes études musicales.

Mais ce ne fut pas seulement au théâtre que brilla l'école musicale française. La Convention, en organisant sis grandes fêtes patriotiques, demanda aux poètes des chants que les compositeurs étaient chargés de mettre en musique, et, à l'occasion de ces solennités, Méhul, Gossec, Lesueur, Boieldieu, et, au second plan, Berton, De-

sorgues, Ignace Pleyel, Gaveau, Désaugiers — sans parler de maîtres italiens comme Cherubini et Martini — composent des morceaux d'un beau lyrisme sur les strophes de Marie-Joseph Chénier, Roucher, Ducis, Écouchard-Lebrun, François de Neufchâleau, Fontanes, Parny. Ces hymnes rappellent la musique religieuse, mais « les rythmes ont plus de vivacité. Ils invitent à la marche en avant ». (Julien Tiersot.) Rouget de l'Isle écrit tantôt la poésie, tantôt la musique, tantôt l'une et l'autre. Outre la Marseillaise (Voir p. 227), dont l'harmonisation a d'ailleurs été remaniée et à laquelle un couplet a été ajouté, il composa des chants patriotiques, dont l'un, Roland à Ronccvaux, fut utilisé par Alexandre Dumas et Auguste Maquet, qui lui empruntèrent le refrain {Mourir pour la patrie) du Citant des Girondins dans le Chevalier de Maison-Rouge (1847).

Méhul improvisa sur un coin de table la musique du Chant du départ dont M.-J. Chénier avait composé les strophes; Gossec, auteur de V Hymne éi la Liberté, du Chant du I i Juillet, de Y Hymne sur la translation des cendres de Voltaire au Panthéon, imagina d'accompagner le chœur avec un orchestre uniquement formé d'instruments à vent.

En même temps que les hymnes, le mouvement révolutionnaire fit éclore un nombre considérable de chansons, dont les paroles s'adaptaient à des airs populaires et dont la plupart avaient un caractère politique.

Les plus célèbres des chansons révolutionnaires sont le Ça ira (l), la Carmagnole (2), et les couplets:

Veillons au salut de l'empire, Veillons au maintien de nos droits,

chantés pour la première fois en 1792 sur l'air d'une romance de Dalayrac.

Après le 9 Thermidor, la jeunesse dorée adopta comme chan-

Gossec

(Estampe de la Bibliothèque nationale).

(1) D'après Constant Pierre [Hymnes et chansons de la Révolution), le Ça irai, dont les paroles furent adaptées à un air de contredanse, a élé ehanlé pour la première fois par le peuple lorsque celui-ci travailla au nivellement du Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération. Dans le texte primitif, qui serait de Ladre, ne figurent pas les vers célèbres :

Ah 1 ça ira, ça ira, ça ira 1 Les aristocrates à la lanterne, Ah I ça ira, ça ira, ça ira !

Les aristocrates on les pendra.

Les aristocrates auraient imaginé les premiers de chanter : « Ah! ça ira, ça ira, ça irai les démocrates à la lanterne (ou : lespatrioles à la lanterne). Tous les députés on les pendra. » A leur tour les patriotes auraient subslitué dans la chanson les « aristocrates » aux « démocrates >>.

Le mot Ça ira, d'après Anacharsis Clools [Chronique de Paris, 4 mai 1792), aurait été emprunté par les patriotes à Franklin, qui, lorsqu'on lui témoignait quelque inquiétude sur l'issue de la lutte des insurgénts contre l'Angleterre, répondait: « L'Amérique est travaillée par une foule d'aristocrates; mais, en dépit de la cabale intérieure et extérieure, ça ira. » Et Clools ajoute : « Ce Franklin répétait toujours : Ça ira! Plusieurs de nos révolutionnaires se sont rappelé le tic du législateur de la Delaware, et c'est ce qui a donné lieu à notre chanson patriotique, à noire ranz des vaches. »

(2) La Carmagnole, qui date sans doute du mois d'août 1702, fut sous la Terreur comme l'accompagnement obligé des exécutions. Dans la Carmagnole des royalistes, Louis XVI et Marie-Antoinette étaient désignés sous les noms de « monsieur "Veto, madame Veto » :

Madam' Veto avait promis | ,.

De faire égorger tout Paris. (

Mais son coup a manqué

Grâce à nos canonnié (sic).

Dansons la Carmagnole, Vive le son, vive le son,

Dansons la Carmagnole, Vive le son du canon!

Le texte primitif, dirigé contre les intrigues de la Cour avec l'étranger, s'augmenta peu à peu de variantes sanglantes ou ignobles. Il y eut aussi la Carmagnole des moines, la Carmagnole de la Vendée et jusqu'à la Carmagnole de Fouquier-T inville, que les «enragés» trouvaient encore trop modéré.

Le nom de la chanson vient sans doule d'une danse piémonlaise que les Marseillais apportèrent à Paris avec le vêtement à courtes basques que le peuple adopta pendant la Révolution.

LA REVOLUTION

son favorite le Réveil du peuple contre les terroristes, qui conserva sa vogue jusqu'à la fin du Directoire : c'est l'époque où brillait Ange Pilou, le chanteur îles rues, et où Pierre-Jean Garât retrouvait chez Barras ou chez Mme Tallien les succès que sa déclamation large, son art du pathétique et sa diction consommée lui avaient assurés dans les salons de l'ancienne sociélé.

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