‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 116 sur 196 · M Ç D I TERRA NÉE · texte numérisé non relu

M Ç D I TERRA NÉE

Carte pour suivre les campagnes d'Italie sous le Directoire et le Consulat.

par le Grand-Saint-Bernard. Lannes partit en avant-garde avec six régiments (14-15 mai). Chaque jour qui suivit, une division passa avec ses vivres, ses munitions et son artillerie. Ouragans de neige, chutes d'avalanches, trombes d'eau, enlisement dans les fondrières, piétinements et glissades sur le verglas au bord des précipices, rien ne fut épargné à nos soldats : les pontonniers de Marescot exécutèrent, à travers les rochers et les torrents, un travail de Sisyphe, et l'ascension du Grand-Saint-Bernard par des centaines d'hommes, traînant les canons au chant de la Marseillaise, estime des belles pages de notre histoire militaire. Bonaparte, conduit par un guide du pays, s'arrêta quelques instants chez les religieux du Saint- Bernard et tomba comme la foudre au milieu des Autrichiens. 11 avait dû à la présence d'esprit de son guide, Dorsaz, d'échapper à un grave accident de montagne. Un parti de ulilans autrichiens l'arrêta au delà d'Aoste, et il fallut vaincre la résistance inopinée du fort de Bard; mais, dès le 26 mai, Bonaparte était dans les plaines du Piémont et il entrait bientôt à Milan.

Bataille de Montebello (9 juin 1800). — Mêlas, comprenant entin le danger, avait quitté Nice le 21 mai et, réunissant ses troupes disséminées, il ordonna à Ott et à EIsnilz de venir le rejoindre à Alexandrie. Ott s'étant éloigné de Gènes dans la direction de Plaisance, Lannes reçut l'ordre de l'arrêter et livra, le 9 juin, la bataille de Montebello.

Sa gauche se dVployait sur les hauteurs de l'Apennin, la droite dans la plaine du Pô, le centre sur la chaussée, vers le bourg de Casteggio, où était établi le centre des Autrichiens. Lannes, avec la division Watrin et au milieu d'un feu épouvantable, résista aux 18000 Autrichiens du général Ott et donna le temps à la division Chambarlhac (du corps de Victor) d'arriver à son secours. Le combat recommença avec une nouvelle fureur : le général Rivaud, s'élançantsur les hauteurs, rallia les troupes qui en avaienl été repoussées èl réu sil à s\ maintenir. Au centre, la 26' demi-brigade irta au secours du général Watrin, luttant pour entrer dans Casteggio, et, à droite, a de tourner la gauche de l'ennemi pour faire tomber sa redoutable artillerie. L'élan des soldats français devient alors irrésistible ; les Autrichiens plient sous les i les bataillons, et la mitraille, vomie à boni ponant, augmente encore le

désordn ils s enfuient sur Montebello. Ott a va m perdu le tiers 'le son effectif au c 's

d'une action qui avait duré depuis onze heures du matin jusqu'à huit heures 'In soir.

Bataille de Marengo (14 juin 1800). Armistice d'Alexandrie. — Mêlas concentra son armée à Alexandrie. Bonaparte envoya Desaix avec la division Boudet vers Novi pour barrer la route de Gênes, Victor et Lannes à Marengo et San Giuliano pour couvrir celle de Plaisance, et lui-même se porta vers le Nord, pour surveiller l'ennemi de ce côté. Mêlas, ainsi cerné, n'eut plus que la ressource de s'ouvrir un passage de vive force vers Plaisance : ce fut la bataille de Marengo, finalement gagnée par les troupes françaises, grâce à l'intervention de Desaix (14 juin).

Le soir, Mêlas rentrait en déroute dans Alexandrie : le 16, il y signait une suspension d'armes et Bonaparte écrivait à François II pour lui proposer la paix. En attendant, les Autrichiens éva-

Mélas, gravé d'après D. Wkil.

Lannes, par Pbbrin (Musée de Versailles).

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

Pavane Janaro

fALEXANDRIJ

CasteJJàpfiïlo ioÇ3^'^.

™^ . à*' deraqelli Monn.er | laFavonte

<$> HGarde Consulaire

Wa

,.i m^Ëfornàce -^Lannes ^^^ËBurana f ^StMona fp^^^g S.Giuliano.

J [Spmellavj^ VictorlT

Fiutnch1ens S ^^S^J^^^^^5S5|j

Lombaréao •^Këllë'rmann

jà".

Plan de la bataille de Marengo (1800).

Le 14 juin, à l'aube, les 40 000 hommes de Mêlas, à qui les Français ne peuvent guère opposer que 2* 000 hommes, franchissent la Bormida et marchent sur Marengo. A huit heures, l'action s'engage, et trois bai ailles vont se succéder. Tout d'abord l'avant-garde, commandée par O'Reilly, se heurte aux divisions Gardanne et Chambarlhac , postées sur le Fontanone, ruisseau profond et vaseux qui couvre Marengo à l'ouest. Elle les rejette derriè'-e ce fossé, ma>s tous ses efforts pour le franchir à son tour sont infructueux. Haddick, accouru à la rescousse, est lue. Son successeur, Kaim, est ramené par Lannes, pendant que la cavalerie de Kellcrmann, fils du vainqueur de Valmy, culbute celle de Pilaty. A onze heures seulement, de nouveaux renforts autrichiens ont raison des divisions françaises harassées : Kaim emporte Marengo, tandis que Ott, après avoir filé à gauche et pris Castel Ceriolo, se rabat au sud, en plein flanc de Lannes. Il est onze heures, l'armée française recule sur toute la ligne.

A midi, Bonaparte arrive à San Giuliano avec sa garde consulaire. Lannes et Victor reprennent l'offensive : Carra-Saint-Cyr reconquiert Cartel Ceriolo. Mais, à trois heures, accablés par le nombre, les Français rétrogradent lentement sur San Giuliano. La seconde bai aille est perdue pour Bonaparte. Mêlas rentre à Alexandrie, d'où il expédie Radetzky à Vienne pour annoncer sa victoire, et charge son chef d'état-majnr, Zach, de poursuivre la marche vers Plaisance. Zach masse ses troupes en colonne serrée et se porte sur San Giuliano. Mais Desaix, détaché vers Novi, revient vers San Giuliano, rappelé par le Premier Consul.

Desaix aurait dit à Bonaparte : « La bataille est complètement perdue, mais nous avons le temps dVn gagner une autre aujourd'hui. » D'après Lauriston, il aurait dit simplement : « Général, j'arrive, nous sommes tout frais et nous ferons tuer s'il le faut! i Quoi qu'il en soit, un troisième combat commença, qui fut décisif.

Attaquée de front par la division Boudet, prise en écharpe par l'artillerie de Marmont, la co'onne autrichienne vacille un instant ; Kellermann fond sur elle et la coupe en deux : une partie, avec Zach, met bas les armes, l'autre se débande et s'enfuit vers Alexandrie, entraînant dans sa panique toute l'armée autrichienne. Les Autrichiens perdent 8 000 hommes, les Français 6 000 environ : leur perte la plus cruelle est celle du général Desaix, tué à la tête de sa division, au moment où il l'engageait dans la lutte.

cuèrent le Piémont, la Lombardie, la Ligurie, Lucques, et se retirèrent derrière le Mincio.

La traversée du Grand-Saint-Bernard avait été un coup d'audace : la victoire de Marengo fut un coup de foudre. Cette brillante journée avait été malheureusement attristée par la mort de Desaix, que Napoléon fit inhumer dans la chapelle de l'hospice du Grand-Sainl- Bernard, voulant « donner à son tombeau les Alpes pour piédestal, afin de décerner à tant de vertus et d'héroïsme un hommage tel qu'aucun homme ne l'a reçu <•.

Opérations en Allemagne. Bataille d'Hochstedt (19 juin 1800). Armistice de Parsdorf. — Pendant que ces événements se passaient en Italie, Moreau, continuant sa campagne contre De Kray, passait le Danube au-dessous d'L'lm, entre les villages de Blindheim et de Gremheim, auprès desquels (19 juin 1800) il livra bataille dans les plaines d'Hochstedt, funestes, un siècle plus tôt, aux armes de Louis XIV. Les deux armées se rencontrèrent une dernière fois à Neubourg, sur la rive droite du Danube. La Tour d'Auvergne (1)

1 Théophile-Malo Correl de La Tour d'Auvergne, né à Carhaix, en 1743, ■d'une branche bâtarde de la famille de Bouillon, servit comme volontaire au siège de Port-Mahon (1780). coopéra en 1792 à la conquête de la Savoie, (il aux Pyrénées l'admiration de tous par son audace tranquille, fut fait prisonnier par les Anglais lors de son retour en Bretagne et recouvra sa liberté >-n 1 T V» T . Il reprit volontairement les armes deux ans plus tard, servit en

;se sous Masséna, puis à l'armée du Rhin, où Bonaparte lui décerna, avec un sabre d'honneur, le Litre de premier grenadier de France, que ce brave refusa, mais que la postérité lui a conservé. Il fut enseveli dans des branches de laurier et de chêne, et un grenadier lui tourna, dans la fosse, la face vers le ciel, en disant : « Il ne faut pas que celui pii n'a jamais tourné le dos à l'ennemi de son vivant le tourne après sa mort. » A l'appel de son nom, que Le Premier Consul avait fait maintenir sur les contrôles, un grenadier répondait : <■ Mort au champ d'honneur ! » Les restes de La Tour d'Auvergne ont •été transférés au Panthéon en 1889.

combattait à la tête de ses grenadiers sur les hauteurs d'Oberhausen, lorsqu'il tomba percé d'un coup de lance.

Le général Decaen entra à Munich, le 28 juin. De Kray, après avoir abandonné Ulm, s'était retiré derrière l'Inn, lorsque Moreau, qui avait appris l'armistice d'Alexandrie, consentit de son côté à signer la suspension d'armes de Parsdorf (15 juillet).

Bataille de Hohenlinden (3 décembre 1800). Armistice de Steyer. — Malgré les négociations qui suivirent l'armistice d'Alexandrie, François II avait conclu avec l'Angleterre un traité

Plan de la bataille de Hohenlinden (1800).

Moreau est campé entre l'Isar. rivière de Munich, et l'Inn, qui le sépare de l'archiduc Jean. Le pays est couvert, entre les deux vallées, d épaisses forêts de sapins, au milieu desquelles s'ouvre la petite plaine de Hohenlinden. Le 30 novembre, I archi'luc prend l'offensive, franchit l'Inn, et, le 1" décembre, déloge les Français d'Ampfing. Le 2 décembre, il ne bouge pas. Moreau en profite pour s'établir à Hohenlinden avec Ney et Grouchy, afin d'arrêter l'archiduc à sa sortie de la forêt, et il prescrit à Richepanse et à Decaen, qui forment sa droite à Kbersberg, do se porter par Saint-Christophe sur Mattenbœt, de prendre la colonne principale de l'ennemi en queue etde la refouler sur Ney et Grouchy, qui l'attaqueront de front. Le 3 décembre, il fait un temps affreux, la neige tombe. Quand 1 archiduc déb uche devant Hohenlinden, à 8 heures du matin, il se heurte à Ney et à Grouchy. Jusqu'à midi, le combat reste stationnaire : engagés les premiers, Grouchy et Grenier se bornent à contenir l'ennemi. Mais alors le général Richepanse reçoit l'ordre d'exécuter le mouvement tournant qui va décider de la victoire : il arrive à Mattenbœt, prend Kolowrath à revers et détermine l'offensive de Grouchy et de Ney, tandis que Decaen, filant sur la gauche, immobilise Riesch et le force à la retraite. L'armée autrichienne, séparée en trois tronçons, ne résiste plus ù la réserve de Ney et à la cavalerie d'Haut.poul : elle abandonne le champ de bataille à nos troupes. — Cetie victoire, qui ouvrait à Moreau la route de Vienne, ne lui coûtait que 2 500 hommes. Les Autrichiens perdaient 8 ooo morts ou blessés, 12 ooo prisonniers et presque toute leur artillerie.

de subsides, et le comte de Cobenzel, plénipotentiaire de l'empereur, ne consentit pas à siéger sans l'Angleterre au congrès de Lunéville.

Moreau reçut l'ordre de triompher par les armes de la résistance de l'Autriche. Il devait franchir l'Inn, pendant qu'Augereau inquié-

La Tour d'Auvergne, par Gbedzk (Musée Carnavalet).

Moreau, par Gérard (Musée de Versailles).

terait les Autrichiens en Bohême, Macdonald dans le Tyrol, Brune en Italie. L'exécution de ce plan, qui devait commencer en septembre, fut ajournée pour des considérations diplomatiques.

Le 28 novembre 1800, les six divisions de Moreau se mettent en mouvement. Dans l'ignorance où est le général en cbef de l'emplacement exact des troupes autrichiennes, les Français sont d'abord surpris à Ampfing (1er décembre). Moreau concentre alors ses troupes sur les terrains accidentés qui ont Hohenlinden pour centre, prend l'offensive contre l'archiduc Jean et gagne la bataille du .'5 décembre 1800, à laquelle le général Bicliepanse prend une part décisive et qui ouvre aux Français la roule de Vienne.

Vaincus à Hohenlinden, les Autrichiens veulent défendre l'Inn : après le combat de Nieder et d'Ober-Audorf, cette rivière est franchie, et, par une marche graduelle, l'armée de Moreau repousse l'archiduc Jean de l'Inn à la Salzach, de la Salzach à l'Alm. L'archiduc Charles le remplace : il est battu à Lambach et demande un armistice, dont il profite pour se mettre à l'abri derrière l'Enns. Le 2 décembre, l'année du Rhin est à vingt lieues de Vienne; la suspension d'armes deSleyer l'arrête dans sa marche victorieuse (25 décembre), mais lui livre le cours du Danube (jusqu'à l'Enns) et le Tyrol.

reur ne reconnaissait pas à la France la frontière du ltbin et à la Cisalpine celle de l'Adige : Cobenzel céda.

Négocié pour la fiance par Joseph Bonaparte, le traité de Lunéville (9 février 181)1 compléta les. traités de Campo-Formio et de Rastadt : il donna à la République française les provinces belgiques ou Pays-Bas autrichiens, ainsi que les Etals allemands de la rive gauche du Rhin, et reconnut les « limites naturelles avec les petites républiques annexes.

Le traité dépossédait définitivement de leurs États italiens le grand-duc de Toscane et le duc de Modène, l'empereur s'en gageant à indemniser ces princes en Allemagne : le premier par l'archevêché de Salzbourg, le second par le Brisgau. Le duc de Panne recevait en huile souveraineté le grand-duché de Toscane, éi igé en royaume d'Étrurie, et la partie de l'île d'Elbe qui en dépendait. Comme conséquence de cet accroissement consenti à la maison de Bourbon le duc de Parme appartenait à la branche espagnole de cette maison), la Louisiane était restituée à la France par le roi d'Espagne, Charles IV. L'empereur recevait la Yénétie jusqu'à l'Adige. — L'Autriche, ainsi isoLée des Étals de l'Eglise, du royaume de Naples et du Piémont, était désormais confinée entre les Alpes et la haute vallée du Pô.

Armistice de Trévise (1801). — Macdonald, d'après les ordres du Premier Consul, devait pénétrer en Italie en franchissant en plein hiver le col du Splugen, dans le pays des Grisons. Il avait gagné Trente par la Valteline et il marchait sur Bassano, à la poursuite du général Landon, lorsqu'il apprit que Brune qui, vainqueur à Pozzolo et à Mozzembano (25 et 26 janvier 1801), avait franchi le Mincio, l'Adige et la Brenta, venait de signer à Trévise (16 janvier 1801) un armistice avec le comte de Bellegarde : l'Autriche cédait les places de Ferrare et de Peschiera.

Traité de Lunéville (9 février 1801). — Après Hohenlinden, l'envoyé de l'Autriche, le comte de Cobenzel, avait reçu l'autorisation de traiter sans l'Angleterre ; il réclamait encore les Légations et voulait garder Manloue. Pour en finir, Bonaparte annonça, le 2 janvier 1801, qu'il irait conquérir la paix à Vienne si l'empe-

Page 1