L I B YE
D EGYPTE et de SYRIE
Échelle
Carte pour suivre les campagnes d'Egypte et de Syrie.
Perte de l'Egypte. — En s'embarquant pour la France, le 22 août 1799, Bonaparte avait remis le commandement à Kléber.
Convention d'EI-Arish. — Kléber essaya tout d'abord de continuer l'œuvre de son chef, mais les Turcs ne lui en laissèrent pas le temps. Assailli par 60000 hommes, aux ordres du grand vizir, et auxquels il ne pouvait tenir tête avec ses effectifs réduits, il signa, le 28 janvier 1800, avec le commodore anglais, Sydney Smith, la convention d'EI-Arish, qui stipulait le rembarquement de nos troupes avec armes et bagages; mais le cabinet de Londres désavoua son agent et exigea la reddition pure et simple.
Bataille d'Héliopolis. Assassinat de Kléber. — Kléber, indigné, reprit les armes, bien qu'il n'eût que 10 000 soldats à opposer aux 80000 hommes du grand vizir, Youssou.f-pacha. Le 20 mars, à trois heures du matin, il sortit du Caire et se dirigea vers les ruines d'Héliopolis; il y tailla en pièces l'armée turque, qu'il poursuivit jusqu'à l'entrée du désert de Syrie, où le grand vizir venait de s'enfuir avec quelques centaines de cavaliers : canons, bagages, tentes, vivres, etc., tout fut pris par Kléber, qui revint sur le Caire révolté, et, après six jours de combats meurtriers, chassa les 40000 Turcs entrés dans la ville avec Ibrahim. L'Egypte était donc de nouveau soumise, lorsque Kléber fut poignardé par un jeune fanatique, nommé Suleiman (14 juin 1800).
Bataille de Canope. Capitulations du Caire et d'Alexandrie. — Le 8 mars 1801, lord Keith débarque dans la rade d'Aboukir 20000 hommes d'élite, et les Français, commandés par le général Friant, sont forcés de se retirer sous les murs d'Alexandrie. Menou qui, en sa qualité de doyen, a succédé à Kléber dans le commandement en chef, se décide à livrer bataille aux
Anglais près de Canope (21 mars). Indécis après avoir été imprévoyant, il ne prend aucune disposition de combat; le général Beynier, qui lui est hostile, reste dans l'inaction, et Menou ordonne la retraite. Les Anglais le bloquent dans Alexandrie, le séparant du reste de l'Egypte, se portent à Rahmanieh et font leur jonction avec l'armée turque. Belliard, bloqué de son côté par 50000 hommes dans une ville toujours prête à se révolter, accepte une capitulation, signée au Caire le 27 juin 1801, et Menou en fait autant à Alexandrie (2 septembre).
Les Anglais s'engageaient à ramener en France, à leurs frais, les débris de l'armée d'Egypte.
Bataille navale d'Algésiras. — Le contre-amiral Linois, envoyé au secours de Menou, avait été arrêté par la flotte anglaise et s'était réfugié dans la baie d'Algésiras; accablé par les forces supérieures de l'amiral Saumarez, il put gagner Cadix, à la suite d'un glorieux combat (6 juillet 1801).
Kléber, par A nsi aux (Musée de Versailles).
LE CONSULAT ET L'EMPIRE
La neutralité armée. — L'Angleterre qui, maîtresse de l'Océan, s'était arrogé le droit d'interdire aux navires neutres l'entrée des ports français déclarés par elle en état de blocus, même fictif, cherchait à entraver le transport des marchandises françaises et espagnoles sous pavillon neutre, et prétendait exercer le droit de visite des bâtiments de guerre. En présence de ces manœuvres, la Russie ià qui le Premier Consul avait fait des ouvertures en vue de partager avec le tsar la domination de l'Europe) signa avec la Suède (décembre 1800), le Danemark (janvier 1801) et la Prusse (avril 1801) ['acte de neutralité armée. L'Angleterre, menacée de perdre sa souveraineté sur les mers, força le détroit du Sund, mit l'embargo sur les navires des États alliés qui se trouvaient dans ses ports et obligea Copenhague à capituler. Une suspension d'armes fut signée entre le cabinet de Londres et les neutres, et une convention, en date du 17 juin 1801, posa diverses règles de droit international maritime.
L'assassinat de Paul Ier, dans la nuit du 23 au 24 mars 1801, rompit l'accord franco-russe : le nouveau tsar Alexandre Ier dénonça L'acte de neutralité, se rapprocha de l'Autriche et s'unit étroitement, à Memel, avec le roi de Prusse.
Préliminaires de Londres. Paix d'Amiens (25 mars 1802).
— Pitt aurait voulu continuer la guerre : l'opinion se déclara contre lui et il dut céder le pouvoir à lord Grenville. Aux termes des préliminaires de Londres (1er octobre 1801), l'Angleterre conservait Ceylan, l'Inde et l'île de la Trinité. Aux Hollandais elle restituait le Cap, Demerari, Essequibo et Surinam; aux Français, la Martinique et la Guadeloupe; aux Espagnols, Minorque, et Malte à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. L'Egypte était évacuée et rendue à la Porte. L'Espagne gagnait Olivença en Portugal, la Toscane en Italie.
Il fut convenu que les plénipotentiaires se réuniraient à Amiens pour y rédiger le traité définitif. Un vétéran de l'armée anglaise, lord Cornwallis, et Joseph, frère aîné du Premier Consul, le signèrent, le 27 mars 1802, au nom de leurs gouvernements respectifs; puis, au nom des deux nations se réconciliant à la face du monde, ils s'embrassèrent cordialement, aux acclamations des assistants.
L'Angleterre s'engagea à évacuer Malte, la France à retirer ses troupes de la Napolitaine et des États pontificaux; les autres États italiens étaient passés sous silence, la Grande-Bretagne ne consentant point à les reconnaître, et il n'était pas formellement question de la limite du Rhin. Ces réticences avaient rendu possible la signature de la paix, mais chaque omission était grosse d'une querelle, et une réconciliation qu'on disait perpétuelle ne devait être que précaire.
Annexion du Piémont. Médiation en Suisse. Les indemnités germaniques. — D'ailleurs, à partir de ce moment, Bonaparte crut pouvoir imposer ses volontés à l'Europe. Le 3 août, il avait détaché le Valais de la Suisse pour en former un petit Etat sous la protection de la France et de la République italienne. Le 26, il annexa l'île d'Elbe. Le 11 septembre, il prononça la réunion du Piémont. Le 23 octobre, il fit annoncer que la souveraineté du duché de Parme était transférée à la République française. En même temps, il mettait la main sur la Hollande et aussi sur la République helvétique, dont il régla le régime politique par Yacte de médiation de février 1803. L'Autriche reconnut ces changements par la convention de Paris du 26 décembre, qui fixait les compensations promises à l'ancien duc de Modène et à Ferdinand de Toscane.
Il restait à régler les compensations promises aux princes, seigneurs et villes libres dépossédés de leurs territoires de la rive gauche du Rhin. Ces princes reçurent une foule d'abbayes qui furent sécularisées, avec dix-huit évèchés et les trois archevêchés de Salzbourg, Trêves et Cologne. L'archevêché électoral deMayence, transféré à Ratisbonne, ne devait être sécularisé qu'en 1809; l'archiduché de Francfort ne le fut qu'en 1814. La Diète, dont les convoitises des intéressés entravaient les travaux, recourut à la médiation de Napoléon, qui demanda au tsar de s'associer à sa tâche, mais prit seul en réalité les résolutions que ratifia la Diète par le recès de 1803.
La guerre aux colonies. Perte de Saint-Domingue. — Dés sod retour d'Egypte, Napoléon avait songé à faire de l'île de Saint-Domingue la base de sa domination sur les rives occidentales de l'Atlantique, le point d'appui d'où il pourrait porter la guerre dans les colonies anglaises d'Amérique. Devenu Premier Consul, il négocia avec Charles IV d'Espagne le traité secret de Saint-Ildefonse (1er octobre 1800;, qui restituait à la France la Louisiane, en échange de l'Étrurie.
Toussaint-Louverture (Voir p. 284), qui se regardait comme le
Bonaparte des Antilles, avait donné à Saint-Domingue une constitution et s'était proclamé gouverneur à vie (1er juillet 1801). Bonaparte approuva celte nomination et donna même à Toussaint-Louverture le titre de lieutenant général, mais il détacha de son commandement la partie espagnole de l'île et plaça au-dessus de lui un capitaine général, son beau-frère Leclerc, époux de Pauline Bonaparte. Quand, après les préliminaires de Londres, la mer fut devenue libre, Leclerc partit avec 80 bâtiments, commandés par
Villaret-Joyeuse, Latouche-Tréville, Linois, Ganteaume, et portant plus de 20 000 hommes de débarquement (décembre 1801).
Toussaint-Louverture se préparai la résistance : « Je prends les armes, dit-il, pour la liberté de ma couleur, que la France seule a proclamée; elle n'a plus le droit de la rendre esclave. « Leclerc débarqua dans la baie de Samana, et les opérations commencèrent dans les premiers jours de février 1802.
L'attaque des Français fut si rapide que Toussaint-Louverture dut se retirer dans les mornes du centre de l'île. Après la prise d'une position redoutable, dite la Bavine-aux-Cou- Toussaint-Louverture, leuvres (23 février 1802), et du
gravé d'après Bonnkvillb. f°rt de la Crête-à-Pierrot, der-
nier asile du dictateur, celuici fut obligé de se soumettre, comme l'avaient fait ses lieutenants Christophe et Dessalines
Encouragés en sous-main par l'Angleterre et par les États-Unis, irrités par l'arrestation de Toussaint-Louverture et par la promulgation du décret du 27 avril 1802, rétablissant l'esclavage et la traite à la Guadeloupe, à Sainte-Lucie et à Tabago, les noirs reprirent les armes dès le mois de juin et chassèrent nos soldats de l'intérieur de Saint-Domingue. En juillet, Leclerc n'occupait plus que les villes du littoral et il étaitbientôt emporté par la fièvre jaune, qui faisait dans les rangs des troupes métropolitaines les plus terribles ravages.
Le successeur de Leclerc, Bochambeau, déchaîna l'opposition des mulâtres et acheva de ruiner la cause française. Dès 1803, nous n'occupions plus que le Cap, Port-au-Prince, Saint-Louis et la partie espagnole de l'île ; le 18 novembre de celte même année, Bochambeau signait avec Dessalines une capitulation pour l'évacuation de la partie occidentale de Saint-Domingue, qui, le 1er janvier 1804, se séparait définitivement de la France en proclamant son indépendance (République d'Haïti) et en égorgeant les blancs.
Dans la crainte de voir la Louisiane tomber au pouvoir des Anglais, le Premier Consul (30 avril 1803) la vendit à la République américaine, renonçant à tout espoir de reconstituer un empire français dans le continent américain du Nord.