LA VIE EN FRANCE. — XXX. LE PREMIER EMPIRE
H i s t o i h e de France. — II.
Planchk XXX.
LA VIE EN FRANCE
Le Premier Empire
Fig. 1. — Le marché des Innocents vers 1810. — Ce marché occupait l'emplacement de l'église et du cimetière des Innocents (voir pi. XII, fig. 5). En 1786, l'église et les charniers furent démolis : on enleva les ossements et une grande quantité du terrain du cimetière pour les transporter hors de la barrière Saint-Jacques, dans les carrières de la Tombe-lssoire. Le sol fut renouvelé, exhaussé et pavé. En 1830, on y enterra dans la partie occidentale un grand nombre de citoyens tués dans les journées de Juillet; ces sépultures subsistèrent jusqu'au 28 juillet 1840.
Au milieu du marché s'élevait la fontaine dite des Innocents et qui, placée primitivement à l'angle des rues Saint- Denis et aux Fers, n'avait alors que trois arcades (voir pi. XVIII, fig. 5). Lors de la création du marché, on la démolit, et, comme le monument nouveau se composait de quatre arcades au lieu de trois, on ajouta des sculptures dans le style de celles de Jean Goujon. Elles furent exécutées par Pajou.
Fig. 2. — Café des Aveugles au Palais-Royal vers 1810. — Le café des Aveugles ou du Sauvage, qui fut longtemps célèbre par la malpropreté de son escalier, subsista jusqu'à la fin du second Empire, avec son bruyant quatuor d'aveugles; il était situé sous le péristyle Beaujolais, dans un caveau. Le principal attrait de cet antre, qui datait de la Révolution, fut « un sauvage, né à Montmartre, burlesquement habillé d'indienne rayée, la tète couronnée d'une espèce de diadème de fer-blanc surmonté de plumes multicolores, et la figure, rose et poupine, nullement sauvagesque, zébrée de tatouages au bouchon brûlé ». // était très beau, d'ailleurs, et une authentique marquise l'enleva, dit-on, un soir. Emprisonné, on ne sait pourquoi, au commencement de l'Empire, ce sauvage eut des successeurs (entre autres Blondelet) qui alternèrent avec un prestidigitateur, un mime italien assez habile et un vieux sauteur espagnol fort agile, que vint éclipser bientôt Valentin, dit l'homme à la poupée, ventriloque dont le succès fut prodigieux.
Fig. 3. — Un concert sur le boulevard de la Madeleine vers 1809. — Dès le commencement du XIXe siècle, des concerts en plein air étaient organisés par des musiciens sur les boulevards et dans les Champs-Elysées. Un chanteur italien faisait traîner par un cheval un orgue superbe de 6000 francs, qui avait figuré avec quelque éclat à la dernière exposition de l'industrie, et, pendant que son domestique maniait l'orgue, il jouait du violon et chantait avec sa femme.
C'est là que, quelques années auparavant, les célèbres chanteurs Elliviou et Pradher, rencontrant un de ces musiciens ambulants qui implorait en vain l'aumône, improvisèrent un concert en faveur du pauvre diable.
Fig. 4. — Boutique d'apothicaire vers 1810. — Jusqu'à la fin du XIVe siècle, les mots apotécaire et espicier étaient synonymes et s'appliquaient à des vendeurs de substances employées à la fois comme condiments et comme médicaments.
En vertu d'une ordonnance de 1484, les apothicaires purent continuer à être épiciers, mais les épiciers ne pouvaient se dire apothicaires que sous certaines conditions, après avoir servi quatre années comme apprentis et avoir « fait chef-d'œuvre, tant d'ouvraiges de cire, confiture de sucre, dispensacions de pouldres, comme de composicions de receptes, cognoissance de drogues et autres concernant le fait desdits mestiers ».
Une déclaration du 25 avril 1777 sépara enfin les apothicaires des épiciers et les constitua en une corporation indépendante, autorisée à prendre le titre de collège de pharmacie.
La corporation avait pour patron saint Nicolas, « à cause, écrit Sauvai, du tombeau de saint Nicolas, évèque de Nlirre, d'où il sorte une huile qui opère de merveilleuses guérisons ».
Fig. 5. — Une réception au château de Saint-Cloud vers 1805. — En 1782, Marie-Antoinette acheta le château de Saint-Cloud et y fit faire par Migne, premier architecte du roi, de grands changements intérieurs. Pour ne pas priver le public de la jouissance du parc, elle ne s'en réserva que la partie attenante au château.
La Révolution affecta le parc à « l'agrément des citoyens ».
Le séjour de Saint-Cloud fut particulièrement cher à Napoléon /"'; // y fit exécuter d'immenses travaux et y tint souvent sa cour. En mars 1805, on y baptisa pompeusement le fils aîné du prince Louis et de la reine Hortense : les parrain et marraine étaient l'empereur et Madame mère; le pape Pie VII officia en grande pompe. Cinq ans après, le mariage civil de Napoléon avec Marie-Louise y fut célébré.
L'empereur exigeait des personnes de sa cour des costumes élégants et somptueux. Joséphine, qui avait la passion de la toilette au point de porter rarement deux fois la même robe, donnait l'exemple. On la vit vêtue de robes brodées d'or et d'argent, garnies de nacre ou de dentelles qui valaient jusqu'à 100000 francs. Une simple dame du palais, comme M'"e de Rémusat, avait parfois les cheveux ornés de jasmins mêlés à des épis de diamants, dont chacun valait de 4 000 à 5 000 francs. Les principaux divertissements de la cour furent les concerts, les ballets (exécutés par les artistes de l'Opéra et quelquefois par les princesses et les dames de la cour en habit de théâtre), les cercles tenus par Joséphine et où l'on jouait fort peu, les bals suivis de soupers.
LE CONSULAT ET L'EMPIRE
Napoléon donne des aigles à l'armée, par David (Musée de Versailles).