‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 128 sur 196 · AGRICULTURE, INDUSTRIE ET COMMERCE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE, INDUSTRIE ET COMMERCE

Agriculture. — L'agriculture fit sous le Consulat et l'Empire de sérieux progrès. Le rendement moyen du sol augmenta. Les fumures furent améliorées et leur usage se généralisa. La culture de la vigne et de l'œillette gagna partout du terrain; on exporta de l'huile d'olive. D'immenses espaces, en friche depuis deux siècles, furent transformés en prairies, ensemencés en céréales, ou plantés en pommes de terre. Les landes de Gascogne furent défrichées au moj en de buffles envoyés d'Italie.

André Thouin, jardinier en chef du Jardin des Plantes, où il devint ensuite professeur, acclimata le mûrier rouge du Canada, le néflier du Japon, la patate du Mexique et le dahlia, importé d'Espagne.

Ln décret du 4 juillet 1807 créa six haras el i renie dépôts d'étalons.

A la fin du Consulat on ne comptait pas moins de cinquante el une sociétés d'agriculture qui ouvraient des concours périodiques avec primes pour les lauréats. Le 25 août 1804, \a.Sociêté libre d'agri culture de la Seine devint officielle sous le titre de Société impériale d'agr irai tare, et elle est toujours restée depuis comme une véritable

Chaptal, gravé par Ambroise Tardieu.

Académie agricole. Son concours fut précieux au moment du blocus continental, pendant lequel, sur tous les marchés de l'intérieur, les produits indigènes réussirent à se substituer aux produils exotiques similaires : le coton fut remplacé par le lin, le café par la chicorée, le sucre de canne par le sucre de betterave, l'indigo par le pastel, dont la culture, largement subventionnée, donna lieu à des instructions célèbres rédigées par Chaptal, Thénard et Gay-Lussac. Trois écoles expérimentales furent fondées à Albi, Turin et Florence.

La loi du 14 floréal an XI réglementa le curage des canaux et des rivières non navigables et flottables, ainsi que l'entretien des digues. Les ordonnances de la monarchie sur le dessèchement des marais furent refondues dans la loi du 16 septembre 1807.

Sous le Consulat apparaît déjà Yassurance agricole. En l'an X, un capitaliste nommé Barreau fonda à Toulouse la première société d'assurances mutuelles contre la grêle et les épizooties, qui s'étendit bientôt à sept départements.

Industrie. — Le travail industriel fut rigoureusement réglementé. La loi du 22 germinal an XI, relative aux manufactures, fabriques et ateliers, prohiba les coalitions de patrons et les grèves d'ouvriers, régla le contrat d'apprentissage, créa l'obligation du livret, attribua compétence au préfet de police (à défaut, aux maires) pour la solution des différends entre employés et salariés, réglementa les conditions de fabrication des produits destinés à l'exportation, créa les chambres consultatives des arts et manufactures. Les conseils de prud'hommes furent institués en 1806.

Le jour où Napoléon décréta le blocus continental, il encouragea la production nationale, l'application des sciences à l'industrie. Le chimiste Chaptal trouva des procédés pour fabriquer de l'alun et du salpêtre, pour blanchir à la vapeur, pour teindre le coton en rouge. Il publia en 1807 sa Chimie appliquée aux arts, où il s'efforçait d'éclairer l'industrie, non en décrivant avec minutie les procédés qu'elle utilise, mais en s'efforçant « d'en ramener toutes les opérations à des principes généraux ».

Le sucre de betterave avait cessé, grâce aux efforts du Prussien Achard, d'être un produit de laboratoire. Le procédé d'extraction du jus découvert par ce chimiste fut appliqué en grand par Barruel, Chapeletet Aimard dans leurs usines de la plaine des Vertus. L'usine de Benjamin Delessert, à Passy, reçut plus d'une fois la visite de l'empereur qui, satisfait des résultats obtenus, créa plusieurs écoles de chimie exclusivement réservées à la fabrication du sucre de betterave. Un agronome éminent, Vilmorin, parvint, de son côté, à créer par sélection une sorte de betterave blanche dont la richesse saccharine égalait celle de la betterave de Silésie, jusqu'alors seule employée ; plusieurs sucreries importantes ne tardèrent pas à se fonder dans le Doubs, l'Aude, l'Hérault et les Bouches-du-Rhône. Après la chute de Napoléon, la sucrerie indigène périclita pour ne prendre son essor définitif que lorsque Cellier, Blumenthal, Mathieu de Dombasle et Dubrunfaut lui eurent apporté les perfectionnements (diffuseurs, appareils à distillation continue, filtres, etc.) nécessaires à une marche économique et régulière; toutefois cette branche de l'activité industrielle française date bien de l'Empire, puisque le ministre de l'Intérieur pouvait présenter au souverain, dès 1808, un pain de sucre extrait de la betterave.

Oberkampf (1738-1815) perfectionna la fabrication des toiles peintes par l'emploi des cylindres gravés et, en 1806, Napoléon, visitant la manufacture de Jouy, le décora de sa main : à l'art des toiles peintes succédait l'industrie de la toile imprimée. Ternaux (1763- 1833) améliora les procédés de tissage des laines et fabriqua en France les premiers cachemires. Richard et Lenoir (1) installèrent les premiers ateliers pour le filage et le tissage du coton. Jacquard (1752-1834) inventa le métier à tisser, au moyen duquel un seul

ouvrier pouvait exécuter les étoffes aux dessins les plus compliqués aussi facilement qu'une étoffe unie. Ces hommes furent les initiateurs de l'industrie moderne, de la grande industrie, née du développementdu machinisme. L'horloger Bréguet (1747-1823) fabriqua d'utiles instruments de précision. Carcel imagina en 1800 une lampe qui perfectionnait les trouvailles d'Argand et de Quinquet. Une école des arts et métiers, transférée depuis à Chàlons-sur- Marne, fut établie à Compiègne. Le gouvernement fit des avances

Oberkampf (Fac-similé d'une lithographie).

Jacquart (Fac-similé d'une lithographie)

(1) François Richard (1765-1839) fonda l'industrie cotonnière, en France, de concert avec Joseph Lenoir-Dufresne (1768-1806). A la mort de ce dernier, Richard conserva le nom de son associé et fut dit désormais Richard-Lenoir.

considérables à l'industrie dans les périodes de crise, promit un prix d'un million à l'inventeur de la meilleure machine à filer le lin (décret du 12 mai 1810), un premier prix de 400 000 francs et un second prix de 20 000 francs à l'inventeur de la machine la plus propre à carder, peigner et filer la laine. Des Expositions eurent lieu en 1801, 1802 et 1806. A l'Exposition de 1798, il n'y avait que 210 exposants : on en comptait 1 412 à celle de 1806.

Si le gouvernement étendait sa protection à l'industrie, l'initiative privée ne demeurait pas inactive : Berthollet, Chaptal, Monge, Conté fondèrent en 1801 la Société ci encouragement pour l'industrie nationale.

Commerce. — La prospérité du commerce est incompatible avec la situation troublée qui résulte de la permanence de la guerre, et il y eut à plusieurs reprises sous l'Empire, notamment en 1810-1811, des crises économiques d'une extrême intensité. Le blocus continental, qui stimula l'activité agricole et industrielle, fut au contraire pour le commerce extérieur une entrave insurmontable.

Le gouvernement de Napoléon favorisa cependant les affaires parla publication du Code de commerce, par l'adoption d'une unité monétaire unique (loi du 17 germinal an XI), par le développement de la circulation fiduciaire, grâce au monopole concédé à la Banque de France, par l'amélioration et l'extension des voies de communication.

Des crédits furent affectés à l'entretien des grandes routes de l'empire (13 400 lieues), à l'ouverture de celles du Simplon, du mont Cenis, du mont Genèvre, de Roanne à Lyon, de la Corniche (Nice à Gènes), de Metz à Mayence à travers la vallée de la Moselle, au creusement des canaux de l'Escaut au Rhin (canal du Nord), du Rhin au Rhône (canal Napoléon), du Rhône à la Seine (canal de Bourgogne, destiné à mettre en communication la Méditerranée et l'Océan), de Nantes à Brest, de l'Ourcq, de Saint-Quentin.

D'importants travaux furent exécutés dans les ports de Flessingue, d'Anvers, de Dunkerque, de Calais, de Brest et de Cherbourg.

Le décret du 16 décembre 1811 est encore le texte fondamental en matière de construction, de réparation et d'entretien des routes. Il reprenait la distinction des routes nationales en trois classes, faite par l'arrêt du conseil du 6 février 1776 : 1° routes de première classe (de Paris à l'étranger et aux grands ports militaires); 2° routes de deuxième classe (de même destination, mais de largeur moindre); 3° routes de troisième classe (faisant communiquer les villes les plus importantes entre elles ou avec Paris). — Le budget départemental supporta les dépenses d'entretien des routes dites départementales, reliant le chef-lieu de département au cheflieu d'arrondissement ou faisant communiquer deux départements. Les dépenses des chemins vicinaux furent maintenues à la charge des communes.

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

Napoléon ne réussit qu'imparfaitement à, imposer l'usage du système métrique, tant la population était habituée aux anciens poids et mesures. Il eut beau recourir alternativement aux rigueurs et aux concessions : le système décimal ne fut définitivement accepté que sous Louis-Philippe.

LA LITTERATURE

Cette période est une des plus vides de notre histoire littéraire. Le despotisme de Napoléon pèse sur les esprits et semble étouffer toute

M»c de Staël, pal' M"* de Godefroy 'Versailles)

Chateaubriand, gravé d'après Gi rouet.

production indépendante. L'éloquence politique se taira jusqu'à la Instauration et la presse sera réduite au silence.

La poésie. — La poésie ne vit guère que de traductions et d'imitations : Baour-Lormian traduit Ossian et le Tasse; le grand maître de l'Université, Fontanes, imite les portes anglais. 11 y a un peu plus d'originalité dans les Élégies de Parny, dans sa Guerre des Dieux, imitée pourtant de la Pucclle de Voltaire; dans les Élégies et les poèmes de Millevoye (les Plaisirs du poète, F Amour maternel, Behunce), dans les Élégies de Mme Dufrénoy. Notons encore les Amours épiques, de Parseval-Grandmaison; Y Achille à Scyros et l'Hector, de Luce Je Laucival; des poèmes didactiques, tels que la Maison des champs, de Campenon; le Génie de l'homme, de Chènedollé, dont les Etudes poétiques sont une suite de petits poèmes pleins de fraîcheur; les [Hautes, de Castel; la Navigation, d'Esménard, où l'on trouve quelques épisodes poétiques; les Épitres, de Viennet; les Fables, de Le Bailly et d'Arnault, et, dans un genre moins relevé, la Gastronomie, de Berchoux; l'Art de diner en ville, de Colnet; les Chansons de Désaugiers, de Gouffé et de Laujon.

Le théâtre. — Le théâtre se soutient tant bien que mal avec Raynouard et ses Templiers, Baour-Lormian et Mahomet II, Népomucène Lemercier et Frédêgonde et Brunehaut, Christophe Colomb, drame à tendances déjà romantiques; Brifaut et Ninus II; Alex. Duval et Edouard en Ecosse. Mais la scène classique ne garde un peu de vitalité que grâce aux anciens chefs-d'œuvre. Napoléon interdit le Tibère de .Marie-Joseph Chénier, sa meilleure tragédie, • t les États de Blois de Raynouard.

Dans le genre comique se présentent quelques auteurs estimables : Collin d'Harleville avec l'Optimiste, le Vieux Célibataire, les Châteaux en Espagne; Picard, observateur habile et spirituel peintre de mœurs dans les Amis de collège, la Petite Ville, 1rs Ricochets et quelques autres pièces d'une franche gaieté; Alex. Duval et Maison à vendre, la Jeunesse de Henri V; Bouilly et l'Abbé de l'Épée. Le Pinto, de Népomucène Lemercier, est notre première comédie historique. Andrieux fait jouer, les Étourdis, le Souper d'Auteuil, mais il est plus connu par ses Contes, où il montre de la grâce facile, de l'esprit, du naturel, et parmi lesquels son Meunier <lr Sans-Souci est le plus populaire.

Le tragédien Talma ramena à des accents plus justes l'ancienne diction, enflée et déclamatoire. Soucieux de la vérité historique, il substitua aux costumes de fantaisie des costumes rigoureusement reconstitués. Sa démarche, sou geste, sa coiffure, étaient aussi conformes que possible à la réalité. Napoléon, dont il rappelail le

Talma, par RiESNER (Musée Carnavalet).

masque énergique, le combla de ses faveurs, l'accueillit dans son intimité et, à Erfurt, le fit jouer devant un « parterre d'empereurs».

Le roman. — Dans le roman, les disciples attardés de Le Sage et de l'abbé Prévost (Pigault-Lebrun, Victor Ducange, Ducray-Durninil, Mme Cottin) obtiennent de grands succès avec des livres qu'on ne lit plus : il y a longtemps que Victor ou l'Enfant de la forêt, Celina ou l'Enfant du mystère, ont rejoint dans les limbes de l'oubli Malek-Adcl et Malvina. Il faut cependant faire une petite exception pour l'auteur de ces deux derniers romans, Mme Cottin, qui écrivait avec assez dégoût, et dont Claire d'Albe, Mathilde, Elisabeth, ne sont pas sans mérite. Il y a plus d'originalité et d'esprit dans Monsieur Botte et l'Enfant ducarnaval, de Pigault-Lebrun, un disciple de Voltaire et de Diderot; mais cette littérature, enfantine avec Victor Ducange et Ducray-Duminil, sentimentale et pleurarde avec Mme Cottin, licencieuse avec Pigault-Lebrun, sans être beaucoup plus amusante, tomba insensiblement au dernier degré de décrépitude pour faire place à des conceptions plus nouvelles et plus hardies.

Deux écrivains, Mme de Staël et Chateaubriand, tous deux hostiles à l'Empire et qui osent élever la voix au milieu du silence de l'oppression , marquent le passage des temps anciens aux

temps nouveaux et présagent la révolution littéraire qui va succéder à la révolution politique.

Fille du ministre Necker, la baronne de Staël-Holstein (1766-1817) s'était jetée dans la politique après le 9 Thermidor : par la plume, par la parole, par son influence personnelle, par celle de son salon de la rue du Bac, elle aspira à jouer un rôle; elle devint l'âme du parti constitutionnel et libéral; elle prêcha les idées de concilialion et de tolérance, fut bientôt suspecte aux gouvernants et rentra dans son château de Coppet, d'où elle lança son premier grand ouvrage : De l'influence des passions sur le bonheur des individus et des nations (1796). En 1797, elle est de nouveau à Paris : dans son salon fréquentent Benjamin Constant, l'oracle du lieu, et les hommes du Directoire; l'étoile de Bonaparte commence à monter et elle rêve d'être l'Égérie du pouvoir nouveau. Mais, après le 18 Brumaire, une sourde antipathie, qui dégénéra en guerre ouverte, sépare la généreuse «idéologue» duCésarautoritaire.Dèslors,pendanttoutela durée du Consulat et de l'Empire, la vie de Mme de Staël ne sera qu'une suite de persécutions et d'exils. Napoléon cherche en vain à la faire taire et à l'éloigner. Tour à tour réfugiée à Coppet, à Genève, à Weimar (où elle connaît Gœlhe, Schiller et Wieland), à Berlin (où elle est reçue par la reine Louise), en Italie (où elle a l'éblouissante révélation de la beauté), internée et tolérée « à douze lieues de Paris », exilée de nouveau et retirée à Vienne, réinstallée près de

Blois, chassée encore une fois brutalement et « dans les trois jouis », poursuivie de ville en ville jusqu'en Pologne, en I ! 1 1 sie, en Suède et en Angleterre par la police impériale, elle passe dans de continuelles agitations ses dix ans d'exil, dont elle a laissé le captivant récit.

Cette politique cruellement tracassière, non seulement contre une femme illustre, mais contre ses amis : Barante, Mathieu de Montmorency, M111" Récamier, fut l'ai Le de diffama ti uns, d'injus- Lii eel de violences illégales. Elle

i l'sla inefficace el l'on a pu dire,

a vec exagération d'ai 1 leur-, que Napoléon avail à compter

Marbot, d'après un t. il. a\ec I lois puissances : l'A u I

appartenant à M. le vte de Boislecomle. terre, la liussie et M"1" de Stai

tri

Assez médiocre et souvent ennuyeuse dans ses romans poétiques de Corinne et de Delphine, quoiqu'on y rencontre de fort belles pages, Mme de Staël, dans son livre De l'Allemagne, révèle à la Fiance la litlérature d'outre-Rhin et initie ses contemporains au cosmopolitisme littéraire; la première, elle prononce le mot de « romanlique », qu'elle emploie pour caractériser « la poésie issue de la chevalerie et du catholicisme». Mme de Staël, qui écrivit aussi des Considérations sur 1rs principaux événements de la Révolution française, est un des grands noms de notre littérature, moins par la beauté de ses œuvres que par l'influence qu'elles exercèrent. Elle ouvre avec Chateaubriand l'âge moderne et, quoique l'influence de René sur le xixe siècle soit prépondérante, l'auteur de V Allemagne a fourni une bonne part du fonds d'idées politiques, morales et littéraires dont ce même siècle a vécu.

Le vicomte René de Chateaubriand (1768-1848), né à Saint-Malo. eut au château de Combourg une enfance attristée et rêveuse. Ses premiers écrits semblaient dénoter un scepticisme inquiet, un malaise de l'âme, mais la mort de sa mère et celle de sa sœur le convertirent. « J'ai pleuré, dit-il, et j'ai cru. » Il commença aussitôt une apologie du christianisme. En 1801, de l'ouvrage encore inachevé il détacha un épisode, Alala, roman d'amour et aussi roman chrétien, où se révéla en lui l'admirable peintre, l'écrivain neuf, brillant, hardi, le rénovateur de la poésie et de la langue. En 1802 parut le Génie du Christianisme ; Chateaubriand y montrait que la religion chrétienne est belle et, de cette beauté parfaite, il concluait à une origine divine. Il ouvrit une voie nouvelle à la littérature en y introduisant le sentiment chrétien, élément inconnu jusqu'alors, et par lequel il se proposa de chasser les antiques dieux de l'Olympe de leur dernier refuge : l'épopée classique. A la renaissance païenne s'opposa une renaissance chrétienne et, par suite, une conception nouvelle de l'art. Le Génie contient déjà tout le romantisme.

Ce fut moins par la force des idées que par son imagination passionnée, par l'intensité du sentiment, parl'éclatdu style, par lapuissance descriptive, — qu'il l'appliquât aux ruines de Sparte ou aux Lieux saints [Itinéraire de Paris à Jérusalem) ou aux savanes du nouveau monde (Voyage en Amérique, les Natchez), — que Chateaubriand est devenu chef d'école. Son sauvage et mélancolique René fonde le roman moderne; son Discours sur la chute de V Empire romain sert d'initiation à notre grande école Listorique, celle d'Augustin Thierry et de Michelet.

En 1809 parurent les Martyrs, poème en prose où il y a bien du factice et du convenu, mais une imagination magnifique, l'instinct de la grandeur, l'heureuse audace du style, le sens profond des harmonies et des sonorités de la langue.

L'histoire. Les mémoires. — Durant la période impériale, l'histoire ne s'écrit guère : elle se fait sur les champs de bataille et dans les cabinets des diplomates. Cependant on peut noter quelques ouvrages historiques recommandables : les Recherches sur Vhistoire ancienne, de Volney; V Histoire de Frédéric-Guillaume II et le Tableau

Percier (Fac-similé d'une lithogr. de Boilly).

Fontaine, gravé par Delpech.

historique et politique de l'Europe, de Louis-I'hilippe de Ségur; le traité de Daunou sur la Puissance temporelle des papes, livre solide, érudit, qui combat l'absolutisme romain, moins au nom de la liberté qu'au point de vue de l'absolutisme impérial; le Précis historique de lu Révolution française et l' Histoire de France au xviu° siècle, de Lacre-

Wk

L'Arc de triomphe du Carrousel, à Paris.

L'Arc de triomphe de l'Étoile, à Paris, commencé sous Napoléon Ier.

telle; V Histoire des guerres de la Vendée, de Beauchamps; YHistoire des croisades, de Michaud, ouvrage longtemps célèbre, mais relégué au second plan par les découvertes de l'érudition ; YHistoire des républiques italiennes, de Sismondi, l'œuvre capitale de l'historien genevois.

Mais si l'histoire proprement dite ne compte aucun chef-d'œuvre, les Mémoires militaires abondent. Nous avons énuméré les principaux en bibliographie et nous ne citerons ici, comme particulièrement caractéristiques, que les Mémoires du général baron de Marbot, remarquables par la sagacité de l'observation, l'esprit, l'humour, l'émotion et cette simplicité franche qui rattache le guerrier du premier Empire à la lignée de nos vieux chroniqueurs.

l'art

La Révolution et l'Empire voient s'affirmer, dans l'art, le triomphe des doctrines académiques. Les arlistes du xvine siècle, qui ont rompu avec ces doctrines pour étudier directement la nature, sont condamnés par la nouvelle école, qui préconise exclusivement l'étude du nu et de la draperie, et, dédaignant la fantaisie aimable des peintres des fêtes galantes, se préoccupe d'agencer des ensembles pondérés, majestueux et graves, des groupes se faisant équilibre, des personnages d'une beauté idéale, aux gestes nobles, aux attitudes posées et quelque peu théâtrales. David et ses disci-

LE CONSULAT ET LEMPiHE

par

Le baron Gérard, Lawrence (Versailles).

pies n'admettent d'antre source d'inspiration que l'antiquité grecque et romaine. En art comme en politique, ils prennent pour modèles les hommes illustres de l'ancien monde, la vie qui se fait sous les yeux de l'artiste ne lui paraissant pas mériter les honneurs de son pinceau, ou, pour mieux dire, de son crayon; car la couleur est d'importance secondaire et la correction du dessin est tout pour des peintres formalistes exclusivement préoccupés du sujet académique. Les artistes de ce temps s'attachent aussi à traduire, au moyen d'allégories et de symboles, les principes politiques, les abstractions sociales ou morales. « On peut dire, d'une façon générale, en tenant compte de toutes les

nuances, que sous Louis XVI, par exemple, le style antique a pu être un plaisir, sous la Révolution un principe, sous le Directoire un amusement, et, sous l'Empire, un ordre du jour et une consigne. » (Arsène Alexandre.)

L'architecture. — Les deux grands architectes de l'époque sont Percier (1764-1838) et Fontaine (1762-1853), associés pour les plans

et l'exécution de la plupart des grands travaux entrepris de 1789 à 1815. Ils sont classiques, dans toute l'acception du mot, et font prédominer dans tout ce qu'ils entreprennent le style gréco - romain , ou plus exactement le style Louis XVI démesurément agrandi. C'est à leur active collaboration que sont dus l'Arc de triomphe de la placé du Carrousel, réduction de l'Arc de triomphe de Septime- Sévère à Rome, mais remar- . quable par l'élégance de l'ornementation, la richesse et le goût des détails, le caractère antique de l'ensemble; d'importants travaux au Louvre (1), aux Tuileries, aux palais de Fontainebleau et de Saint-Cloud; la restauration i\u château de La Malmaison; la galerie des fêles de Compiègne avec ses piliers blancs cannelés d'or, ses chapiteaux d'or, sa voûte peinte par Girodet. Lepère et Gondouin érigent, sur les plans de Vivant- Denon et d'après la colonne ïrajane, la colonne Vendôme, entièrement revêtue de bi onze ciselé provenant des canons pris à Austerlitz. Brongniart construit la Bourse. Pierre Vignon pose les premières -•■s du Temple de lu Gloire, projeté par Napoléon et que la Restauration transfor ia en l'église de la Madeleine. Poyet élève le

péristyle néo-grec du palais du Corps législatif. Chalerin restaure le Luxembourg et commence l'Are de triomphe de l'Étoile. Lacornée élève le palais du quai d'Orsay qui, après avoir été destiné au roi Je Rome, devint le palais de la Cour des comptes et lut, incendié -"us l.i Commune. C'est aussi pour le roi de Rome que Percier ri Fontaine établirent les plans de l'édifice immense qui devait, avec si - colonnades, ses terrasses et ses parcs, couronner, comme un autre Versailles, la bailleur de Chaillot aujourd'hui ïrocadéro .

La colonne Vendôme (Estampe du temps ; Bibliothèque nationale).

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nJHi

Louis David, gravé par E. Bourgeois

Girodel-Trioson, dessiné par lui-même.

Le préfet de la Seine, Frochot, ne se préoccupa pas seulement du nettoiement, de l'hygiène et de l'éclairage de la ville : de son administration datent les premières grandes « percées » destinées à faciliter la circulation. Les voies nouvelles furent construites dans la direction de l'ouest, c'est-à-dire dans le sens que prenait définitivement le développement de la capitale. Napoléon rêvait d'une ville qui s'étendrait jusqu'à Saint-Cloud, sur les bords même de la Seine, alors dépourvue de quais réguliers et de ponts en nombre suffisant, encombrée de moulins flottants et de dépôts de marchandises. Il ordonna la construction des quais de la Cité, Montebello, Bonaparte, et la réfection du quai du Louvre, prolongé jusqu'à Chaillot; il lit élever les ponts Saint-Louis, des Arts, d'Auslerlilz, d'Iéna, et démolir (1807) les maisons du pont Saint-Michel. La rue de Rivoli, continuée plus tard vers la rue Saint-Antoine, mit en communication les nouveaux quartiers et le Marais, et les rues de Castiglione et de la Paix furent percées pour dégager la place Vendôme.

La dernière transformation vraiment caractéristique de Paris, avec la construction de monuments ayant encore.un style particulier, date du Consulat et de l'Empire.

La peinture. — C'est par Louis David ( 1748-1825), né à Paris,

ly Napoléon avait projeté de terminer le Louvre et de le réunir aux Tuileries; il lii achever les bâtiments de la cour carrée et commencer, du côté du Palais-Royal, la galerie symétrique à celle du bord de l'eau.

La reine Caroline et ses enfants, par Gérard (Musée de Versailles).

UISTOIRE DE FRANCE

Gros, gravé par Val lot.

Prudhon, gravé par A. Vaein.

que s'opéra non seulement dans la peinture, mais dans tout l'ait français, la révolution qui, accentuée parles mœurs politiques, assura le triomphe de l'académisme.

Il ne concourut pas moins de cinq fois avant d'obtenir le premier prix de Rome. Vien, son maître, nommé directeur de l'Académie de France, l'emmena en Italie, d'où il revint en 1780. Son Bélisaire le fit admettre comme agréé à l'Académie royale de peinture, et, en 1783, il donna son tableau de réception : Andromaque pleurant la Mort d'Hector. Son Serment des Horaces, commandé par le directeur des bâtiments du roi et exposé au Salon de 1783, fut suivi de la Mort de Socrate (1787), des Amours de Paris et d'Hélène (1788), des Licteurs rapportant à Brutus les corps de ses fils (1789). Dès l'origine, il se rallia avec enthousiasme à la Révolution, si éprise de la vie antique. Son Serment du Jeu de paume, dessiné à la plume (1789), puis ébauché en peinture sur une toile de 10 mètres (Louvre), ne fut pas achevé. Membre de la Convention et robespierriste exalté, il fut l'organisateur des fêtes de la Révolution, le promoteur des modes imitées de l'antique. Arrêté après le 9 Thermidor, l'intervention de sa femme, dont il vivait séparé, le fit remettre en liberté et, dans un sentiment de gratitude, il peignit ses Sabines.

Après avoir été le peintre de la Révolution, le conventionnel David fut le premier peintre de Napoléon. Il exerça la dictature des arts comme Le Rrun l'avait exercée sous Louis XIV, et tous les peintres de quelque renom furent ses disciples. Il chercha à se faire oublier de la Restauration, mais la Restauration ne l'oublia pas, et il mourut exilé à Bruxelles.

Dessinateur savant, épris des vertus stoïques de Rome républicaine, il ramena l'art français a l'expression des sentiments élevés,

Le peintre Isabey et sa fille, par Gérard (Louvre).

La Justice et la Vengeance divine poursuivant le crime, par Prudhon (Musée du Louvre).

aux sujets héroïques, à la noblesse des pensées. Ses œuvres si connues :

le .Serment des Horaces , les Sabines, la Mort de Socrate, sont remarquables par la science de la composition, la pureté des lignes, la fermeté du modelé; mais il est bien supérieur, quoiqu'il ait pensé le contraire, dans ses œuvres d'inspiration contemporaine : il se montre réaliste saisissant dans ses Derniers Moments de Le Pclctier de Saint-Fardeau, dans son Marat assassiné, dans ses incomparables portraits, dans son magnifique tableau du Couronnement et

dans sa Distribution des aigles, destinés à la décoration de la salle du Trône. Les peintres de la période impériale sont surtout supérieurs lorsqu'ils oublient la convention académique pour regarder autour d'eux.

La réforme accomplie sous l'impulsion de David aboutit malheureusement, avec quelques-uns de ses disciples, à l'exagération de ses principes : l'application des règles de la sculpture aux œuvres du pinceau, l'imitation servile de l'antiquité, le fétichisme de la forme, le dédain du coloris.

Girodet-Trioson (1767-1824) ne peint qu'un petit nombre de tableaux. Le Sommeil d'Endymion, Y Inhumation d'Atala, Ossian, sont les plus célèbres; il a de l'imagination, une imagination déjà romantique, mais l'exécution est d'une correction froide. Gérard (1770-1837), l'auteur de la Bataille d'Austerlitz, dut surtout sa célébrité, de son vivant, à son Bélisaire aveugle, mais nous l'apprécions particulièrement aujourd'hui comme portraitiste : Caroline Bonaparte et ses enfants, Isabey et sa fille, etc.

Guérin (1774-1833), qui pousse jusqu'à la superstition la doctrine classique, obtient ses principaux succès en traitant, à la manière de David et avec un appareil un peu théâtral, des sujets grecs ou romains : Orphée au tombeau d'Eurydice, l'Offrande à Esculajic, l'Aurore enlevant Céphale, Enée et Bidon.

Dans un rang un peu inférieur, d'autres élèves de David méritent au moins une mention : Topino-Lebrun, auteur de la Mort de Caius Gracchus; Drouais, auteur d'un Marius à Minturnes et d'une Chananéenne aux pieds de Jésus; Xavier Fabre, qui s'essaya également dans le paysage, le portrait et la peinture d'histoire; Lethière, qui cultiva la grande peinture historique : la Mort de Virginie, Brutus condamnant son fils à mort, Enée et Didon surpris par un oraye, les Préliminaires de Leoben.

Le plus célèbre de tous est Gros (1771-1835), l'excellent peintre des batailles, qui raconte dans ses grands tableaux toute l'épopée du Consulat et de l'Empire : les Pestiférés de Ja/fa, la Bataille d'Aboukir, la Bataille des Pyramides, la Bataille d'Eylau, son chef-d'œuvre, d'un si profond effet dramatique. Gros traite aussi avec talent des sujets de moindre importance : François Ioc et Charles-Quint visitant les tombeaux de Saint-Denis, et on lui doit, outre d'excellents portraits, les ligures colossales de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis qui décorent le dôme du Panthéon.

Au milieu de ces Romains graves et académiques, dont Gros a secoué la tutelle, emporté par son tempérament réaliste, Prudhon (1738-1823) apparaît comme un maître délicat, épris de couleur, de charme et de grâce. Il a étudié sans superstition, en s'altachant à les comprendre, Raphaël, Vinci, le Corrège, et ses mythologies, ses allégories (l'Innocence entraînée par l'Amour, l'Union de l'Amour et de l'A nnlie, Vénus et Adonis, l'Enlèvement de Psyché, le Zéphire se balançant au-dessus de Veau), dénotent un sentiment pénétrant de l'antiquité grecque. Il s'élève à la grande peinture dans la Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime, dans Diane implorant Jupiter,

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

Le serment des Horaces, par David (Musée du Louvre).

et sa Joséphine à La Malmaison le classe parmi les bons portraitistes. Son élève et amie Constance Meyer (1708-1823) l'égala presque dans le Fleuve et la Vie et dans le Mépris des richesses, allégorie où sa manière s'identifie à celle du maître, avec des souvenirs de Greuze et de Fragonard.

C'est aussi à Prudhon bien plus qu'à David que se rattache Regnault (1754-1829) dans V Education d'Achille, Alexandre et Diogène, Jupiter et Io, la Toilette de Vénus.

Dans des genres spéciaux excellèrent le miniaturiste Isabey (1767- 1855), dont la carrière se poursuivit sous la Restauration et le règne de Louis-Philippe, mais dont la vogue date du Directoire, quand il peignait les beaux portraits des Incroyables, dessinait Bonaparte à La Malmaison, \e Retour de l'armée, la Barque d'Isabeu, la. Revue passée par le Premier Consul, où sont représentés, frappants de ressemblance, les principaux lieutenants de Bonaparte; Boilly,dont les dessins sont aussi précieux que ceux d'Isabey pour la connaissance des mœurs sous la Révolution, le Directoire et l'Empire; Valenciennes, qui remet en honneur le grand paysage historique; Hubert Robert, le peintre des ruines romaines; Lagrenée, dont les grandes compositions : les Noces di' Cana, Télémaque et Calypso, Tarquin et Lucrèce, sont faibles, mais qui fait preuve de talent en exécutant sur bois, sur toile et sur verre, des fleurs et des arabesques; Iluel, fui met une animation frappante dans ses toiles si spirituelles : Troupe, m d'oie* attaqué par des chiens, Mu relié d'animaux. Fermière donnant à manger à ses poulets ; Redouté, peintre de fleurs.

Dans les dernières années de l'Empire débutent Ingres, avec son Œdipe, et Géricault, avec son Officier des guides chargeant : le premier continuera David jusque dans la seconde moitié du xixc siècle; le second va révolutionner l'art.

La sculpture. — Malgré les concessions qu'ils font au goût du jour, les glorieux surrivants de la période précédente, Houdon, Pajou, Clodion sont quelque peu négligés en faveur des statuaires de la nouvelle école : Moitié, qui sculpte le fronton du Panthéon représentant les Vertus civiques lequel fut brisé lorsque ce monumenl fui rendu au culte par la Restauration , un Sacrificateur, une Vestale, une Ariane, des slalues colossales pour diverses barrières de Paris, une France

Histoire de France. — II.

entourée de vertus pour le vestibule du Luxembourg; Chaudet, l'auteur de Bélisaire, de Paul et Virginie, de la statue colossale de Napoléon (en empereur romain) renversé de la colonne Vendôme sous la Restauration ; Lemot, successeur des Coysevox et des Coustou, l'auteur du char et des deux figures de la Victoire et de la Paix sur l'Arc de triomphe du Carrousel, ainsi que du grand bas-relief du fronton du Louvre, du côté de Saint- Germain-l'Auxerrois; Bosio, l'auteur des bas-reliefs en spirale de cette même colonne Vendôme, du Henri 1 V enfant du musée du Louvre, de l'Amour lu néant des traits, exécuté en marbre pour l'impératrice Joséphine ; Ramey, le sculpteur officiel de l'Empire et dont les deux œuvres principales sont un Napoléon en grand costume et Eugène de Beauharluns ; Dupaly et son Ajax poursuivi pur la colère de Neptune, son Cadmus, son Philoctète blessé, sa Jeune bergère jouant avec un chevreau; Espercieux, auteur de la Reddition de Vienne et de la Victoire d'Austerlili, bas-reliefs de l'Arc de triomphe du Carrousel, dos statues de Molière et de Racine; Cartellier, auteur de la Capitulation d'Ulm (bas-relief de l'Arc de triomphe du Carrousel), de la Gloire de la colonnade du Louvre, d'une statue de la Pudeur, des deux grandes figures qui décorent la façade du Palais du Corps législatif (la Vigilance et la Guerre), du Tombeau de l'impératrice Josénhine à Rueil ; les deux Gois, père et fils, dont le premier sculpta un Chancelier de L'Hospital pour les Tuileries, le Président Mole pour l'Institut, et le second une statue équestre de Bonaparte, une Jeanne d'Arc (à Orléans), une statue de Desaix.

La nouvelle école, tourmentée par une préoccupation trop exclusive de l'antiquité, de la correction du dessin, de l'heureuse disposition des draperies, finit par tomber dans le poncif. Rares furent ceux qui, comme le Lyonnais Joseph Chinaid, réagirent contre les exagérations du faux classicisme. On poussait si loin cette conception singulière du grand art que, lorsqu'on voulut, en 1804, faire la statue de Napoléon, les esthéticiens disputèrent sur la question de savoir quel costume on choisirait. « Dès le xvne siècle, il était entendu que les rois devaient être représentés en guerriers romains, mais enfin on leur me Hait encore un costume. Pour Napoléon, Canovaelles docteurs décidèrent que la nudité héroïque était seule convenable. Grsecum est nihil velare, dit-on. Le bon sens français commença par protester, mais il fallut bien se soumettre : le « grand art » l'exigeait. C'est une époque funeste pour l'art français; une fausse concep-

Chambre à coucher de Napoléon I", à Compiègne.

l'Iiol. L«vy et lil-

Spontini.

(D'après un tableau de Jean Guéris.)

tion de la beauté antique y a engendré les plus stériles poncifs. Nous Dru sommes pas encore tout à fait débarrassés. » (André Michel.)

La gravure. — Le commencement du xixe siècle est marqué par la publication de plusieurs grands recueils d'estampes, dont le plus important est le Musée français, édité de 1803 à 1811 et dans lequel ont été reproduits les principaux chefs-d'œuvre du Louvre,. Les meilleurs graveurs de l'époque prirent part à cette publication : Jean Massard et son fils, Urbain Massard, Desnoyers, les deux Avril, Bervic, Alexandre Tardieu, L.-J. Marquellier, Abraham Girardet, un Suisse qui vécut surtout à Paris, et son fils Charles-Samuel, qui plus tard cultiva avec un grand succès l'art nouveau de la lithographie, Antoine Gelée, F.-L. Couché, J.-J.

Baugean, Vivant-Denon, qui fut un artiste amateur, mais aussi un graveur habile, un aqua-fortiste délicat, dans son Voyage pittoresque de Najiles et de Sicile et surtout dans son Expédition d'Egypte, où tout était de lui, texte et dessins. Debucourt excella dans la composition des scènes de mœurs : le Menuet de la mariée, la Noce de village, la Fête du Grand-papa.

Dans la gravure en médailles, on relève les noms d'André Galle, de Jeuffroy, d'Augustin Dupré, de Droz, d'Andrieu, de Grenet.

Le mobilier. — L'admiration exclusive de l'antiquité grécoromaine, la vulgarisation des formes révélées par les découvertes d'Herculanum et de Pompéi, puis par la connaissance de l'Egypte, déterminèrent une conception nouvelle de la décoration et du mobilier qui atteignit son apogée sous le nom de style Empire.

Les murs furent ornés de fresques où voltigeaient des divinités antiques, tendus de papiers ou d'étoffes aux dessins étrusques, romains, pompéiens.

Les meubles, en bois d'acajou, furent ornés de lyres, de glaives, de torches, d'aigles, d'abeilles, de sphinx, de lions, de dragons, ou encore de figures symbolisant des abstractions, comme la Loi, la Victoire, la Gloire, la Force, la Renommée:

Le fauteuil devint une manière de chaise curule, la simple chaise s'arma de griffes de lion, le guéridon reposa sur des sphinx de bronze, les petits meubles prirent l'aspect d'autels antiques, les cafetières rappelèrent les œnochoés.

Les lits furent imités des formes grecques ou ressemblèrent à. des bateaux allusion à L'aise qu'ils procurent pour descend] e le cours de la vie).

Ils se drapèrent d'une tente guerrière retenue par des aigles que surmontaient des lances en croix, ou d'un pavillon orné de guirlandes de roses.

Le style Empire contraste avec les formes gracieuses du règne de Louis

XV et même avec le Le berceau du roi de Rome.

style Louis XVI, (Exécuté d'après les dessins de Pbudhon.)

dont il est pourtant moins éloigné. Son aspect général n'est pas toujours heureux, mais les détails, sculptures, ciselures, dorures, sont pour la plupart d'un travail soigné et l'ensemble, malgré sa laideur et sa froideur, ne manque pas de noblesse.

L'époque impériale compte quelques ébénistes de talent, Georges Jacob, Desmalter, et des orfèvres tels que Tlioinire et Odiot. Thomire cisela pour Napoléon des surtouts de table, la Psyché et la Toilette offertes par la ville de Paris à Marie-Louise, le berceau du roi de

Lesueur.

(Estampe de la Bibliothèque nitionale.)

Cherubini.

(Estampe de la Bibliothèque nationale.)

Rome. Odiot fut son collaborateur dans cette dernière œuvre, exécutée sur les dessins de Prudhon.

La musique. — Nous retrouvons sous l'Empire les compositeurs dont la réputation s'est formée pendant la période révolutionnaire, et, malgré la suppression de la liberté des théâtres, l'école musicale française prend alors définitivement conscience de sa personnalité et de sa force. C'est durant cette période que l'on entend à l'Opéra les deux chefs-d'œuvre de Spontini : La Vestale et Fernand Cortcz, puis les Bardes de Lesueur, les Abencérages de Cherubini, Sémiramis et les Bayadères de Catel, — à rOpéra-Comique,«/t>se/)/t de Méhul, les Deux journées de Cherubini, le Délire et Aline, reine de Golconde, de Berton, Cendrillon, Jeannot et Colin, Joconde de Nicolo, enfin le Calife de Bagdad, Ma tonte Aurore, Jean de Paris, de Boieldieu ; ce compositeur prépare la transition entre la musique du xvin6 siècle et le moderne opéra-comique.

LES SCIENCES

Sciences mathématiques. — Au début du xixe siècle, Monge (1746-1818) et Lazare Carnot (1753-1823) établirent définitivement les bases de la géométrie moderne sur des méthodes générales.

Tandis que Monge et ses successeurs étudiaient les relations des formes, et principalement celles des surfaces et des courbes dans l'espace à trois dimensions, Lazare Carnot et son école s'attaquaient aux relations métriques des figures (1). Dans son Essai sur la théorie des transversales et surtout dans sa Géométrie de position (1807), il discuta les fondements mêmes de la géométrie analytique. Il aperçut qu'il existe une concordance nécessaire entre les changements de forme d'une figure et les changements de signes qui s'opèrent dans les transformations algébriques correspondantes : par suite, quelles que soient les déformations subies par une figure, les mêmes équations s'y rapportent toujours.

Legendre (1752-1834) fonda la théorie des fonctions elliptiques et, par ses études théoriques des lignes les plus courtes sur les surfaces du second ordre, apporta aux méthodes de la géodésie une précision inconnue avant lui.

L'œuvre capitale de Lagrange (1736-1812) est sa Mécanique analytique (1788), déduite des principes de mécanique rationnelle de d'Alembert combinés avec celui des vitesses virtuelles. Sa.Théorie des fonctions analytiques (1797) couronna sa carrière scientifique et

(1) En géométrie les figures et leurs parties ont entre elles des relations de deux sortes : les unes, descriptives, concernent leurs formes et leurs situations ; les autres, métriques, se rapportent à leurs grandeurs. D'où deux méthodes géométriques rationnelles, dont les chefs respectifs sont Monge et Carnot-

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