‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 129 sur 196 · APPLIQUE · texte numérisé non relu

APPLIQUE

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

ses Leçons sur le calcul des fonction-; leur servirent de commentaire et de supplément.

Laplace 1T ifl-1827 lit, en analyse pure, la première démonstration du théorème de d'Alembert sur la forme des racines des équations algébriques, imagina les équations aux différences mêlées, perfectionna les méthodes d'intégration des équations aux dérivées partielles. Puis, tandis qu'il donnait à la doctrine des hasards son unité systématique dans sa Théorie analytique des probabilités (1812), il exposait sans calcul les grands principes et les résultats obtenus dans son Essai philosophique des probabilités (1814). Il publia en 1 7 95 son Exposi-

décade s'appelaient primidi (premier jour), duodi, tridi, quartidi, etc. Il restait cinq jours pour compléter l'année. Les cinq jours dits complémentaires furent appelés sans-culottides, rejetés à la lin de l'année et consacrés à des fêtes républicaines : le premier à la Vertu, le deuxième au Génie, le troisième au Travail, le quatrième à l'Opinion, le cinquième à la fêle des Récompenses, le sixième (dans les années bissextiles) à la fête de la Révolution. Cette innovation républicaine présentait de grands inconvénients pour les communications avec le reste de l'Europe. Le calendrier républicain supprimait la célébration du dimanche.

Monge.

Estampe de la Bibliothèque nationale.)

Lagrange.

(Gravure de Robert H art.)

ti'ni du système du inonde et en 1799 son Traité de mécanique céleste; il présenta en un seul corps de doctrine les travaux épais de Newton, Ilalley, Clairaut, d'Alembert et Euler sur les conséquences du principe de la gravitation universelle, et, contrai renient à la doctrine newtonienne, il conclut à la stabilité mécanique du système du monde.

Système métrique. — L'Assemblée nationale ayant décrété en 1790 l'uniformité des poids et mesures, l'Académie des sciences chargea deux de ses membres, Méchain et Delambre, de mesurer l'arc de méridien compris entre Dunkerque et Barcelone. On prit comme unité pratique des mesures linéaires la quarante-millionième partie du nombre trouvé par ces astronomes et on lui donna le nom de mètre (loi du 7 avril — 18 germinal an III), puis on arrêta la nomenclature du système métrique.

D'autre part, le physicien Lefèvre-Gineau fixa le rapport du kilogramme avec le poids en usage, et bientôt après le gouvernement invita les États civilisés à prendre part à la détermination définitive des mesures métriques, afin de donner à la réforme un caractère international.

En 1803, Méchain partit pour l'Espagne dans l'intention de prolonger les triangulations jusqu'aux Baléares et aussi dans le secret espoir de rectifier une erreur de quelques secondes dont il s'était aperçu dans le calcul de la méridienne. Il y mourut victime de son zèle, le 20 septembre 1804, laissant à deux jeunes gens, Biot et Arago, le soin de réaliser son projet.

Calendrier républicain. — La Convention décréta, le 5 octobre 17 '.•.'!, pendant la période qui précéda l'établissement du culte de la Raison4, que le calendrier grégorien serait aboli, qu'une ère nouvelle, l'ère républicaine, daterait du 22 septembre 1792, jour de l'équinoxe d'automne, et qu'un calendrier puremenl civil serait substitué au calendrier précédemment en vigueur. Une commission spéciale, composée de Marie-Joseph Chénier, David, Fabre d'Eglantine et Romme, fut chargée d'établir la nomenclature des mois et des jours, et un décret du 4 frimaire an 11 (24 novembre 1793 fondit en un seul les divers textes partiels intervenus sur le calendrier républicain.

I. année ■'■tait divisée en douze mois égaux de trente jours chacun,

us cinq ou six jours complémentaires ; le mois si' partageait en i mis

décades ou fractions de dix jour-, le jour du repos étant fixé au

dixième jour au lieu du dimanche. Les noms des mois étatenl tirés

de la température correspondante : pour l'automne, vendémiaire

vendanges , brumaire (temps des brouillards et des brumes), frimmir

frimas); pour l'hiver, nivôse (neiges ,/</.</ *<;,/■ pluies), rrni<u<- vents

et giboulées); pour le printemps, germinal (germination), floréal

Heurs), prairial prairies ; pour l'été, messidor moisson), thermidor

temps de la chaleur et des bains), fructidor (fruits). Les jours de la

Laplace.

(Estampe de la Bibliothèque nationale.)

Chappe.

(Lithographie de Kaeppelin.)

les fêtes religieuses, les noms des saints. Son usage fut aboli par le sénatus-consulte du 22 fructidor an XIII (3 septembre 1805), qui décida le rétablissement du calendrier grégorien à partir du 1er janvier 1806.

Sciences physiques. — Un officier français, Malus, découvrit la polarisation de la lumière par réflexion, au cours de recherches expérimentales destinées à établir une théorie mathématique de la double réfraction.

Dans deux voyages aériens (1) exécutés en 1804, Gay-Lussac vérifia les constatations faites par les savants étrangers sur l'intensité de la force magnétique.

Le 29 mars 1803, Charles Dallery prit un brevet sous le titre : « Mobile perfectionné appliqué aux voies de transport par terre et par nier ». Il venait d'inventer du même coup V hélice et la chaudière tabulaire, deux appareils qui devaient révolutionner la marine quarante ans plus tard. Les moyens de transmission étaient assez défectueux, puisqu'ils consistaient en poulies et en cordes; mais la chaudière de la machine constituait la plus heureuse innovation : elle se composait de tubes bouilleurs remplis d'eau et en relation, par leur extrémité supérieure, avec un réservoir de vapeur. — L'Américain Robert Fulton (1800) adressa une requête au Premier Consul | r qu'on examinât un bateau sous-marin qu'il avait construit, le Nautilus, et qui pouvait, disait-il, lancer une torpille dans les lianes des plus gros vaisseaux. Il promettait de faire sauter la ilotte anglaise, mais il ne détruisit jamais qu'une chaloupe ancrée dans le port de Brest. Après plusieurs tentatives, il parvint à construire un bateau de 33 mètres de long et 2m,50 de large qui, le 9 août 1803, navigua sur la Seine en présence de Bougainville, Bossut et Carnot. En remontant le courant, le Nautilus ue pouvait avancer qu'à raison de 6 kilomètres à l'heure, et, découragé par l'indifférence des pouvoirs officiels, Fulton quitta l'Europe pour retourner dans sa terre oatale. Il allait enfin trouver à New-York le succès que lui avait si injustemenl marchandé le vieux monde.

Le principe de la télégraphie aérienne avait été imaginé par le physicien français Amontous dès la fin du xvn° siècle, mais il était réservé à Claude Chappe de le mettre en pratique cent ans plus lard dans sa ville natale de Brulon (Sarthe . iprès avoir exécuté des

i Tous les voyages aérostatiques qu'on exécutait au commencemenl 'In siècle n'avaient pas toujours un caractère scientifique. Le français Jaci Gainerin, qui les avait mis à la mode, avait ajouté i I' m attrait en inventant le parachute, qui lui permettait de descendre après être parvenu assez haut dans les airs.

expériences préliminaires, où il fit état de l'électricité et qui échouèrent parce qu'on ne connaissait alors que les machines statiques, il obtint du gouvernement, grâce à l'appui de son frère aîné, député de la Saillie, la permission d'établir trois postes, l'un à Ménilmontant, l'autre à Écouen distant de cinq lieues, le troisième à Saint- Martin-du-Tertre à 16 kilomètres plus loin. Les deux frères se mirent à l'œuvre avec acharnement et, le 12 juillet 1793, les membres d'une commission nommée par la Convention assistèrent à des épreuves officielles qui réussirent parfaitement. Chappe reçut alors

nies : il montra qu'une combinaison, quels que soient les corps qui la constituent et les circonstances de sa formation, a toujours une composition identique.

Sous la Révolution, Fourcroy avait inventé des méthodes rapides de fabrication de l'acier afin d'avoir des sabres et des baïonnettes; Berthollet et Guyton de Morveau, perfectionné les procédés d'extraction du salpêtre; A. Séguin, imaginé un moyen rapide pour tanneries cuirs. La nécessité d'armer et d'équiper nos troupes d'urgence, afin de résister à l'invasion, avait stimulé le zèle de nos savants.

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Etet A

Berthollet, gravé par Allais.

Lamarck, gravé par Boii.lv.

Cuvier, par Bertonnier,

Geoffroy Saint-Hilaire, par Ambroise Tardiec.

le titre « d'ingénieur télégraphe » et on le chargea d'organiser la ligne télégraphique de Paris à Lille qui, le 30 novembre 1794, inaugura son fonctionnement par l'annonce de la reprise de Condé sur les Autrichiens. Dès les premières années du siècle, les lignes de Lille- Dunkerque, Paris-Landau, Paris-Brest étaient en activité. La ligne Paris par Metz à Mayence (alors ville française) fut établie en 1813. C'est à Paris qu'eut lieu la première expérience publique de Véclairrige au gaz, dont l'invention est due à Philippe Lebon, ingénieur des ponts et chaussées, qui prit son brevet le 6 vendémiaire de l'an VIII. Se proposant d'appliquer sa découverte à l'éclairage aussi bien qu'au chauffage, il lui donna le nom de thermolampe. 11 plaçait des bûches de bois dans une caisse métallique et les soumettait à la distillation sèche; les matières ligneuses, en se décomposant, produisaient des gaz inflammables qui étaient employés à éclairer tandis que la chaleur du fourneau échauffait la pièce. La défectuosité du thermolampe provenait surtout de la non-épuration des produits gazeux qui brûlaient alors avec une flamme fuligineuse et une odeur désagréable. Néanmoins Lebon parvint, grâce à l'appui du Directoire, à réaliser à l'hôtel Seignelay, qu'il habitait (rue Saint-Do m in i que, n°95 , des expériences en grand. Il installa dans la cour un atelier où se distilla.it la houille ; le gaz se rendait, par l'intermédiaire de conduites, dans les appartements et le jardin. L'inauguration eut lieu le 13 octobre 1801 : Fourcroy, Prony, Guyton de Morveau y assistèrent.

Chimie. — En même temps que les doctrines de Lavoisier s'établissaient partout et que disparaissaient les derniers champions du « phlogistique » (parmi lesquels Baume), la liste des éléments chimiques s'enrichissait chaque jour grâce à Vauquelin (1763-1829), Fouixroy(l7o5-l809),Gay-Lussac(1778-l850),Thénard (1777-1857). Un modeste industriel parisien, Bernard Courtois, isola un nouvel élément dont Gay-Lussac établit les analogies avec le chlore et qu'il baptisa du nom d'iode (de t(ooY)ç, violet), à cause de la couleur de sa vapeur (1813); Davy, de passage à Paris, put se procurer quelques grammes de la précieuse substance, l'étudia et adressa à ce sujet une lettre à Cuvier, ce qui lui fit attribuer par les journaux d'outre-Manche le mérite de la découverte de Courtois.

Gay-Lussac trouva, dès 1804, les deux lois suivantes relatives aux relations numériques des composés gazeux : 1° Quand deux gaz se combi lient, les volumes de chacun d'eux sont en rapports simples. 2° Il existe un rapport simple entre la somme des volumes qui s'unissent et le volume de la combinaison produite, considérée à l'état gazeux.

De leur côté, A vogadro et Ampère (1814) formulèrent la loi d'après laquelle les volumes égaux de deux gaz renferment le même nombre d'atomes.

Proust (1754-1826), en 1806, établit la règle des proportions défi-

Sciences naturelles. — Lacépède (1756-1825), sous-démonstrateur du cabinet du roi sous Louis XVI, publia (1788-1789) YHistoire générale et particulière des quadrupèdes ovipares et des serpents, pour faire suite à YHistoire naturelle des animaux, de Buffon, et où l'on trouve, avec un certain esprit de méthode, une classification basée sur des caractères trop superficiels. Après le 9-Thermidor on créa pour Lacépède, au Muséum, la chaire des reptiles et des poissons. Admis à l'Institut en 1796, ce savant donna, de 1798 à 1803, Y Histoire naturelle des poissons.

Lamarck (1744-1829), élève de Bernard de Jussieu, protégé par Buffon et Daubenton, publia d'abord sa Flore française, puis commença les cours et les études dont il tira sa Philosophie zoologique (1800), son Hgdrogéologie (1802) et son Système analytique des connaissances de l'homme (1820). Créateur de la paléontologie des invertébrés, il enlrevit la théorie de l'évolutionnisme. A la base de son système, il posa d'abord un triple axiome : variabilité de l'espèce sous l'influence des agents extérieurs et des milieux, unité fondamentale du règne animal et probabilité de la génération successive des diverses classes d'animaux dérivant les unes des autres. Tandis que Darwin considère comme le facteur principal de l'évolution la nécessité de la lutte pour l'existence, Lamarck est partisan d'un progrès accompli méthodiquement et sans à coup, chaque être jouant le rôle pour lequel lui-même s'est formé. D'autre part, le défaut d'emploi des organes les atrophie et peut même les faire disparaître; ainsi, un animal habitant constamment dans les cavernes se dirigera à l'aide du tact et non plus au moyen de ses yeux.

C'est en 1805 que Georges Cuvier (1769-1832) termina ses Leçons il'unatomie comparée, qui lui permirent de créer la paléontologie, autrement dit la reconstitution des espèces fossiles. D'après lui, chaque espèce d'organes possède ses modifications propres, et un rapport constant les relie toules entre elles. Cependant différents organes ont sur l'économie générale une prépondérance plus tranchée : de cette considération découle la loi de leur subordination. En outre, certaines dispositions de l'organisme se commandent nécessairement, tandis que d'autres s'excluent : c;est la loi de leur corrélation. Appliquant ce procédé aux animaux disparus, Cuvier put, dans ses lîecherclies sur les ossements fossiles (1813), reconstituer, quelquefois au moyen d'un seul os, des squelettes entiers d'êtres qui avaientvécu des millions d'années auparavant : le mastodonte gigantesque, l'ours des cavernes, l'ichtyosaure, etc. Enfin, dans son Discours sur les révolutions du globe, prélat c du précédent, il montra qu'on peut interpréter l'âge des terrains parles dé lui s d'habitants qu'on y rencontre. Brongniart (1770-1847), de son côté, considéra les ossements fossiles et les coquilles « comme autant de médailles capables de fournir la date de leur dépôt » et, par suite, de servir de points de

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

Bichat, par Vigneron.

repère. Les travaux de Cuviër et de Brongniart firent cesser les obscurités que présentait la théorie de l'Allemand Werner, et révélèrent l'existence d'un troisième étage formé de sédiments déposés au fond des eaux, celui des terrains tertiaires.

Cuvier attribuait les modifications de la surface du globe à des révolutions brusques; Lamarck affirma que ces modifications s'étaient produites lentement, graduellement, et il prépara la chute de l'école catastrophique, dont Lyell acheva la ruine.

Après avoir longtemps marché d'accord avec Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844 . Cuvier devait s'en séparer en 1830 sur un point capital de doctrine scientifique : il rejeta comme une utopie la théorie de l'unité de composition, de l'unité de style organique, imaginée par son ami et confrère.

Le géologue français Dolomieu (1750-1802 , dans sa Philosophie minéralogique 1802), proposa de considérer la « molécule intégrante » d'un minéral comme une donnée primordiale pour lixer l'espèce. Pour lui, les seuls caractères spécifiques résultent de la nature ou de la forme de cette molécule. Mais l'espèce peut affecter divers états, soit des « variétés de modification » provenant d'une cristallisation régulière, soit des « variétés d'imperfection » qui prennent

naissance quand la cristallisation s'effectue d'une manière confuse. Les premières constituent les « individus », les secondes ne forment que les « masses ». Enfin il y a encore les variations dues à la présence de principes hétérogènes qui viennent modifier la couleur ou la transparence des cristaux et les « souillures », si les éléments étrangers, altérant plus profondément les propriétés essentielles de la molécule, bouleversent la structure et la densité du cristal.

Haùy (1743-1822) fonda la cristallographie. Il découvrit que la forme cristalline élémentaire d'un corps dépend de sa composition chimique, et que les dissemblances apparentes d'une même substance cristallisée tiennent uniquement au mode selon lequel les noyaux primitifs ont été empilés. Toutes les faces se clivent parallèlement à celles du noyau primitif qui se trouve être un cube pour la pyrite, un tétraèdre pour le grenat, un octaèdre pour le spath fluor et ainsi de suite. Ainsi pour concevoir les faces extérieures, il suffit de les considérer comme le résultat du décroissement des lames superposées. Les nouvelles faces sont donc de petits escaliers; mais, de dimensions fort exiguës, elles paraissent planes à l'œil nu. En vérifiant au goniomètre sur des multitudes de cristaux les angles que lui indiquaient ces principes, Haùy détermina avec certitude les six systèmes cristallins. Il n'y avait plus qu'à classer d'une façon plus méthodique les formes dérivées, à pousser les conséquences de la théorie jusque dans leurs moindres détails pour qu'une science, inconnue du temps de Buffon, put être placée quelques années plus tard au premier rang de nos connaissances les plus positives.

Xavier Bichat (1771-1802), dans son Traité des membranes, classa ces organes en se basant sur leur conformation extérieure, leur structure, leurs propriétés vitales et leurs fonctions : il distingua les membranes simples, subdivisées en trois classes (muqueuses, séreuses et fibreuses), les membranes composées résultant de l'assemblage de deux ou trois membranes simples, les membranes créées par des influences patltologiques, enfin un certain nombre de membranes non classées, telles que la pie-mère, la choroïde. Il étendit ces idées nouvelles à tous les systèmes de l'organisme humain : de là ses Recherches sur la vie et la mort, et surtout son Traité d'anatomie générale. Son œuvre, dont la portée philosophique fut très grande, a survécu aux errements de sa doctrine, et ses recherches histologiques ont donné une vive impulsion à la physiologie.

Cabanis (1757-1808) avait déjà soutenu que le cerveau, par suite de sa relation avec l'économie générale, dépendait des autres organes, d'où l'influence du physique sur le moral. Le phrénologiste allemand Gall (1758-1828) alla plus loin et, dans ses Recherches sur le système nerveux (1808), il prétendit que les impressions se localisent, selon leur nature, dans les diverses circonvolutions.

Broussais (1772-1838) imagina un système physiologique basé sur

la contractilité, seule propriété qu'il reconnaissail à la matière animale et par laquelle il expliquait tous les phénomènes de la vie.

Médecine et chirurgie. — L'introduction de la vaccine en France est due à La Rochefoucauld-Liancourt qui, dans le Royaume- Uni, avait été témoin des résultais obtenus par l'inoculation variolique. Talleyrand obtint de Londres un premier envoi du précieux liquide, qui arriva dans la capitale le 29 mai 18C0; mais, soit, inexpérience tles opérateurs, soit ancienneté du vaccin, trente enfants furent inoculés sans succès. Le docteur Woodville, directeur du comilé de vaccination de Londres, consentit alors à se rendre à Paris. 11 n'y fut pas plus favorisé que ses prédécesseurs français, mais par bonheur, en passant à Boulogne-sur-Mer, il avait immunisé deux enfants : les expériences furent alors recommencées par le comité parisien qui, le 20 thermidor an VIII, reçut la récompense de ses persévérants efforts. Dès cette époque, les essais se multiplièrent à Dunkerque, à Nancy, à Bordeaux, à Rouen.

Broussais, malgré la violence de ses polémiques et les imperfections de son système physiologique, eut une influence féconde sur les progrès de Yanatomie pathologique. Son Histoire des phlegmasies chroniques (1808) rendit des services à la médecine.

Corvisart (1755-1821) chercha par une observation patiente et méthodique à établir la clinique sur des bases scientifiques, en lui donnant comme fondement l'anatomie pathologique; il fit connaître en France la percussion, que l'Autrichien Auenbrûgger avait imaginée un quart de siècle auparavant. Grâce à cette méthode, il put fonder l'étude clinique des maladies de cœur, que, la veille encore, Portai considérait comme presque impossible.

Halle (1754-1822) fut le premier hygiéniste français digne de ce nom, et Marc créa la médecine légale en France.

Pinel (1745-1826) fonda le traitement humanitaire de l'aliénation mentale. Aux tortures usitées jusqu'alors dans les asiles d'aliénés, il préconisa la substitution des procédés où « la justice était tempérée par la bonté ». Les fous étaient à la merci de leurs infirmiers, dont le recrutement s'opérait le plus souvent dans les prisons. Le désespoir et la rage achevaient d'abrutir ceux dont la raison n'était que momentanément troublée.

Avec Pinel, les ménagements et l'affabilité remplacèrent les fers et le cachot. Le célèbre aliéniste consigna ses observations dans son Traité médicophilosophique sur l'aliénation mentale (1809), où il essaya de classer les variétés des altérations de la personnalité en quatre classes : la manie, la mélancolie, la démence et l'idiotisme.

Cette division était insuffisante et un peu arbitraire, mais l'œuvre de Pinel vaut par l'orientation nouvelle qu'elle a donnée à cette partie de la médecine.

Parmi les chirurgiens militaires, les plus connus sont Percy, Heurteloup et surtout le baron Larrey (1766-1842), qui fit presque toutes les campagnes de Napoléon. Il perfectionna les instruments de chirurgie et inventa

la méthode d'irrigation : à l'aide d'un filet d'eau continu, il diminuait l'inflammation des plaies. Son sang-froid et sa dextérité étaient admirables : après la bataille de la Moskova, il fit en un jour jusqu'à 200 amputations. Dès la campagne de Syrie, son activité' infatigable l'avait fait surnommer la Providence du soldat.

L'abbé Sicard (1742-1822) avait été placé par l'archevêque de Bordeaux à la tête de l'institut des sourds-muets de celle ville, après s'être initié à Paris aux méthodes de l'abbé de l'Épée. il succéda en 1789 à cet homme remarquable à la tète de l'institution des sourds-muets de Paris, dont il reprit la direction après le Dixhuit brumaire. Il sut ajouter aux découvertes de son devancier, dont il perfectionna la méthode dactylologique.

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