PRÉCIS DES CAMPAGNES NAPOLÉONIENNES
Phot. Braun et C" Le roi de Rome, par Prudhon.
Le camp de Boulogne. — Soit que l'empereur voulût réellement tenter d'envahir l'Angleterre, soit qu'il cherchât seulement à éloigner du Pas de Calais la flotte britannique, il fut convenu que ses escadres de Brest, de Rochefort, de Toulon (Ganteaume, Missiessy, Villeneuve, 41 vaisseaux), ralliées à l'escadre espagnole de Cadix (Gravina) et à l'escadre franco-espagnole du Ferrol, se n'uniraient à la Marlinique pour attirer les Anglais dans les Antilles; puis, au lieu d'altaquer les colonies anglaises, reviendraient brusquement dans la Manche.
Villeneuve, arrivé à la Martinique le 14 mai 1805, apprit que Nelson était à sa poursuite et, s'imaginant qu'il allait être attaqué avec des forces supérieures, retourna précipitamment en Europe au lieu d'attendre Ganteaume (10 juin 1805). Le 30, il était aux Açores; mais, au lieu de faire voile sur la Manche, il perdit son temps à vaincre une division anglaise au cap Finistère, et il alla réparer ses avaries à Cadix, où les Anglais vinrent le bloquer, restant ainsi maîtres de la mer.
Pendant ce temps Pitt était revenu au pouvoir (mai 1804), et une troisième coalition s'était formée contre la France.
Troisième coalition. — Les empiétements territoriaux de Napoléon en Italie et en Suisse, le rôle dominant de la France dans la préparation du recès de 1803, l'exécution du duc d'Enghien firent passer Alexandre Ier, tsar depuis le 23 mars 1801, sur le dégoût que lui inspirait l'alliance britannique, et la troisième coalition fut enfin mise sur pied.
Alexandre, allié avec la Prusse (mai 1804) signa, le 11 avril 1803, avec l'Angleterre une convention qui fut comme le programme de la coalition jusqu'en 1815. Son but ostensible était d'inviter toutes les puissances à former une ligue pour rétablir la paix générale en obligeant la France à évacuer le Hanovre, la Hollande, la Suisse et l'Italie. Mais ces « bases de pacification » ne sont qu'un minimum : comme on prévoit que Napoléon les rejettera, les alliés rédigent un plan de réorganisation de l'Europe, stipulant avant tout le refoulement de la France dans ses anciennes limites, la réunion de la Belgique et de la Hollande en monarchie indépendante, la réunion du Piémont et de la République italienne, l'agrandissement de la République helvétique, la restitution de la rive gauche du Rhin à la Prusse avec de nouveaux territoires, l'attribution de Malte à l'Angleterre, et, en principe, la restauration de tous les souverains dépossédés. C'est déjà le programme du Congrès de Vienne.
La coalition, qui ne devait d'abord réunir que 400000 hommes, en porta le chiffre à 51)0000, mais convint d'entrer en campagne aussitôt qu'elle en aurait mobilisé 400000. Outre une subvention une fois payée, Pitt, fournirait 1250000 livres sterling par cent mille hommes f 31 250 000 fr.). Forte de ces subsides considérables, l'Autriche, rompant la paix de Lunéville, se mit (9 août 1805) à la tête des coalisés, qui préparaient quatre attaques : deux principales par la Bavière et la Lombardie, deux secondaires par la Poméranie et le royaume de Naples.
L'attaque du Hanovre et de la Hollande par la Poméranie devait être exécutée par les Suédois, les Busses et les Anglais. L'attaque de l'Est ou de la Bavière, par la vallée du Danube, était confiée aux Busses et aux Autrichiens. Les Autrichiens snils devaient opérer en Lombardie. Enfin, au midi de II lai i e, l'entreprise serait conduite par une réunion de Russes, d'Anglais et de Napolitains. L'électeur de Bavière, qui détestait l'Autriche et disposait de 25000 soldats bien organisés, fut gagné à la cause française : Napoléon lui annonça qu'il dirigeait 200000 hommes en Allemagne.
Napoléon résolut de se jeter sur l'Allemagne avec toutes ses forces avant la jonction des alliés et l'intervention de la Prusse. Il envoya Masséna en Italie pour l'opposer à l'archiduc Charles; puis, levant précipitamment le camp de Boulogne, il dirigea la grande armée vers le Rhin, qu'elle franchit le 1er octobre 1805.
Opérations contre Mack. — Mack, pour interdire aux Fiançais, débouchant de la forêt Noire, l'accès de la Bavière, s'appuya à la place forte d'L'lm, au confluent de l'IIler et du Danube, se croyant dans une position excellente d'où l'on ne pourrait le forcer, et y tenant d'autant plus qu'Ulm avait été enlevé à l'Autriche par les traités et donné à la Bavière. Il tenait la ligne d'L'lm à Memmingen, bordant l'IIler et observant les mouvements des Français dans les défilés de la forêt. Mais, tandis qu'abusé par des feintes, il demeurait immobile derrière l'IIler, Napoléon portait par marche rapide,