I.-L. Lemaistre de Sacy, gravure de Desprez
Antoine Arnauld, d'après Pli . m Uhaupai g n e.
Claude Lancelot, gravure de Jacolj Neeffs.
spirituel de l'abbaye Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, autourduquel se groupèrent librement Singlin, le confesseur etl'ami de Jansénius, et les solitaires Lemaistre de Sacy, Arnauld d'Andilly, Henri Arnauld et Antoine Arnauld, surnommé le. Grand Arnauld, l'infatigable controversiste, frères tous les trois de la mère Angélique; Antoine Lemaistre, neveu d'Arnauld d'Andilly; Lancelot, Pierre Nicole, Hamon, et bien d'autres (1), qui s'en allèrent « aux ebainps » vivre dans une retraite studieuse et fonder les « petites écoles », dont la première idée revenait à Saint-Cyran lui-même qui com-
(1) Les maîtres de Port-Royal ont laissé de remarquables livres d'enseignement : la Logique de l'orl-Rotjal (Nicole et Antoine Arnauld), la Grammaire de Port-Royal (Lancelot et Antoine Arnauld), le Jardin des racines grecques (Lancelot), les Méthodes pour apprendre le grec, le latin, l'italien, l'espagnol; la Murale, de Nicole, dont Mme de Sévigné eût voulu « faire un bouillon el l'avaler », etc. Leur méthode, essentiellement cartésienne, favorisait la réflexion personnelle, le développement progressif de la culture intellectuelle et morale. L'épellation en français, l'étude de la langue maternelle précédant celle des langues mortes, la préférence donnée à la version et à l'explication orale sur le thème, une part plus grande faite à l'enseignement du grec, et, au point de vue moral, une sollicitude à la fois austère et douce, l'absence de l'émulation, le souci de rapprocher le régime des écoles (qui ne comptèrent jamais pins de cinquante élèves] de la vie de famille : telles furent les principales réformes de ces célèbres pédagogues.
Pierre Nicole, gravure de 11 ahekt.
Antoine Lemaistre, d'après PU. de Champaiqnb,
sénius, et il imagina la distinction du droit et du fait. En droit, disait-il, les propositions sont condamnables; en fait, elles ne sont pas contenues dans VAugustinus, du moins avec le sens que le pape leur attribue. Arnauld bataille avec une ardeur inlassable, et il décide d'en appeler à l'opinion : il est secouru par Pascal, qui s'est joint aux solitaires depuis 1654 et publie les Provinciales.
Biaise Pascal. — Né à Clermont-Ferrand en 1623, Hlaise Pascal était le fils d'un président en la cour des aides de cette ville, qui avait vendu sa charge (1631) pour s'établir à Paris et s'y consacrer à l'éducation de son fils. L'enfant, élevé par un homme fort instruit et entouré de l'affection de ses deux sœurs, Gilberte et Jacqueline, donna la preuve d'une intelligence extraordinaire en retrouvant à douze ans les premiers théorèmes de la géométrie euclidienne, en composant à seize ans un traité sur les sections coniques, en inventant une machine arithmétique. En 1639, Etienne Pascal obtint une charge de finances à Rouen : c'est là que son lils, dont la santé est déjà gravement compromise, embrasse le jansénisme, y convertit sa famille, entre en relations avec Port-Royal, tout en continuant ses travaux scientifiques par des expériences célèbres sur la pesanteur de l'air et ses recherches sur le vide. Revenu à Paris en 1649, Pascal, à qui ses médecins interdisent toute fatigue intellectuelle, se mêle à la vie mondaine, fréquente les salons et les ruelles, tire de ses observations un Discours sur les passions de l'amour, et, repris pur la science, s'occupe du calcul des probabilités, invente la roulette, imagine le baquet. Diverses circonstances (un accident au pont de Neuilly, l'influence de sa sieur Jacqueline entrée à Port-Royal, sa saute chancelante le ramènent peu a peu vers une conversion définitive, et, après l'extase de la nuit du 23 novembre 1654, il renonce au inonde pour se retirer, à trente-deux ans, dans la célèbre abbaye janséniste. Il discute avec M. de Sacy les doctrines d'Épictèle cl de Montaigne et conclut que la vérité est dans le christianisme, qui laisse coexister en l'homme la misère, conséquence de la corruption de noire nature, et la grandeur, conséquence de la grâce divine. Il s'efforce {De l'esprit géométrique de rapprocher la raison de la foi, estimant que les sciences préparent à mieux connaître Dieu.
C'est alors que la vie de Pascal est traversée par une lutte inattendue. A la suite des démêlés entre Arnauld et les jésuites, Pascal accepte de défendre publiquement la cause de Port-Royal el met au service du jansénisme son âpre génie, fait de méthode, mais aussi d'ironie fineetde passion : par leur logique vigoureuse et leur agrément, les Provinciales marquent la perfection de la prose française.
I.e 14 janvier 1656, Arnauld avait été condamné en Sorbonne sur la question de fait. Pascal, retiré depuis peu à Port-Royal, fut abus prié par si"- amis d'adresser un appel au public. Du 23 jan-
LA MONARCHIE ABSOLUE — RICHELIEU ET MAZARIN
vier 1656 au 24 mars 1657, il publia dix-huit lettres anonymes où, élargissant le débat, il se proposait de discréditer la morale de In puissante société, qu'on accusait de gouverner les consciences en accommodant les règles de la religion aux mœurs du temps.
Les Provinciales, traduites en latin par Nicole, eurent un grand retentissement dans toute l'Europe. Les jésuites firent condamner et brûler le livre, et inultiplièrent les répliques.
Entre la sixième et la septième Provinciale, le 24 mars 1656, s'était passé un événement qui exerça sur l'âme de Pascal une in- Quence décisive. Sa nièce, Marguerite Périer, lîlle de (.liberté Pascal, fut guérie d'une fistule lacrymale après avoir touché la sainte épine, et Pascal, affermi dans sa croyance, se retourna alors contre les « libertins ». Mettant au service de sa foi ardente toutes les ressources de l'esprit scientifique, de l'observation et de l'analyse, il prépare une Apologie de la religion chrétienne, dont les fragments fourniront le livre des Pensées; ces fragments, où il proclame l'impuissance de la raison à expliquer la condition et la destinée de l'homme, sont incomplets, obscurs et profonds, d'un style à la fois logique, poétique et naturel, d'une inépuisable richesse de pensée, d'une beauté déforme incomparable, sous laquelle on sent frémir l'âme de Pascal.
Il revient une dernière fois à la science pour résoudre le problème de la roulette et jeter les bases du calcul infinitésimal, mais il anéantit dans son cœur tout sentiment humain et mondain. Au milieu de souffrances atroces et de mortifications volontaires, il jette sur le papier les idées de son Apologie, et il meurt en pleine possession de son génie, à l'âge de trente-neuf ans, ayant réuni en sa personne les formes les plus hautes du sentiment et de la pensée.
L'intervention de Pascal ne devait pas enrayer la persécution contre le jansénisme. ."Vous verrons le conllit s'aiguiser sous Louis XIV, aboutir à la destruction de Port-Royal, niais reprendre uu xvinc siècle et se terminer par l'expulsion des jésuites.
Biaise Pascal, gravure d'EuELiNCK.
BIBLIOGRAPHIE
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Pierre Gassendi, gravure de Nanteuil.
René
i h 7. Mai