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LA PHILOSOPHIE

Le xvi° siècle avait été caractérisé par un débordement confus d'idées. originales, de sentiments audacieux, d'aspirations contradictoires. Après le rétablissement de la suprématie catholique et la restauration de la uarchie absolue, la pensée s'affranchit de la

domina tion «l'A ristote et s'exerce librement dans tous 1rs domaines, saut ceux de la religion et de la politique.

Gassendi. - Le philo-

so p lie Ira n ç a i s qui, a u xvn'' siècle, se rattache le plus directement à la Renaissance est l'abbé Pierre Gassendi (1592-1655). Il essaya de ressusciter et de répandre une des philosophies les plus hardies de l'antiquité, une de celles qui a le plus d'affinité avec la science moderne, la doctrine de Démocrite et d'Ëpicure.

Docteur en théologie, Gassendi, né à Champtercier, près de Digne, enseigna pendant quelque temps la philosophie, avec un succès extraordinaire, à l'université d'Aix; Richelieu le fit nommer professeur de mathématiques au Collège de France.

Comme tous les esprits novateurs de son temps, Gassendi s'éleva contre la tyrannie stérile de la scolastique. Un ouvrage ardent et passionné contre les aristotéliciens le mit en rapport avec Descartes (1(324). Les deux philosophes, d'accord pour rejeter les théories d'Aristole, ne s'entendirent plus sur les doctrines qu'il convenait de leur substituer. Gassendi fut l'adversaire ardent du cartésianisme et, tout en entreprenant de restaurer l'antique doctrine d'Epicure, tout en développant un sensualisme qui fut le point de départ de l'empirisme, ce précurseur de Locke et de Condillac prétendit concilier l'atomisme avec la théologie chrétienne.

Descartes. — L'originalité de Gassendi fut éclipsée par l'œuvre immense de Descartes, quidomine toute la philosophie du xvne siècle. Fils d'un conseiller au Parlement de Bretagne, René Descartes, né à La Haye, en Touraine, mort à Stockholm (1596-1650), reçut les leçons des jésuites au collège de La Flèche. Peu satisfait de ce qu'il avait trouvé dans renseignement et dans les livres, il résolut de ne plus chercher d'autre science que celle qui pourrait se trouver «en lui-même ou bien dans le grand livre du monde ». Après avoir beaucoup voyagé', il prend le parti de chercher une retraite en Hollande, où il sait pouvoir trouver, avec la tranquillité, toute liberté de penser el décrire : eu 1637, après de longues hésitations, il se décide à faire paraître le Discours de la Méthode, avec la Dioptrùjvc, les Météores et la Géométrie, « qui smil des essais de celle méthode ». Les Méditations sonl ensuite publiées en latin à Paris Iti'il avec approbation de la Sorbonne. Les Principes Principia philosophie paraissenl en 1644, à Amsterdam, et les Passions de l'âme en 16 i'.*.

Descartes s'était proposé comme objet exclusif de son acti\ ité la recherche d une connaissance claire el assurée de ce qui est utile à la vie ». Trouvant dans les ma thématiques le tj pe même de la certitude, qu'il voulait progressivement étendre à in nie li réalité, il se proposa de constituer une si unie une el universi lie qui aurail la rigueur méthodique des sciences exai tes el a 1 1 e i n d r a i I I être.

Laissant respei tueusemenl de côl< rites de la foi, il s effon a d< rejeter pro\ i . mu ment ses opinions antéi ieures et de

Descartes,

Louvre]

INSTOIIU: DE FRANCE

placer à la luise de sa méthode le doute, qui contient en lui-même une première affirmation : je suis en effel certain que je doute; or, douter, c'esl penser, el penser, c'est exister, u Je pense, donc je suis. » Celle proposition est » nécessairement vraie toutes les fois

que je la prononce ou que je la conçois ei i esprit ». Toul ce

qui présente un caractère de certitude aussi forl que celte affirmation peul rire à seii leur considéré comme •■ évident », et lu règle fondamentale de l'évidence consiste à •■ ne recevoir jamais aucune chose | mur vraie que je ne la connusse évidemment être telle, c'està-dire éviter soigneusement la précipitation et la prévention et ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute ».

Le « doute méthodique » s'exerce avec d'autant plus de rigueur que le « bon sens i si la chose du monde la mieux partagée » et que la raison « toute une >■, délivrée de ce qui l'entraîne ou l'obscurcit, réussira toujours à discerner h; vrai d'avec le faux. Le doute est en effet obligé de s'arrêter devant une vérité de fait, vérité incontestable qui sort de lui.

L'homme ne tombe dans l'erreur que lorsque la volonté affirme au delà de ce que l'intelligence aperçoit, c'est-à-dire au delà de l'évidence.

De l'existence de l'âme pensante, Descartes ne passe pas à celle des choses, mais à celle de Dieu. Un principe tout-puissant cause du monde, cause de l'esprit humain et cause de soi, un principe parlait en un mot peut seul nous garantir en effet qu'aux idées autres que celle de notre pensée correspondent des réalités extérieures : Descartes, pour ce motif, met la démonstration de l'existence de Dieu au point de départ de sa philosophie, dont elle constitue les racines, l'évidence étant garantie par la véracité absolue du Dieu parfait.

Le monde extérieur n'est pas tel que nous le révèlent nos sensations passagères et confuses, mais tel que nous le font connaître nos idées claires et distinctes. Or, pour la pensée, la matière se réduit à l'étendue géométrique et le monde se crée par le mouvement. Les lois du mouvement résultent nécessairement de l'idée de Dieu, conçu comme perfection suprême; le chaos s'ordonne sous l'action continue de Dieu, et, dans une succession nécessaire, les créations se produisent telles que nous les voyons actuellement. Le mécanisme universel, qui rend compte des astres et de la terre par les tourbillons que forme l'étendue en s'agitant, expliquera, lui aussi et lui seul, la complexité de la vie cl de l'activité animale. L'animal est un merveilleux automate, dont les actes ne sont que des mouvements produits par le jeu des ressorts intérieurs.

L'esprit classique du xvuc siècle concorda avec le cartésianisme par son souci de la raison, de la vérité, de la mesure, de la méthode, de l'universel, par sa calme certitude vis-à-vis de tous les problèmes angoissants, soit qu'il en ait apporté une solution scientifique, soit qu'il les ait placés dans le domaine de la foi. Descaries ne troubla pas son temps, mais le rassura en donnant, par la libre recherche et l'enchaînement logique de ses idées, un fondement rationnel au dogme traditionnel et révélé. Ses conclusions durèrent moins que la méthode qui l'avait amené à les découvrir, et les hommes du xvine siècle parurent même rejeter sa philosophie: ils gardèrent en réalité l'esprit de sa méthode.

BIBLIOGRAPHIE

Bouili.ier, llist. de la philosophie cartésienne 1868, "2 vol.). — Fouillée, Descaries (1>93). — Hamelin, Le Système de Descaries (1910.). — Liahu, Descartes (1881).

LES SCIENCES

Mathématiques. — L'invention de la géométrie analytique par Descartes fournit aux mathématiciens les méthodes qui leur manquaient, et les idées du philosophe français furent en quelque sorte la préface nécessaire des découvertes newtoniennes. Les courbes, étudiées par les Grecs, n'étaient reliées entre elles par aucune relation : Descartes posa les règles permettant de construire ces figures. Le problème se ramenait à fixer d'une manière précise la position d'un point dans un plan. Celle-ci ne dépendant que de deux éléments, ses coordonnées, la définition d'une courbe, autrement dit son équation, est en définitive la relation

entre les coordonnées de ses points. Une fois celle relation trouvée, on peut facilement établir des formules générales s'appliquant à tous b-s ras.

En algèbre, Descartes introduisit l'usage des lettres de l'alphabet ei celui des exposants. Il simplifia la théorie de La transformation des équations ébauchée par Vièté. Il aborda b-s équations du troisième el du quatrième degré el montra qu'il esl aussi logique de représenter les grandeurs négatives que les quantités positives. Enfin, par la méthode des coefficients indéterminés, il pensa donner un procédé général pour résoudre les équations algébriques d'un degré quelconque.

Pascal sut élargir le domaine de l'arithmétique, de la géométrie, de l'algèbre et de la mécanique pratique. Il posa ingénieusement les bases du calcul desjprobabilités, ce qui permit à Pierre de Fermât (1601-i66o de substituer un corps de doctrine au seul ras particulier envisagé par son devancier. On doit également à Fermât la première application du calcul aux quantités différentielles pour trouver des tangentes.

Desargues 1593-1662 , méconnu de son vivant, a été réhabilité de noire temps : de nombreuses théories étaient contenues en germe dans ses Essais de géométrie dans Vcspaeeel de perspective.

Physique. — Descaries précisa dans son Discours de la Méthode les règles dé l'expérimentation physique posées par Bacon; il expliqua la théorie de l'arc-en-ciel par la loi de réfraction de la lumière (1). Le P. Mersenne (1588-1648; découvrit les lois de la vibration des cordes.

Sur les indications de Pascal, l'expérience du tube de Torricelli fut exécutée en même temps au pied etausommel du Puy de Dôme par son beau-frère Périeret le P. Chatin (19 sept. 1648 . On trouva la hauteur moindre en haut qu'en bas d'une différence >\r H centimètres environ. Pascal répéta la même observation à la tour Saint- Jacques de Paris et en déduisit que la hauteur de la colonne mercurielle varie en sens inverse du degré d'élévation des lieux. Celte loi remplaça dès bus l'axiome antique «ia nature a horreur du vide ». par lequel on expliquait l'ascension de l'eau dans un corps de pompe 2 ,

Botanique. — Henri IV avait fondé, près de la faculté de médecine de Montpellier, un jardin d'études et une chaire de botanique. En 1626 fut créé à Paris le Jardin du Roi à l'instigation de Jean Héroard et de Guy de La Brosse, médecin de Louis XIII, mais sa première installation véritable, due à ce dernier, n'est pas antérieure à 1640.

(1) D'après Poggendorff (Histoire de la physique, Irad. franc., 1883", le Hollandais Snellius aurait découvert celte loi avant Descaries, qui aurait eu connaissance des travaux manuscrits de Snellius.

(2) M. Félix Mathieu a soutenu que Descaries avait donné à Pascal l'idée de l'expérience du Puy de Dôme, que l'expérience du vide dans le vide fut faite pour la première l'ois par Auzout, et que Pascal s'est allribué, au moyen d'une fausse Iellre, la priorité de la découverte de la pesanteur de l'air. Celle accusation a été combattue par MM. Duhem, Brunschwicg et Abcl Lefranc,

Le palais du Luxembourg au XVII' siècle (Estampe Je la Bibliothèque nationale),

LA MONARCHIE ABSOLUE. — RICHELIEU ET MAZARIN

Jacques Le Mercier, d'après Philippe de Champaigne.

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