‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 138 sur 196 · LA CAMPAGNE DE 1813 EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA CAMPAGNE DE 1813 EN ALLEMAGNE

Septième coalition. — Nos désastres en Russie et en Espagne sont le signal d'une explosion de haine contre Napoléon. Les États qu'il a incorporés à l'empire l'abandonnent successivement. Le général prussien York de Wartemburg livre aux Russes le Niémen, Bùlow l'Oder, Schwarzenberg la Vistule. Murât laisse son commandement à Eugène pour se rendre à Naples (9 mars 1813). Mais c'est en Allemagne que le mouvement de résistance prend les proportions les plus inquiétantes.

La Révolution française avait, par des remaniements territoriaux, diminué le nombre des États allemands et éveillé l'idée d'unité nationale, qui parut, à la suite de l'invasion napoléonienne, s'incarner dans la Prusse sous l'inlluence de ses ministres et de ses penseurs. Stein abolit le servage, restreignit les privilèges de la noblesse, édicta l'égalité devant la loi, simplifia le régime des corporations, améliora l'organisation administrative. Napoléon exigea son renvoi, mais son successeur Hardenberg continua ses réformes, d'ailleurs inspirées de l'influence française. En même temps Schiller, Fichte, Schleiermacher imprimaient un vigoureux élan au patriotisme, entraînant par leur exemple la jeunesse des Universités. En 18(18 fut fondée, à Kœnigsberg, une société ayant pour objet le relèvement de la conscience allemande par l'éducation et la propagande nationales : le Tugendbund (Association de la vertu) comptait parmi ses membres des étudiants et des professeurs d'université; il était dirigé par un comité supérieur de six membres, qui donnait l'impulsion aux comités provinciaux et ceux-ci aux comités locaux. Napoléon obligea le roi de Prusse à dissoudre l'association (31 décembre 1809), mais elle continua son œuvre en secret, encouragée par des hommes comme Niebuhr et Guillaume de Hurnboldt, et elle joua un rôle des plus actifs dans la guerre d'indépendance de 1813.

La Prusse, frémissante, releva la tète en apprenant la destruction de la grande armée, en voyant Napoléon passer à Dresde presque en fugitif. Après la retraite de Russie, les alliés, sur qui continuait d'agir le prestige napoléonien, hésitaient encore à passer la Vistule, d'autant que l'Autriche gardait toujours une attitude expectante.Ce qui les décida, ce fut l'élan de la Prusse, où Scharnhorst avait pré-

paré une année nouvelle en faisant passer successivement sous les drapeaux toutes les recrues. Le roi Frédéric-Guillaume III, timide et indécis, désavoua d'abord York, qui avait conclu avec les Russes la convention de Poseherun ; mais, entraîné par la province de Prusse-Orientale, dont les Ktats votèrent la levée de la landwehr et de la landstunn, il se décida à se rendre à Rreslau, en dehors de l'occupation française, au milieu des membres les plus fougueux du parti national. Il signa avec le tsar le traité d'alliance de Kalish (28 février 1813), suivi bientôt du fameux « Appel à mon peuple » (17 mars) : « Brandebourgeois, Prussiens, Silésiens, Poméraniens, Lithuaniens! Vous savez ce que vous avez souffert depuis sept ans! Vous savez quel sort vous attend si nous ne terminons pas avec honneur la lutle qui commence... » Les volontaires affluent de tous côtés dans l'armée prussienne, qui compte bientôt 150000 hommes, et alors commence la « guerre des peuples », la revanche des humiliations subies depuis Iéna.

Dès la fin de 1811, le tsar avait négocié une alliance avec le prince royal de Suède, ce même Bernadotte qui devait sa paradoxale forlune au sang versé par nos soldats. La réconciliation de la Russie avec la Suède et avec l'Angleterre fut l'ébauche de la grande ligue européenne de 1813. Seul le Danemark, se souvenant de l'odieux bombardement de Copenhague et menacé par la Suède, refusa d'entrer dans la septième coalition (1813).

La grande armée de 1813. — La France était épuisée; elle combattait depuis plus de vingt ans. Napoléon trouva cependant des hommes et des cadres. Les 140000 conscrits de la classe 1813 ayant été déjà incorporés par anticipation, il appela rétrospectivement 100 000 hommes qu'avaient épargnés les levées antérieures et il anticipa sur la levée de la conscription de 1814. Avant la campagne de Russie, il avait distribué la garde nationale en 3 bans et organisé le premier ban en 100 bataillons ou cohortes; les cohortes furent mobilisées et groupées en 22 régiments de ligne. La guerre maritime était virtuellement finie; 30000 marins devenus libres, tous vieux soldats, formèrent des corps d'infanterie ou des compagnies d'artillerie. Dans chaque département il existaitune compagnie d'infanterie pour maintenir l'ordre : toutes les compagnies furent envoyées en Allemagne. Pour la cavalerie, Napoléon se fit offrir par les départements et les grandes villes des cavaliers montés ou équipés, ce qui lui fournit 15 000 hommes; puis tous les jeunes gens de la noblesse et de la bourgeoisie propres au service, même ceux qui s'étaient précédemment rachetés, furent désignés et levés par les préfets ; ils durent s'équiper et se monter à leurs frais et former quatre régiments de « gardes d'honneur », garde personnelle du souverain.

Pour encadrer cette masse d'hommes, Napoléon rappela des officiers en retraite et fit venir d'Espagne des cadres de bataillon complets ou des officiers isolés.

Malheureusement le haut commandement laissait à désirer. Berthier était fatigué, Gouvion frondeur, Davout traité en suspect, Vandamme insupportable par son caractère; les nouveaux chefs de corps comme Bertrand et Laurisfon, n'avaient jamais commandé d'infanterie. Napoléon lui-même semblait moiris aident. Cependant, grâce aux mesures prises, 530000 hommes furent peu à peu envoyés vers l'Allemagne. Tous jeunes, ils se conduiront héroïquement, mais ils n'auront pas assez d'endurance ni de résistance morale.

Batailles de Lùtzen (2 mai 1813) et de Bautzen (20-21 mai).

— Napoléon part de Mayence le 26 avril, se proposant de descendre la haute vallée de la Saale avec les 135000 hommes de l'armée «lu Main et, après avoir rallié' l'armée de l'Elbe prince Eugène), de déboucher en Saxe pour marcher sur Leipzig et couper de Dresde les forces alliées. Le 2 niai, il écrase Blùcher, York et Witlgenslein à Lùtzen, les oblige à la retraite, et, chassant devant lui les forces austro-prussiennes, les déloge par la victoire de Bautzen (20-21 mai) de leurs positions derrière la Sprée. Bessières, duc d'islrie, fut tué la veille de Lùtzen, et Duroc, dur de Frioul, tomba sur le champ de bataille de Bautzen.

Armistice de Pleswitz et conférences de Prague. L'Autriche accède à la coalition. — Après la bataille de Bautzen, l'armistice de Pleswitz (4 juin 1813) suspendit les opérations, et l'Autriche offrit sa médiation. Napoléon espérait conserver la neutralité de l'Autriche et, pendant la trêve, compléter ses armements, ne se doutant pas que les alliés se renforceraient dans de plus grandes proportions que lui, et qu'il commettait une faute en ne poussant pas à fond ses premiers avantages. De son côté, Metternich, bien qu'il ait prétendu le contraire dans ses Mémoires, ne désirait

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

Pc/sema.

.ni Français — Alliés

Echelle

Plan de la bataille de Lûtzen (1813).

imiiiiiiiiiiiii Fr3ILÇ31S

^^m Allemands

Echelle

Lauristoi

Bertrand*

Niederi&urcA

MarmontJ^ î>yû

Cavalerie

Garde Macdon Bautzen

Smkwitz/

%dinot Tromberf^

Plan de la bataille de Bautzen (1813).

Le 29, une avant- garde commandée par Ney force le passage de Saale à Weissenfels, puis toute l'année s'achemine vers Leipzig par Liitzen. Wittgenstein et Bliicher projettent de tomber sur le flanc de cette longue colonne défilant en plaine et de la rejeter dans la région marécageuse de la basse Saale. Mais Napoléon a fait occuper par Ney, au sud de la route de Leipzig, les cinq villages de Liitzen, R'ihna, Oross- Gbrschen, Klein-GOrschen et Kaja. Bliicher, vers midi, engage brusquement la bataille, en se ruant, à la tête delà division Klcist, contre Gross-GOrschen, que défend le vieux général Souham, avec quatre bataillons de conscrits. Les jeunes • Marie-Louise » sont rejetés sur Rahna et Klein-Gorschen ; Kaja même est emporté, mais Ney reprend les villages. Blùrher. soutenu par la seconde division (Ziethen) et par la cavalerie do Wintzingerode, réussit à y rentrer un moment; il faut faire appel aux troupes fraîches de Wittgenstein et de York et aux réserves russes. De son coté, Napoléon, accouru au canon, doit faire marcher sa garde. Lobau, à la tête des bataillons de la jeune garde, reprend Kaja. En même temps, l'artillerie de Drouot, prenant en écharpe l'infanterie de York et de Wittgenstein, ladéloge des autres villages. A huit heures du soir, les coalisés se décident à la retraite. 38 000 hommes, dont 20 000 Russes et Prussiens, sont hors de combat.

Napoléon chasse devant lui les armées russe et prussienne : il les trouve, le 10 mai, solidement retranchées derrière la Sprée, dans le camp de Bautzen. Tandis que ce mime jour, Ney et Lauriston, placés à l'extrême gauche, préparent, par un brillant combat contre Barclay de Tolly, un mouvement tournant qui doit faire tomber les positions ennemies, le 20, Oudinot, Macdonald et Marmont enlèvent la première ligne de défense des alliés. La bataille reprend le 21 au matin. Bliicher défend avec acharnement les points qu'il appelait « les Thermopyles de l'Allemagne »; Ney arrive, refoule les troupes de Barclay et le force à quitter précipitamment ses positions. La victoire des Français est complète, mais le manque de cavalerie les empêche d'en profiter. Ils ont perdu 12000 hommes et les alliés isooo.

pas sincèrement la paix; dès ce moment il ourdissait le plan qui devait amener la chute du grand empire. Sous couleur d'offrir lu médiation de l'Autriche, il donna aux alliés le temps de se préparer et de s'entendre. Son hahileté fut telle que tout le monde, sauf Napoléon, crut à ses propositions. Le congrès de Prague, comme plus tard les ouvertures de Francfort et le congrès de Chàtillon, ne furent que de solennels trompe-l'œil : jamais les alliés n'eurent sérieusement l'intention de traiter, en laissant à la France ses limites naturelles; ils négocièrent tout en marchant. Les papiers anglo-russes démontrent que la Bussie, soucieuse de rassurer l'Angleterre, expliqua à lord Catlicart que l'armistice avait pour but réel de précipiter l'accession du cabinet de Vienne à la coalition.

Le H juillet, les plénipotentiaires des différentes puissances: Humboldt pour la Prusse, Anstetten pour la Russie, Metternich pour l'Autriche, Narbonne et Caulaincourt pour la France, se réunirent à Prague. Plusieurs jours se passèrent dans des discussions oiseuses. Le 7 août, l'empereur d'Autriche lit demander à Napoléon Ier de consentir au partage du grand-duché de Varsovie entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, à l'indépendance des villes hanséaliques, à la cession des provinces illyriennes, à l'indépendance de la Hollande et de l'Espagne, à la reconstitution territoriale de la Prusse, à la renonciation de l'empereur au protectorat de la Confédération du Rhin et au titre de médiateur de la Confédération helvétique ; sinon les troupes autrichiennes se joindraient aux troupes prussiennes et russes. « Qu'est-ce qu'on veut de moi? répondit-il à Metternich, que je me déshonore? Jamais!... Vos souverains, nés sur le trône, peuvent se laisser battre vingt fois et rentier ensuite dans leurs capitales. Moi je ne le puis pas, parce que je ne suis qu'un soldat parvenu. » Le 10 août, à minuit, Metternich déclara les conférences dissoutes et l'Autriche en état de guerre.

Campagne d'automne. Bataille de Dresde (27 août 1813). — La campagne d'automne commence : l'armistice ;i amené à la coalition plus de régiments que Napoléon n'a pu en appeler luimême. L'Angleterre prend à sa solde la moitié de l'Europe, et Wellington, vainqueur à Vittoria, vient s'établir sur la Bidassoa. Bernadotte qui, depuis son avènement au trône de Suède, a tout à fait oublié son ancienne nationalité, s'est allié dès 1812 avec le tsar; il commande une des armées alliées et se berce même du fol espoir de remplacer Napoléon aux Tuileries; ce fut la maîtresse pensée qui le dirigea obstinément de 1812 à 1814, et qui fut partagée de son vivant par Mme de Staël, Benjamin Constant et le tsar Alexandre. En 1813, cédant aux persistantes sollicitations de la Russie et encouragé par Bernadotte, le général Moreau s'embarqua, le 25 juin, des États-Unis pour l'Europe, fut reçu solennellement en Suède, couvert d'ovations à Berlin, et rejoignit le tsar à Prague.

Après la dénonciation de l'armistice de Pleswitz, Napoléon était parti en reconnaissance vers Bautzen, se portant au secours de Ney contre Bliicher, lorsqu'il apprit que Dresde, où il avait laissé Gouvion-Saint-Cyr avec 22000 conscrits, était menacé par plus de 200000 Busses, Prussiens et Autrichiens, commandés par Alexandre et Schwarzenberg. A la nouvelle que l'empereur avait quitté Dresde, les alliés, abandonnant leur direction sur Leipzig, s'étaient en effet rapprochés de cette place. Napoléon accourt en toute hâte.

En trois marches forcées, il arrive à Dresde le 26 août, alors que les alliés se sont déjà emparés des faubourgs. Il brise une attaque générale et, pendant la nuit, reçoit des renforts qui portent son armée à 110000 hommes.

Le 27 au matin, prenant l'offensive, il attaque les deux ailes de l'armée ennemie, pendant que l'artillerie occupe le centre pour l'empêcher de se porter au secours des extrémités; Moreau, qui se trouve au quartier général d'Alexandre, est emporté par un boulet qui lui épargne la honte de rentrer à Paris derrière les souverains étrangers. Taudis que Ney et Mortier refoulent l'aile droite et que Gouvion-Saint-Cyr se tient sur la défensive, Victor attaque l'aile gauche, que Murât, avec 20 000 cavaliers de Pajol et Latour-Maubourg, prend par derrière et rejette dans le ravin de Plauen ; 13000 nommes, 3 généraux, 15 drapeaux et 26 pièces de canon sont pris, et la nuit même, à la nouvelle que Vandamme, ayant pissé l'Elbe à Kœnigstein, est en marche sur Tœplitz et menace la route de Bohême, les alliés commencent la retraite.

Battus malgré leur supériorité numérique, les alliés vont maintenant refuser de se battre avec l'empereur pour attaquer en détail ses lieutenants. Oudinot recule, à Gross-Beeren, devant Bernadotte (23 août); Macdonald est défait à la Katzbach par Blùcher et perd 30000 hommes (27 août); Vandamme capitule à Kulm, après avoir perdu 6000 morts et 70O0 prisonniers (20-30 août); Ney, à Dennewilz, laisse 15000 hommes et 35 canons (6 septembre).

Poniatowski, par Vauchelet (Versailles).

Bernadotte, par Kinson (Versailles).

Bataille de Leipzig ( 18-19 octobre). Napoléon rassemble ses forces pour un choc suprême autour île Leipzig. Les coalisés, deux fois plus nombreux, viennent y engager une lutte de trois jours (16, 17, 18 octobre) : la défection des Saxons sur le champ de ba-

Français

Alliés wm

Echelle

Plan de la bataille de Leipzig (1813).

Napoléon, menacé au nord par l'armée de Silésie (Prussiens), que commande Blûcher, au sud par l'armée de Bohême (Russes et Auirichiens), sous les ordres de Schwarzenberg, se porte de Dresde sur Leipzig pour empêcher leur jonction. Il n'a à opposer que 200 000 jeunes soldats aux 300000 hommes de la coalition. Dans la première journée, le 16 octobre, il y a deux actions séparées. Tandis qu'au nord de Leipzig, Ney et Marmont, postés à Mœckern, tiennent tète à Blûcher, Napoléon dirige au sud de la ville la défense des gros villages de Vachau, Lieberwolkwitz et Markkleberg. Les alliés s'emparent de cette dernière position, mais leurs attaques sont repoussées sur tous les autres points. Le 1 7 octobre, la lutte est suspendue. Napoléon en profite pour resserrer ses positions autour de Leipzig. Le 18 au matin, le combat reprend; il se concentre autour de Probsteyda. La défection en pleine bataille des contingents saxons oblige Napoléon à se replier vers l'ouest. La retraite s'opère en désordre, dans la nuit du 18 au 19 octobre.

Le lendemain matin (19 octobre), les alliés attaquent les faubourgs de Leipzig, défendus parles maréchaux Macdonald et Poniatowski. 20 000 Français tombent aux mains de l'ennemi. Poniatowski ayant poussé son cheval dans l'Elster, alors en pleine crue, s'y noyait.

taille achève la victoire de la coalition. Cette bataille des Nations (Vollcerschlacht) avait mis aux prises plus de 500000 hommes; les coalisés avaient 8000 hommes hors de combat; les Français perdaient 50000 hommes, dont 30000 prisonniers.

Napoléon se replia sur la France, par Hanau, où il culbuta les Bavarois, qui voulaient lui couper la retraite (30 octobre), et arriva à Mayence. Il eut le tort de laisser dans les principales places fortes de l'Allemagne 170000 hommes qu'il réservait pour attaquer les alliés à revers, le jour où il reprendrait l'offensive. La plupart des garnisons françaises durent capituler : Saint-Cyr et Mouton à Dresde (15 novembre), Rapp à Dantzig (27 novembre). Davout résista cependant à Hambourg jusque après l'abdication de l'empereur.

Propositions de Francfort. — Au nom des alliés, Metternich, profitant du passage à Francfort d'un diplomate français, Saint- Aignan, notre ministre à Weimar, fit offrir à Napoléon de reconnaître cà la France la possession des limites naturelles (9 novembre 1813). Sainl-Aignan crut aux insinuations de Metternich et des alliés. Il y fit croire les politiques; Talleyrand, Vitrolles, Dalberg, Marchand, Roux-Laborde et autres intrigants secondèrent si bien le diplomate autrichien que Paris ajouta foi aux ouvertures de Francfort, qui n'étaient qu'un leurre. D'ailleurs, l'Angleterre ne voulait pas que la France gardât la Belgique et elle retarda par tous les moyens la réunion du Congrès.

Pendant ce temps, les villes de Hollande se soulèvent : le 30 novembre 1813, le prince d'Orange, fils de Guillaume, débarque à Scheveningue et est proclamé souverain des Pays-Bas.

En Italie, Eugène de Beauharnais était resté fidèle et reconnaissant à l'empereur. Le 17 août, alors qu'il attendait sur la Save les renforts napolitains, qui ne vinrent pas, il fut attaqué par le général Hiller; vainqueur àLaybach, il se maintint deux mois en Illyrie, mais la défection des Bavarois le contraignit à se retirer sur l'Isonzo, puis sur la Piave; vainqueur encore à Bassano, le 1er novembre, il lui fallut cependant reculer jusque sur l'Adige pour assurer ses communications; enfin, la bataille de Caldiero arrêta momentanément l'invasion. Les coalisés essayèrent vainement de corrompre Eugène par l'intermédiaire de son beau-père, le roi de Bavière, lui proposant de payer sa défection au prix d'un trône en Italie, mais Eugène resta inébranlable et avertit l'empereur. Quant à Murât, entraîné par son ambition et poussé par Caroline, il continuait de descendre la pente qui devait le conduire à la trahison. Joseph avait dû quitter l'Espagne, définitivement perdue malgré tout le sang versé, et le Danemark, isolé, faisait sa paix avec la Russie et l'Angleterre.

Napoléon restait seul avec 60000 hommes, en face de la coalition la plus formidable qui eût jamais menacé l'existence d'une nation et à laquelle il allait opposer toutes les ressources de son génie.

BIBLIOGRAPHIE

(Anonyme), Campagne de 1813 (1902). — (Anonyme), Étude sur les opérations du maréchal Macdonald, du 22 août au 4 septembre 1813. La Katzbach (1910). — Correspondance inédile de l'empereur Alexandre et de Bernadotte pendu ut /'tu/née 18-12, publ. par X (1909). — Berthier, Rapports du maréchal Berthier à l'empereur pendant la campagne de 1813 (1910, 2 vol.). — Bonnal (général), La Manœuvre de Liltzen (1905). — Boutourlin, Tableau de la campagne d'automne de 1813 en Allemagne (2e éd., 1818). — Cavaignag (fi.), La Formation de la Prusse contemporaine (1891- 1898, 2 vol.). — Ciiarras, Histoire de la campagne de 1813 en Allemagne (1870). — Clausewitz, La Campagne de 1813 et la campagne de 1814, trad. de l'ail, par le commandant Thomann (1900). — Clément (G.), Campagne de 1813 (1904). — Clerc (lieutenant-colonel), La Campagne du marchai Soult dans les Pyrénées en 1813-1814 (1894). — Comeau (baron de), Souvenirs des guerres d'Allemagne pendant la Révolution et l'Empire (1900). — Denis (Ernest), L'Allemagne (1890-1898, 2 vol.).— Dumas (lieutenant-colonel J.-B.), Neuf mois de campagnes à la suite du maréchal Soult. Quatre manœuvres de couverture en 1813-1814 (1907). — Fabry (lieutenant), Journal des opérations des 3e et 5e corps en 1813 (1902). — Foucart (P.), Baulzen (1897-1901, 2 vol.). — Lamiraux (général), La Manœuvre de Soult, 1813-1814(1893). — Lanrezac (colonel), La Manœuvre de Lutzen (1904). — Lefébure (Armand), Soulèvement de l'Allemagne après la campagne de Russie (« Revue des Deux Mondes », 1857). — Lévy-Bruhl, L'Allemagne depuis Leibniz (1890). — Napoléon, Lettres de l'empereur Napoléon (du 1er août au 13 octobre 1813) non insérées dans la Correspondanee (1910). — Odeleden (baron n'), Relation circonstanciée de la campagne de 1813 en Saxe, trad. de l'ail, par Anbert de Vitry (1817, 2 vol.). — Pingaud (Léonce , Bernadotte et les Bourbons. — Rabel (André), Le Maréchal Bessières (1903). — Rrboul (L*-Col.), Campagne de 1813, t. I-II (1910-1912). — Rousset Camille), La Grande Armée de 181:', (1871). — Szymanowski, Le Prince Poniatowski Genève, 1880) — Ussel (Jean d'), La Défection de la l'eusse. 1812-1813 L907). — Weil (H.), Campagne de 1813; la Cavalerie des armées alliées (1886).

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

1814. Campagne de France, par Mkisso.nier (Collection Chauehard, léguée au musée du Louvre).

La France en 1814. — La France était en proie, en 1814, à une crise économique intense. Tous les traitements avaient été frappés d'un impôt de 25 pour 100; les affaires étaient arrêtées; la rente était tombée de 87 francs à 50 fr. 50.

La bourgeoisie en voulait à l'empereur d'avoir prorogé le Corps législatif (31 décembre 1813'). Les royalistes, au contraire, attendaient les alliés comme des libérateurs, et promettaient aux populations, avec la paix, l'abolition de la conscription, la suppression des droits réunis. Les Bourbons se préparaientàentrer en France. La levée des impôts et des hommes rencontrait des résistances dans le Midi et dans l'Ouest, et le mécontentement croissait à Paris, où l'on répétait le mot attribué àTalleyrand : « C'est le commencement de la fin. » La masse du peuple était lasse, mais résignée, et, de l'automne de 1813 à mars 1814, tout en protestant contre les droits réunis et la conscription, elle donna, malgré son épuisement, 300000 soldats et 50 000 gardes nationaux. Ces recrues ne furent pas toutes immédiatement utilisables, faute d'instruction et parce que des armes avaient été laissées dans les arsenaux d'Allemagne ; mais Napoléon sut tirer un merveilleux parti de ces soldats mal dégrossis et des débris de ses armées vaincues, si peu de secours qu'il trouvât dans le commandement.

Au début de février 1814, les premiers succès ■ le Napoléon et les violences des alliés produiront un revirement dans les dispositions populaires : après Champaubert, Paris recommencera à s'amuser. D'autre part, les provinces envahies étaient désolées par les réquisitions, le pillage, le viol, le meurtre, l'incendie : « Je croyais, disait un jour h- général prussien York à ses brigadiers, avoir l'honneur de commander un corps d'armée prussien, je ne commande qu'une bande de brigands. « Les Cosaques se distinguent dans cette œuvre de sauvagerie; ils cassent tout pour le plaisir de détruire, incendient les villages, torturent les habitants. Ces violences ramènent à Napoléon les plus Inutiles et arment les moins belliqueux. Des bandes de paysans se forment en

Histoire ne France. — II.

Lorraine et en Champagne, délivrent les prisonniers, surprennent des détachements. C'est une « Vendée nationale », dont l'explosion effraye les alliés.

L'invasion. — Après la bataille de Leipzig, les trois armées alliées (Bohême, Silésie, Nord) se dirigèrent séparément sur le Rhin, le franchirent sur trois points, du 21 au 24 décembre 1814, et marchèrent sur Paris par trois routes différentes.

L'armée de Bohème (200000 Austro-Russes), sous les ordres du prince de Schwarzenberg, qu'accompagnaient le tsar, l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse, passa le Rhin à Bàle et gagna la vallée de la Seine par le Jura, la trouée de Belfort et le plateau de Langres. Schwarzenberg établit à Langres son quartier général.

L'armée de Silésie (150 000 Russes et Prussiens), commandée par Bliicher, passa le Rhin entre Mayence et Coblentz, puis arriva dans

DE 18m-

Echelle

iure l/çsbu/ ° Belfort

Carte pour suivre la campagne de 1814.

IIISTOIRE DE FRANCE

la vallée de la Marne par la Moselle et la Meuse. Quartier général à Nancy.

L'armée du Nord (100 000 Russes, Allemands, Anglais et Suédois), que commandaient Bernadotte et son lieutenant Bùlow, entra en France par les Pays-Bas.

Au sud, Wellington avait passé la Bidassoa.

Combats de Saint-Dizier (27 janvier) et de Brienne (29 janvier). — A cette coalition de 450000 hommes, Napoléon ne peut opposer que 60000 ou 70000 soldats. Négligeant l'armée du Nord, il se porte sur les deux autres pour les battre séparément.

Le 25 janvier 1814, il arrive à Châlons-sur-Marne et s'attaque d'abord à Blùcher, qui défile transversalement de la Marne vers l'Aube et qui cherche à rejoindre Schwarzenberg; il l'atteint le 26 à Vitry-le-François, le déloge de Saint-Dizier le 27 et l'attend, le 29, en avant de Brienne.

Les conscrits, encadrés par les vétérans de la grande armée et commandés par le maréchal Ney, subissent l'épreuve du feu avec une bravoure digne de leurs aînés. Devant leur impétuosité, l'infanterie ennemie doit se replier sur Brienne : un mouvement tournant de la brigade Duhesme livre aux Français le château où Blùcher est sur le point d'être pris avec tout son état-major; pendant ce temps, Ney et ses conscrits emportent la ville. Vers onze heures du soir, Blùcher tente un effort désespéré pour reprendre Brienne : une heure après, culbutées de toutes parts, ses colonnes s'enfuient en désordre sur la route de Bar-sur-Aube, où la nuit seule empêche les Français de les poursuivre.

Bataille de La Rothière (1er février). — Napoléon ne peut cependant empêcher la jonction des deux armées, qui prennent à leur tour l'offensive, remportent la sanglante victoire de La Rothière (1er février), obligent Napoléon à se retirer jusqu'à Troyes, et, se croyant débarrassées de lui, se séparent pour marcher parallèlement : Schwarzenberg par la vallée de la Seine, Blùcher par la vallée de la Marne.

Conférences de Chàtillon (4 février-10 mars 1814). —

Malgré l'échec des propositions de Francfort, des conférences pour la paix se tinrent à Chàtillon, du 4 février au 10 mars. Les alliés, avant de marcher sur Paris, proposèrent à Napoléon des conditions de paix, tout en espérant qu'il ne les accepterait pas; ils se donnaient ainsi les apparences d'une attitude conciliante. La France serait ramenée à ses frontières de 1789 et elle n'interviendrait pas

Plan de la bataille de La Rothière (1814).

Bliicher, battu à Brienne (29 janvier), se replie vers Bar-sur-Aube pour se joindre à Schwarzenberg, et cinq corps de l'armée de Bohême viennent grossir l'armée de Silésie. Napoléon, de son côté, est rejoint, le 30, par Marmont et par Gérard : il ne peut opposer que 37 ooo hommes et 128 canons aux 122 ooo soldats et aux 286 canons de l'ennemi qui, le l" février, à La Rothière, s'efforce de l'entourer. La gauche ennemie (Autrichiens de Gtulay et de Colloredo) ne réussit pas à enfoncer notre droite ; mais Bliicher rompt notre centre à La Rothière, et notre gauche (Marmont) est débordée par les Bavarois (de Wrède). A la nuit, les Français, secondés par l'artillerie de Drouot, prennent l'offensive contre Bliicher à La Rothière, mais ils doivent battre en retraite.

dans la répartition des possessions perdues. Le plénipotentiaire français, Caulaincourt, réclama les propositions de Francfort, plus favorables, et remit un contre-projet. Lorsque Napoléon connut l'ultimatum du congrès, il écrivit' de ses bivouacs à son plénipotentiaire : « J'ai reçu les propositions qui vous ont été remises. Il n'y a pas un Français dont elles ne fassent bouillir le sang d'in-

Schwarzenberg, gravure de Frcd. Lignon.

Blùcher.

(Estampe de la Bibliothèque nationale.)

dignation. La France, pour être aussi forte qu'elle l'était en 1788, doit avoir ses limites naturelles en compensation du partage de la Pologne, de la destruction du clergé d'Allemagne, et des grandes acquisitions faites par l'Angleterre en Asie. Je suis si ému de cette infâme proposition que je me crois déshonoré rien que de m'être mis dans le cas qu'on me l'ait faite. » Avant d'entrer en campagne, le 19 janvier, il avait déjà écrit à Caulaincourt : « Si l'on propose les anciennes limites, j'ai trois partis à prendre : ou combattre et vaincre, ou combattre et mourir glorieusement, ou enfin, si la nation ne me soutient pas, abdiquer. »

Les alliés déclarèrent inacceptable le contre-projet envoyé par l'empereur et rompirent les conférences.

Lorsque Napoléon, malgré des prodiges de valeur, se vit abandonné par ses généraux et par la fortune, les alliés démasquèrent leurs intentions et dirent avec audace : « La paix sera celle de l'Europe, toute autre paix serait inacceptable. » L'équivoque sur la concession des limites naturelles, qui était le fond même du plan de Metternich, fut prolongée jusqu'au moment où elle tomba pour ainsi dire d'elle-même.

Batailles de Champaubert (10 février), de Montmirail (1 1 février), de Château-Thierry (12 février), de Vauchamps (14 février). — Laissant Oudinot et Victor sur la Seine pour contenir Schwarzenberg, Napoléon se porte de Troyes à Nogent-sur- Seine (7 février), pousse droit au nord et tombe comme la foudre sur le flanc de l'armée de Silésie, qui s'avance tranquillement sur une longue colonne échelonnée de Chàlons à La Ferté-sous-Jouarre. Napoléon concentre les corps de Marmont, de Ney et de Mortier, traverse les marécages du Petit Morin, débouche sur le plateau de Champaubert, et, par une charge de cavalerie, rejette en désordre, dans les rues de Champaubert, le général Olsuviev, qui traverse la ville en fuyant. L'infanterie du général Ricard l'atteint; la cavalerie du général Doumerc le tourne : 900 Russes sont tués, 2000 pris, dont Olsuviev, et Blùcher se trouve menacé sur sa ligne de retraite, entre Champaubert et Chàlons.

Cependant les vaincus reviennent sur leurs pas avec Sacken et York. Napoléon les enveloppe et les chasse devant lui, les écrase à Montmirail le 11, à Château-Thierry le 12; il revient ensuite vers Blùcher, poussé par Marmont sur la route de Montmirail jusqu'à Vauchamps, le culbute (14 février) et le rejette en désordre sur Chàlons, après lui avoir tué 10 000 hommes et fuit 20 000 prisonniers.

Batailles de Mormant et de Nangis (17 février), de Montereau (18 février). — Pendant ce temps, Schwarzenberg a fait des progrès inquiétants. Laissant les corps de Marmont et de Martel pour contenir Blùcher, Napoléon se porte vers la Seine, fait trente lieues en trente-six heures, attaque l'armée de Bohème, le 17 février, à Mormant, où Victor et le duc de Valmy sont battus par le comte

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

Français Alliés

tenelle

Mbntroiert

Plan de la bataille de Montmirail (1814).

Vainqueurs à La Rothière, les alliés se divisent pour marcher sur Paris : Schwarzenberg avec les Autrichiens par la vallée de la Seine, Bliicher avec les Prussiens par la vallée de la Marne. Ces derniers forment quatre corps échelonnés : Sacken en tête, puis York, Olsuviev et Bliicher. Tomber sur le flanc de cette longue colonne pour en battre successivement les quatre corps, tel est le plan de Napoléon. De Nogent-sur-Seine, il se jette droit au nord, écrase Olsuviev à Champaubert, puis se porte vers Montmirail pour attaquer Sacken qui, déjà arrivé à La Ferté-sous- Jouarre, se replie sur Chàlons, où l'attend Bliicher. Sacken, trouvant la route barrée, remonte la vallée du Petit Morin pour tourner l'armée française. Napoléon feint de tomber dans le piège; il poste la division Ricard à. Pommessone et Ney à Marchais, avec ordre de céder un peu de terrain de ce côté, afin d'enhardir l'ennemi. Puis, quand il voit Sacken engagé, il l'oblige, par un mouvement tournant sur la gauche, à dégarnir son centre, placé à la ferme de la Haute-Épine, sur la grand'route de Chàlons. Quatre bataillons de la vieille garde, commandés par Friant, l'emportent aussitôt à la baïonnette, coupant ainsi en deux l'armée prussienne. Alors, tandis que la cavalerie du général Guyot sabre le tronçon gauche, le maréchal Lefebvre et le général Bertrand s'élancent sur celui de droite, qu'ils rejettent sur Ricard et Ney, qui viennent de déboucher de Pommessone et de Marchais. Sacken, pris entre deux feux, gagne à grand'peine la route de Château-Thierry, après avoir perdu 3 000 hommes, un millier de prisonniers et 26 canons.

Plan de la bataille de Montereau (1814).

La bataille de Montmirail, ainsi que les combats de Château-Thierry et de Vauchamps ont rejeté vers le nord-est l'armée prussienne de Bliicher et empêché provisoirement sa jonction avec l'aile droite de l'armée autrichienne, qui manœuvre au sud de la Seine et vient même de passer ce fleuve à Montereau et à Bray. C'est alors que Napoléon porte son effort contre cette armée, dont le chef, Schwarzenberg, repasse en hâte la Seine, ne laissant que deux forts détachements à Bray et à Montereau pour tenir les ponts. Le 18 février au matin, le prince de Wurtemberg, qui commande à Montereau un corps austro-wurtembergeois, est attaqué successivement par la cavalerie des généraux Pajol et Delort, que soutient la division Pacthod, venue par le buis de Valence; puis par le maréchal Victor, débouchant du nord; enfin, par les divisions du général Gérard, arrivant en toute hâte de Nangis. A quatre heures du soir, l'empereur en personne fait enlever, par une attaque concentrique, le plateau -de Surville, dominant Montereau, et la cavalerie du gênerai Delort, chargeant à la suite des fuyards, traverse les ponts delà ville et débouche sur la rive gauche de la Seine, suivie par la division Duhesme. Ce brillant succès coûtait 7 000 hommes à, l'ennemi.

de Pahlen, puis à Nangis, l'accable le 18 à Montereau et la reconduit l'épée dans les reins jusqu'à Méry et Troyes.

Traité de Chaumont (1er mars 1814). — Le lor mars 1814, l'Autriche, l'Angleterre, la Prusse et la Russie signent à Chaumont (Haute-Marne) un traité par lequel elles s'engagent solennellement à ne déposer les armes que lorsque la France aura été ramenée à ses anciennes limites.

Bataille de Craonne (7 mars). — Napoléon arrive le 23 février devant Troyes, que les alliés ontabandonné. 11 apprend que Blùche-r, rallié par les débris de Sacken, s'est remis en marche, et, recommençant ce qui lui a si bien réussi trois semaines auparavant, il part de Troyes le 27 février, arrive le 1er mars à La Ferté-Gaucher, franchit la Marne à Château-Thierry, rejette Bliicher sur Soissons, le poursuit et le débusque du plateau de Craonne (7 mars).

Échec devant Laon. — Bataille d'Arcis-sur-Aube (20- 21 mars). — Bliicher se réfugie alors sur la montagne de Laon, où il est rejoint par les corps de Bùlow et de Wintzingerode, détachés de l'armée du Nord. Après deux jours de lutte désespérée, Napoléon renonce à emporter cette position remarquable, défendue par une armée renforcée de troupes fraîches. Il rentre à Reims après avoir chassé un corps russe, arrive à Épernay le 17 mars, passe la nuit du 17 à Fère-Champenoise et celle du 19 à Plancy-sur- Aube. Il veut se retourner une fois encore vers l'armée de Bohême ; mais le tsar, comprenant enfin le plan de l'empereur, prescrit à Schwarzenberg de quitter la vallée de la Seine pour se joindre à Blûcher sur la Marne.

Les 20 et 21 mars, Napoléon livre bataille à Arcis-sur-Aube pour s'opposer à cette jonction, bien qu'il ait devant lui des forces huit fois supérieures : il est forcé de battre en retraite, renonce à poursuivre la lutte entre la Seine et la Marne contre 200000 hommes et porte son quartier général à Saint-Dizier.

Batailles de Fère-Champenoise, Sézanne et Brie-Comte- Robert (25-28 mars). — Napoléon forme un nouveau plan : se jeter sur les derrières de l'ennemi, lui couper toute communication avec l'Allemagne, rallier les garnisons de Lorraine et d'Alsace, revenir vers Paris et écraser les alliés entre son armée et l'artillerie de la capitale. Le temps lui manqua pour la réalisation de ce dessein hardi. Les armées de Silésie et de Bohême, concentrées à Chàlons, descendirent rapidement en une seule masse la vallée de la Marne. Elles refoulèrent devant elles Mortier et Marmont, les délogèrent successivement de Fère-Champenoise, où les Français se battirent dans la proportion d'un contre dix, Sézanne, Brie- Comte-Robert (25-28 mars), et les acculèrent devant Paris.

Première capitulation de Paris (30 mars). — Pendant que Napoléon dirigeait la campagne de France, l'impératrice-régente et le roi Joseph, lieutenant général, n'avaient su ni fortifier Paris ni y organiser une armée. Le 30 mars au matin, 110000 ennemis débouchèrent par Bondy et le Bourget. La défense aurait pu disposer de 42000 hommes, gardes nationaux de Moncey, corps de Marmont et de Mortier, arrivés la veille; mais il n'en fut mis en ligne qu'une vingtaine de mille. Marmont s'établit sur le plateau de Bomainville; Mortier occupa les buttes Chaumont, la Villette et la Chapelle. A midi, Marmont avait énergiquement repoussé les attaques ennemies; mais, à la butte Montmartre, Joseph', in timide par les sommations du tsar, autorisa les maréchaux à traiter et s'enfuit vers Rambouillet. Marmont continua le combat. Après uni' série d'actions meurtrières, il fut refoulé et débordé, tan. lis que Mortier se repliail

sur la barrière Saint-Denis et que Moncey résistait héroïque al à

la barrière deClichy. Les polytechniciens avaient bravemenl défendu la chaussée de Vincennes.

Lorsqu'il fallut céder au nombre, c'est à Marmont que le roi Joseph donna mission de signer la capitulation de Paris.

A 4 heures, Marmont détacha les parlementaires; la capitulation, rédigée à 6 heures du soir, fut signée dans la nuit. Le gouverneur de Vincennes, Daumesnil, qui avait été amputé à Wagram de sa jambe gauche, ne voulut pas la reconnaître. Il menaça le commissaire des alliés de faire sauter la poudrière et déclara qu'il « rendrait Vincennes quand on lui rendrait sa jambe ». Napoléon, qui revenait en hâte sur Paris, appui, incidemment la reddition de la capitale. Il gagna Fontainebleau pour y concentrer les troupes et envoya Caulaincourt négocier à Paris avec les alliés.

Ainsi se terminait cette extraordinaire campagne de France, la plus belle et la plus savante de toute l'histoire militaire, succession

d'efforts gigantesques, de mouvements incroyables, de décisions d'une audace inouïe, de victoires sans lendemain et de défaites aussi glorieuses que des victoires. L'échec d'une pareille entreprise était fatal. « La seule chose qui étonne et qui excitera à jamais l'admiration de la postérité, c'est que le grand capitaine ait pu balancer si longtemps la fortune et tenir tète, pendant trois mois, à des

1rs Anglais le 12 mais à Bordeaux, où le maire, le comte Lynch, avait arboré le drapeau blanc. Obligé par Wellington à repasser l'Adour, Soult, battu à Orthez el ignoranl de ce qui se passai! à Paris, s'était mesuré le 10 avril avec le général anglais, sous les murs de Toulouse : il n'avail que 25000 hommes à opposer à un ennemi quatre fois plus nombreux, et, après une résistance héroïque à laquelle

An

te

or ,< ^P^B&^Ï^E KA9W 1

Marmont.

(Estampe de la Bibliothèque nationale.)

Mortier, par Larivière (Versailles).

Moncey, par Barbier-Valbonne.

Wellington, par Isabey (Collection Wallace).

forces six fois plus nombreuses que les siennes. Et l'étonnement redouble quand on songe (ce qu'on omet de considérer le plus souvent) que c'était avec une armée de conscrits qu'il mettait en échec des troupes composées de soldats aguerris, et dont les plus jeunes avaient fait au moins la campagne de 1813. L'explication tirée du prodigieux génie du chef ne suffit pas, et il faut y joindre celle qui découle de la force extraordinaire des cadres : ceux-ci, en effet, n'entraient pas pour moins d'un tiers dans la composition des corps français, et cette proportion inusitée, presque monstrueuse, permettait de demander l'impossible à de pauvres jeunes gens levés de la veille. » (Charles Malo.)

Prise de Lyon et de Bordeaux. Bataille de Toulouse (10 avril 1814). — Les Autrichiens entrèrent le 9 mars à Lyon,

Défense de la barrière de Clichy, par Horace Vernet (Musée du Louvre).

prirent part la population et les étudiants, il s'était replié sur le bas Languedoc, malgré le résultat indécis de la bataille.

Résistance de l'Alsace. Défense de la Savoie. — L'Alsace, appelée à supporter le premier choc de l'invasion, s'était prodiguée sans compter pour se mettre en état de défense. Pendant que l'empereur se battait en Champagne, les forteresses alsaciennes, où s'étaient jetés tous les hommes valides, se défendaient avec une indomptable énergie. Accablées par tous les maux à la fois, le typhus, la famine, le bombardement, elles luttèrent même après l'abdication de Napoléon : aucune, sauf Belfort qui dut capituler le 12 avril, ne se rendit et ne livra son matériel aux alliés.

La défense de la Savoie et du Dauphiné avait été confiée à Augereau, qui fut au-dessous de sa tâche, bien qu'il eût trouvé chez les

généraux Marchand et Dessaix des lieutenants remarquables, chez les dernières troupes organisées un appui dévoué.

Murât et le prince Eugène.

— En Italie, l'empereur avait compté sur Murât, sur le prince Eugène, sur ses sœurs Élisa et Caroline.

Mais, dès la fin de 1812, Murât, pour conserver son trône, avait entamé des négociations avec l'Autriche, puis proposé une transaction à l'Angleterre qui voulait lui imposer la restitution de Naples au roi des Deux-Siciles. Napoléon sut tout et manda son beau-frère à Dresde; Murât s'y rendit; mais, rentré à Naples le 4 novembre 1813, il reprit de suite avec les Anglais et les Autrichiens les négociations interrompues après Bautzen ; il chercha à s'entendre avec le général Pino et les mécontents du royaume d'Italie; il proposa à Napoléon de marcher sur l'Adige avec 100000 hommes, demandant comme récompense la cession de la Péninsule jusqu'à la rive droite du Pô ; il offrit à Eugène de partager l'Italie; enfin, il fit occuper Rome, Florence et Bologne.

Sur ces entrefaites, le général de

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

Neipperg lui apporta la proposition ferme d'une alliance avec l'Autriche : par les traités des 8 janvier et 12 février 1814, Murât s'engagea à prendre une part active à la coalition et reçut en échange la promesse d'un accroissement dans les États romains; le 3 février, il signa un armistice avec l'Angleterre. Sa femme était d'accord avec lui.

Le 28 janvier, Eugène s'était rapproché de Mural, malgré la lettre très nohle que Joséphine lui avait adressée, à la demande de Napoléon : « La France avant tout! La France a hesoin de tous ses enfants. Viens donc, mon cher tils, accours; jamais ton zèle n'aura mieux servi l'empereur. » Dominé par sa femme, il avait, à la dernière heure, dans l'espoir de conserver le Milanais, privé son bienfaiteur de 3oÛ00 hommes dont le concours eût été si précieux pendant la campagne de France. De son côté, Elisa livrait la Toscane.

Le rôle des « napoléonides », lorsque se produisit la catastrophe finale, est peut-être l'exemple le plus atroce qu'offre l'histoire de l'égoïsme.

Les alliés à Paris (31 mars 1814). — Les

alliés entrèrent à Paris le 31 mars par la barrière de la Villette. Le tsar avait à sa droite le prince de Schwarzenberg, représentant l'empereur d'Autriche, à sa gauche le roi de Prusse. La masse de la population était plutôt attristée; car, si elle voulait la paix et ne regrettait pas la chute de l'Empire, elle ne voyait pas sans peine les troupes étrangères défiler sur les boulevards. Les royalistes manifestèrent bruyamment. L'un d'eux, le comte de Maubreuil, attacha à la queue de son cheval sa croix de la Légion d'honneur et se promena ainsi dans la capitale. Il fut parmi ceux qui eurent l'idée de démolir la colonne Vendôme, qu'il salit ignoblement, et il alla ensuite arrêter près de Montereau Catherine de Westphalie, femme de son ancien ami Jérôme, pour s'emparer de l'argent et des bijoux de la reine. A la représentation de gala donnée au Théâtre-Français en l'honneur du tsar et du roi de Prusse, des jeunes gens brisèrent à coups de marteau l'aigle qui surmontait la loge impériale.

Cette forme violente et regrettable d'opposition contrastait avec la correction du tsar et des officiers russes, qui recherchaient toutes les occasions de rendre hommage au génie de la France et justice à ses armées.

La première abdication (6 avril 1814). — Après la capitulation de Paris, Marmont, sur l'ordre de Napoléon, se retira, avec les 10000 hommes du 6e corps, derrière l'Essonne, pour couvrir Fontainebleau, où l'empereur s'était retiré. Mais, circonvenu par Schwarzenberg, puis par Talleyrand, il convint secrètement avec eux de faire passer ses troupes en Normandie.

Quand, à Versailles, cellesci, désabusées par l'inaction des ennemis, se révoltèrent contre les généraux complices, c'est encore Marmont qui, par ses discours, les ramena à l'obéissance.

Telle fut la « défection de Marmont ».

Napoléon, en apprenant que le Sénat avait voté sa déchéance (3 avril , voulut tout d'abord marcher sur Paris; cependant Caulaincourt, Ney et Macdonald lui firent accepter l'idée d'une abdication en faveur du roi de Rome, sous la régence de l'impératrice Marie-Louise, et vinrent soumettre cette proposition aux alliés.

Ceux-ci la rejetèrent, exigeant une abdication pure

Histoire de France. — II.

Entrée des alliés dans Paris par la porte Saint Martin, gravé d'après Pechkux.

et simple, à laquelle l'empereur se résigna le 6 avril et qui était ainsi conçue :

Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur Napoléon était le seul obstacle au rélablissement de la paix en Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu'il renonce pour lui et ses héritiers aux trônes de Fiance et d'Italie, parce qu'il n'est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire dans l'intérêt de la France.

Traité de Fontainebleau (11 avril 1814). — La situation de l'empereur et celle de sa famille furent réglées par le traité de Fontainebleau.

Les ministres des puissances (Metternich pour l'Autriche, Nesselrode pour la Russie, Hardenberg pour la Prusse, Castlereagh pour l'Angleterre) se réunirent à Paris avec les représentants du gouvernement provisoire et ceux de Napoléon (Caulaincourt, Ney, Macdonald) pour discuter les clauses du traité, qui fut signé le 11 avril 1814 et apporté le soir même à Fontainebleau. Napoléon Ier gardait le titre d'empereur, obtenait l'ile d'Elbe en toute souveraineté, avec un revenu de 2 millions de francs, et pouvait emmener 400 hommes de bonne volonté. Marie-Louise recevait en toute propriété les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla, avec 1 million de revenu. Les princes et princesses de la famille

Bivouac des Cosaques aux Cnamps-Élysées, gravure de Jazel.

HISTOIRE DR FRANCE

impériale gardaient leurs titres et recevaient, en dehors de leurs revenus personnels, une somme totale de 2500000 francs en domaines ou en renies.

Les adieux. Napoléon à l'île d'Elbe. — Napoléon demeura jusqu'au 20 avril au château de Fontainebleau, seul, abandonné même de son valet de chambre. Ce jour-là, il lit ses adieux à sa garde : « Si j'ai consenti à me survivre, dit-il, c'est pour servir encore à votre gloire... Adieu, mes enfants, je voudrais vous presser

Les adieux de Napoléon à la garde impériale, à Fontainebleau, d'après Iloracn Vrunf.t (Versailles).

tous sur mon cœur. » Après avoir embrassé le général Petit et l'aigle impériale, il s'embarqua pour l'île d'Elbe, accompagné des généraux Bertrand, Drouot, Cambronne et d'un pelit nombre de soldais.

A l'approche des alliés, Marie-Louise, se conformant aux instructions péremploires de l'empereur, avait abandonné la capitale menacée, pour se réfugier avec son fils à Blois ; mais elle refusa de suivre au delà de la Loire les frères de l'empereur, Joseph et Jérôme et, après l'abdication, elle se rendit à Orléans, puis à Rambouillet, auprès de smi père, accompagnée par le comte Esterhazy.

Le roi de Rome quitta la France en avril INI'». Confié par les alliés à la garde de son grand-père François II, il arriva à Schœnbrunn le 21 mai 1814, le jourmème où Napoléon, qui ne devait jamais revoir son fils, prenait possession de son palais de l'île d'Elbe. Il porta d'abord le titre de prince de Panne, puis (1S18) celui de duc de Reichstadt. Il fut tenu à l'écart de tous ceux qui auraient pu le remettre en rapports directs avec la France (1).

BIBLIOGRAPHIE

Sources : Beauchamp (A. de), Histoire des campagnes de 1814 et de /#f5(1816-1817, 4 vol. . — Bla.-npa.ih, Les Alliés en Champagne, 1814 (1869). — Ghuquet (Arthur), L'Alsace en 1814 (1900). — Clausewitz, La Campagne de 1813 et la campagne de 1814, trad. de l'ail, par le commandant Thomann (1900). — Du Casse, Le Maréchal Marmont devant l'histoire (18:37). — Ernouf (baron), Histoire de la dernière capitulation de Paris (1859). — IIaussonville (comte d'), Dernières Négociations de l'Empire. Ouvertures de Francfort et Conférences de Châtillon (« Revue des Deux Mondes », 1861). — IIoussaye (II. , isi ! ' isss . — Laurent de l'Ardèciie, Réfutation ■les Mémoires du maréi lia/ Marmont, dur de Raguse (1857). — Les Derniers Voyages de Napoléon, réimpression des journaux de l'amiral Ussher et de John B. Glover (Londres, 1907). — Marigny (Mme de), l'aris en 1814; Journal inédit de M™" de Marigny, publ. par J. Ladreit de La Charrière (1906). — Rapetti, La Défection de Marmont en 1814 (1858). — I'ieqoul, Mes Souvenirs de 1814 el 1815 (1824). — Viciuer-Guerre (lieutenanl . /" Défense de la Savoie el du Dauphiné en 1814 (1910). — Weill (commandant . /" Campagne de 1814 en Italie (1891-1896, 'i vol. .

l l,i- 22 juillet I s :j, 2 . il mourul à Schœnbrunn en appelant une dernière fois sa mère, qui étail revenue de l'arme pour assister a son agonie. Sa vie louchante a inspiré ii Edmond Rostand un drame émouvant, l'Aiglon.

Page 1